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Stephen DESBERG et Bernard VRANCKEN
Quand Larry est mis sur le grill par ses créateurs, interview réalisée par Marie en avril 2004
Les albums de Stephen Desberg
Les albums de Bernard Vrancken

Sceneario.com : Bonjour, IR$ .. Les impôts.. ! Pourquoi avoir choisi de traîter un sujet qui à priori est plutôt impopulaire et rébarbatif ?

Stephen DESBERG: Le sujet n’est pas tellement « les impôts ».. c’est plutôt la fraude fiscale, tout ce qui a trait au crime international et qui peut être détecté par le biais de l’argent, c’est plutôt ça.
Larry fait parti d’une section spéciale dans l’IR$ qui est chargée de détecter les grandes fraudes criminelles. Ce n’est pas quelqu’un qui va vérifier les déclarations d’impôts des gens sauf si dans le cadre d’une enquête il doit trouver un biais pour avancer. Il peut éventuellement, s’il soupçonne quelqu’un , se servir de la déclaration d’impôt pour détecter les choses.

Sceneario.com : Larry est donc un prétexte pour pouvoir parler de certains fléaux de notre société ?

Stephen DESBERG : Par le biais de l’argent. C’est un angle d’attaque, ça ne se prétend pas forcément original au niveau des thèmes. C’est un point de vue par rapport à ces choses là.

Sceneario.com : Vous avez déjà abordé la spoliation des capitaux juifs durant la guerre, vous avez parlé de l’argent de la drogue et du Cartel de Medellin, vous envisagez encore de nombreux thèmes ?

Stephen DESBERG : Je pense qu’il y a encore pas mal de sujets à traiter. Avec le diptyque suivant on est parti sur le pétrole dans la mer Caspienne et l’implication de certaines sociétés américaines proches du pouvoir. Il y a certainement des choses à faire avec le sport, avec le fond monétaire international, la politique qu’ils ont avec les pays du tiers monde par exemple, comme de privatiser des tas de choses… J’aimerai bien que dans IR$, il y ait chaque fois un certain nombre de choses qui me touchent.

Sceneario.com : Vous avez accumulé les informations à force de recherches, d’observations, pour pouvoir écrire ces histoires ? C’est un peu romancé ?

Stephen DESBERG : Il y a toujours une part d’exagération. Je pense que dans la réalité ce type d’enquêtes existe mais elles impliquent plus de services et de personnes différentes. Si on construit l’histoire de manière à ce qu’elle soit menée par un personnage auquel on peut s’identifier et qui centralise aussi l’action dans un laps de temps assez court; Dans la réalité, ce sont des enquêtes qui peuvent durer plusieurs années et qui ont un côté moins spectaculaire. A la base, c’est quand même assez documenté en tout cas pour s’assurer que ce qui est développé est plausible.

Sceneario.com : Vous a t-on déjà reproché d’avoir dit des choses fausses ?

Stephen DESBERG : Non.. Parfois on a des réactions un petit peu étonnantes de gens blasés qui disent « Pourquoi est-ce que vous racontez ça ? Tout le monde sait bien que c’est comme ça .. » Bon, de toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde. Je dois dire que nous ne sommes pas tellement préoccupés par ce genre de choses. Quand on a eu la prépublication dans « Les Echos » il y avait quand même une petite appréhension de voir la réaction des gens et des journalistes économiques qui ont une approche très pointue par rapport à tout ça ! On s’est demandé : "comment vont-ils considérer ça.. Est-ce qu’ils vont trouver que c’est trop vulgarisé ou bien vont-ils se prendre au jeu ?". Donc c’était intéressant de voir qu’eux adhéraient à ce qu’on développait et trouvaient que tout ça était plausible. Si on a des remarques qui vont dans un sens négatif, c’est plutôt une partie du public qui trouve ça trop classique. On me dit : "Voilà, ça fait trop Largo Winch.. est-ce qu’on a encore besoin de séries commerciales comme ça ?". Mais ce n’est pas ça qui va nous inhiber l’envie de ne plus le faire. L’idée de départ, c’est d’avoir des codes qui sont classiques, une manière de raconter des histoires assez lisibles et mais en même temps, d’aborder des thèmes par cet angle d’attaque qui n’est pas habituel, voilà !

