Sceneario.com: Tout d’abord on va commencer par la même question d’intro, peux-tu nous raconter ton parcours jusqu’à maintenant !
Saimbert :Après quelques folles errances à la Fac, je suis rentré comme guichetier à la Caisse d’Epargne. Mais au bout de quelques années de bons et loyaux services, je me suis vu finir ma vie derrière mon guichet en train de faire des dépôts retraits toute la journée. J’ai tout plaqué du jour au lendemain pour me lancer dans la voie beaucoup plus périlleuse de l’écriture. J’ai commencé par le roman. Parallèlement, je me suis mis à écrire des scénarios de Bande Dessinée, cette dernière ayant nourri le feu de mon imagination depuis toujours. Finalement, le scénario des Processionnaires a retenu l’attention d’un éditeur (Albin Michel en l’occurrence). J’ai eu beaucoup de chances car un scénario envoyé sans planches a fort peu de chances d’être lu… surtout quand on débute ! Les éditeurs privilégiant les projets complets.
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Sceneario.com: Quels sont les artistes qui t’ont « guidé », qui t’ont inspiré ? J’ai lu quelque part que tu avais notamment été marqué par les scénaristes de comics comme Bruce Jones !
Saimbert:J’ai toujours été passionné de fantastique et de Science-fiction. Bien sûr, je ne pourrais éluder le romancier Henri Vernes dont l’œuvre foisonnante a nourri ma jeunesse à travers sa série culte « Bob Morane ». Cet auteur a su marier avec dextérité tous les genres et les superbes couvertures de Joubert incendiaient mon imaginaire. Je collectionne d’ailleurs les différentes éditions pour avoir toutes les couvertures réalisées par ce dernier.
Plus tard, il y a eu bien évidemment la découverte des Comics avec les éditions du Marvel Comics Group : Strange, Spécial Strange, Fantax, Marvel, Titans, etc. Certains titres témoignaient déjà d’une maturité et d’une violence qui s’éloignaient du manichéisme de la plupart de ces séries. Je parlerai de la série « Conan » ou de la série « Adam Warlock » (La mort d’un Dieu » par Jim Starlin est vraiment un must). Je parle bien entendu des versions non censurées éditées par les éditions Arédit/Artima.
Enfin dernier choc avec l’humour très adulte du journal Pilote et des Hors série de « L’Echo des Savanes » Spécial USA.
J’ai découvert la violence débridée de Pépé Moreno (à travers ses nouvelles de SF), les dialogues incisifs et la brutalité des univers de Bernet et Abuli (Torpédo), la poésie des univers de Will Eisner (Big city), la cruauté et l’âpreté des nouvelles de Bruce Jones : je le répète, il faut avoir lu « Rex et moi ». Tragique et cruel : inoubliable.
Et bien sûr, les somptueuses nouvelles de SF illustrées par Gimenez.
Plus tard, est venue se greffer la nouvelle vague des auteurs francophones qui ont amené la Bande Dessinée à devenir un art majeur. Il y a malheureusement trop d’auteurs pour tous les citer.
Sceneario.com: Jones formait aussi une très bonne équipe avec Corben à cette époque, je me souviens d’histoires comme « You’re a big girl now » qui étaient traduites dans « comics usa », je crois !!! ces petites histoires étaient des bijoux de synthèse fantastique. N’as tu jamais eu l’envie toi aussi de t’essayer à ce genre d’exercice ?
Saimbert: La nouvelle dont je parle était également dessinée par Corben ! Un pur bijou. J’aime beaucoup ces nouvelles fortes, tranchantes et… concises. Développer une histoire aussi captivante en quelques planches est un exercice très difficile. Je m’étais lancé dans l’écriture de nouvelles il y a quelques années de cela. L’une d’entre elles (Disaster day) avait été publiée dans le magazine Bachi-Bouzouk en 1999 en partenariat avec le dessinateur Guido Guidi.
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Sceneario.com: Tu commences la BD avec « Les processionnaires » aux côtés de Sera.
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Dans cette série, tu mets plus l’accent, comme dans « Les âmes d’Hélios », sur la quête et le parcours « initiatique » des personnages, que sur des véritables récits d’aventure ! La narration est, aussi, très lente, elle demande aux lecteurs de s’imprégner et de découvrir avec le personnage principal cet univers. Ces questions de rythme, comment les gères-tu ? Comment s’écrit une séquence des Processionnaires ?
