Les secrets de Saint-Germain
Jean-François Bergeron, le dessinateur
Sceneario.com : Bonjour Jean François Bergeron. Pouvez vous vous présenter pour nos amis sceneaionautes ? Quel a été votre parcours pour en arriver à la BD ?
Jean-François Bergeron : :Bonjour ! Alors, j’ai un parcours de début de carrière assez banal somme toute. J’étais de ceux qui avaient toujours rêvé de faire de la bande dessinée comme métier. Mais à la fin de mes études, les 5000 km me séparant de l’Europe ont freinés mes ambitions de jeunesse. Donc, au début des années 90 ne voyant pas comment je pourrais vivre de cet art au Canada, j’ai commencé à travailler comme animateur 3D, designer Internet et concepteur de jeux vidéo dans différentes boîtes de production aux Québec. L’implantation des communications électroniques aidant, j’ai pu faire mes premiers essais de dossiers auprès d’éditeurs au début des années 2000, ce qui m’a permis entre autre de réaliser quelques courts récits avec le scénariste Alcante, pour le magazine SPIROU. C’est à cette époque que Thierry et moi avons tenté de monter des dossiers ensemble mais malheureusement sans succès. Puis, après un passage rapide du côté du comic book à l’américaine, j’ai décroché mon premier contrat avec les éditions Soleil pour un diptyque scénarisé par Nicolas Jarry et intitulé « Tokyo Ghost ». De fil en aiguille, j’en suis venu à signer « Le crépuscule des dieux » toujours avec Jarry sous Soleil Celtic. Parallèlement à cette période, Thierry Gloris et moi gardions contact et surtout voulions travailler ensemble sur un projet commun. Ce projet a finalement pris forme en Saint-Germain.
Sceneario.com : Vous êtes aussi connu sous le nom de Djief. Sous lequel vous signez sur Tokyo Ghost et Le Crépuscule des Dieux ? Comment passe t’on de ces univers à celui du règne de Louis XV ? Pourquoi ce choix graphique assez différent de ce que vous avez fait ?
Jean-François Bergeron : J’aborde mes projets graphiquement en fonction du ton et du type d’histoire que l’on me propose d’illustrer. Mon dessin est au service du récit et non l’inverse. C’est ma façon à moi de procéder. Dans le cas de Saint-Germain, outre cette notion de bien servir la narration, il faut mentionné que j’ai été la bougie d’allumage du concept, puisque l’envie d’exploiter le personnage historique du comte de Saint-Germain, faisait partie de mes cartons depuis une vingtaine d’années. Bien entendu, le concept a été complètement revu et bonifié par Thierry pour aboutir à l’édition présente. C’était d’ailleurs le but à atteindre en remettant ce projet entre les mains de Thierry : qu’il lui apporte originalité, fraîcheur et toute sa perspective d’historien.
Donc, pour en revenir à la question du choix graphique pour Saint-Germain, je peux dire qu’une fois les pages entreprises et compte tenu du fais que j’attendais depuis si longtemps de dessiner le Siècle des Lumières, eh bien, les choses se sont placées tout naturellement !
Sceneario.com : Quels ont été d’ailleurs vos influences graphiques, vos inspirations pour Saint-Germain ?
Jean-François Bergeron : Visuellement, j’aime bien explorer le côté hachuré pour rappeler les gravures à eaux fortes du XVIIIe. Mais esthétiquement, bien des films sont à la base de mon intérêt pour le cette époque à commencer par « Les aventures du baron de Munchausen » et les adaptations au cinéma des « Liaisons dangereuses » de Laclos ou encore « Amadeus ». Autrement, j’ai accumulé du visuel et de l’iconographie concernant le 18e siècle pendant quelques années, a commencé par un recueil de reproductions des planches de l’encyclopédie Diderot ou des bouquins très fournis en gravures et tableaux de cette époque.
Sceneario.com : Y’a-t-il eu des scènes assez difficiles à faire ? Est-ce que le héros principal est venu de suite sous votre crayon ?
Jean-François Bergeron : Les scènes les plus compliquées ont été celles impliquant le roi car elles impliquaient des dialogues touffus et teintés d’humour tout en restant dans un lieu clos. C’est un jeu de comédie sur papier que je trouve difficile à rendre. Je me débrouille relativement bien avec les scènes d’actions ou les décors (quand je suis bien documenté) mais dessiner des interactions toutes en nuances entre des personnages reste pour moi un bon défit.
Concernant le héros principal, Saint-Germain ne s’est pas imposé immédiatement dans les recherches préparatoires, contrairement à Joseph qui lui s’est fixé très rapidement! Mes méandres sur Saint-Germain viennent sans doute du fait que je ne m’étais pas débarrassé de mes lointains balbutiements graphiques sur ce personnage qui ne convenaient plus tout a fait.
Sceneario.com : Connaissiez vous le scénariste Thierry Gloris avant ? Comment travaillez vous avec lui ? Avez-vous votre mot à dire sur le scénario ? Y amenez vous aussi vos idées ?
