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Diego Agrimbau et Gabriel Ippoliti, auteurs de La bulle de Bertold
Interview réalisée par Arneau aux Utopiales 2006


Sceneario : Tout d’abord, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Gabriel Ippoliti :
Il faut savoir que je suis un dessinateur autodidacte et que j’ai commencé en tant qu’illustrateur dans la publicité. Mais surtout j’ai toujours beaucoup étudié et exercé le dessin.
« La Bulle de Bertold » était ma seconde BD et ma première publiée en France

Diego Agrimbau : Moi non plus je n’ai jamais fait d’études dans la Bande Dessinée. Il faut dire qu’il n’y a aucune école sur ce thème en Argentine. J’ai fait des études de dramaturgie. Je n’ai jamais fait de stage de scénariste mais j’ai été pas mal conseillé par Carlos Trillo.
Je publie des albums depuis 1992, malgré qu’il n’y avait plus de maisons d’éditions à cette époque en Argentine. La dernière maison importante « Fiero » venait de couler. Je me suis donc auto publié pendant 10 ans. En 2000, j’ai réussi à me faire publier en Espagne pour des histoires pour enfants ainsi que des histoires érotiques. J’ai toujours beaucoup lu de bandes dessinées venant d’Italie et de France et mon objectif a toujours été de me faire publier en France, car la France c’est la Formule 1 de la BD !
Quand à notre collaboration, elle a commencé 2003, lorsque j’ai rencontré Gabriel dans une exposition à Buenos Aires.

Sceneario : En France, nous connaissons des auteurs argentins, Quino, Brescia, Sampayo, Nine entre autres mais cela reste limité. Quelle est la situation de la BD, aujourd’hui dans votre pays ?

Diego Agrimbau :
La situation est bien meilleure que dans les années 90. Aujourd’hui, même si elles sont très jeunes avec seulement 2 ou 3 ans d’existence, il y a tout de même 5 ou 6 maisons d’éditions qui fonctionnent.

Sceneario : A l’inverse, est-il facile de trouver de la BD française en Argentine ?

Diego Agrimbau :
En Argentine, on trouve seulement des imports de BD venant d’Espagne et donc traduites en Espagnol.

Sceneario : Et quels auteurs français appréciez-vous?

Gabriel Ippoliti :
Moi j’apprécie particulièrement Bilal, Moebius, Caza, Druillet, De Crecy et d’une manière générale la génération Métal Hurlant.
Diego Agrimbau :Je trouve que l’émergence de la « Nouvelle BD » en France est très rafraîchissante, même si j’ai eu un peu de mal à l’apprécier au début. Et de cette mouvance, mon préféré c’est Sfar !

Sceneario : Parlons un peu de la « La Bulle de Bertold ». Pourquoi avoir choisi de situer l’histoire dans le genre « contre utopie » que l’on connaît au travers d’oeuvres comme « Brazil » de Terry Gilliam ou encore « Farenheit 451 » de Ray Bradbury ?

Diego Agrimbau :
D’abord j’apprécie ce style, en particulier au cinéma (« Brazil » justement, « Delicatessen »…), mais je ne me suis pas dit « je vais écrire une contre utopie, qu’est ce que je peux raconter comme histoire ?», c’est juste sorti tout seul !
Je ne suis pas très intéressé par la Science-fiction axée sur la Technologie, je préfère des genres comme l’Uchronie ou le Steampunk par exemple.

Sceneario : Votre album traite du fascisme mais avec une certaine originalité. Généralement dans ce genre de société totalitaire, les gens sont privés de leur liberté de parler ou de penser mais rarement de leur liberté de mouvement comme dans « La Bulle de Bertold » ?

Diego Agrimbau :
En fait je ne m’étais même pas aperçu moi-même de ce point, c’est intéressant…Je pense que cela vient du fait que, paradoxalement, pendant la dictature en Argentine les auteurs de BD pouvaient faire ce qu’ils voulaient dans leurs albums, à la différence des autres médias. On pouvait même se permettre de citer Trotsky à l’époque dans un album. Le gouvernement ne réalisait pas ce qui se passait et s’en foutait même, car la BD n’était pas considérée comme importante ! Les auteurs qui se sont exilés du pays, ce n’était pas à cause de ce qu’ils mettaient dans leurs albums mais bien de leur activisme politique.

