
Interview de Loïc Godart, dessinateur de l'Anatomiste.
Interview réalisée par Isa, mars 2005.
Les albums de Loïc GODART
Loïc Godart en dédicace, Angoulême 2005
|
Sceneario.com : Comment es tu arrivé à la bande dessinée ?
Loïc Godart : J’ai toujours plus ou moins dessiné et je crois que la bande dessinée s’est imposée assez vite, car il me semblait (et me semble toujours) que pour raconter des histoires, c’est encore la meilleure façon.
Après avoir obtenu mon bac sans gloire ni mention, je suis entré dans une école de dessin sur Lyon, l’école Emile Cohl. Quatre ans plus tard, j’en sortais diplômé, avec comme seules expériences un peu de fanzinat, quelques études doc, et le sentiment d’avoir beaucoup parlé de bande dessinée, sans jamais en avoir vraiment fait.
Arrivé là, je me suis dit que si je voulais vraiment faire de la bande dessinée, il était tant de s’y mettre, et donc après une année d’errance entrecoupée de diverses petites choses, paf, l’Anatomiste.
Sceneario.com : Tu as participé au collectif Poèmes de Rimbaud en bandes dessinées. Comment s’est fait le choix du poème que tu as illustré ?
|
|
Loïc Godart : J’avais envoyé un dossier aux éditions Petit à Petit, et on m’a rappelé pour me proposer 5 pages dans leur prochain collectif, les poèmes de Rimbaud en bd. J’accepte donc et bientôt, je reçois un scénario L’aube.
J’ai attaqué en suivant les indications du scénariste. Par rapport au style employé, à cette époque j’étais déjà à essayer de faire une synthèse des choses que j’aimais, et donc je ne me suis pas tellement soucié du défunt Rimbaud.
Le scénario ressemblait déjà plus à une grande paraphrase que réellement à un travail sur le poème. Le défit était plus de faire cinq pages qui se tenaient, chose que je n’ai qu’à moitié réussi.
|
|
Avec le recul maintenant, je me dis que pour faire quelque chose de bien sur un tel sujet, ça demande des connaissances et un gros travail en amont afin de proposer quelque chose qui apporte un éclairage, un nouvel angle de vue au poème.
Donc pour un premier boulot, c’est surtout beaucoup d’amertumes, pas vraiment des regrets mais une façon de faire qui ne me convient pas…
Sceneario.com : Passons à l’Anatomiste ;o) Comment as-tu été amené à travailler avec Nicolas et Stéphane ?
Loïc Godart : Tout simplement en répondant à une petite annonce ils cherchaient un dessinateur et moi, après beaucoup de projets avortés, je m’étais mis en quête d’un scénariste.
Sceneario.com : Qu’est-ce qui t’as accroché dans le scénario ?
Loïc Godart : Le thème de l’histoire, le travail sur la folie. C’est quelque chose qui m’a toujours attiré, savoir où se trouve la limite entre raison et folie.
A mon sens, on cultive tous un grain de folie, une névrose, et l’intérêt ici est de savoir à quel moment cette névrose vous enferme.
|
extrait de l'anatomiste
|
|
Sceneario.com : Qu’est-ce qui t’a tout particulièrement inspiré dès le début ?
Loïc Godart : L’univers, cette ville fantomatique, irréelle qui s’attache à vous mais que vous voulez désespérément fuir et qui laisse une trace en vous. C’est quelque chose qui me touche, tout d’abord parce que j’aime beaucoup les villes et les dessiner, puis parce que j’ai beaucoup déménagé, et qu’à chaque fois c’est un sentiment troublant : d’une part, content de partir, de changer et d’autre part la sensation de perdre quelque chose, de quitter un lieu où on avait trouvé sa place.
Sceneario.com : Le dessin est très particulier. Tu nous en parles un peu ?
Loïc Godart : Et bien, ce n’est pas très évident à expliquer, est-ce que ça s’explique en fait ? La particularité, n’est pas réellement quelque chose que j’ai recherché. Mais il est vrai que le dessin va avec l’histoire, c’est quelque chose d’indissociable.
|
Etude de personnages pour l'anatomiste
|
Sceneario.com : L’univers décrit est sordide, oppressant … parles nous des solutions que tu as mises en place pour le reproduire.
Loïc Godart : Je me suis plutôt laissé porter par l’histoire, sans chercher l’effet sordide.
C’est comme au cinéma quand un type surgit devant la caméra, on sursaute, mais on n’a pas vraiment peur…
Là, c’est un peu pareil, le tout c’est d’installer une atmosphère.
Graphiquement, ça peut se traduire de mille et une façons, j’ai fait le choix de tout tordre aussi bien la tête des personnages que les décors, sans qu’à aucun moment ça n’ai l’air d’un effet.
Le monde est pourri et c’est le fait que les personnages vont et viennent dedans de façon normale qui rend la chose étrange et qui permet au malaise de s’installer… enfin à mon sens.
Sceneario.com : C’est la première BD que tu dessines intégralement ? Tes impressions ?
Loïc Godart : C’est difficile, c’est fatiguant et à la fois c’est un plaisir indescriptible. C’était une des premières fois où je me sentais aussi bien dans ce que je faisais, d’avoir une motivation et petit à petit un but. Ça m’a permis aussi de mettre les choses à plat, et de faire un état des lieux.
|
|
Sceneario.com : Parles nous de tes méthodes de travail ?
Loïc Godart : Oh et bien rien de vraiment folichon, un story-board tout d’abord pour savoir où je vais, puis les planches, une par jour à peu près, pendant un an. Parfois on recommence, on reprend une séquence, mais si tout est bien carré au début ça avance assez bien, et finalement on peut prendre des risques, faire des essais, on sait qu’on pourra retomber sur la partition et reprendre le fil.
Sceneario.com : Quels sont les auteurs (pas nécessairement BD), les courants culturels qui t’ont marqués ou qui influencent ton dessin ?
|
|
Loïc Godart : Il y a certains auteurs comme Bezian ou Teddy Christiansen, des peintres comme Shiele ou Grosz, qui sont des piliers pour moi.
Je finis toujours par y retourner, parce que je me sens bien avec eux, un peu comme chez moi. Après c’est varié. Ca peut être un graf dans la rue, une pub, un meuble, il n’y a pas vraiment de règle. Même dans un mauvais dessin, un téléfilm bidon ou deux lignes dans un journal, je vais trouver quelque chose qui me dit : « Tiens et pourquoi pas ! ». Tout ça crée une bibliothèque d’images, de sensations qui influencent mon dessin de près ou de loin.
Sceneario.com : Quels sont tes projets en cours ou à venir … ?
Loïc Godart : Là, je viens de terminer de monter un projet de polar, ça se fera ou pas, mais j’ai vraiment envie de m’atteler à un travail d’écriture… Seulement pour l’instant rien à l’horizon…
Sceneario.com : Merci à toi.
Loïc Godart : C’est moi.
|
Etude de personnages pour l'anatomiste
|
|
|
|