SCENEARIO.COM : Emmanuel Roudier Bonjour, et merci d'avoir accepté de répondre à mes questions. Tu es dessinateur, scénariste et coloriste en bande dessinée, tu viens de sortir un premier album, peux tu te présenter un peu plus ?
Emmanuel ROUDIER : Bonjour à toi. Alors voyons… Je dessine des animaux préhistoriques et des fauves depuis que j’ai environ deux ans, j’ai dessiné tout un tas de bd noir et blanc ou couleur quand j’avais entre 10 et 12 ans… je ne sais pas, je me demande s’il n’y a pas un peu de prédestination… En réalité, j’ai lu beaucoup de bd étant gamin : Philémon (j’adore le travail de Fred ), Pif, Rahan (bien entendu), Conan (Buscema reste encore une de mes références) et bien d’autres… En grandissant, je me suis éloigné de la bd. Pour tout dire, j’ai même commencé des études d’archéo ! Mais finalement je me suis retourné vers le dessin et après un BTS de graphisme, je me suis lancé comme illustrateur.
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Emmanuel Roudier
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C’était bien, mais il me manquait quelque chose : raconter des histoires. Tout bien considéré c’est quand même l’essentiel de ce qui me motive à faire de la bd.
SCENEARIO.COM: Vo'Houna est ton premier album, et pour démarrer ta carrière en bande dessinée, tu choisis de parler de la préhistoire, pourquoi ce thème qui semble un peu méconnu sauf pour les amoureux de Rahan ?
Emmanuel ROUDIER : D’abord parce que la préhistoire me passionne depuis des années, et ensuite parce que justement, c’est un domaine encore assez mal connu du grand public ! Je m’explique : à force de lire des ouvrages sur nos ancêtres préhistoriques et les sociétés de chasseurs-cueilleurs, j’ai fini par me rendre compte du fossé énorme qui existe entre le savoir archéologique actuel et les idées reçues éculées qui circulent toujours. Du coup, il fallait absolument que j’essaie de partager ma passion, mes découvertes, ma vision de cette période extraordinaire !
Alors que j’avais renoncé à la bd après une première expérience infructueuse (il y a une dizaine d’années), je me suis soudain senti hyper motivé pour tenter l’aventure à nouveau, en me disant que la bd serait vraiment le mode de narration approprié pour partager mes visions (l’avantage du dessin, surtout quand il est réaliste, c’est qu’il n’y a pas plus explicite !). En tous cas, bien m’en a pris, puisque Vo'hounâ a pu voir le jour !
Donc pour répondre à ta question, le choix de la préhistoire est essentiel, puisque c’est la préhistoire qui m’a ramené vers la bd ! Quant à Rahan, j’adore, bien entendu, et je lis ses aventures depuis que je suis tout gosse, mais justement, j’avais envie de faire quelque chose de plus rigoureux sur le plan scientifique. Et en même temps – ça peut paraître paradoxal - j’avais envie de raconter une histoire où il y aurait aussi de la magie. Parce qu’il faut bien le reconnaître : la préhistoire, c’est avant tout du rêve et des aventures mystérieuses !
SCENEARIO.COM : Cette histoire est un mélange de fantastique, de magie, de réalisme, quelle est la part de réalité par rapport à la Préhistoire avec un grand P ? Combien de temps as-tu passé à étudier cette époque avant de créer Vo Houna ?
Emmanuel ROUDIER : Comme je te l’ai dit, la préhistoire est une passion de longue date, donc j’ai du mal à te chiffrer le temps passé à «étudier » la matière. Le sujet me passionne depuis l’enfance. Tout ce que je peux te dire, c’est que j’ai beaucoup lu sur le sujet et visité quelques sites depuis une douzaine d’années. Pour ce qui est des éléments de «réalisme », j’ai essayé de coller au plus proche des connaissances archéologiques actuelles : L’aspect physique des hommes de Cro-magnon ou des Néandertaliens, l’aspect des habitats, des armes, des vêtements, des techniques, du paysage, des animaux… tout ça a été documenté au maximum.
