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Djilalli DEFALI
Interview réalisée par Fef en mai 2003.
Les albums

Sceneario: Peux-tu te présenter ?

Defali:
Je m'appelle Djilalli Defali. J'habite à Bordeaux, Mérignac plus précisément.

Sceneario: Comment as-tu commencé à faire de la bande dessinée ?

Defali:
C'était début 1992, j'avais 20 ans. J'ai toujours dessiné, je travaillais dans l'imprimerie en photograveur, et entre deux boulots, le collègue, qui était avec moi était un gros fan de bd, me parlait de Rosinsky, et dans l'imprimerie on avait des couvertures de Thorgal agrandies sur les murs, je ne connaissais pas du tout à l'époque. Entre 2 ou 3 boulots, je dessinais et il me disait : " tu devrais faire dessinateur de bd". Mais la bande dessinée ne m'intéressait pas trop à l'époque, pour moi c'était les Schtroumpfs , Asterix, pas le style que je dessinais. Je lui ai donc dit non merci, mais il m'a répondu : "la bande dessinée a beaucoup évolué, je t'en amènerai ! "
Il m'a amené les 11 premiers albums de Rosinsky, je les ai lus, j'ai trouvé ça super intéressant et j'ai continué a lire des bandes dessinées et j'ai découvert l'Epée de cristal de Crisse et le 4éme d'Aquablue, corail noir qui venait de sortir, et là, j'ai eu envie de devenir dessinateur de bd.

Sceneario: Quelles étaient tes influences ?

Defali:
Les influences que j'avais au début, c'était Crisse sur l'Epée de Cristal et Aquablue car j'aimais bien le style semi-réaliste et avec quelques masses noires à droite et à gauche et j'adorais les couleurs d'Isabelle Rabarot, avant pour moi la couleur ne faisait pas grand-chose dans la bd et quand j'ai vu ses couleurs, c'était vraiment autre chose que les aplats des autres bd franco-belge .

Sceneario: Et ta première bd ?

Defali:
Mon collègue m'a parlé du festival d'Angoulême, mais je ne connaissais pas du tout et on y est allé. J'ai trouvé ça super, c'était incroyable, j'avais envie de passer de l'autre coté de la table et il se trouve que 2 mois après, il y avait un festival à Martignasse à coté de chez moi, c'était la deuxième année. Quand j'ai su ça, je me suis mis à faire beaucoup de dessins, et j'ai imaginé une scène en 2 ou 3 pages. A ce festival là, Caza, Tota, Dieter. J'ai rencontré Caza, et comme il n'y avait pas grand monde à ce festival, il a arrêté de dédicacer, a fait le tour et on a parlé pendant 2 heures et à la fin il m’a donné une carte postale avec ses coordonnées et m'a dit : " envoie moi ton travail " et un mot qui a été déclencheur pour moi c'est : "narration" !

Sceneario: Narration ?

Defali:
Je ne voyais pas du tout ce que c'était. Il m'a montré sur mes pages, le problème qu'il y avait. Il y avait un cavalier qui allait de gauche a droite sur toutes les cases et sur la dernière case, il allait de droite a gauche. Et il m'a demandé pourquoi il va de droite a gauche ... Il a fait demi tour ?
...Non, il a changé de sens, j'ai été de l'autre coté et là, il m'a expliqué que c'était pas bon, que c'était trop brusque, trop brutal. Il y a un choc, il y a un problème, on ne comprend pas. Il y a un manque car personne ne l'explique ! J'ai travaillé pendant un an comme ça, il m'expliquait des choses sur les dessins/planches que je lui envoyais.

Sceneario: Sur un scénar bien précis ?

Defali:
Non, c'était des scènes que j'imaginais, sans dialogue. J'imaginais la situation : une confrontation entre deux ou trois personnages. Et comme il me disait, pour apprendre à dessiner de la BD - car apparemment mon dessin était très intéressant, il le trouvait très bien - son conseil était : fait des pages, fait des pages, fait des pages. Alors, c'est ce que j'ai fait. Et après, j'ai fait des concours pour Angoulême pendant deux années de suite, j'ai été pris dans les cinquante premiers et invité là-bas, et j'ai
rencontré les éditeurs, Dargaud et Fluide Glacial, et il m'a encouragé à continuer. L'année suivante, Soleil et Delcourt voulaient que j'aille chez eux.

