
Jimmy Tousseul, un come back attendu.
Changement d'éditeur et nouveau scénariste, Jimmy Tousseul revient pour notre plus grand plaisir. Interview réalisée par Marie en Octobre 2004
Les albums
Scenenario.com : Benoît Despas, Daniel Desorgher, bonjour !
Benoît, vous êtes scénariste de bande dessinée et vous venez de prendre en main et en écriture, la suite des aventures de Jimmy Tousseul derrière celles de Stephen Desberg.
Comment êtes-vous devenu le scénariste de cette série ?
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Benoît DESPAS : J’avais déjà travaillé précédemment pour divers magazines : Tintin, Hello-BD, Jet, Week-BD… et réalisé huit albums pour les Editions du Lombard et les éditions Coccinelle, dont l’album Auriac, primé à Angoulême et récompensé par le prix du meilleur album étranger à Sobreda.
J’avais l’envie de me lancer dans la bande-dessinée d’aventure. Daniel, qui connaissait mon attachement pour le personnage de Jimmy et pour la grande poésie qui se détachait de ses récits, m’a contacté dès que l’opportunité s’est présentée.
Scenenario.com : Connaissiez-vous Daniel Desorgher avant cette collaboration ?
Benoît DESPAS : En effet. J’avais collaboré avec Daniel pour des travaux publicitaires. Histoire de courant ou d’alchimie ? Toujours est-il que Daniel aimait beaucoup mes découpages, qui correspondaient à sa vision de la BD.
Scenenario.com : Comment travaille-t'on derrière Stephen Desberg ?
Benoît DESPAS : Stephen Desberg était le garant de la continuité de l’esprit de la série Jimmy Tousseul. Après lui avoir soumis le synopsis, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises. Puis, je lui ai envoyé mon découpage au fur et à mesure de sa réalisation. Ce fut une expérience très enrichissante.
Scenenario.com : Daniel connaît l’Afrique, Stephen aussi… qu’est-ce que l’Afrique représente pour vous ?
Benoît DESPAS : Chacun porte en soi une fascination, qui a pris ses racines dans l’enfance. Pour moi, cette fascination, c’était l’Afrique et plus précisément le Congo belge. J’avais d’ailleurs envisagé quelques années auparavant de réaliser un ouvrage à partir d’ interviews d’anciens du Congo belge.
Sans doute, les tableaux, les sculptures, les masques et les armes qui ornaient les murs chez plusieurs de mes oncles qui avaient été en Afrique, ainsi que leurs récits n’étaient-ils pas étrangers à cette fascination. C’est mon côté Jimmy.
Scenenario.com : Pour en venir aux aventures de Jimmy Tousseul, le personnage avait donc fait ses adieux aux lecteurs en 2002 et voilà que vous lui faites revivre de nouvelles aventures. Quelle ont été les plus grandes difficultés pour amener ce retour au milieu du paysage éditorial ?
Benoît DESPAS : Le succès de Jimmy ne s’est jamais démenti en séances de dédicaces, malgré l’arrêt provisoire de Jimmy.
Daniel, qui pensait la série définitivement enterrée, avait entre-temps concocté une nouvelle série avec Cauvin. Mais sans succès.
C’est grâce au flair et à l’intuition de Joachim Regout, directeur artistique et directeur des collections Paris-Bruxelles et Caravelle chez Glénat-Bénélux, qui a eu l’idée de relancer la série, que Jimmy a enfin pu retrouver son public.
Scenenario.com : Jimmy Tousseul a vieilli.. il a gardé ses amis, il revient en Afrique, avez vous de nouvelles ambitions pour ce personnage ? Vivra t-il différemment sous la plume de Benoît Despas ?
Benoît DESPAS : Moins de géo-politique, plus d’attention aux personnages et à leurs relations ainsi que plus d’Afrique, telle devrait être la nouvelle formule de Jimmy. Avec des plongées dans des univers bien distincts à partir du troisième album.
Scenenario.com : Comment s’organise votre travail avec Daniel ?
Benoît DESPAS : Très simplement. Nous discutons. J’envoie à Daniel, le synopsis, puis l’entièreté du découpage des 46 planches. Daniel m’envoie ou me montre ses planches au niveau du crayonné et nous en discutons dans notre QG de la région liégeoise.