Sceneario.com : Le dessin est froid, les couleurs sont tranchées, (bleu acier , cheveux blancs) cette ambiance assez glaciale est déterminante pour décrire l’homme de l’IR$ ?

Stephen DESBERG : Je pense que de toute façon, aussi bien au niveau scénario qu’au niveau du dessin, surtout pour le personnage principal, il y a une part importante des auteurs. Ce n’est pas un fantasme mais c’est normal quand on crée le personnage principal , qu’il partage un peu nos opinions. Et je pense que ça se retrouve aussi un peu dans le physique, et Bernard étant ce qu’il est et sa manière d’aborder les choses etc.. naturellement est allé vers quelque chose qui lui convenait. Je crois que c’est plutôt une force dans le développement entre nous, que tous les deux, on puisse trouver un espace où on parle de nous dans ces personnages. Je crois que ça serait beaucoup plus difficile pour lui si je lui disais que je veux un personnage comme cela.. lui va me dire , Ok, si ça te fait plaisir, je vais te faire ça mais au bout de 6 albums, il commencerait à dire qu’il ne se retrouve pas dans ce personnage. Il ne faut pas oublier que le dessinateur vit son travail de dessin pendant une période beaucoup plus longue que le scénariste. Je crois que c’est particulièrement douloureux pour le dessinateur s’il doit vivre année après année avec un personnage très éloigné de lui.

Bernard VRANCKEN : Oui, il y a cet aspect là et puis dans l’IR$, on est proche du pouvoir financier donc il est clair que Larry devant déambuler dans ce milieu devait d’une certaine manière en avoir l’apparence. Donc j’essaie de le dépeindre avec les costumes qu’on porte dans ces milieu là. Ca ne me semblait pas crédible que ce personnage puisse aller dans des grosses multinationales avec un look qui ne correspondrait pas à ce genre de milieu.

Sceneario.com : Dans le milieu de la bande dessinée, on reproche souvent à ce héros d’avoir un look trop parfait, il a été qualifié de personnage glacial, ça vous gène ?

Bernard VRANCKEN : Non, ce n’est pas une gène, c’est que je ne comprend pas toujours pourquoi. Si c’est une « recherche d’esthétisme », ce n’est pas fait exprès parce que comme il correspond clairement à ce que je cherche, c’est au delà de l’ego personnel d’avoir à se dire qu’on a bien dessiné, c’est surtout un plaisir personnel d’avoir raconté une histoire. Là, très sincèrement, je place surtout mon dessin au service du scénario. Maintenant, je ne suis pas quelqu’un de froid mais il y a peut-être une approche chez moi indirecte et inconsciente, élitiste par rapport au milieu dans lequel j’ai grandi. Mon père était architecte d’intérieur, ma mère dans la haute couture donc tout tourne autour de certaines formes descriptives et qui font davantage clichés car ils ne sont pas faits de chair et de sang. Donc, oui, ça me blesse parce que je me dis que je n’ai pas bien fait mon boulot puisque je veux décrire des destinées et que si elles apparaissent glaciales avec un air un peu « mode », ce n’est pas ce que j’ai voulu faire . Maintenant c’est plutôt un compliment si on me dit que l’aspect esthétique correspond au milieu.

Stephen DESBERG : Je crois que c’est un lié quand même à la psychologie du personnage et à la manière dont il s’embarque dans cette aventure. C’est quand même un type qui est très déterminé et qui ne laisse rien se mettre en travers de son chemin. Bien sûr, on aurait pu avoir un Larry avec des traits comiques, dans le registre humour etc… mais ce n’est vraiment pas cette voie là qu’on a choisie. On voit que c’est un personnage qui se lance dans une aventure, il est capable de coucher avec des filles de faire à la limite des trucs qui ne sont pas tout à fait légaux parce que le but ultime est plus important. Je crois que la manière dont il est représenté graphiquement correspond bien à ça.