Sceneario: Avoir Caza comme parrain, c'est pas mal !

Defali:
C'est vraiment bien, surtout que je ne l'avais pas remercié sur le premier album car c'est vrai qu'il a fait beaucoup pour mon évolution, et je l'ai remercié personnellement lorsque je l'ai revu sur un festival. Et après c'est Arleston, je l'avais rencontré à Angoulême grâce à mon badge "graine de pro" et je lui avais montré mon travail. Il m'a appelé chez moi et il m'a dit j'ai un ami d’enfance, c'est un romancier de SF, j'ai fait un album avec lui, ça serait bien que tu travailles avec lui : c'est Claude Ecken (ils ont fait Bug Hunter ensemble avec Labrosse au dessin). J'ai lu Bug Hunter, rencontré Claude Ecken, je lui ai envoyé mes dessins, on a parlé de ce que l'on voulait faire ensemble et on a proposé un projet à Soleil qui avait donné une réponse positive. Je me suis déplacé a Toulon mais ça ne s'est pas fait.
Et à Bordeaux, j'ai rencontré les personnes du Cycliste chez qui j'ai fait un comic. Et plus tard, j'ai revu Mourad (le patron de Soleil) à Angoulême qui me demande de mes nouvelles et si j'avais de nouvelles planches. Il m'a fait entrer sur le stand et il est revenu avec Crisse et me l'a présenté. Là, j'étais super content et il m'a demandé si je voulais travailler avec lui. Et on a commencé à parler, mais six mois plus tard rien n'etait fait. Et Corbeyran voulait que je travaille avec lui.... on avait déjà commencé et Crisse, qui habitait a coté de chez Jean-Charles Gaudin, lui montre mon travail et lui donne mes coordonnées et Jean-charles m'appelle. Très sympa au téléphone, on avait à peu près les mêmes visions des choses et j'avais décidé de travailler avec Corbeyran qui habite à côté de chez moi. J'avais fait 2 pages sur Roquebrumes, qui est maintenant le Clan des Chimères, Corbeyran voulait absolument que je signe chez Delcourt. Il avait vu mes créatures, tout était très bien, j'avais commencé les deux premières pages, j'avais quelques modifications à faire et, je vais au festival à Antibes. Et je revois Mourad qui me dit qu'il etait au courant que j'allais signer chez Delcourt. Je lui réponds que je n'avais pas encore signé alors il m'a invité chez Soleil pour signer un contrat.
Et en tant que jeune dessinateur, j'ai trouvé ça super flatteur, pendant des années, j'avais présenté projets sur projets qui avaient été refusés, toujours intéressants mais plus ou moins refusés et là, je signe les mains dans les poches ! J'ai rappelé Delcourt qui a très bien compris et il y a eu plusieurs étapes
1 - Graphiquement et narrativement, celui qui m'a donné cette évolution : c'est Caza
2 - Celui qui m'a présenté les éditeurs : c'est Arleston
3 - Celui qui m'a présenté Jean-Charles le scénariste de "Garous" : c'est Crisse qui est devenu un très grand ami

Sceneario: Et pour Asphodèle ?

Defali:
J'étais à Angoulême après la sortie du troisième "Garous", j'étais dans un restaurant avec Didier Crisse et d'autres amis et Capuron et Delcourt viennent me voir et me disent : ça serait bien que tu viennes signer chez nous ! et donc voilà, j'ai encore signé chez Delcourt quasiment les mains dans les poches, car ce sont eux qui sont venu me chercher !

Sceneario: Il y a une différence de travail avec Gaudin et Corbeyran ?

Defali:
La seule différence c'est qu'avec Gaudin je recevais deux ou trois pages chaque semaine et avec Corbeyra, j'avais les 46 pages avant de commencer. Ce qui était très bien, du fait que c'est du contemporain, ca me permettait de chercher de la doc avant de commencer l'album. C'etait plus facile après, lors du dessin , alors qu'avec Gaudin, il n'y avait pas vraiment de documentation a part l'encyclopédie Viollet-Leduc qui a beaucoup de détails sur les charpentes, l'architecture, ...

Sceneario: Et ça a été dur de changer d'époque ?