Scenenario.com : Daniel, comment travaillez-vous avec votre nouveau scénariste ?
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Daniel DESHORGER : Nous parlons beaucoup. J’essaie de lui faire partager mon amour de l’Afrique et des Africains, par des livres, des films, des récits de jeunesse ; de lui communiquer mon enthousiasme pour ce continent que trop de personnes, malheureusement, laissent sombrer dans la misère et dans l’oubli.
Récemment, nous avons encore participé ensemble à un dîner des Bomatraciens : les anciens de la région de Boma.
Sinon, notre travail se déroule de façon tout à fait classique. Je suis le découpage de Benoit et si une idée d’amélioration me vient à l’esprit, je lui téléphone.
Scenenario.com : Jimmy Tousseul de retour, c’est une excellente surprise, qu’avez vous envie de faire avec ce personnage ?
Daniel DESHORGER : Avec Benoit, je veux entraîner nos lecteurs toujours plus loin au cœur de cette Afrique lumineuse qui m’a marqué à jamais.
J’aimerais que les aventures qui surviennent à Jimmy, ne puissent se dérouler ailleurs qu’en Afrique.
Je dis parfois que le véritable héros des aventures de Jimmy, c’est précisément l’Afrique. Dans les tomes à venir, je compte explorer ses différents visages, tout en continuant à voir évoluer un Jimmy plus proche encore des noirs par son initiation et progressivement plus adulte.
Scenenario.com : A la différence de nombreuses séries où les personnages sont immuables, vous avez fait vieillir Jimmy. Il a été un enfant en 1988 dans sa première parution dans Spirou puis en album, dans ce nouvel album il est un jeune adulte. Comment avez vous travaillé ce vieillissement ? et le verrons –nous beaucoup plus vieux ?
Daniel DESHORGER : Le vieillissement est venu naturellement à la lecture des scénarios de Stephen Desberg. Jimmy a grandi en même temps que mon graphisme évoluait lui aussi. Quand, je vous dis naturellement, je vous passe les dizaines d’esquisses pour adapter notre héros. br>
Scenenario.com : En même temps que Jimmy revient, la collection Paris.Bruxelles naît, vous l’inaugurez ?
Benoît DESPAS : J’ai en effet cette chance. Paris –Bruxelles propose de faire vivre et revivre les classiques de la B-D et plus particulièrement de la ligne claire. Attendez-vous à quelques arrivées surprise dans cette nouvelle collection !
Scenenario.com : Est-ce la raison pour laquelle la série démarre avec une histoire en deux tomes ? ( ce qui n’était pas encore arrivé avec Jimmy Tousseul, il ne s’agissait jusqu’alors que de récits terminés en un tome. )
Benoît DESPAS : L’initiation de Jimmy est sans conteste liée au sort de Suzy. Traiter ce double thème sur un album aurait été impossible. A partir du troisième titre, nous reviendrons à la formule classique, une histoire–un tome.
Scenenario.com : Combien de temps mettez-vous pour réaliser un album ?
Benoît DESPAS : Comme scénariste, l’essentiel de la création se passe dans la tête. …A supposer que j’en ai une ! Après la phase de rêverie et de maturation, coucher le scénario sur papier me prend de un à deux mois.
Daniel DESHORGER : Dessiner un album me prend de onze mois à un an… et plus si affinités.
Scenenario.com : Daniel, entre les Schtroumpfs, l’atelier Peyo et la création d’une nouvelle collection pour un grand éditeur.. combien d’années de carrière se sont écoulées ?
Daniel DESHORGER : Je suis rentré au studio Peyo en 1971. Jimmy a vu le jour dans la revue Spirou en 1988 et en album en 1989.
Près de 17 ans se sont donc écoulés avant que je franchisse le pas et que je fasse vivre mon propre personnage.
Scenenario.com : Quel est le plus beau souvenir ?
Daniel DESHORGER : Mes plus beaux souvenirs, je les dois à Jimmy qui m’a permis à deux reprises de revenir en Afrique dans le cadre de festivals de BD. Une fois à Kinshasa, une autre fois à Libreville au
Gabon.
Scenenario.com : Daniel et Benoît , merci de vous êtes prêtés au jeu de mes questions, merci d’avoir fait revenir ce personnage très attachant et à bientôt pour la fin de cette aventure qui nous laisse en plein suspens.
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