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Les Secrets du Marquis
Les Secrets du Marquis selon les frères Bar.
Interview réalisée par Marie en Mars 2005
L'album


couverture de "Tonnerre en chine"
Sceneario.com : Dominique, dessinateur, et Pierre, scénariste de l'album "Les Secrets du Marquis" bonjour ! Vos noms sont peu ou pas connus, pouvez vous vous présenter aux yeux du public ?

Dominique : Pendant longtemps, j’ai été complètement en dehors du monde de la bd. Mais ces dernières années, j’ai dessiné plusieurs albums de bande dessinée chrétienne.
Albums qu’on ne trouve qu’en librairies religieuses, ce qui est un circuit tout à fait distinct du reste de la bande dessinée. J’ai dessiné et scénarisé un album sur les évènements de Beauraing de 1932, puis j’ai dessiné, en 2 tomes, une vie du pape Jean-Paul II. Ensuite j’ai dessiné une vie du Père Werenfried Van Straaten, fondateur de l’association Aide à l’Eglise en Détresse, décédé il y a 2 ans. J’ai aussi dessiné de courtes histoires pour la revue protestante « Tournesol ». J’avais, par ailleurs, participé au scénario d’une BD racontant la vie du Père Lebbe, missionnaire en Chine ainsi qu’a celui d’une BD sur Saint Jean Berckmans, un jésuite du XVIIe siècle, surtout connu en Flandre.
J’avais dessiné plusieurs courtes histoires de Christian Persil pour l’éphémère « Tintin Reporter ». Deux seulement avaient été publiées. Les autres sont restées inédites du fait de la disparition prématurée du magazine.

Pierre : Contrairement à Dominique, je n’ai jusqu’à présent à peu près rien publié dans le domaine de la BD. Mes publications antérieures se résument à un court récit sur la prise de la Bastille dans le journal Tintin Reporter, le 14 juillet 1989, à l’occasion du bicentenaire et mis en images par Marco Venanzi et Michel Chantraine et la seconde partie du scénario de l’album Tonnerre en Chine dessiné par Luc Foccroulle et dont Dominique a écrit la première partie.
En dehors de la BD, j’ai également publié quelques articles historiques dans des revues « scientifiques » et j’avais collaboré à la revue d’Inter-Environnement Wallonie, la fédération wallonne des associations de protection de l’environnement.
J’ai suivi une formation d’historien à l’université de Liège et je travaille actuellement à une thèse de doctorat dans le cadre du Centre d’Histoire du Droit et de la Justice de l’université de Louvain-la-Neuve.
En même temps, j’ai travaillé dans le domaine informatique comme analyste-programmeur et j’ai également enseigné l’histoire et l’informatique.

Sceneario.com : Vous venez de sortir un album de bande dessinée « Les secrets du Marquis ». Qui en est l’instigateur ? Comment est né cet album.. ?

Dominique : J’avais donc dessiné, il y a déjà pas mal d ‘années de courts récits des deux personnages principaux pour le magazine « Tintin Reporter », dont la publication, ainsi que je l’ai déjà dit, a été très vite interrompue.

N’ayant plus le support d’une revue, il fallait prendre l’orientation d’histoires longues pour pouvoir les proposer à des maisons d’édition.

Pierre : L’album « Les secrets du Marquis » est le résultat de la rencontre entre deux projets. Dominique avait créé les personnages de Christian et Coralie pour de courtes histoires parues dans Tintin Reporter.
J’avais pour ma part l’envie de réaliser un scénario s’inspirant d’une anecdote authentique survenue vers 1950 et j’en avais parlé à Dominique. L’idée nous est donc venue de reprendre cette idée pour en faire une aventure de Christian Persil.

Sceneario.com : Comment avez vous décidé de travailler ensemble et comment travaille t-on quand on est frères ?