Jean-François Bergeron : Comme je l’ai mentionné plus tôt, Thierry et moi avions déjà travaillé ensemble à l’élaboration de projets. Notre premier contact s’est fait via Internet et des courriels. Un petit voyage en France et un séjour chez Thierry plus tard et il m’apparaissait qu’au-delà du travail une amitié se nouait et que nous trouverions bien un moyen de bosser ensemble un jour ou l’autre.
Pour Saint-Germain, dans l’idée j’avais écrit un premier jet de script mais je sentais que l’on pouvait explorer plus efficacement et avec plus de talent cet univers. C’est pourquoi je l’ai montré à Thierry en lui demandant si l’aventure ne lui tenterait pas. Il m’a alors répondu oui mais à condition qu’il mettrait tout à plat pour remonter un récit sur les bases que je lui proposais. Au final une histoire fort différente mais avec les mêmes ingrédients : de l’aventure, un peu d’humour, de l’historique, du fantastique et un certain mélange des genres. Le récit est du pur Gloris. Même si l’on a discuté du scénario ensemble au préalable, c’est toujours une délicieuse surprise que de lire son script qu’il me fait parvenir par tranche de 5 ou 6 pages.
Ensuite, j’y met un peu du mien en travaillant la mise en scène et en proposant des variations ici et là. C’est une chimie qui fonctionne sans recette, on se fait confiance mutuellement et l’histoire s’en porte mieux. En québécois, je vous dirais : « On s’fait ben du fun pis on trippe fort su’l’projet! » Non, ne me demandez pas de traduire… Hé ! Hé ! Hé !
Sceneario.com : Quel est votre méthode de travail ?
Jean-François Bergeron : Tout se fait par courriel et par téléphone. Je découpe une série de pages en croquis assez précis que je fais parvenir à Thierry. Nous travaillons par séquence de 4 ou 5 pages à la fois. On en discute et je réajuste des éléments si nécessaire. Puis je passe à la phase noir et blanc que je transmets aussi à Thierry par courriel. À cette étape, il y a moins de surprise puisque c’est vraiment une mise au propre du découpage.
Et ensuite, à la colo, je recommence le même manège de mettre en couleur les pages en bloc. Mais cette fois, les coloris choisis peuvent faire toute la différence sur l’ambiance et l’efficacité de la scène traitée. Généralement, il y a du peaufinage à cette étape. Je réalise ainsi en moyenne 4 à 5 planches par mois.
Sceneario.com : Savez vous ce qui nous attend pour la suite ?
Jean-François Bergeron : Oui, bien sûr ! Je suis dans le secret des dieux sur quelques albums d’avance ! Mais je suis certain que Thierry me prépare de belles surprises à plusieurs niveaux pour la suite des aventures de Saint-Germain.
Sceneario.com : Etes vous un admirateur des films de cape et d’épées ?
Jean-François Bergeron : Comme je le mentionnais plus haut, j’aime beaucoup les films d’époque. La catégorie cape et épées au cinéma m’amuse en effet, mais je n’en fais pas une obsession. En fait, c’est plutôt du côté des romans que j’aime bien ce genre, que ce soit sous la plume de Dumas ou d’Arturo Pérez-Reverte.
Sceneario.com : Lisez vous d’autres bandes dessinées ? Quel a été votre dernier coup de cœur pour une BD ?
Jean-François Bergeron : Je ne cacherai pas que je suis fan du travail de Marini ou encore Guarnido pour leur virtuosité artistique, de Loisel pour ses mises en scènes et ses découpages et de Velhmann pour sa façon impeccable et juste de raconter une histoire.
Je lis avec plaisir les séries suivantes : Le Marquis d’Anaon de Vehlmann et Bonhomme, La guerre des Sambre de Bastide, Mézil et Yslaire, Magasin Général de Loisel et Tripp ou encore Murena de Dufaux et Delaby, pour ne nommer que celles-là…
Côté belle découverte mentionnons La ligne de fuite de Benjamin Flao et RG de Dragon et Peeters. Sinon, j’espère de nouveaux Isaac le Pirate…
Sceneario.com : Votre dernier coup de cœur pour un roman ?
Jean-François Bergeron : La dernière aventure du capitaine Alatriste : Corsaires du Levant d’Arturo Pérez-Reverte (hé oui, une série de capes et d’épées !).
Sceneario.com : Votre dernier coup de cœur pour un film ?
Jean-François Bergeron : Ayant de jeunes enfants, j’ai eu droit depuis quelques années au visionnement d’une bonne sélection de films d’animation et de films jeunesse de tout acabit (quelques fois contre mon gré). Il faut avouer que les films de Pixar m’ont tous renversé et m’ont ramené à l’état de gamin à chaque fois! Sinon, ce serait plutôt du côté de mini-séries de HBO que ma femme et moi aimons regarder en DVD une fois les enfants couchés. Dans cette lignée, les deux saisons de Rome m’ont particulièrement éblouies !
Sceneario.com : Pour une musique ?
Jean-François Bergeron : "Escalader l’ivresse" d’Alexandre Désilets. De l’alternatif assez planant par moment.
Sceneario.com : Nous vous remercions beaucoup pour ce temps passé avec nous ;
Jean-François Bergeron : Tout le plaisir était pour moi !
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