Saimbert: Il faut savoir que Sera n’a pas adapté les douze dernières planches de l’opus un : il a préféré développer l’atmosphère étrange et métaphysique de cet univers. Le rythme était beaucoup plus soutenu avec davantage de happenings. L’univers graphique de Sera est très pictural et ne supporte pas un découpage classique. C’est un choix que je respecte. Je dois avouer que sa mise en couleur très picturale, aux atmosphères crépusculaires immerge totalement le lecteur dans cet univers angoissant et étouffant. Beaucoup de lecteurs m’ont dit avoir été pris à la gorge à la lecture de ce projet.
Sceneario.com: Dans ces histoires, le « spirituel », le « mysticisme » ne sont pas que des éléments du décor mais carrément le centre des univers. Dans « les processionnaires », ils doivent faire face au poids de leur « condamnation » et dans « les âmes d’Hélios » on a carrément affaire à une sorte de secte inquisitrice. N’ont-ils d’autres moyens que de co-exister avec ces forces supérieures ?
Saimbert: Mysticisme et spiritualité irriguent effectivement ces deux univers. Il s’agit curieusement de deux projets que j’ai écrits la même année. Ils correspondent à une période de ma vie assez difficile. Je ne savais pas ce que je voulais faire et il est sûr que mes états d’âme à l’époque transpirent dans ces deux projets.
Farman, en rejoignant la Procession, était-il si éloigné de moi ?... Quoiqu’il en soit, ces deux univers sont très allégoriques. Mais mes héros, quoiqu’ils soient les victimes dans ces deux univers (assez proches finalement l’un de l’autre) se battent pour en sortir. Rage et détermination caractérisent les héros de ces deux séries.
Sceneario.com: « Les Processionnaires » est une trilogie n’est-ce pas ? Et la rencontre avec Sera ?
Saimbert: Au départ, je voulais développer une série sur 5 ou 6 épisodes mais Albin Michel a préféré une trilogie (ce qui était plus sage vu que je débutais). Tout a commencé en 1997 par l’envoi du scénario à divers éditeurs. Quinze jours plus tard, Elisabeth Haroche, directrice de collection chez Albin Michel m’appelait pour me dire que le concept était intéressant mais demandait quelques retouches : séquence d’ouverture plus accrocheuse, dialogues moins scolaires, plus de happenings.
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Après plusieurs versions et un an et demi d’attente, Albin Michel approuvait mon scénario et me proposait Sera.
Au fil du temps, je me suis rendu compte que Sera et moi-même n’avions pas la même vision du projet : c’est un auteur entier qui a imprimé un côté très surréaliste dès le second épisode. Dans mon esprit, « Les Processionnaires » était avant tout un récit d’aventures métaphysiques avec comme toile de fond, une allégorie sur le Purgatoire.
La première qualité d’un scénariste étant la diplomatie, je lui ai laissé les mains libres pour interpréter mon scénario lors du troisième opus de la série et mieux me concentrer sur un second cycle (en partenariat avec un nouveau dessinateur).
Sceneario.com: Après tout l’univers graphique est très particulier, est ce que ça a influé sur ton écriture pour les tomes suivants ?
Saimbert: Juste après le contrat du premier épisode, j’ai écrit les deux derniers tomes de la trilogie. Mais bien entendu, j’ai dû repenser l’intégralité de mes scénarios et éluder nombre de séquences pour me mettre en accord avec le style de Séra.
Sceneario.com: Comment s’est passé la conception de ce projet si particulier (la documentation, les recherches,) ?
Après tout ça a certainement demandé un gros travail de symbolique, de recherche sur des ouvrages de référence… !
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Saimbert: Le projet est né d’un reportage télévisé sur les gens qui disparaissent et que l’on ne retrouve jamais : l’explication que j’aie retenue est la plus métaphysique. J’ai donné ma vision du Purgatoire, une approche de l’Au-delà : Dieu (ou quelque soit le nom qu’on donne à la « Matrice » primaire) est une tortue marine qui pond ses œufs sur la berge et s’en retourne à la mer sans se retourner. Il donne la vie mais n’assure pas le service après-vente. Cependant, il n’aime pas que ses rejetons viennent salir la pureté du bain originel. Mais Dieu est-il vraiment interventionniste ou se contente-t-il, en tant qu’observateur privilégié, de faire le ménage dans la fourmilière de sa création ?… Un ménage parfois cruel et injuste car il est évident que certains des Processionnaires étaient au mauvais endroit, au mauvais moment… « Tous les coupables n’entreront pas dans la Procession… tous les innocents n’en sortiront pas ».
