
Des Pieds Nickelés au cdrom, Raymond Maric : une carrière.
Interview réalisée par Marie en Octobre 2003 au domicile de Raymond Maric
La fiche de Raymond Maric
Conversation...
SCENEARIO.COM : Bonjour,
et merci de me recevoir pour cette interview.
Vous êtes principalement scénariste mais vous avez plusieurs cordes à
votre arc, vous avez fait et vous faites encore de nombreuses choses,
vous avez 76 ans, vous avez 50 ans de carrière....alors devant un tel parcours,
j’ai d’abord envie de dire bravo et de vous demander de m’aider à vous
présenter aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore.
Raymond MARIC: J’ai 60 ans de carrière ...
SCENARIO.COM : Et toujours actif ? |
Raymond MARIC |
| Raymond MARIC:
Oui ;-) bien là j’ai fait un album pour Vent d’Ouest, j’ai fait un scénario
sur les avocats..
(interruption par un coup de téléphone...)
Alors mes débuts ! Oui... donc j’avais un copain de lycée qui me dit : «
Tu ne veux pas faire de la bande dessinée ? » . Son père était en relation
avec le gérant d’un hebdomadaire illustré pour « fillettes » intitulé
« Cendrillon ». C’est dans ce journal que je fis mes débuts en 1943 -
j’avais alors 16 ans - avec une histoire en trois demi-planches « A bout
de forces ». Cette histoire fut bientôt suivie d’une autre en dix planches
« Jean et Jeannine ».
Après la libération en 1946, je fus embauché dans une société « Les Voix
Françaises ».
C’était une nouvelle société d’édition qui se créait à Nice et qui faisait
des albums à l’italienne, en 8 pages , en n&b avec une couverture couleur..
Finalement, j’ai commencé à bien gagner ma vie jusqu’au jour où il a fallu
que je parte au service militaire. Alors, un copain m’a dit : « Mais tu
as quand même fait 9 mois de résistance ,tu ne devrais pas avoir ton service
militaire à faire ! »
Et oui, mais je n’avais pas les papiers officiels, je n’avais rien, et
même en recherchant les gens, je n’ai pas pu trouver à temps et j’ai fait
mon service militaire.. et en rentrant du service, « Les voix françaises
» avaient déposé leur bilan.
A ce moment là, je me suis dit « Qu’est-ce que je vais faire ? » A mes
débuts, je signais Chiav qui est le début de mon véritable nom et je suis
allé proposer des caricatures sportives à un quotidien de Nice (puisque
je vivais à Nice à l’époque ) « L’Espoir» c’était le quotidien du soir
du « Combat » , et on m’a pris une composition qu’on passait tous les
samedis. Tous les samedis, j’avais une composition sur le match de foot
de l’équipe de Nice et puis au bout d’un certain temps, je me suis dit
qu’un seul dessin par semaine, ça ne nourrit pas son homme alors j’ai
cherché. Et j’avais un copain qui avait un peu encré pour moi au début,
qui s’appelait Maccario et je lui ai dit : Est-ce que tu ne voudrais pas
aller présenter les dessins au journal concurrent. Alors, il y est allé
et a présenté les dessins légèrement différents car je les faisais d’un
côté à la plume et de l’autre, au pinceau.
Le second quotidien a accepté d’engager le dessinateur en question. Pour
la signature, en prenant les lettres de Maccario, on a créé le pseudonyme
de Maric.
Voilà, l’origine du nom ;-) C’était dans les années 49/50 à peu près,
et là pendant x temps j’ai travaillé des deux côtés en même temps mais
un jour ils s’en sont aperçus parce que les caricatures se ressemblaient.
Alors je suis allé voir les gens de « L’Espoir » et je leur ai dit : "Vous
avez été les premiers à me faire travailler, je reste chez vous mais les
autres me passent un dessin tous les jours ... voilà, comme ils n’ont pas
voulu en faire autant, alors je suis passé définitivement au « Patriote
». J’y suis resté jusqu’à mon mariage en 54...quand j’ai rencontré ma femme.
Pellos me disait toujours : « Mais qu’est-ce que tu fous à Nice, viens
à Paris... » Mais moi, je faisais une carrière de journaliste sportif, caricaturiste,
et je faisais un truc qui m’amusait beaucoup, c’est la critique des spectacles
! J’avais une vie rêvée.... Puis j’ai rencontré ma femme qui habitait Paris,
et un beau jour je me suis demandé « Est-ce que je vais à Paris ou est-ce
qu’elle vient à Nice ? » Finalement, ma femme m’a dit que j’aurai beaucoup
plus de possibilités sur Paris.