Bernard VRANCKEN: C’est aussi un petit clin d’œil ! A partir du moment où dans le scénario on dénonce ou plutôt on exprime nos sensibilités sur certains sujets chauds, je trouve que dans le dessin, il faut jouer cette carte à fond. Il y a une démarche qui n’est pas hypocrite, c’est de se dire qu’on vit à fond dans un monde d’image. Il erre dans un milieu un peu glamour, un peu superficiel, ça me semble crédible avec le reste, je ne m’en cache pas.

Sceneario.com : Malgré tout, le personnage de Larry semble évoluer vers une image plus ouverte . Il tombe amoureux, ça on l’a compris… alors va t-on trouver un dessin plus souple qui autorise plus d’expression ? Le trait plutôt fermé du dessin s’adoucira t-il de façon à voir plus d’émotion sur son visage ?

Bernard VRANCKEN : Oui tout à fait. Contrairement à beaucoup de séries où beaucoup de choses sont dévoilées au niveau du personnage, on a choisi un chemin inverse qui permet de distiller les choses. Donc au départ, c’est vrai que dans mon graphisme (d’ailleurs on a eu une espèce de convention entre nous par rapport à Gloria par exemple qu’on ne devait montrer que de manière partielle, plutôt suggérée que dessinée, ce qui était très amusant d’ailleurs car il y a un moment où j’ai un peu craqué et j’ai fini par la montrer et je continue à avoir des lecteurs qui me disent : « C’est dingue parce qu’on ne voit toujours pas à quoi elle ressemble ! », alors que ça fait plusieurs fois maintenant que je l’ai dessinée et donc ça a marqué le lecteur puisqu’il continue à voir cette fille comme si elle était toujours dans l’ombre alors qu’il y a des moments où elle a été dessinée de manière très claire ! … Et Larry … et bien avec les scenarii qui vont arriver, on va le voir dans des situations où il sort un petit peu de ce canevas qu’il a dans son milieu professionnel d’enquête etc.. puisqu’on arrive à des moments plus intimes vers la relation qu’il a avec sa famille. Ici, dans l’album qu’on vient de commencer, il y a une relation avec sa sœur et on va le voir un petit peu plus jeune et on le sent un petit peu plus fragile… On se retrouve dans les années 80. Alors, Stephen m’avait demandé évidemment qu’on le reconnaisse, mais on change 2 – 3 détails dans la coupe de cheveux .. etc.. On retrouve quand même cette détermination car ça doit rester lui mais en même temps il y a une petite fragilité en plus ..

Sceneario.com : Et ce sera perceptible au niveau du dessin.

Bernard VRANCKEN : Oui, tout à fait . Maintenant, au niveau purement technique, j’ai moi même évolué ! Je n’ai jamais suivi de cours de dessin, j’ai une formation Latin-Grec ! Donc il est clair qu’il y avait une certaine raideur dans mon dessin par un manque de formation d’académie. Mais ce dessin a fini par se diluer un peu. Par exemple, maintenant, je mélange la technique du pinceau avec la plume qui donne une souplesse au dessin et qui permet de casser un peu les angles. Mais je ne regrette pas le coté anguleux parce que je pense aussi que c’était une marque de fabrique, une signature. Voilà , ce qui était mon défaut au départ est ma signature maintenant, on me reconnaît. En tout cas, c’est ce que certains de mes collègues ont dit, ça a donné un style à mon dessin. Quand je dessine, je ne me dis jamais que je vais faire comme ça parce que ça va plaire ou bien que je ne vais pas le faire comme ça parce que sinon, ça va ressembler à tel auteur.. j’ai toujours dessiné comme ça.

Stephen DESBERG : Je crois qu’en résumé notre évolution tant scénaristique que graphique est liée. Je pense que le personnage va évoluer au niveau de ses émotions sans toutefois devenir un personnage qui rigole ou qui fait des blagues tout le temps.. et c’est ça qui est intéressant. Ce qui est difficile aujourd’hui en bd mais aussi dans tout autre domaine c’est que les gens veulent tout comprendre tout de suite. Il faudrait que quelque part tout soit donné, à l’instant. On ne laisse plus le temps de développer les choses avec une certaine richesse mais en même temps les gens qui veulent avoir tout tout de suite, sont les mêmes qui se plaignent quand ça n’est pas assez original. Comment voulez-vous développer des facettes, de la subtilité en balançant tout comme ça ? Je pense que quelque part ce qui a été notre chance avec ce personnage et cette série, c’est que malgré la froideur qu’on lui a donnée, il a intrigué les gens et ça nous a donné la possibilité d’avancer dans la série et de travailler , d’expliquer certaines choses.

