Sceneario: Sur un scénar bien précis ?
Defali: Non, c'était des scènes que j'imaginais, sans dialogue. J'imaginais la
situation : une confrontation entre deux ou trois personnages. Et comme il
me
disait, pour apprendre à dessiner de la BD - car apparemment mon dessin
était
très intéressant, il le trouvait très bien - son conseil était : fait des
pages, fait des pages, fait des pages. Alors, c'est ce que j'ai fait.
Et
après, j'ai fait des concours pour Angoulême pendant deux années de suite,
j'ai été pris dans les cinquante premiers et invité là-bas, et j'ai
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rencontré les éditeurs, Dargaud et Fluide Glacial, et il m'a encouragé à
continuer. L'année suivante, Soleil et Delcourt voulaient que j'aille chez
eux.
Sceneario: Avoir Caza comme parrain, c'est pas mal !
Defali: C'est vraiment bien, surtout que je ne l'avais pas remercié sur le premier
album car c'est vrai qu'il a fait beaucoup pour mon évolution, et je l'ai
remercié personnellement lorsque je l'ai revu sur un festival. Et après
c'est Arleston, je l'avais rencontré à Angoulême grâce à mon badge "graine
de
pro" et je lui avais montré mon travail. Il m'a appelé chez moi et il m'a
dit j'ai un ami d’enfance, c'est un romancier de SF, j'ai fait un album avec
lui, ça serait bien que tu travailles avec lui : c'est Claude Ecken (ils ont
fait Bug Hunter ensemble avec Labrosse au dessin). J'ai lu Bug Hunter,
rencontré Claude Ecken, je lui ai envoyé mes dessins, on a parlé de ce que
l'on voulait faire ensemble et on a proposé un projet à Soleil qui avait
donné
une réponse positive. Je me suis déplacé a Toulon mais ça ne s'est pas fait.
Et à Bordeaux, j'ai rencontré les personnes du Cycliste chez qui j'ai fait
un
comic. Et plus tard, j'ai revu Mourad (le patron de Soleil) à Angoulême qui
me demande de mes nouvelles et si j'avais de nouvelles planches. Il m'a fait
entrer sur le stand et il est revenu avec Crisse et me l'a présenté. Là,
j'étais
super content et il m'a demandé si je voulais travailler avec lui. Et on a
commencé
à parler, mais six mois plus tard rien n'etait fait. Et Corbeyran voulait
que
je travaille avec lui.... on avait déjà commencé et Crisse, qui habitait a
coté
de chez Jean-Charles Gaudin, lui montre mon travail et lui donne mes
coordonnées et Jean-charles m'appelle. Très sympa au téléphone, on avait à
peu près les mêmes visions des choses et j'avais décidé de travailler avec
Corbeyran qui habite à côté de chez moi. J'avais fait 2 pages sur
Roquebrumes, qui est maintenant le Clan des Chimères, Corbeyran voulait
absolument que je signe chez Delcourt. Il avait vu mes créatures, tout était
très bien, j'avais commencé les deux premières pages, j'avais quelques
modifications à faire et, je vais au festival à Antibes. Et je revois
Mourad
qui me dit qu'il etait au courant que j'allais signer chez Delcourt. Je
lui réponds que je n'avais pas encore signé alors il m'a invité chez Soleil
pour signer
un contrat.
Et en tant que jeune dessinateur, j'ai trouvé ça super flatteur, pendant des
années, j'avais présenté projets sur projets qui avaient été refusés,
toujours
intéressants mais plus ou moins refusés et là, je signe les mains dans les
poches ! J'ai rappelé Delcourt qui a très bien compris et il y a eu
plusieurs
étapes
1 - Graphiquement et narrativement, celui qui m'a donné cette évolution :
c'est
Caza
2 - Celui qui m'a présenté les éditeurs : c'est Arleston
3 - Celui qui m'a présenté Jean-Charles le scénariste de "Garous" : c'est
Crisse
qui est devenu un très grand ami
Sceneario: Et pour Asphodèle ?
Defali: J'étais à Angoulême après la sortie du troisième "Garous", j'étais dans un
restaurant avec Didier Crisse et d'autres amis et Capuron et Delcourt
viennent me voir et me disent : ça serait bien que tu viennes signer chez
nous ! et donc voilà, j'ai encore signé chez Delcourt quasiment les mains
dans
les poches, car ce sont eux qui sont venu me chercher !
Sceneario: Il y a une différence de travail avec Gaudin et Corbeyran ?
Defali: La seule différence c'est qu'avec Gaudin je recevais deux ou trois pages
chaque semaine et avec Corbeyra, j'avais les 46 pages avant de commencer. Ce
qui était très bien, du fait que c'est du contemporain, ca me permettait de
chercher de la doc avant de commencer l'album. C'etait plus facile après,
lors du dessin , alors qu'avec Gaudin, il n'y avait pas vraiment de
documentation a part l'encyclopédie Viollet-Leduc qui a beaucoup de détails
sur les charpentes, l'architecture, ...
