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Entretien avec Julien Gallot, l'auteur d'Oxygène
La Série

- Alors le premier album d’Oxygène vient de sortir, peux-tu nous raconter la genèse de ce projet, ta rencontre avec François !
J’ai rencontré François par l’intermédiaire d’un de ses anciens dessinateurs, Alexis Sentenac. Je voulais travailler sur un vrai concept, et si possible une idée positive, quelque chose de constructif... Donc après avoir expliqué cela à François, je lui ai demandé de me résumer son projet d’histoire en une seule phrase, je ne voulais pas trois pages de résumé, mais juste un concept, une idée en quelques mots… Et je peux vous dire que c’est un exercice très difficile ! Et bien François m’a envoyé un résumé commençant par un truc du genre « Dans un monde ou l’oxygène s’est raréfiée, une petite fille se découvre le pouvoir de faire pousser les plantes… » Puis du blabla nettement moins intéressant. C’est cette idée de base qui m’a séduit, et nous avons travaillé l’univers et les ingrédients d’Oxygène ensemble par la suite. François m’a dit plus tard qu’il avait repris cette idée d’un de ces précédents scénarios, pour une nouvelle des contes de Brocéliande.

- Comment présenterais-tu cet univers ?
Dans un futur plus ou moins proche, la végétation a quasiment disparu et le manque d’oxygène dû au comportement irresponsable de l’espèce humaine se fait cruellement ressentir. Une entreprise tentaculaire, le consortium international O-Gen, tire profit de cette situation en développant le commerce monopolistique d’un oxygène de synthèse. Un oxygène destiné principalement aux habitants aisés des « bulles », de véritables villes dans les villes qui excluent les gens aux ressources financières insuffisantes… Ces derniers étant obligés de vivre à « l’extérieur », de respirer un air pollué, et de porter des respirateurs sur la figure à longueur de journée. Bref, ce n’est pas la joie et ça risque de nous arriver bientôt… 

- Quel est ton parcours jusque là d’ailleurs, qu’est ce qui t’a poussé à te lancer dans la BD ?
Après avoir passé mon bac ES, j’ai fais une formation pour être graphiste… C’est là que j’ai renoué avec le dessin, puis que je me suis découvert (ou redécouvert) une passion pour l’animation et la BD. Pendant un moment j’ai eu envie de travailler dans l’animation et partir au Japon pour apprendre le métier… Mais je n’ai pas franchi le pas et me suis dirigé vers la BD. Puis travailler sur un dessin animé, en équipe, impose de rester à un seul poste, alors qu’en BD on touche à tout ; mise en scène, décors, personnages… Comme j’aime bien varier, la BD me correspondait finalement mieux.

- Mais n’aurais tu pas envie, un jour, de t’essayer à l’animation ?
Si j’en ai l’occasion, bien sur ! Ca serait une belle expérience je pense.

- Bien que tu t’occupes du côté dessin/couleur, je voulais savoir si tu t’étais investit aussi dans la conception de cet univers, quelle est la part de toi que tu as vraiment voulu mettre dans cette histoire ?
Oui, je me suis beaucoup investi dans l’univers d’Oxygène. Disons que si François a amené le concept, moi j’y ai amené des ingrédients et des éléments que je voulais voir figurer dans la série… François les a ensuite « cuisinés » à sa sauce et incorporés à ses idées. Parmi mes apports, j’ai précisé la fin que j’imaginais pour la série… J’ai introduis certains personnages comme Lunan (qui était mon héroïne sur mes anciens projets), ou encore Ryo. J’ai aussi donné le nom à la série, ainsi que celui de bons nombres de personnages (Miya, Lunan Ryo, Baltus…) qui sont pour la plupart des clins d’oeil à des personnages de BD qui m’ont marqué. Après bien entendu, si j’introduis un de mes personnages comme Lunan, François se l’approprie en lui donnant une part de sa personnalité (c’est lui qui la fait parler après tout). Après il arrive qu’il lance une idée ou qu’une scène ne me plaise pas… Alors je rebondis dessus et la modifie…
Mais si je participe au scénario, François participe au dessin : Si je n’arrive pas a designer un personnage ou un engin, c’est lui qui le design (Mako, 34 et Ikari par exemple)… Idem pour les storyboards, François est un remarquable dessinateur (il adore cette étape préparatoire), donc si je bloque sur une mise en scène, c’est lui qui décoince la situation en dessinant sa vision... Nous travaillons de manière très liée donc.