Sceneario.com : Oui et alors ce qui est étonnant, c’est que malgré cette froideur il est attachant !

Bernard VRANCKEN : Oui alors, c’est assez marrant car c’est vrai que ce côté glacial au départ , je l’avais perçu un peu comme une démarche machiste et en fait pas du tout parce que je pense que c’est le résultat d’une part de féminité que j’ai en moi (Rires.. ) Je ne parle pas du physique, je ne parle que du comportement avec une certaine pudeur, une certaine retenue.

Stephen DESBERG : C’est vrai que dans les réactions qu’on a pu voir de certaines personnes ou certains journalistes qui ont vite attaqué le personnage de Larry sur ce côté peut être monolithique et dur, moi, ma réponse a toujours été : « Attendez, laissez les choses se développer ! ». Comme si quelque part, maintenant, les gens ont pris l’habitude qu’il n’y ait pas de surprise après, qu'on ait fait au mieux dés le premier bouquin. Aprés, on ne pourrait faire que moins bien ! Je ne vois pas du tout les choses comme ça au contraire ! Je pense que c’est en avançant qu’on peut développer les choses et puis on a encore pas mal de trucs à apprendre, on doit équilibrer les choses etc..

Sceneario.com : Comment organisez-votre travail ensemble ? Vous envoyez des indications très détaillées.. vous laissez beaucoup de liberté ?

Stephen DESBERG : Alors, ce n’est pas hyper détaillé ! Alors, d’abord nous avons pas mal de discussions. Pendant que lui s’occupe de son album, je suis déjà en train de réfléchir sur le suivant et je lui fais part de mes réflexions…

Bernard VRANCKEN: En plus Ir$ n’est pas notre premier projet ; Nous avons déjà travaillé sur « Sang Noir » et avant cela encore, sur des histoires courtes publiées dans A Suivre. On a eu le temps d’apprendre à se connaître (rires.. ). Mais on se connaît tout en arrivant à se surprendre ! Et heureusement parce que après, j’ai un an de boulot et si ça ne me surprenait pas, ça serait plutôt ennuyeux.

Stephen DESBERG : Sinon dans la manière de travailler, quand le scénario est suffisamment avancé et que je peux lui raconter l’histoire, on se met d’accord après et je fais un découpage. Alors c’est quelque chose de relativement précis. C’est page par page, image par image, avec description de l’image et de ce que font les personnages et éventuellement leurs expressions ou du moins ce qu’ils pensent et les dialogues. Disons que je ne pousse pas le détail au point de dire exactement tout ce qu’il y a dans la case. Je donne des indications par exemple s’il y a un gros plan etc. .. mais je pense, et ça c’est aussi par expérience avec d’autres collaborations, que le scénariste doit savoir à qui est destiné le scénario et donc de travailler en fonction de la manière dont il va l’interpréter. Et je pense qu’il y a toute une série d’indications qui sont superflues. Ce qui est important c’est que j’ai poussé suffisamment loin le scénario pour que ma logique soit claire. A mon avis, il faut qu’après ça, il ait un espace de liberté suffisamment grand pour qu’il puisse faire sienne de l’histoire, il faut qu’elle lui appartienne. Quand je lui donne le scénario, alors je m’efface un peu. C’est lui qui va jouer, qui va comprendre mes intentions, prendre peut être d’autres libertés ou au contraire faire exactement ce que j’avais en tête avec la faculté de rectifier certaines choses puisque après ça le processus s’inverse. Je regarde ses dessins et il y a la possibilité d’intervenir si certaines choses ne semblent pas cohérentes.

Sceneario.com : Est-ce qu’il vous a déjà fait refaire une planche ?