Sceneario: Et ça a été dur de changer d'époque ?
Defali: Il est vrai que sur Asphodèle, il y a plus de recherche du fait que c'est
l'époque actuelle et que dans Garous, tu mets deux arbres, trois rochers, tu
as
un décor. L'époque contemporaine n'est pas plus difficile à dessiner, par
contre elle est plus riche en détails. Mais sur Garous, je faisais six pages
par mois et sur Asphodèle, j'ai fait huit pages par mois...alors qu'il y a
plus de travail à faire, bon, il y a l'évolution et la facilité maintenant.
Je sais où je vais, sur Garous, je n'étais pas toujours très sûr de mon
travail, c'était quand même ma première série.
Et puis aussi, les arbres et les rochers me dérangent un peu, je n'ai pas
vraiment de style. Et ce qui est fou, c'est que quand j'ai présenté mes
premiers projets à l'époque, je ne présentais que des pages avec une
architecture contemporaine et ce qui a été retenu ce ne sont que les
créatures que j'avait fait à côté. Les deux éditeurs chez qui je suis
maintenant m'ont proposé de faire du médiéval fantastique. A croire qu'ils
n’aimaient pas du tout les bâtiments que je faisais.
Sceneario: Comment travailles-tu sur Asphodèle vu que tu as tout le scénario ?
Defali: Je dessine scène par scène. Quand je fais une scène, je la fais complète. Je
ne vais pas d'une page a l'autre, impossible ! Je ne commence pas une autre
planche tant que je n'ai pas fini celle que j'ai commencée. Je ne fais pas
case par case, quand je fais le story-board, je sais où je vais. Je fais
surtout les gros plans, les plans rapprochés en premier, ce qui me permet
d'avancer et après, je fais le plan général. Et parfois, dans les gros
plans
, je reviens par rapport au plan général que j'ai fait juste avant,
pour remettre des petits détails en arrière que je n'avais pas mis. Mais
dans les scènes sur plusieurs pages, je les fait dans l'ordre sinon j'aurais
un problème car je ne saurais pas trop où j'irais. Je ne peux pas
faire la page 15 et faire après la 14 et la 16, j'aurais un gros problème !
Il
y en a qui y arrivent. Il y en a qui commencent une page, qui ne la
terminent pas et qui
vont en commencer une autre parce qu'ils ont un problème de case et qui
reviennent après. Des gens comme Crisse, et ça m'étonne vachement quand je
vois ses pages, il commence une case, c'est la case où il y a 4 personnages,
il va en faire 2, il va faire le volume des autres et il va déjà encrer les
deux premiers qu'il a fait alors que les autres ne sont pas faits au crayon
!
Et je trouve ça extraordinaire !
Sceneario: Combien de tomes sont prévus pour Asphodèle ?
Defali: Ce sera des cycles courts. Toujours 2 albums mais il y aura plusieurs
cycles,
d'ailleurs, j'ai déjà reçu le scénario pour le tome 3; il se passera en
Angleterre. Et il faut que je fasse des repérages comme en ce moment
(l'interview a été fait dans un pub a Calais)
Sceneario: Et la collaboration de Civiello sur les couleurs de Garous ?
Defali: C'est un ami, on se voit ou téléphone régulièrement et là j'avais reçu le
synopsis du tome 3 de Garous et j'avais l'histoire. Et sur la page 17 qui
était vachement éclatée, il fallait que je fasse un garou vraiment
impressionnant sur la page complète. Je parlais de la page avec lui, du
dessin et de la couleur et de comment la faire et là il me dit : " si tu
veux je
te la fais !". On ne savait pas trop, ni lui ni moi, comment on allait
faire.
J'ai regardé ses tirages de luxe, comment il travaillait sur ses crayonnés
et comment il traduisait ça en couleur et je me suis un peu adapté sur son
travail, tout en gardant mon style et je lui ai envoyé la planche. Ca lui a
beaucoup plu et il a travaillé sur ma page et il trouvait ça plus facile de
travailler sur mon style que sur le sien. C'était super agréable mais je
n'avais toujours pas vu la page ! C'était en septembre, on faisait un
festival ensemble et il m'a dit qu'il avait terminé la page et qu'il me
l'amenait. Et
c'était fabuleux ! J'ai même vu des détails que je pensais qu'il avait
ajoutés alors que c'était moi qui les avais faits au crayonné et ils étaient
rehaussés avec sa façon de faire la couleur !
Sceneario: Et pour le coffret sorti chez soleil ?