Un scénariste est une éponge qui s’imprègne de tout ce qu’il voit et entend. Une image dans un film, une musique envoûtante, un reportage captivant, une belle anecdote et voilà que se tisse la trame d’une nouvel univers. L’élément symbolique dont je suis le plus fier (excusez cet excès d’enthousiasme) est certainement le titre : les processionnaires sont également des chenilles (fort courantes dans ma région) qui se déplacent à la queue leu leu, apparemment sans but et qui sont fort nuisibles. Malheureusement beaucoup d’autres éléments allégoriques ont été supprimés mais peut-être pourrais-je les reprendre dans le second cycle (en particulier le Cénoté : le puits dans lequel les Mayas jetaient leurs offrandes. Il s’agissait ici d’un sas dans lequel devaient se jeter les processionnaires pour passer d’un monde à l’autre). Ce ne seront ni les mêmes personnages, ni la même histoire, ni le même lieu et temps mais cela restera… les Processionnaires.
Sceneario.com: Les voyages dans le monde des esprits, des morts est souvent un moyen de parler des vivants, que ce soit Dante, Homère ou plus récemment Buzzatti ou Banks ils ont tous voulu se servir de ce genre d’allégorie pour mettre en exergue une certaine humanité, quel serait ton message ?
Saimbert: Il serait bien présomptueux de ma part de vouloir faire passer un message. Mais il est un fait que tous mes univers sont très allégoriques. Il y a une constante entre l’univers des « Processionnaires » et des « Ames d’Hélios » : on retrouve cette fameuse « part de cristal » (l’expression n’est pas de moi), cette étincelle d’Humanité qui fait que tout être humain peut trouver sa Rédemption… même les êtres les plus vils. Il y aussi cette idée qu’avec du courage et de la détermination, chacun peut échapper à son destin… ou bien le réaliser.
Sceneario.com: Dans « les âmes d’Helios » ton travail est différent, tu m’as dit avoir fait énormément de travail de préparation, de documentation, peux tu nous parler de ces recherches et du concept de base ! Ainsi que ta rencontre avec Roberto Ricci !
Saimbert: Là encore, tout est parti de l’un des nombreux reportages sur la secte de l’OTS (ordre du Temple Solaire). Je me demandais comment des gens censés et cultivés pouvaient se laisser embrigader, croire à tels délires. J’ai donc entrepris des recherches complémentaires et de ces dernières est né l’univers d’Hélios : mystique du Soleil, rites initiatiques, société structurée en castes, transit des âmes, décorum moyenâgeux, fidèles isolés dans un lieu clos, fanatisme religieux, arche devant abriter les « Elus », planète « paradisiaque » attendant ces derniers, etc. Tous ces éléments et bien d’autres se retrouvent dans mon univers. La mythologie (Hélios, Eridan, etc.) et les atmosphères de nombreux films cultes (à mes yeux) ont également nourri mon imagination.
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Comme pour la plupart de mes collaborateurs, j’ai rencontré Roberto suite à une annonce passée sur Internet. Nous avons fait un bout d’essai et ce dernier s’étant révélé plus que concluant, nous avons travaillé pendant plusieurs mois sur le dossier de présentation.
Sceneario.com: L’univers d’Hélios est un univers très complexe, parfois rébarbatif, j’ai l’impression que tu as mis, peut-être, trop d’éléments dans ce premier tome ! C’est un univers très lourd de sens avec un contexte religieux incroyablement présent. Etait-il nécessaire d’aller si profondément dans la complexité ?
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Saimbert: Le premier opus des « âmes d’Hélios » est effectivement très dense. Mais je voulais placer tous les éléments de cet univers, immerger le lecteur dans ce dernier. J’ai donc privilégié l’étude psychologique des principaux personnages avant de laisser place à l’action dans le second opus. Et je peux vous dire qu’action et décors surprenants seront au rendez-vous.