- L’écologie et les dangers qui sont provoqués par les dérives, est ce que ce sont des thématiques qui te tiennent à coeur ?
Je suis révolté par la situation, notre environnement naturel se dégrade de plus en plus, le climat est complètement déréglé et l’Homme ne fait rien. Tout le monde trouve l’écologie très bien mais les mentalités ne changent pas, ou du moins beaucoup trop lentement… C’est toujours le profit et l’économie qui l’emporte…malheureusement. Et c’est bien dommage, car je pense que tout le monde peut apporter un peu du sien, par plein de petits gestes, en évitant le gaspillage par exemple… (D’ailleurs allez voir ce site http://www.defipourlaterre.org/).
J’essaye donc de faire passer un message, sensibiliser les gens et plus particulièrement les jeunes à respecter et protéger leur planète.


- En regardant tes planches on se rend compte que certaines de tes bases graphiques viennent plutôt du mangas, quel regard portes-tu sur ce dessin ? Et pourrais tu nous parler un peu de tes inspirations/influences ?
J’aime les mangas pour leur narration, extrêmement dynamique et vivante. L’approche japonaise de la BD est totalement différente de la notre, dans le sens ou un auteur de manga peut utiliser plusieurs pages pour raconter simplement une action, une émotion, une pensée... On va donner plus de place à l’image, et moins au texte, le lecteur va ainsi avoir plus de liberté pour ressentir et s’approprier l’ambiance de la scène ou encore le ressenti d’un personnage. Ainsi, là où une BD européenne utilisera 1 case avec beaucoup de texte, les mangas vont utiliser 20 cases, sans textes, ou encore utiliser une double page pour une seule image et ainsi intensifier l’action… Bref le manga communique essentiellement avec l’image et le rythme, ce qui fait que la lecture est aérée et agréable. Pour ma part, même si j’aime beaucoup la BD franco belge, j’aurai plutôt tendance à lire un manga si je veux me détendre, car « ça se lit tout seul ».
Ayant été amené à faire de la BD par ma passion des mangas, il est normal que j’en utilise les fondements dans mon travail. Après il est vrai que notre format 46 pages restreint vachement les possibilités mais en même temps je trouve le défi intéressant… Ca oblige à utiliser plus de cases par page pour arriver à gratter de la place et ainsi pouvoir raconter plus de choses, ou avoir parfois le luxe d’utiliser seulement 2, 3 cases sur une page pour donner plus d’importance à la scène. Mon but est de rendre la lecture la plus facile possible pour que le lecteur puisse mieux se plonger dans notre univers.

- Connais tu justement les collections parallèles comme « Ecritures » chez Casterman, ou même encore « Tohue Bohue » chez les Humanoïdes Associés, sans oublier Aire Libre chez Dupuis aussi qui ouvre régulièrement ses pages à des albums plus conséquents qui prennent aussi leur temps pour raconter l’histoire qu’ils veulent. Alors oui il y a le format habituel 48/56 pages mais il y a encore pas mal de possibilités pour les extrapoler non ?
Je ne connais pas ces collections… Mais il est vrai que les éditeurs commencent à lancer de nouvelles collections avec plus de pages ce qui permet d’être plus à l’aise pour raconter les histoires. Donc les formats d’albums se diversifient est c’est bien !

- Ton dessin évolue pas mal entre les premières et les dernières planches. Tu sembles porter une attention très particulière à tes décors, à tes ambiances colorées, comment regardes tu ton travail durant cette période de conception ?
Je ne me rends pas vraiment compte que mon dessin évolue, mais par contre je sens que j’ai beaucoup appris sur ce premier tome, et ça j’en suis vraiment content. J’ai fait énormément d’expérimentations au fil des pages, ça m’a permis de voir ce qui fonctionnait bien, ce qui était superflu... Et vers la fin de l’album je commence effectivement à digérer tous ces tests et à trouver ma voie…

Je porte énormément d’importance à mes couleurs, car je travaille mon dessin de façon assez épuré, en évitant les surcharges de traits, je sais que c’est la lumière et le contraste que j’amène en coloriant qui va donner le relief et la profondeur… Je ne suis pas un fana du trait, je préfère qu’il se fonde avec les couleurs et que ça forme un tout. C’est une manière de faire qui se rapproche un peu de l’illustration.