Sceneario : Le châtiment dont est victime Bertold et les autres membres de la troupe est très violent. Quelles ont été les réactions des lecteurs français par rapport à cela ?

Diego Agrimbau :
Ils ont été plutôt choqués en général. A vrai dire on ne s’y attendait pas, car la France a un passé plutôt sanglant à ce niveau là, donc on a été un peu surpris.

Sceneario : Dans l’album, on peut dire que Bertold « libère » les gens avec son art. Considérez-vous que les artistes aient un rôle important à jouer dans notre société ?

Diego Agrimbau :
Je pense que les artistes voient les choses d’une autre manière. Ils peuvent amener un autre regard et présenter les choses d’une autre façon, en bien comme en mal d’ailleurs. De toute façon, on a vu dans l’histoire que ce ne sont pas les artistes qui changent le monde. Ils ont tout de même un rôle à jouer en amenant un point de vue différent.
D’une manière générale, on ne souhaitait pas délivrer de messages précis avec cet album, juste donner des pistes de réflexion, poser des questions. Nous n’avions pas envie de faire une histoire « à message ».

Sceneario : Gabriel, les originaux que tu exposes, dans le salon du livre des Utopiales, sont très impressionnants ! Quelles sont tes techniques et tes sources d’inspiration ?

Gabriel Ippoliti :
  Mes influences sont à chercher du côté de la peinture, chez Vélasquez notamment. Et pour faire ces planches, j’ai utilisé de l’aquarelle. J’aime beaucoup l’acrylique aussi, même si c’est plus long et je mets des touches de couleurs avec des pinceaux, des marqueurs, cela varie. Beaucoup de dessinateurs utilisent les mêmes techniques mais les résultats sont souvent très différents, c’est cela qui est intéressant !

Sceneario : C’est votre première venue aux Utopiales. Que pensez-vous de ce festival ? 

Gabriel Ippoliti :
C’est vraiment très bien ! 

Diego Agrimbau : Oui c’est vrai, on a été très bien accueilli et c’est très bien organisé. C’est différent de l’Argentine, car au niveau BD lorsqu’il y a un évènement, il n’y a que des stars et c’est uniquement pour faire de la publicité.

Sceneario : Nous sommes dans une convention de SF et vous ne pourrez pas repartir sans nous citer vos œuvres cultes !

Gabriel Ippoliti :
 Pour la BD, je citerai la « Foire aux Innommables » de Bilal et l’œuvre de Gimenez. Et puis niveau cinéma, difficile de passer à côté de Blade Runner, ou d’Alien 1 pour ses jeux de lumières et le design de Giger.
Diego Agrimbau :Pour moi ce sont surtout des livres ! Il y a des auteurs comme Sturgeon et son « More than human » même si je ne sais pas si c’est vraiment de la SF. Et puis Bradbury, K.Dick, Asimov, C.Priest et puis je lisais beaucoup Jules Verne quand j’avais 10-12 ans.
Je suis assez fan de cinéma aussi et j’apprécie des films comme « Brazil », « L’armée des 12 singes » qui est vraiment très bon, les films de Caro et Jeunet. Et puis, j’ai un faible pour le manga avec Miyazaki, Otomo, Oshii. Quand à la BD, j’apprécie Altuna, Trillo, Prado et j’aime beaucoup Jose Luis Borges.

Sceneario : Merci à vous pour cette interview et bonne fin de festival. J’espère que nous aurons la chance de vous revoir bientôt en France. 

Gabriel Ippoliti :
Merci à vous !

Diego Agrimbau : Nous avons pu venir sur le festival à cause du prix que nous avons gagné l’année dernière avec la « Bulle de Bertold ». D’ailleurs, depuis ce prix, on commence à être un peu plus respecté en Argentine, même si l’album n’a pas encore été publié là-bas. En tout cas nous avons un nouveau projet avec Albin Michel, alors peut-être que l’on reviendra bientôt. En tout cas merci !

 

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