Le contexte religieux est effectivement omniprésent car depuis quelques années, sectes millénaristes et intégrismes religieux occupent le devant de l’actualité. Les âmes d’Hélios n’est que le reflet de cette tragique actualité.
Mais je le répète, si l’univers est sombre, tourmenté et parfois désespéré, il reste en chacun de mes personnages cette « part de cristal », cette flamme qui nous aide à oublier l’âpreté de mes univers.
Sceneario.com: Combien de tome y aura-t-il dans cette série ?
Saimbert: Normalement, la série est prévue en 6 tomes. Mais tout dépendra de l’accueil du public et de l’impulsion que je saurais donner au projet, des chemins que j’aurais envie de développer. Quoiqu’il en soit, la fin est déjà écrite dans ma tête.
Sceneario.com: Au bout du compte, ces histoires ne s’inscrivent pas dans un genre particulier. Comment les définirais tu ?
Saimbert: « Les Processionnaires » est quand même une série qui s’inscrit dans le pur fantastique. « Les âmes d’Hélios » est plus difficile à cerner. Ni Science-fiction, ni Héroïc-fantasy, ni Fantastique… mais cela ne me dérange pas car j’adore le métissage des genres.
Sceneario.com: Ton travail s’éloigne malgré tout des codes habituels ! Quel regard portes-tu sur ces soi-disant règles, ces formatages ?
Saimbert: Déjà, il y a une chose que je ne supporte pas : l’affligeant « happy end » qui nous vient des States ! Directement issu des bureaux marketing des majors qui décident, lors de previews, de la fin d’un film. Quand on pense que sans la détermination de Terry Gilliam avec « Brazil », la fin magnifique du film aurait été gâchée par les exigences du marketing ! Et je ne parle pas du monstrueux gâchis perpétré en retouchant la fin du film « Incassable » ! Voilà l’exemple type de ce « politiquement correct » qui vient gangrener la liberté d’expression. Pourquoi a-t-on ajouté ce commentaire pétri de morale, expliquant au spectateur que le héros avait fait son devoir en dénonçant le Hérault des forces du mal à la police ?!!! Amputant au passage une réplique magnifique !!! La fin originale était non seulement plus forte, plus tragique mais aussi plus ambiguë. Pitoyable et consternant !
Pour résumer, je n’aime pas trop les produits formatés et ma préférence va aux œuvres métissées.
Sceneario.com: Neanmoins il semblerait que ces « règles » soient aussi, pathétiquement, une façon de rassurer les lecteurs ou les investisseurs ! Une sorte de normalité !
Saimbert: Mais le rôle d’un éditeur est justement d’ouvrir de nouveaux horizons, de proposer des œuvres et des sujets parfois hors normes. Bref, de prendre des risques en cassant ces diktats marketing. Certaines œuvres difficiles trouvent leur public. Et deviennent même cultes.
Sceneario.com: Quels sont tes prochains projets ?
Saimbert: Les éditions Albin Michel m’ont renouvelé leur confiance en me signant une nouvelle série Thriller : en partenariat avec le dessinateur Andréa Mutti. J’ai eu beaucoup de chance qu’Andréa mette son talent au service de ce projet. D’autant plus que le coloriste, Angelo Bussacchini a une technique fort originale de mise en couleur à l’huile. Quand on voit les planches originales, on retrouve la texture et les senteurs d’une peinture (je ne puis vous en dire plus sur sa technique de travail car il garde jalousement son secret !). Il s’agit là aussi d’une histoire de rédemption avec une fin… surprenante. Parallèlement, je prépare trois nouveaux projets avec divers dessinateurs. De longs mois de préparation sont encore nécessaires avant que nous ne présentions les dossiers aux éditeurs.
Sceneario.com: J’aimerais maintenant qu’on aborde un aspect plus technique, on a tout à l’heure parlé de recherches, de travail préparatoire, pourrais-tu nous raconter ta façon de travailler de manière générale sur un scénario, sur une série ! comment se structure ton scénario, comment tu construis ton dossier pour les éditeurs et la marge de liberté que tu donnes aux dessinateurs !
Saimbert: Tout d’abord, je cherche un concept : le fameux « pitch » cher aux américains. Si je sens que ce dernier peut être porteur, je prends des dizaines de notes, écrit un synopsis de 2 à 3 pages puis esquisse quelques séquences. Ensuite, j’entame l’écriture de mes 46 planches.