Quant à la magie, puisqu’elle est très présente dans l’histoire, c’est pareil : documenté au maximum ! La magie était essentielle parce qu’il me semble qu’elle devait faire partie intégrante de la façon de percevoir le monde de nos ancêtres. Alors pour essayer d’être fidèle à l’époque préhistorique même dans ce domaine, je me suis documenté sur les religions de la préhistoire, le chamanisme… Après cela, disons que je me suis lâché en me faisant plaisir, comme pour l’apparition des personnages hybrides mi-hommes, mi-animaux.
Ceci dit, les hommes-animaux, c’est un classique de l’art préhistorique : par exemple, le personnage de Thuriaq, lorsqu’il prend son apparence d’homme à tête de lion des cavernes, est inspiré d’une statuette en ivoire d’il y a trente mille ans représentant un homme à tête de félin !
SCENEARIO.COM : As-tu travaillé avec des personnes spécialisées comme des paléontologues, des conservateurs de musée, des passionnés ? As tu fais de réelles découvertes sur cette période ?
Emmanuel ROUDIER : J’ai contacté le musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye, qui m’a fourni de la documentation : essentiellement des images concernant des techniques de chasse, de taille de silex suivant les périodes, des reconstitutions de huttes, etc… Lorsque La saison d’Ao est parue, j’en ai envoyé un exemplaire au musée, et ils ont été ravis du travail que j’avais fourni sur le sujet ! Nous sommes donc actuellement en très bons termes. Depuis la parution de ce premier album, je suis rentré en contact avec quelques préhistoriens que j’admire, comme Jean Clottes ou Jean Courtin. Leur regard positif sur mon travail est une immense récompense à mes yeux ! Par ailleurs j’essaye d’entretenir des contacts avec des passionnés, le seul problème étant le manque de temps libre pour rencontrer des gens nouveaux (je suis actuellement sur un rythme de boulot stakhanoviste !)
Quant aux découvertes, à part ce que j’ai mentionné plus haut, disons que j’essaye de traduire dans Vo’hounâ tout ce que j’ai pu apprendre. Si par découvertes tu entends participation à des fouilles archéologiques, alors non, je n’ai pas encore participé à ce genre d’aventure de terrain. Mais pourquoi pas ?
SCENEARIO.COM : A propos de la réalisation de l'album proprement dit, comment s'organise t'on quand on fait tout ? Avant de dessiner les visages des héros, les avais tu déjà en tête ? Raconte nous la naissance de tes personnages !
Emmanuel ROUDIER : Je travaille de manière très ordonnée : je prends tout d’abord environ un mois pour faire mon découpage, écrire les dialogues, penser la narration (c’est important pour le rythme du récit), puis lorsque tout est calé je me lance dans les planches noir&blanc, ce qui est la plus grosse partie du travail de réalisation sur l’album. Et lorsque les planches sont toutes dessinées et encrées et que j’ai une vue synoptique sur l’ensemble de l’album, alors je commence à réfléchir à la couleur, scène par scène, puis je m’y mets pour la dernière ligne droite.
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Portrait de Vo'Houna en peinture
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Pour ce qui concerne la création des personnages, j’ai toujours en tête une assez bonne idée de leur aspect, qui m’est venue lorsque j’ai écrit l’histoire. Après tout, ils n’ont pas été créés n’importe comment ou simplement pour le plaisir de placer une trogne : chaque personnage sert une fonction narrative bien précise, et son aspect est fonction de l’intention ou de la sensation qu’il doit transmettre pour servir l’histoire (il peut d’ailleurs évoluer. Tu verras ça dans le tome 2).
Ensuite, il y a un certain nombre de facteurs qui sont fixés par la cohérence archéologique : par exemple, les premiers cro-magnons (les hommes-longs) étaient très grands et, venant d’Afrique par le Moyen-Orient sur des générations, avaient sans doute la peau matte et les cheveux sombres. Quant aux néandertaliens (les hommes-ours), ils étaient trapus et extraordinairement costauds, et étant typiquement européens (de l’ère glaciaire notamment), avaient très probablement le teint clair (c’est une question de vitamine D3, mais je ne vais pas rentrer dans les détails...).