- D’ailleurs, malgré un certain dynamisme, vous laissez pas mal d’espace aux personnages pour respirer !
Notre but est que la série soit le plus riche possible… On a mis en scène beaucoup de personnages secondaires qui amènent différents niveaux de narrations. Donc après il faut présenter l’univers et développer l’histoire, tout en gérant les différents personnages, leurs interactions… François se débrouille bien pour gérer tout ça, il a mis beaucoup de choses en place sur ce premier tome, tout en introduisant l’intrigue… Et malgré toutes ses informations, la lecture reste fluide et agréable. C’est un des points dont nous somme le plus satisfait.

- Miya apparaît comme une gamine pleine de ressource et de vie, c’est un peu l’étincelle de l’album, l’avez vous conçu rapidement ?

J’avais ce personnage en tête dès le départ, une gamine débrouillarde et rigolote ! Je l’ai dessiné directement sans difficultés. François lui a donné son coté gentil et attachant. On en est content et les gens l’aiment bien donc c’est super !


- Parlons maintenant de l’album en lui-même. Sa sortie a été assez discrète, on a le sentiment que Septembre peut aussi être un peu handicapant pour sortir un album, n’est-ce pas ?
C’est vrai, il y a de plus en plus de sorties et ça devient un vrai problème pour tous le monde, les libraires n’ont plus de place, les lecteurs ne peuvent pas se permettre de tout acheter et les jeunes auteurs ont donc de plus en plus de mal à se faire remarquer. Septembre était un mois chargé, environ 400 sorties, puis quelques blockbusters, donc forcément c’est dur de se faire remarquer quand on lance un premier album et qu’on débute dans le métier.

- Comment définirais-tu cet album ? J’ai davantage l’impression, en ce qui me concerne, qu’il s’agit d’un album jeunesse, tu n’es pas trop de cet avis !
C’est une série « tout publics », avec une gamine au centre de l’histoire mais entourée d’adultes. Miya a plus un rôle de clef de voûte que d’héroïne. Ce premier album est assez calme car c’est le début de l’histoire, Miya découvre la Bulle en même temps que le lecteur. Vers la fin du tome, elle découvre enfin sa véritable mission… Dans le tome 2, elle rentre dans un engrenage qui va la dépasser complètement et sera obligée de fuir les miliciens… il va y avoir donc plus d’action et les personnages secondaires vont prendre plus d’importance. C’est en cela que cette BD a plusieurs niveaux de lecture, suffisamment clairs pour que les jeunes comprennent mais aussi suffisamment complexes et riches pour que les adultes accrochent.

- Le dessin est assez épuré, il semble jouer sur des gammes plus proches des albums jeunesse, de par son expressivité, les grosses bouches, les grands yeux et ce genre de code propre aux Mangas ou aux dessin animés !
On a imaginé cette série comme un film d’animation, ou du moins dans le même esprit. Il y a de l’action (surtout dans les prochains tomes) mais on a fait gaffe à ce que ça ne soit pas trop violent pour ça reste accessible aux jeunes, on a donc adopté un coté décalé (les miliciens qui sont un peu nigaud par exemple), avec de l’humour… Puis on voulait que ça soit très vivant, avec aussi bien des scènes d’action que des moments de calme, d’émotions, il fallait que les gens s’attachent aux personnages… Mon graphisme suit cet esprit de film d’animation. Je voulais des gammes de couleurs intenses, avec beaucoup de contraste et de lumière, puis des personnages coloriés simplement (en cellulo) pour qu’ils se détachent bien du décor.

- Penses-tu que cet « ambiguïté » peut avoir éventuellement déstabilisé les lecteurs ? Comme si finalement ils avaient du mal à trancher entre l’ambiance quelque peu naïve et la thématique plus dure ! Quel retour as-tu eu lors de tes séances de dédicace ?
On a voulu une ambiance un peu légère pour que les lecteurs aient du plaisir en lisant le livre, qu’ils passent un bon moment… Je veux dire par là que la vie de tous les jours est déjà assez dure comme ça, avec toutes les violences et les malheurs qui se passent dans le monde pour qu’on aille encore faire une BD super noir et dure dans le ton. Nous on a voulu faire quelque chose de frais pour que les gens s’évadent un peu, tout en leur communiquant un message écologique fort. Vis-à-vis des gens que j’ai rencontrés, ils ont globalement bien aimé et ont été touché par l’ambiance de l’album, ce dont je vous parler plus haut, ils ont passé un bon moment… Aussi bien les enfants que les adultes, et ça, ça nous fait vraiment plaisir. Après, certains ne sont pas rentrés vraiment dans l’univers et l’ambiance, et ont donc trouvé ça gentil et un peu naïf. On ne peut pas plaire à tout le monde et c’est bien normal ! Après, il est vrai que la couverture joue dans l’ambiguïté « jeunesse ou pas ? », mais quand on a une gamine au centre d’une série, c’est difficile de faire autrement que de la montrer…

- Tu viens d’entrer dans le monde des auteurs de BD, quel regard portes-tu sur ce milieu ?
Je connais encore peu d’auteurs mais globalement ça se passe toujours bien, c’est un milieu de passionnés, c’est donc toujours agréable de discuter boulot quand c’est une passion !