Je sais toujours où je vais, comment finit l’album et il ne me reste plus qu’à ajuster les différentes séquences de l’album. En essayant d’alterner scènes légères avec d’autres plus violentes ou dures psychologiquement. L’alchimie n’est pas toujours facile à trouver.
Il est à noter que j'écris en découpage implicite (je donne souvent des indications en suggérant plutôt qu'en imposant des plans).
Une fois que le scénario est écrit, il me faut trouver le dessinateur dont l’univers graphique et les goûts se marieront avec mon histoire.
L’étape suivante est celle des croquis préparatoires. Etape capitale et qui peut durer des mois : il nous faut inventer un univers et fixer tous les principaux décors et personnages.
J'ai une vision très cinématographique de mon travail de scénariste: le dessinateur/réalisateur adapte à sa façon le scénario, il choisit les cadrages, la focale et place la caméra où il veut. Les scénaristes de cinéma font de même… pour la simple et bonne raison que les réalisateurs sont les mieux placés pour savoir où poser la caméra. Je laisse donc énormément de liberté au dessinateur quant à l'adaptation de mon découpage. Et je peux vous dire que mes dessinateurs apprécient !
Sceneario.com: Finalement on voit apparaître actuellement des logiciels d’aide à l’écriture de scénario, de story-board, la technologie explose en ce moment avec Internet, comment ressens-tu cette nouvelle dimension ? Ce nouveau média repousse les limites de la communication, mais offre aussi une pseudo proximité !
Saimbert: Je me suis effectivement intéressé à ce genre de logiciels mais ils ne sont utiles que pour l’écriture de scénarios destinés au cinéma ou au théâtre. Dans ces derniers cas, ils semblent simplifier la mise en forme des scénarios.
Par contre, Internet a réellement révolutionné ma vie professionnelle dans le sens où il a élargi mes horizons artistiques en me permettant d’entamer des partenariats avec des artistes habitant à l’autre bout de la France (j’habite dans le Sud-ouest) mais également Belges, Italiens, Brésiliens et Américains. On peut véritablement parler de « village mondial ». L’anglais se révélant, qu’on le regrette ou non, la langue universelle.
Sceneario.com: Avant de te laisser pourrais-tu nous dire quels sont tes coups de cœur actuellement et tes coups de gueule !
Saimbert: Je vous livre quelques flashs, quelques instantanés :
Mes coups de cœur : le souvenir de l’émission « Des racines et des ailes » sur les célibataires à la recherche de l’âme sœur. Une formidable leçon d’humanité.
« American Beauty » que j’ai revu hier. La séquence de la poche plastique ballottée par le vent est sublime de poésie et de mélancolie. Les muses (et oui, j’y crois dur comme fer !) qui caressent mon esprit depuis quelques années et qui font que je suis toujours surpris… d’avoir pu coucher autant de choses sur ma page blanche. Je ne sais plus qui a dit : « Je déteste écrire mais j’adore avoir écrit ! ». Mme Lotti, cette infirmière qui se bat seule contre le Sida en Côte d’Ivoire et qui a eu cette phrase terrible : « Les riches meurent du Sida et les pauvres en crèvent ! ». Bref, beaucoup de petites choses ténues qui font aimer la vie.
Coups de gueule : Hormis la guerre en Irak où les américains, au mépris du droit international, ont remplacé le boucher de Bagdad par les équarrisseurs de la Foi, il se trouve que j’ai été particulièrement « énervé » par les propos d’un réalisateur. Ce dernier parlant de son dernier film a expliqué « qu’il avait fait des milliers de castings, visionné des dizaines de cassettes pour trouver l’interprète qui manquait à son film ». Par une chance incroyable, il a trouvé LA perle rare – par le biais d’un agent. Et cette dernière n’était autre… que la fille d’une star bien connue. Il s’agit bien entendu… d’une totale coïncidence. Je ne mets pas en cause le talent de cette artiste mais j’ai quelques amis qui galèrent depuis des années dans le cinéma et je puis vous assurer qu’ils ont trouvé cette « coïncidence » quelque peu désespérante. Et aussi, savoir qu’avec 1% des revenus de la bourse, on nourrirait la planète. Et savoir que des millions de terres arables disparaissent tous les jours et… et… et… bref, la connerie humaine est un puits sans fond !