Les Pieds Nickelés par Pellos |
SCENARIO.COM
: Et puis ça vous a souri ..
Raymond MARIC : Oui ! C’est à dire que ma femme ne s’est jamais
intéressée à la bande dessinée. C’est un monde qui lui est étranger. Mais
je dois dire que c’est grâce à elle... Elle m’a beaucoup aidé au début car
c’était très difficile. Pellos m’avait dit, moi je vais te piloter, mais
Pellos n’était pas là ! Comme il passait 6 mois aux sports d’hiver...je
me suis trouvé tout seul en connaissant peu de monde sauf un journaliste
de l’Equipe que j’avais connu à Nice, il y a longtemps, qui s’appelait
Jean Helté, qui était responsable secrétaire de la rédaction de l’Equipe.
En fait, on était en vacances à Nice et le photographe du journal (parce
que mes parents n’avaient pas le téléphone) a reçu un coup de fil de la
rédaction de l’Equipe qui cherchait à me joindre pour m’offrir un poste
de secrétaire de rédaction. Alors il est venu tout de suite me prévenir
mais ma femme m’a dit « Qu’est-ce que tu veux faire ?, Faire de la bande
dessinée ou revenir dans le journalisme ? » J’ai dit, je préfèrerais faire
de la bande dessinée, alors elle m’a répondu « C’est simple, actuellement,
je gagne assez bien ma vie pour deux, et tu peux continuer » Et elle a
eu raison !
Et après, peu à peu c’est parti !
SCENARIO.COM : Voilà !
Raymond MARIC : Voilà... Mais c’est parti parce qu’à ce moment là
il y avait une confraternité extraordinaire, parce qu’on n’était pas nombreux.
... Pellos m’a présenté à la Parisienne, la Parisienne m’a donné du boulot
.
Ensuite j’ai connu Fusco, et à ce moment là, on m’a donné un supplément
à faire pour un journal disparu qui s’appelait « Telstar », et je faisais
un supplément pour enfants. Je dessinais 3 pages ; une page, c’était Fusco
sur un scénario d’un copain qui , un jour a totalement disparu en nous
laissant au milieu du scénario. C’est moi qui ai repris le scénario et
j’ai cherché quelqu’un qui l’a remplacé et puis, le journal ayant disparu,
le supplément est passé aux oubliettes.
Ensuite, chez Broussard, à la Sagédition, ils m’ont donné à faire beaucoup
de personnages qu’ils avaient eux, c’est à dire « Valentin », « Poldinet
» etc.. qui paraissaient dans des petits formats... j’ai fait des trucs
italiens, j’ai même dessiné plusieurs épisodes de « Pépito ».
J’étais le dessinateur, pratiquement sans grande personnalité. On me disait
« Est-ce que tu peux faire ça ? » « Oui, je peux le faire » . |
Delook & Sharpy, dessin animé |
SCENARIO.COM : Vous pouviez
vous adapter..
Raymond MARIC : C’est peut être pour ça d’ailleurs que j’ai toujours
travaillé, parce que je n’étais pas quelqu’un qui avait un style défini.
Si ça ne plaisait pas ...
A la Sagédition j’ai fait beaucoup de personnages comme ça, et un jour,
ils m’ont demandé « Vous ne pourriez pas faire Tom et Jerry et Droopy
? » et j’ai fait Tom et Jerry et Droopy pendant presque 20 ans ! |
SCENARIO.COM
: Alors, comment êtes-vous arrivé sur les « Pieds Nickelés » ?
Raymond MARIC : Je travaillais à la Parisienne d’Edition, où Pellos
m’avait présenté, et ils étaient les propriétaires des Pieds Nickelés.
Et puis ils ont revendu, et il y a un copain qui était rédacteur en chef
des « Pieds Nickelés » et qui faisait l’Almanach Vermot, à qui on a demandé
de ne plus s’occuper que de l’Almanach car il rapportait beaucoup, alors
c’est là, que sur le conseil de Jacques Velssio , le directeur m’a proposé
la place de rédacteur en chef. Comme je savais que le patron était un
peu caractériel , j’ai demandé à réfléchir 15 jours, et puis finalement,
j’ai trouvé ça valable, j’ai dit oui.
SCENARIO.COM : Et vous gardez des souvenirs de cette expérience ?