Defali: Soleil m'a proposé de faire le coffret en trois tomes mais j'avais refusé
car je n'aimais pas le principe et quand j'ai été dans ce festival avec
Manu,
quand il m'a remis la page et qu'il m'a demandé si j'allais faire le
coffret,
et que je lui ai dit que j'avais refusé car je ne m'entendais pas avec eux
pour les couvertures, il m'a dit : " si tu fais le coffret, je te fais les
couleurs !"
Comme de ce festival je partais directement a Toulon, j'ai montré la page
à Mourad, le patron de Soleil, et il m'a demandé : "... quand est-ce que
vous
travaillez ensemble ? " et là, je lui ai dit que je voulais bien faire le
coffret si
c'était Manu qui faisait les couleurs. Comme il avait la page de Manu dans
les mains, il m'a dit pas de problème ! Et il nous a laissé travailler
sans
demander à voir les pages. Il a eu les pages en couleur une fois terminées.
Et quand il les a eu en mains, il m'a téléphoné et il m'a dit :" je ne peux
pas
les enfermer toutes seules dans un coffret , alors je réédite toutes les bd
avec
les nouvelles couvertures."
Et après, avec Manu, on nous a souvent demandé des illustrations ensemble,
on n'en a pas fait beaucoup sinon on ne ferait que ça mais on nous en
demande
encore. Il y a une affiche qui est en cours.
Sceneario: C'est un travail complémentaire ?
Defali: Oui, on s'entend bien, lui, il arrive a mettre des ambiances que j'apprécie
et j'arrive a adapter mon style au sien et ça ne pose pas trop de
difficultés. On a des univers et des façons de travailler qui ne sont pas
trop éloignés, et on parle vachement et avant que je commence un dessin, on
en parle ensemble, des idées que j'ai, des siennes que l'on rajoute, de
nouveau des miennes, et ainsi de suite....
Sceneario: Un autre cycle de Garous est-il prévu ?
Defali: Le deuxième cycle de Garous est en projet. On en a parlé avec le scénariste
et c'etait déjà prévu dés le deuxième tome de Garous, le deuxième cycle se
passera à l'époque actuelle, ça sera les descendants, des descendants, des
descendants, S de tanaris et alissia, il y aura des flash-back aussi et je
trouve que le thème/histoire est beaucoup plus intéressant que celui du
premier
cycle.
Sceneario: Et au niveau dessin ?
Defali: Et pour moi aussi, je trouve plus intéressant ça va être du Asphodèle avec
des créatures et aussi il faut voir avec le coloriste, ça sera certainement
des couleurs a l'ordinateur.
Sceneario: Et en dédicace on te demande plus de Garous ou d'Asphodèle ?
Defali: Il y a un moment, c'était que des garous. De toute façon, c’est ce que je
dessine le plus rapidement et le mieux, dessiner les personnage me dérange
un peu.
Sceneario: J'ai vu à Angoulême que tu avais fait un mouton garou !
Defali: Et je l'avais fait ?
Sceneario: Oui
Defali: Ah bon ?, je m'en souviens plus ! Peut-être, au début, je le faisais, j'ai
même
fait un schtroumpf garou ! Mais je ne le fais plus maintenant. Il y a
tellement
de gens qui viennent et qui me demandent des thèmes. Si tu veux au début, il
y
avait des gens, c'était très bien, j'avais la possibilité de le faire mais
plus ça va, plus il y a du monde, tu as vu hier, il y a beaucoup de monde
et
je peux pas faire à chaque personne quelque chose de très personnalisé. Je
suis émerveillé quand je vois des dessinateurs qui font ça ! Comme Serge
Carrère ou Jean-Louis Mourier, je leur dis bravo. Ils dessinent avec une
facilité incroyable, et quand tu vois leurs dessins, c'est très efficace
et
très bon. Moi je ne peux pas. Je peux travailler très vite mais j'ai besoin
d'un temps de réflexion, je ne peux pas faire des dessins à la chaîne. Tant
que je n'ai pas le dessin en tête, je ne touche pas le papier. Des fois, je
laisse passer toute la journée, et ma femme me dit que ça n'a pas beaucoup
progressé ! En fait je suis devant la télé mais je réfléchi comment je vais
le faire. J'espère qu'un jour, j'arriverais à faire ça, ça prouvera que j'ai
évolué. Des dessinateurs comme Richard Guerineau qui ont une facilité pour
dessiner ça m'énerve, et comme le niveau de Civiello ! C'est son niveau en
colorisation que je voudrais avoir !
Sceneario: Un message à faire passer ?
Defali: Oui, petit message a Nico Mitric : arrête, bosse un peu quand même, douze
pages en un an, tu abuses ! (rires)
Sceneario: Merci Djillali et merci aussi à David et Denis qui étaient avec moi.