Defali:
Il est vrai que sur Asphodèle, il y a plus de recherche du fait que c'est l'époque actuelle et que dans Garous, tu mets deux arbres, trois rochers, tu as un décor. L'époque contemporaine n'est pas plus difficile à dessiner, par contre elle est plus riche en détails. Mais sur Garous, je faisais six pages par mois et sur Asphodèle, j'ai fait huit pages par mois...alors qu'il y a plus de travail à faire, bon, il y a l'évolution et la facilité maintenant. Je sais où je vais, sur Garous, je n'étais pas toujours très sûr de mon travail, c'était quand même ma première série.
Et puis aussi, les arbres et les rochers me dérangent un peu, je n'ai pas vraiment de style. Et ce qui est fou, c'est que quand j'ai présenté mes premiers projets à l'époque, je ne présentais que des pages avec une architecture contemporaine et ce qui a été retenu ce ne sont que les créatures que j'avait fait à côté. Les deux éditeurs chez qui je suis maintenant m'ont proposé de faire du médiéval fantastique. A croire qu'ils n’aimaient pas du tout les bâtiments que je faisais.

Sceneario: Comment travailles-tu sur Asphodèle vu que tu as tout le scénario ?

Defali:
Je dessine scène par scène. Quand je fais une scène, je la fais complète. Je ne vais pas d'une page a l'autre, impossible ! Je ne commence pas une autre planche tant que je n'ai pas fini celle que j'ai commencée. Je ne fais pas case par case, quand je fais le story-board, je sais où je vais. Je fais surtout les gros plans, les plans rapprochés en premier, ce qui me permet d'avancer et après, je fais le plan général. Et parfois, dans les gros plans , je reviens par rapport au plan général que j'ai fait juste avant, pour remettre des petits détails en arrière que je n'avais pas mis. Mais dans les scènes sur plusieurs pages, je les fait dans l'ordre sinon j'aurais un problème car je ne saurais pas trop où j'irais. Je ne peux pas faire la page 15 et faire après la 14 et la 16, j'aurais un gros problème !
Il y en a qui y arrivent. Il y en a qui commencent une page, qui ne la terminent pas et qui vont en commencer une autre parce qu'ils ont un problème de case et qui reviennent après. Des gens comme Crisse, et ça m'étonne vachement quand je vois ses pages, il commence une case, c'est la case où il y a 4 personnages, il va en faire 2, il va faire le volume des autres et il va déjà encrer les deux premiers qu'il a fait alors que les autres ne sont pas faits au crayon ! Et je trouve ça extraordinaire !

Sceneario: Combien de tomes sont prévus pour Asphodèle ?

Defali:
Ce sera des cycles courts. Toujours 2 albums mais il y aura plusieurs cycles, d'ailleurs, j'ai déjà reçu le scénario pour le tome 3; il se passera en Angleterre. Et il faut que je fasse des repérages comme en ce moment (l'interview a été fait dans un pub a Calais)

Sceneario: Et la collaboration de Civiello sur les couleurs de Garous ?

Defali:
C'est un ami, on se voit ou téléphone régulièrement et là j'avais reçu le synopsis du tome 3 de Garous et j'avais l'histoire. Et sur la page 17 qui était vachement éclatée, il fallait que je fasse un garou vraiment impressionnant sur la page complète. Je parlais de la page avec lui, du dessin et de la couleur et de comment la faire et là il me dit : " si tu veux je te la fais !". On ne savait pas trop, ni lui ni moi, comment on allait faire. J'ai regardé ses tirages de luxe, comment il travaillait sur ses crayonnés et comment il traduisait ça en couleur et je me suis un peu adapté sur son travail, tout en gardant mon style et je lui ai envoyé la planche. Ca lui a beaucoup plu et il a travaillé sur ma page et il trouvait ça plus facile de travailler sur mon style que sur le sien. C'était super agréable mais je n'avais toujours pas vu la page ! C'était en septembre, on faisait un festival ensemble et il m'a dit qu'il avait terminé la page et qu'il me l'amenait. Et c'était fabuleux ! J'ai même vu des détails que je pensais qu'il avait ajoutés alors que c'était moi qui les avais faits au crayonné et ils étaient rehaussés avec sa façon de faire la couleur !

Sceneario: Et pour le coffret sorti chez soleil ?