Raymond MARIC: Oh oui, vous savez, j’ai repris tous les épisodes,
alors l’équipe a été refaite et certains jeunes ont eu de la chance de
passer à ce moment là... s’ils étaient venus présenter leurs projets 15
jours avant, je n’étais pas là ... et là, il y en a deux qui sont venus
au bon moment, c’est Gen Clo et Gine. Ca m’a plu et je leur ai dit ok.
Gen Clo était enseignant, instituteur à l’époque, il travaillait dans
l’Est. |
SCENARIO.COM : Puis il est
venu sur Paris ?
Raymond MARIC : Beaucoup plus tard, quand je lui ai redonné les
« Tom et Jerry »... Voilà..
SCENARIO.COM : Et en fait est-ce que cette façon de faire serait encore
possible aujourd’hui ?
Raymond MARIC : Non, parce que les hebdomadaires n’existent plus
! |
Cristal de Maric & Marcello |
| SCENARIO.COM
: Oui, tout simplement !
Raymond MARIC : Tout simplement ! ... Vous savez, avant, on était
obligé de travailler ! Aujourd’hui, un dessinateur qui fait un album,
dit : « Je ne travaille pas cette semaine, je travaillerai la semaine
prochaine ». Avant, ce n’était pas possible ! les journaux sortaient toutes
les semaines et toutes les semaines, il fallait livrer !
Alors, quand quelqu’un comme Baron Brumaire met sept ans pour réaliser
le troisième tome de la série ... ! |
SCENARIO.COM :
Il a fallu 9 ans pour réaliser les trois albums !
Raymond MARIC : Non, plus que ça ! J’ai commencé la série en 90
et c’est Chakir qui me l’a présenté.. ; il m’en avait présenté 2 des dessinateurs,
et finalement si j’ai choisi Baron Brumaire - l’autre était aussi fort
! - c’est parce qu’il habitait Paris à ce moment là ! J’ai pensé qu’il
serait plus facile de travailler et presque aussitôt, il est parti. Donc
ça n’a servi à rien...
Et l’autre ;-) fait une très belle carrière maintenant, il s’appelle Rabaté
! Mais dans le style de Rabaté par contre, je ne voyais pas le dessin
de la famille de Lourdel. Je voyais très bien les Morini mais pas les
de Lourdel, alors il y a eu ça aussi .
Baron Brumaire dit qu’il s’est investi dans la documentation ... je vais
vous montrer
(Raymond Maric me montre alors des planches avec des erreurs et des
incohérences.) |
Voulez-vous de nos nouvelles ?
Maric & Marcello |
SCENARIO.COM : Alors j’ai lu une interview de Baron Brumaire et il
dit qu’il avait une façon de voir les choses différente avec l’envie de
faire des scènes documentées et vous aviez une vision beaucoup plus romanesque...
Raymond MARIC : Politique !
SCENARIO.COM : Peut-être politique..
Raymond MARIC: Je n’ai pas une vision politique mais, vous savez
, le 4ème épisode qui termine le premier cycle..
|
SCENARIO.COM :
Qui est le dessinateur du 4ème tome ?
Raymond MARIC : Lionel Chouin ! Alors dans cet épisode, il y a
le docteur De Lourdel qui est résistant, dirigeant d’un réseau de résistants
et le fils Morini, qui lui travaille avec les Allemands ; il a mis son
usine à la disposition des Allemands, il collabore tant et plus ..et les
2 vont mourir à la fin de l’album.
Et Morini meurt comme résistant, et De Lourdel , comme collabo.. !
Pourquoi ? C’est simple ! Morini retrouve Mona, elle est la maîtresse
d’un officier supérieur allemand et c’est la résistance qui l’a mise là,
et elle donne des tuyaux à la résistance et lui, essaie de la faire chanter
pour pouvoir renouer avec elle et finalement , il renoue avec elle mais
un jour, il la tue accidentellement. Alors comme on disait qu’elle était
la petite amie d’un colonel allemand et la police française le donne aux
Allemands et on le met en prison. Les maquisards attaquent la prison et
lui part avec eux. Quand ils viennent pour la libération de Paris, il
veut se cacher et rentrer chez lui, mais il y a un sniper qui le tue dans
le dos et il tombe devant la grille des De Lourdel... Il y a une plaque
« Héros de la résistance » (rires) !
Et de l’autre côté, il y a le père De Lourdel qui va se réfugier chez
son fils en lui demandant de le cacher. C’est son père, quand même, alors
il le cache et il y a deux jeunes résistants qui arrivent, qui trouvent
le vieux dans la maison, et ils tirent ! Voilà, comme quoi la vie est
imprévisible !