Bernard VRANCKEN : Toute une planche .. non mais toute une séquence oui mais c’est parce qu’on se rendait compte que ça n’était pas efficace…

Stephen DESBERG : Ce qui est important c’est qu’on ait la conviction qu’on peut vraiment faire mieux, que ce soit au niveau du scénario qu’au niveau du dessin. On le sait par expérience aussi. Si on ne rectifie pas, après le bouquin va être imprimé et on se retrouve pendant des années à se poser la question : « Mais pourquoi je n’ai pas recommencé ? » Naturellement quand c’est des trucs importants. Mais bon, il peut y avoir un problème de dessin et que ce soit de ma faute. C’est peut être moi qui n’ai pas bien expliqué quelque chose et souvent, quand quelque chose n’est pas clair au niveau du scénario, ce n’est pas clair après au niveau du dessin et ce n’est pas clair au niveau de la couleur.. et quand on voit qu’une planche est moins bien, on le voit à tous les niveaux.

Bernard VRANCKEN : Il y a une chose aussi que j’ai comprise avec les années. Quand j’ai débuté avec Stephen, lui avait commencé bien avant moi. Donc j’étais soucieux de bien illustrer son scénario et j’étais un peu « à côté de la plaque »… pas qu’il ne faille pas que j’illustre son scénario mais plutôt que je l’illustre au delà, en comprenant ses sentiments et après cela, comme Stephen vient de le dire, à moi de les faire miens et de l'exprimer par le dessin.

Stephen DESBERG : C’est le travail essentiel, je crois, qui se fait entre le scénario et le dessin. C’est cet espèce d’espace où il y a le scénario qui décrit et où, lui, doit dessiner, et là ce qui est fondamental c’est qu’il comprenne mes intentions. A partir du moment où il comprend mes intentions, après si lui a envie de les visualiser autrement ce n’est pas un problème parce qu’il va le faire avec certaines priorités. Si par contre il ne comprend pas le scénario, là on va arriver à un problème même s’il fait exactement ce que je lui demande donc finalement, c’est cet espace entre les deux qui est fascinant. C’est cet espace là qui ne doit pas être vide, il doit être vivant.

Sceneario.com :Voilà, et ça se reproduit au moment du passage de la planche à la couleur.

Stephen DESBERG : Oui, tout à fait ..

Sceneario.com : A propos des couleurs, est-ce que la coloriste est libre de faire ce qu’elle veut ?

Bernard VRANCKEN : Même chose. Sur le premier album on avait établit une sorte de charte graphique et elle avait un peu la pression, elle n’était plus tout à fait elle et le résultat était moins concluant.. Au fur et à mesure, je lui ai donné de plus en plus carte blanche, c’est à dire que maintenant je ne donne plus que des indications scénaristiques à savoir si c’est la nuit, le jour etc.. Maintenant je lui laisse l’entière liberté et on en est content tous les deux.

Sceneario.com : Elle fait ses couleurs sur ordinateur ?

Bernard VRANCKEN: Non, non pas du tout .. elle fait tout à la main. Elle a une façon de faire très personnelle et très moderne et ça n’est pas étonnant que vous pensiez que c’était fait par ordinateur parce que il se trouve que j’aime beaucoup les techniques qui sont utilisées dans les jeux vidéos au niveau des éclairages notamment et je les lui ai montrés. Elle reprend un petit peu cette modernité qu’il y a dans la mise en couleur des jeux vidéos pour les effets d’éclairage pour IR$ mais dans la spécificité évidemment du médium bd. Il ne faut pas partir non plus dans des choses trop complexes , il faut ce que ça reste lisible avant tout. Et donc ça donne cet espèce de velouté… très réussi.

Sceneario.com : IR$ c’est le présent bien sûr, pour l’instant il n’y a pas d’autres projets ?

Bernard VRANCKEN : Non IR$ est le seul projet actuellement.

Sceneario.com : Et Stephen.. c’est plutôt le contraire, il y a “Le Livre de la jungle" en même temps , quel contraste avec IR$.. ! d’où vient cette idée ?