- Actuellement, grâce à Internet, la BD trouve une sorte de nouveau souffle critique, penses-tu que ce médium à changé des choses, notamment en ce qui concerne l’exposition des nouveaux auteurs !
Ca a changé et amené des bonnes choses, mais aussi des mauvaises : Les bonnes c’est par exemple la chance que l’on a de pouvoir faire un interview sur sceneario.com afin de mieux se faire connaître ! Ou encore de pouvoir lire directement les critiques des lecteurs, discuter sur les forums… Après comme on ne rencontre pas la personne qui te critique en face, elle peut se permettre des mots qu’elle ne dirait pas dans la réalité. Le lecteur ou le journaliste va donc livrer ses impressions sur le livre sans aucune retenue... Si il a aimé, c’est vraiment agréable à lire, si c’est le cas contraire, il démonte allègrement le travail d’un an de boulot sur quelques lignes et peut démoraliser complètement un jeune auteur. Il faut donc apprendre à prendre du recul sur les critiques du net, et ça n’est pas toujours facile.

- Es-tu un fervent utilisateur du net ?
Oui, je suis constamment connecté à Internet, je travaille beaucoup par mail et par msn. Puis j’adore surfer sur les sites, il y a tant de choses à découvrir…

- En tout cas merci à toi d’avoir passer ce temps avec nous et de nous avoir permis de davantage découvrir ton univers et ce sympathique album, merci Julien.
Merci à toi et à Sceneario 

Decoupage

 Page  14  
 1 Plan moyen sur l’intérieur du zeppelin qui s’est soudain obscurcit. Les enfants tiennent fermement leurs respirateurs sur la bouche et regardent par les hublots. Miya : « Qu’est-ce qui se passe ? »
Milicien : « Nous survolons une zone d’air toxique. Même les filtres du zeppelin sont insuffisants pour retraiter toutes les impuretés.» 
 2 Plan général, le zeppelin survole la ville noire. Il slalome entre des cheminées géantes, noircies par la suie, qui crachent une fumée opaque. Il semble minuscule comparé à elles. Il faut vraiment que cette scène soit oppressante, qu’on sente l’intensité industrielle de la zone : des wagons de minerai, des décharges… Enfant : « J’ai jamais rien vu d’aussi beurk ! »
Miya : « ça sent pas bon en plus ! »
Milicien : « C’est vrai que vous venez de la périphérie extérieure, vous ne connaissez pas les villes noires. Elles concentrent toutes les usines qui alimentent la bulle et retraitent ses déchets.» 
 3 Zoom sur les enfants, qui sont éberlués. Ils n’ont jamais rien vu d’aussi horrible. Milicien : « Ce serait plus rapide si on pouvait sélectionner les enfants ici, mais il n’y en a pas…ils ne résistent pas aux fumées sans doute. » 
 4 Contrechamp en contre-plongée. Des humains à l’air cadavérique, et des vieux robots déglingués (les rebus de la bulle) regardent le zeppelin en hauteur. Ils ont le regard hagard. Enfant : « c’est horrible. Quand est-ce qu’on quitte cet endroit ? »
Milicien : « Faudra attendre le lever du soleil. Le zeppelin va prendre de la hauteur pour éviter les odeurs.» 
 5 Le zeppelin continue son survol de la ville noire, mais les cheminées commencent à devenir plus petites. Milicien : « Je vous conseille de dormir un peu si vous voulez être en forme. Une grosse journée vous attend demain.»
 6  Plan moyen sur l’intérieur du zeppelin. Les enfants sont endormis, les miliciens aussi (bouche grande ouverte !). 
 
 7  Plan américain. La caméra s’approche de Miya endormie.
 
 8  Plan rapproché. Un rayon de lumière bleu vient frapper le visage de Miya : elle ouvre un œil. 
 
 9  Miya se lève en sursaut. Miya : « Goudron fumant ! Réveillez-vous ! »


Story board


Crayonné


Page en couleur

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