Vous savez dans ma classe, quand je suis parti au maquis, il y a trois
copains qui ont essayé de me rejoindre. Ils ont été interceptés en route
par les Allemands et fusillés.. ; et d’autres qui sont rentrés dans la
gestapo... On ne sait pas pourquoi !
Vous savez, je crois que ça dépend de l’environnement, ça dépend de beaucoup
de choses, on ne peut pas dire vraiment ce que l’on est... Disons que je
serai plutôt de sensibilité de gauche, mais de sensibilité seulement,
on peut changer à tout moment !
Gorak dédicacé par Frisano |
SCENARIO.COM :
Et en fait les Morin Lourdel, vous l’avez écrit pour ça, pour vos propres
souvenirs ?
Raymond MARIC : Absolument ! Ce sont mes souvenirs... La maison des
Morini, c’est la maison de mes parents, exactement... Mais l’histoire ne
devait pas s’appeler les « Morin-Lourdel », ça devait s’appeler « Les
Clans ». Le premier épisode, le clan Morini, le deuxième épisode, le clan
De Lourdel et puis le troisième aurait du s’appeler « Le Clan des vaincus
». C’est baron Brumaire qui a changé le titre sans rien me dire... En se
souvenant des Rougon Macquart !
Alors après j’ai été obligé de raccorder pourquoi les Morin ! |
Les Morin Lourdel de Maric & Baron Brumaire |
Il y a des tas de trucs où j’ai
eu des surprises. Dans le troisième, je ne voulais pas que les lecteurs
sachent si le type, pour qui on a mis un avion à disposition, arrive ou
pas en Angleterre... Je voulais que la dernière image soit Nicolas qui rentre
dans un bistro, qui téléphone à la kommandantur et on aurait vu l’avion
qui survole la France sans savoir où ! Voilà, plein de surprises comme
ça.
(NDR - Ce point concerne la vignette dessinée par Baron Brumaire où
l'on voit l'avion qui arrive en Angleterre.) |
SCENARIO.COM : Il paraît
que Jijé, sans vouloir comparer, était un peu pareil ?
Raymond MARIC: Ah Jijé, c’est un coup qui me reste là ! Quand il
a eu le prix à Angoulême, l’année d’après , il n’est pas venu... Il avait
eu une opération de la prostate, et il est mort à la suite de cette opération,
c’était un cancer. Tous les copains qui organisaient le festival de Clichy
ont dit... "Il a eu le prix l’année dernière ; cette année il n’est même
pas venu, on va lui envoyer tous un mot sur une grande carte postale",
et moi j’ai mis « Devant ton absence, les pros s’tatent » (Rires) Remarquez,
le connaissant, il en aura ri !
(Pause, M. Maric me montre des planches.. ;-) |
Caricature de Maric par Jijé |
SCENARIO.COM :
En ce qui concerne votre méthode de travail, comment vous y prenez vous
?
Raymond MARIC : Avant, je fournissais le scénario complet au dessinateur.
Et je n’ai jamais eu aucun problème avant Baron Brumaire. Depuis que je
travaille avec Manini, nous discutons beaucoup et il me propose souvent
des modifications que je ne refuse pas.
SCENEARIO.COM : A propos des dessinateurs, quel degré de liberté leur
laissez-vous ?
Raymond MARIC : Je laisse aux dessinateurs une liberté totale.
Je n’ai jamais demandé à un collaborateur de refaire un dessin.
SCENARIO.COM : Comment avez-vous choisi vos dessinateurs ? il y a Frisano,
il y a Marcello...
Raymond MARIC : Je vais vous dire, Marcello travaillait à « Pif
» à ce moment là et dans le journal des Pieds Nickelés, j’avais un budget
très restreint, c’était dans les années 70/75, et tous les dessinateurs
étaient payés au même tarif, c’est à dire, très peu (rires) et j’ai été
obligé de faire la plupart des scénarios parce que je n’avais pas d’argent
pour payer les scénaristes... Vous vous rendez compte que j’avais un journal,
qui s’appelait Trio
à l’époque, de 120 pages, dont 100 pages de bd originales et j’avais un
budget de 1 million d’anciens francs, mensuel !