Pour les visages, j’ai réalisé pas mal de croquis, essentiellement des personnages principaux, et bien sûr j’ai passé pas mal de temps à étudier et travailler le faciès néandertalien, de manière à le comprendre suffisamment pour pouvoir créer une certaine variété de visages différents (hommes, femmes, jeunes, vieux…) Evidemment, c’est Vo’hounâ qui m’a demandé le plus de travail, puisqu’il fallait qu’elle soit à la fois totalement néandertalienne d’aspect (proportion du corps, traits du visage…) et mignonne ! En gros : à la fois étrange et séduisante… avec des yeux de miel ! Quant à ses cheveux, il fallait qu’ils soient de la même couleur que la fourrure de l’ours des cavernes : brun-rouge, ça m’a paru bien.
SCENEARIO.COM : Comment travailles tu ? plutôt seul , en musique, la nuit ? Quel est ton rythme ?
Emmanuel ROUDIER : Je travaille seul, chez moi, presque jamais la nuit, parce que rien ne vaut la lumière du jour pour y voir clair et que je tiens à mes yeux. Quant à la musique, ça m’arrive d’en écouter en fond, mais en général j’essaye d’éviter : quoi qu’on fasse, la musique influence le dessin, ou plutôt l’esprit du dessin. C’est parfois imperceptible, mais je l’ai constaté : on ne fera pas le même dessin sur fond de musique baroque ou de funk ! Et ne parlons même pas du scénario : silence total exigé pour la concentration !
Pour ce qui est du rythme, je fais environ une planche en trois jours : un jour crayonné, un jour encrage, un jour pour la mise en couleur. Et comme je l’ai dit plus haut un gros mois pour les dialogues et le découpage (qui peuvent évoluer au fur et à mesure.)
SCENEARIO.COM : Les couleurs sont magistrales, comment sont –elles réalisées ? Et pourquoi les avoir faites tout seul ?
Emmanuel ROUDIER : J’ai fait les couleurs moi-même parce que j’avais vraiment envie de faire cette bd en entier, de A à Z, pour en maîtriser tous les aspects : C’est mon bébé.
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Etape crayonné de la planche 41
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Les couleurs ne sont pas choisies au hasard, et je préfère m’y coller et essayer de résoudre les problèmes tout seul. En plus, si je ne suis pas complètement satisfait du résultat, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même !
Techniquement, c’est de la mise en couleur sur « gris » (anciennement bleus), à l’acrylique.
L’acrylique me plait bien parce qu’on peut s’en servir comme d’une aquarelle ou comme d’une gouache, et que les couches successives sont imperméables : on peut vraiment superposer des couleurs sans risquer de dissolution. Surtout, ayant travaillé auparavant comme illustrateur en couleurs directes, style plutôt peinture, c’est vraiment le médium que je connais le mieux.
Pour cet album, je ne connaissais pas la technique de mise en couleur sur gris, et donc j’y suis allé à tâtons. Je pense que je ne m’en suis pas trop mal sorti. Mais plus ça va, plus j’ai l’impression que dans la couleur, ce qui compte le plus ce n’est pas la teinte, mais la lumière : graphiquement, pour bien marquer les contrastes et assurer une bonne lisibilité, et narrativement, pour créer une vraie atmosphère.
SCENEARIO.COM :Est-ce que cette histoire est déjà terminée dans ton esprit, si oui, combien de tomes y aura t-il ?
Emmanuel ROUDIER : Oui, l’histoire est déjà écrite, depuis un bon moment déjà. J’aurais pu en faire sept tomes délayés, mais j’ai opté pour une narration serrée. Le cycle est donc prévu en quatre albums, et je m’y tiendrai. J’ai écrit toute l’histoire d’un coup parce que je savais exactement où j’avais envie d’aller : ce que je voulais dire, le message que je voulais faire passer… Et donc toute l’histoire a été bâtie autour de ces intentions. Qui plus est, cela me paraît important de connaître l’histoire à l’avance pour pouvoir bien maîtriser les affaires de rythme, les rebondissements, et jouer un peu avec le lecteur : lui donner des indices de la suite, lui donner des pistes pour anticiper et avoir envie de connaître ce qui va venir.