Defali:
Soleil m'a proposé de faire le coffret en trois tomes mais j'avais refusé car je n'aimais pas le principe et quand j'ai été dans ce festival avec Manu, quand il m'a remis la page et qu'il m'a demandé si j'allais faire le coffret, et que je lui ai dit que j'avais refusé car je ne m'entendais pas avec eux pour les couvertures, il m'a dit : " si tu fais le coffret, je te fais les couleurs !"
Comme de ce festival je partais directement a Toulon, j'ai montré la page à Mourad, le patron de Soleil, et il m'a demandé : "... quand est-ce que vous travaillez ensemble ? " et là, je lui ai dit que je voulais bien faire le coffret si c'était Manu qui faisait les couleurs. Comme il avait la page de Manu dans les mains, il m'a dit pas de problème ! Et il nous a laissé travailler sans demander à voir les pages. Il a eu les pages en couleur une fois terminées. Et quand il les a eu en mains, il m'a téléphoné et il m'a dit :" je ne peux pas les enfermer toutes seules dans un coffret , alors je réédite toutes les bd avec les nouvelles couvertures."
Et après, avec Manu, on nous a souvent demandé des illustrations ensemble, on n'en a pas fait beaucoup sinon on ne ferait que ça mais on nous en demande encore. Il y a une affiche qui est en cours.

Sceneario: C'est un travail complémentaire ?

Defali:
Oui, on s'entend bien, lui, il arrive a mettre des ambiances que j'apprécie et j'arrive a adapter mon style au sien et ça ne pose pas trop de difficultés. On a des univers et des façons de travailler qui ne sont pas trop éloignés, et on parle vachement et avant que je commence un dessin, on en parle ensemble, des idées que j'ai, des siennes que l'on rajoute, de nouveau des miennes, et ainsi de suite....

Sceneario: Un autre cycle de Garous est-il prévu ?

Defali:
Le deuxième cycle de Garous est en projet. On en a parlé avec le scénariste et c'etait déjà prévu dés le deuxième tome de Garous, le deuxième cycle se passera à l'époque actuelle, ça sera les descendants, des descendants, des descendants, S de tanaris et alissia, il y aura des flash-back aussi et je trouve que le thème/histoire est beaucoup plus intéressant que celui du premier cycle.

Sceneario: Et au niveau dessin ?

Defali:
Et pour moi aussi, je trouve plus intéressant ça va être du Asphodèle avec des créatures et aussi il faut voir avec le coloriste, ça sera certainement des couleurs a l'ordinateur.

Sceneario: Et en dédicace on te demande plus de Garous ou d'Asphodèle ?

Defali:
Il y a un moment, c'était que des garous. De toute façon, c’est ce que je dessine le plus rapidement et le mieux, dessiner les personnage me dérange un peu.

Sceneario: J'ai vu à Angoulême que tu avais fait un mouton garou !

Defali:
Et je l'avais fait ?

Sceneario: Oui

Defali:
Ah bon ?, je m'en souviens plus ! Peut-être, au début, je le faisais, j'ai même fait un schtroumpf garou ! Mais je ne le fais plus maintenant. Il y a tellement de gens qui viennent et qui me demandent des thèmes. Si tu veux au début, il y avait des gens, c'était très bien, j'avais la possibilité de le faire mais plus ça va, plus il y a du monde, tu as vu hier, il y a beaucoup de monde et je peux pas faire à chaque personne quelque chose de très personnalisé. Je suis émerveillé quand je vois des dessinateurs qui font ça ! Comme Serge Carrère ou Jean-Louis Mourier, je leur dis bravo. Ils dessinent avec une facilité incroyable, et quand tu vois leurs dessins, c'est très efficace et très bon. Moi je ne peux pas. Je peux travailler très vite mais j'ai besoin d'un temps de réflexion, je ne peux pas faire des dessins à la chaîne. Tant que je n'ai pas le dessin en tête, je ne touche pas le papier. Des fois, je laisse passer toute la journée, et ma femme me dit que ça n'a pas beaucoup progressé ! En fait je suis devant la télé mais je réfléchi comment je vais le faire. J'espère qu'un jour, j'arriverais à faire ça, ça prouvera que j'ai évolué. Des dessinateurs comme Richard Guerineau qui ont une facilité pour dessiner ça m'énerve, et comme le niveau de Civiello ! C'est son niveau en colorisation que je voudrais avoir !

Sceneario: Un message à faire passer ?

Defali:
Oui, petit message a Nico Mitric : arrête, bosse un peu quand même, douze pages en un an, tu abuses ! (rires)

Sceneario: Merci Djillali et merci aussi à David et Denis qui étaient avec moi.


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