Alors à ce moment là, j’avais fait le rassemblement des copains, et j’ai
téléphoné à Marcello, et je lui ai demandé si il pouvait me faire une
histoire ... J’avais fait « Le Patrouilleur de l’Espace » mais je comptais
la donner à Pellos d’abord, mais Pellos s’est dégonflé parce que à l’époque,
il était trop âgé, il avait déjà eu des opérations de la cataracte... Il
avait des tas de problèmes ... Alors je restais avec le scénario et comme
la nouvelle formule du journal allait ressortir, j’ai téléphoné à Marcello.
Je lui ai demandé si il pouvait m’arranger mais en sachant qu’il touchait
entre 1500 et 1700 Francs la page chez Pif... Moi je pouvais lui donner
à peu près 200 Francs la page ! Pourtant, il a dit ok, pour toi, je le
fais !
le périodique Trio et Le patrouilleur de l'espace, par Maric et Marcello |
SCENARIO.COM :
Ca a été par amitié ?
Raymond MARIC : Oui, oui, on a toujours fait ça avec Marcello,
on a toujours été les meilleurs amis du monde.
Et il y a eu Forton et Frisano. Marcello m’avait dit que certains mois,
il ne pourrait peut-être pas le faire parce qu’il aurait trop de boulot.
Bon... et un jour il m’a annoncé : « tu sais, je suis embêté, à Pif on m’a
demandé de faire une deuxième ou une troisième histoire... Et il m’a amené
Frisano et on a sympathisé.
SCENARIO.COM : Et avec Forest.... ?
Raymond MARIC : Ah... Et bien je travaillais à la Parisienne et on
m’a dit : Est-ce que tu veux faire un « Charlot », alors j’ai dit oui,
donc j’ai fait un Charlot avec Forest et puis le directeur de la Société
Parisienne d’Edition avait créé sa propre maison...Les Editions Azur nous
a demandé si on ne voulait pas faire « Bicot ». Et voilà, on s’est entendu
, et vous voyez, Forest qui était un type qui était scénariste en même
temps n’a jamais bougé mes textes comme l’a fait Baron Brumaire !
SCENARIO.COM : Et avec Manini ?
Raymond MARIC : Avec Manini, on s’entend très bien. Il a un trait
extraordinaire, c’est très beau, et vous verrez le troisième album alors....
C’est en couleur directe, c’est sur l’expo universelle.. |
Planche d'Estelle par Maric et Manini |
SCENARIO.COM : A propos d’Estelle,
Vous avez été au centre d’une expo réalisée au Château de Gisors en avril
2002..
Raymond MARIC : Oui ! Je vais vous montrer ( ndr : un book a
été constitué par les organisatrices de l’exposition et M. Maric me le
montre ;-) Les gens étaient habillés comme les personnages d’ Estelle,
on nous avait demandé les originaux pour faire l’expo.. C’est très bien
fait, et cette expo a été reprise pour le festival de Darnetal.
Et voilà un carnet réalisé par le festival de St Malo. |
SCENARIO.COM :
Formidable, entre autre on peut lire la bio et la biblio de Raymond Maric.
Tiens, on parle de Geleuil ici ... ce sont les épisodes de dessin animé
que vous êtes en train de faire ?
Raymond MARIC : Et bien j’ai 52 dessins animés qui sont passés
7 fois depuis 1999 sur TF1 et je dois vous dire la télé, ça n’a rien à
voir avec la bande dessinée .... ;-) J’ai bien gagné ma vie ! Et je suis
membre de la SACD grade de sociétaire (Rires..)
SCENARIO.COM : Et c’était intéressant comme expérience ?
Raymond MARIC : Oui.. mais par contre j’ai eu des ennuis avec les
52 épisodes suivants que j’avais écrits mais qui ont été remaniés par
le réalisateur et qui, du coup, ont été signés par quelqu’un d’autre.
SCENARIO.COM : Pour en revenir au monde de la bande dessinée aujourd’hui,
qu’est-ce que vous en pensez, il sort à peu près 2000 albums par an...
Raymond MARIC : Oui mais je crois que ça a changé ! J’ai fait ce
métier parce que c’était un truc populaire et tous les anciens qui aimaient
la bande dessinée avant ne sont plus fanas... Ils aiment les albums mais
ils ont un certain regret de la bande dessinée d’avant..
SCENARIO.COM : Ce qui fait que vous ne lisez plus beaucoup l’actualité
dans ce domaine ?
Raymond MARIC : Si, je lis un peu. Il y a quelques jeunes qui ont
du talent ! Mais pour nous, ce qui comptait c’était la diversité. |
SCENARIO.COM : Puis la solidarité
et l’amitié...ça passait avant tout !