Stephen DESBERG : C’est basé sur Kipling et c’est une réflexion sur les différents âges de la vie. C’est plus un projet d’auteur. Ca n’a pas le potentiel commercial et grand public d’autres albums comme « Le Scorpion » ou « IR$ »

Sceneario.com : Bernard, ce genre de projet vous intéresserait ?

Bernard VRANCKEN : Oui tout à fait et ce qui est « amusant » c’est qu’on avait commencé une démarche comme ça avec quelques auteurs à l’époque de A Suivre mais je n’avais pas la maturité du travail puisque je n’avais pas suivi de cours de dessin et donc j’étais plus préoccupé par des détails techniques. Je n’avais pas la possibilité de m’intégrer dans les histoires. Maintenant, j’ai un peu plus de bouteille, je sens que j’aimerai bien faire un travail comme celui ci.

Sceneario.com : Pour l’instant IR$ vous amuse beaucoup, si un jour elle vous ennuie, vous arrêterez la série ?

Bernard VRANCKEN : Je crois que c’est salutaire.

Stephen DESBERG : C’est une question que je me pose. Je suis moi même en tant que lecteur assez critique de séries qui à mon sens auraient du s’arrêter depuis longtemps parce que les auteurs n’ont plus grand chose à raconter, mais je dois être honnête … je me demande d’abord si un jour je me rendrai compte que je n’ai plus grand chose à raconter et que je continue alors parce que mon éditeur et mon compte en banque demandent que finalement on avance…
Donc aujourd’hui, je suis assez ferme en disant que quand je n’aurai plus grand chose à raconter avec cette série ou avec une autre, il faudra avoir la sagesse de se dire, ainsi qu’à l’éditeur, qu’il faut faire autre chose. Je trouve que c’est dommage de se dire qu’on est absolument obligé de continuer de sortir des bouquins alors que tout le monde nous dit que la série était mieux avant etc… Franchement aujourd’hui je ne continuerai pas. J’essaierai de faire autre choses et de convaincre l’éditeur. Mais il ne faut pas être trop critique vis à vis de certains auteurs qui sont dans cette dynamique là parce que ce n’est probablement pas évident.
Maintenant IR$ est une série très jeune, on se sort que le 6e album et je n’ai pas du tout l’impression d’être au bout de ce j’ai à raconter avec IR$. Il se passe assez de choses dans le monde .. je ne suis pas du tout inquiet.

Sceneario.com : Ah non..! En effet pour l’instant cette série est très jeune, elle ne compte que 6 albums..

Bernard VRANCKEN : Mais quand vous dites 6 albums, ça fait quand même 6 ans ! Ce qui est énorme.

Stephen DESBERG : Oui, ce qu’on oublie nous même parfois, c’est que comme la série a démarré assez vite et qu’elle est déjà à un niveau de vente assez important, on oublie parfois que cette série est jeune. Avec « Le Scorpion » c’est la même chose, c’est seulement le 4e qui sort, c’est très très jeune pour une série et ça, on ne se le dit peut-être pas assez . On devient très exigeant avec le temps… si on nous avait dit il y a 10 ans , qu’on serait à ce niveau là, même moins que ça, on serait déjà content !
Le plus difficile avec le public est de pouvoir les convaincre de laisser du temps.

Sceneario.com : Pour conclure, en tant que lecteurs, quel est l'album qui vous a marqué ces derniers temps ?

Bernard VRANCKEN : Je dirai "Le sommet des dieux" de Jiro Taniguchi. Je l'ai trouvé passionnant et plein d'humanité.

Stephen DESBERG : L'album qui m'a le plus marqué ces derniers temps est certainement Blacksad.

Sceneario.com : Avec qui d'autre auriez vous envie de travailler ?

Stephen DESBERG : Bien que je sois comblé en ce moment, je serais naturellement ravi de travailler avec Guarnido. Sinon, j'apprécie beaucoup la personnalité de Sfar et plusieurs de ses projets.

Bernard VRANCKEN: Emmanuel Guibert au scénario. Je lui trouve un ton extrêmement juste.

Sceneario.com : Merci à tous les deux !

Bernard VRANCKEN : Merci à vous et au plaisir de vous rencontrer à nouveau.

Stephen DESBERG : Amitiés.


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