SCENEARIO.COM : Et puis voilà, l'album est dans les bacs, le public vient à ta rencontre et Angoulême t'attribue le prix "Décoincer la bulle 2003" de Leclerc et Bodoï élu par un groupe de grands auteurs tels que Van Hamme, Arleston .... quelle réussite , félicitations !
Est-ce que, concrètement, ça va t'apporter quelque chose ?
Emmanuel ROUDIER : Merci beaucoup. Concrètement, cela m’a apporté plusieurs choses : d’abord, un grand plaisir et un gain considérable de confiance. Dans tous les métiers de création il est assez fréquent de douter, alors avoir à la fois des pointures du scénario (VanHamme, Arleston, Yann, Christin et Dufaux) et le public qui remarquent et apprécient votre travail, c’est vraiment dynamisant, ça donne envie d’aller de l’avant avec beaucoup d’énergie.
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Etape noir & blanc de la planche 41
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Ensuite, toujours concrètement, ça m’a un peu donné la garantie de pouvoir me lancer sur le tome 2 ! Parce que sinon, faut bien dire ce qui est, c’était pas acquis ! Autrement, je suppose que ce prix va relancer les ventes de l’album d’une manière ou d’une autre, mais ça, c’est pas concrètement, puisque je ne connais pas encore les chiffres officiels. Je sais simplement qu’il y a eu une mise en place dans les centres culturels Leclerc, et puis l’album a fait l’objet d’une réimpression…
SCENEARIO.COM : Le nombre d'éditeurs de bandes dessinées est énorme, qu'est-ce qui fait que ton choix a été vers Soleil plutôt spécialisé dans l'Héroic Fantasy ?
Emmanuel ROUDIER : Il y a une dizaine d’années, pour mon premier projet de BD, où je n’étais que dessinateur-coloriste, j’étais allé voir toutes sortes de maisons d’édition. Mais bon, le projet n’était pas vraiment au point, moi-même je n’étais pas vraiment au point, et donc ça n’a pas marché. Je n’en ai pas fait une montagne, mais j’en ai gardé le souvenir d’une grande perte d’énergie pour rien.
Conséquence : quand il a fallu démarcher pour le projet Vo’hounâ, j’ai volontairement décidé de limiter le nombre d’éditeurs que j’irais voir, en éliminant tous ceux que j’avais vu il y a dix ans, dont je n’avais pas un bon souvenir, assez stupidement sans doute, et en ne conservant sur ma liste que les éditeurs susceptibles 1) d’engager des auteurs débutants, et 2), de pouvoir payer suffisamment d’avances sur droit pour vivre. Moralité, il restait sur ma liste Delcourt et Soleil (mais il est vrai aussi qu’il y a un nombre impressionnant d’éditeurs dont j’ignorais tout bonnement l’existence).
Etant à Paris, je suis d’abord allé voir chez Delcourt. Le projet les a intéressé, on a retravaillé des planches, mais finalement ils n’ont pas donné suite. Pendant ce temps là, j’étais passé voir Soleil, et ils ont tout de suite dit Banco ! C’était parti. Quant à l’image de Soleil spécialisé dans l’Héroic Fantasy, j’y ai pensé, bien entendu, mais après tout, ayant moi-même bossé pas mal pour les jeux de rôle, je n’ai rien contre l’héroic fantasy, bien au contraire, même si j’en ai assez peu en bd dans ma bibliothèque.
Disons simplement que je suis content de contribuer à diversifier le catalogue de Soleil.
SCENEARIO.COM : Comment se passent tes rencontres avec le public, en as tu besoin ?
Emmanuel ROUDIER : Ecoute, les rencontres avec le public se passent plutôt très bien la plupart du temps. Bizarrement, alors que je suis d’un tempérament assez peu expansif, je me trouve souvent bavard en dédicaces ! En fait, je suis vraiment content de rencontrer des lecteurs, qu’ils aient lu ou non mon album, et ça ne me pose pas de problème de causer en dessinant, alors…
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Etape couleur de la planche 41
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Je ne sais pas si on peu dire que j’en ai besoin, je ne crois pas, mais disons que c’est vraiment agréable - pour l’instant ( et dans la mesure où je n’ai pas à subir un rythme frénétique) !