Raymond MARIC. : Absolument, il y encore des gens chez les nouveaux
qui marchent fort, il y a encore des gens qui sont très chaleureux, qui
sont des gens biens... Ce sont des amis comme avec Fmurr et Walthéry au
festival de Longwy avant que le directeur ne décède. Il ne s’est pas passé
un salon sans qu’on y soit tous les trois ! On vivait entre nous, les
4 jours du salon, on mangeait tous ensemble...
SCENARIO.COM: Maintenant dans les festivals..
Raymond MARIC: On donne des bons ;-) |
Yvain de Kanhéric par Maric et Forton |
SCENARIO.COM :
Vous avez vu l’évolution depuis sa naissance du festival d’Angoulême..
Raymond MARIC : J’ai beaucoup aimé Angoulême au début mais plus
maintenant. Je ne veux plus y aller ! Sauf si j’y suis obligé par un éditeur...
Voyez par exemple, chez Carabas, c’est une petite maison d’édition et
bien que ce soit des jeunes qui la dirigent, ils ont assez le respect des
auteurs qui ont fait quelque chose dans la bd. Moi, ils n’osent pas me
dire « tu feras comme ça... » Dans les Spirou spéciaux, je faisais un truc
qui s’appelait « Contes défaits » avec Pierre Frisano, et chez Carabas,
il y a un des directeurs qui m’a dit qu’il fallait que je fasse ça ! Alors
j’ai fait un album intégral et ils sont en train de chercher des dessinateurs,
on ne gardera qu’un truc de Frisano et on prendra d’autres dessinateurs.
SCENARIO.COM : Donc vous allez faire des rééditions et alors du coup
tout ça m’amène à vous demander ce qui vous a poussé à accepter de rééditer la série
« Cristal » sous forme de Cd Roms, la bd sera lisible sur l’ordinateur
et cette entreprise est réalisée par les Editions François Boudet ?
NDR : Prochainement visuel de la pochette.
Raymond MARIC : Pourquoi ? parce qu’on me le demande .. (rires)
Vous savez, quand on me le demande gentiment, je ne vais pas me prendre
la tête... je m’en fous un peu ;-)
(NDR : J’avais voulu faire passer l’image d’un homme révolutionnaire
qui démarre avant la Télé et qui continue avec des dessins animés et enfin
cette réédition avant-gardiste sur cd-rom... et il faut bien reconnaître
que l’homme est tellement gentil qu’il est étonné de ma question... il a
une belle ouverture d’esprit, chapeau ! ) |
Couverture d'Estelle par Maric et Manini |
SCENARIO.COM : Vous travaillez
donc en ce moment avec Chouin et Manini , mais avec qui auriez-vous aimé
travailler ?
Raymond MARIC : (Rires ) Avec Franquin !
Sinon, à la fin j’aurai peut être voulu retravailler avec Forest. On se
voyait souvent avec Forest parce que je n’ai jamais vu personne aussi
brouillon que lui, il perdait tout ! Je lui avais fait des attestations
disant qu’en tant que rédacteur en chef des Pieds Nickelés, il avait travaillé
pour moi pour toucher sa retraite et alors, un mois après, il m’appelait
et il me disait : alors tu me les donnes quand les attestations ? ... Et
alors je recommençais, il les avait perdues (rires ) !
Mais c’était un ami ! Euh Tibéri est un très bon copain... Lui aussi c’est
un ami fidèle malgré les distances... |
| SCENEARIO.COM
: Parmi les sujets que vous traitez en bande dessinée, vous avez l’air
intéressé par l’évolution de la condition féminine (Suffragettes ou traite
des blanches dans « Estelle », la prostitution de luxe avec « Courtisanes
» etc....) qu’en dites vous ?
Raymond MARIC : Peut-être mais ce n’est pas délibéré. Inconsciemment
je dois être attiré par le thème mais je ne peux l’expliquer, comme beaucoup
d’autres choses. Par exemple, avant « Estelle » toutes mes héroïnes portaient
un nom se terminant par la lettre A - « Diana » dans la série « Gorak
», « Linda » dans le « Patrouilleur de l’Espace », « Eva » dans « Courtisanes
», ça aussi, je ne peux l’expliquer.
SCENEARIO.COM : Monsieur Maric, merci pour tout !
Je remercie également François Boudet pour son aimable participation.
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© M. Moinard/Raymond Maric
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