SCENEARIO.COM : Le rôle de la médiatisation via le net est de plus en plus important, est-ce que tu y es sensible ? Et est-ce que tu te fies aux avis que l'on trouve sur des sites comme Sceneario pour t'aider à choisir tes lectures ?
Emmanuel ROUDIER : En fait je découvre tout juste les sites web concernant la bd ! Jusqu’à il n’y a pas très longtemps, je n’avais pas d’ordinateur alors bien sûr, sans ordinateur, pas d’internet…. Mais depuis que je les découvre, je trouve la plupart de ces sites très complets et très bien faits. Sceneario, par exemple.
A mon avis c’est une excellente chose, étant donné le relativement faible nombre de périodiques consacrés à la bd. Cela permet de multiplier les points de vue, le nombre des albums chroniqués et je pense que ça contribue certainement à cette bonne santé que connaît la bande dessinée en ce moment. Seulement, pour tout dire, j’achète relativement peu de bd, et pour choisir les quelques albums que j’achète, je fais comme beaucoup : je me fie surtout au bouche à oreille (et à mes goûts personnels bien entendu).
SCENEARIO.COM : Quelles sont tes influences artistiques, ou tes goûts en général ?
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croquis de recherche de Thuriaq le sorcier
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Emmanuel ROUDIER : C’est vraiment varié. Comme je te l’ai dit, j’achète relativement peu de bd, donc je ne vais pas te donner cent-mille noms d’auteurs que j’admire… Ceux qui me viennent à l’esprit le plus rapidement sont Comès et Tardi. Je sais, c’est assez loin de ce que je fais moi-même, mais au moins, quand je regarde leur travail, |
j’ai toujours l’impression de découvrir quelque chose, cela me fait progresser de voir leur façon de dessiner. Et surtout j’aime beaucoup ce qu’ils ont à dire : ils ont tous les deux un regard à la fois poétique et critique sur la société et les rapports humains et on sent dans leur création une envie de changer la vie… C’est tout ce qui me plait !
En fait pour l’essentiel j’essaye de ne pas cantonner mon regard à la bd, ce serait sans doute sclérosant. Alors je lis beaucoup, je regarde de la peinture, de la sculpture… et surtout j’observe la nature dès que j’en ai l’occasion : c’est mon influence artistique majeure ! Et puis c’est la garantie de ne pas trop copier le style de quelqu’un d’autre, mais plutôt d’affiner le sien, d’essayer de comprendre comment les choses sont faites, qu’est-ce qui émane d’elles…
Ah et aussi, j’allais oublier : En matière de cinéma je suis un fan absolu de Kurosawsa ! Quand je regarde des films comme Dersou Ouzala, les Sept samouraïs ou le Château de l’araignée (d’après Shakespeare), ça me donne des ailes : c’est profond, intelligent, d’une force incroyable. Tout est maîtrisé à la perfection chez Kurosawa : les cadrages, la lumière, le rythme, le propos… On peut regarder ses films trois cent fois sans jamais se lasser. A chaque fois c’est une leçon magistrale. Il ne faisait pas de la bd, mais c’est un modèle quand même.
SCENEARIO.COM : Quels sont tes projets ?
Emmanuel ROUDIER : Vo’hounâ. D’abord le tome 2, puis le 3, puis le 4. Ensuite on verra. Mais j’ai bien quelques idées par-ci par-là, et quelques projets dans mes tiroirs. Assez peu, parce que je n’aime pas me disperser, mais comme il faut quand même quelques années pour qu’un projet mûrisse et qu’il devienne bon, disons que je commence à poser les bases d’une ou deux autres histoires, préhistorique et pas préhistorique. En plus de ça j’ai aussi un projet en chantier avec un ami, mais ce n’est pas pour l’immédiat. L’immédiat, c’est Vo’hounâ.
SCENEARIO.COM : Emmanuel, merci et à très bientôt pour la suite de cette aventure qui doit sortir quand ?
Emmanuel ROUDIER : La sortie du tome 2 est prévue pour fin octobre, et crois-moi, je fais vraiment mon maximum pour m’y tenir !
Merci à toi, Marie.