Pierre : L’idée d’une collaboration remonte loin.
« Les Secrets du Marquis » n’est pas notre premier projet. C’est toutefois le premier qui aboutit à une publication.
Au terme de mes études d’histoire, nous avions déjà travaillé sur un premier projet qui s’inspirait déjà de faits réels, puisés cette fois dans les archives que j’avais étudiées pour mon mémoire de fin d’études. (Ce premier projet pourrait d’ailleurs déboucher sur une réalisation dans un avenir peut-être plus trop éloigné). Ensuite, lors des premiers contacts qu’il a eus avec les responsables de Tintin Reporter, Dominique a fait à nouveau appel à moi pour retravailler un scénario qui lui avait été proposé mais qui ne le satisfaisait pas entièrement. Des changements de dernière minute lors de la constitution de l’équipe qui devait diriger Tintin Reporter ont finalement empêché le projet d’aboutir. Nous avons à nouveau été amenés à travailler ensemble (ou plutôt l’un à la suite de l’autre) sur l’album Tonnerre en Chine, Dominique m’ayant en fait passé le relais pour terminer le scénario dont il avait écrit lui-même les premières pages.
C’est donc assez naturellement qu’une collaboration pour « Les Secrets du Marquis » nous est venue à l’esprit.

Ce n’est pas nécessairement plus facile de travailler ensemble quand on est frères que quand on ne l’est pas. Pour certaines choses, cela présente néanmoins d’indéniables avantages et notamment pour le scénariste.
Il y a ainsi un certain nombre de détails qu’il n’est pas toujours nécessaire de préciser dans le découpage du scénario, car cela s’inspire de notre passé commun. C’est notamment le cas pour les ambiances de montagne dans « Les Secrets du Marquis » dont certains épisodes se situent dans les lieux où nous allions ensemble en vacances dans notre jeunesse.
Un autre avantage est qu’ayant suivi l’évolution du dessin de Dominique depuis notre enfance, il m’est sans doute plus facile qu’à un autre d’imaginer par avance quel pourra être le résultat une fois les pages dessinées.
En même temps, cependant, cette parenté est parfois un peu lourde à porter. En terme d’identité, être perçu comme « un des frères Bar » peut parfois être un peu frustrant, surtout qu’il arrive que l’on nous confonde – le dernier épisode de ce genre en date, plutôt cocasse, est la photo de Dominique prise à Angoulême et affichée sur le site de Sceneario avec mon nom à la place de celui de Dominique.
Par ailleurs, en tant que « petit frère », il m’est parfois difficile d’imposer à mon « aîné » des parties de scénario qui ne lui plaisent pas tout à fait et auxquelles je tiens pourtant.


Sceneario.com : Ce nouvel album s’adresse en premier lieu à un lectorat de jeunes ados, un peu laissés pour compte ces dernières années, est-ce le hasard ?

Dominique : Je pense effectivement que c’est censé s’adresser prioritairement à la tranche d’âge des grands enfants et pré-adolescents. Et ce n’est pas un hasard puisque c’était le public visé, à l’époque, par Tintin Reporter.

Pierre : Sur ce point, ma vision des choses est un peu différente de celle de Dominique et de celle de Marie, notre éditrice.
Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir écrit un scénario qui s’adressait prioritairement à un public adolescent. Je ne dis pas évidemment que ça ne convient pas à ce public. Je ne dis pas non plus que ce n’était pas le public visé. Mais je dois avouer être bien incapable de savoir quelles sont les attentes des jeunes ados d’aujourd’hui en matière de scénario de BD.
J’ai donc écrit un scénario qui me semblait pouvoir plaire à l’adolescent que j’avais été, mais surtout que je prenais plaisir à écrire.
Le fait d’avoir travaillé avec Dominique sur ce projet a sans doute également influencé notre choix.
C’est en effet à l’adolescence que nous avons le plus partagé une passion commune pour la BD. Pas étonnant dès lors que nous ayons choisi de nous adresser à un public qui correspond à ce que nous étions quand la BD occupait une grande place dans notre vie.

Sceneario.com : Avez-vous envie de continuer dans cette voie ?

Dominique : Je ne serais pas mécontent qu’il puisse y avoir d’autres albums avec ces personnages. D’ailleurs, sur la page de garde, il y a comme en-tête « Les aventures de Christian Persil », ce qui laisse supposer qu’il pourrait y en avoir d’autres…

Pierre : Il faut pouvoir se renouveler pour préserver l’intérêt d’une création. J’ai écrit d’autres scénarios depuis celui des « Secrets du Marquis » dans des genres un peu différents. Je souhaiterais voir aboutir certains de ces projets et en même temps, cette expérience complémentaire devrait me permettre d’écrire le scénario d’un second tome pour les aventures de Christian Persil bien différent du premier sans le renier pour autant. Mais cela dépend aussi de l’accueil qui sera réservé à cet album.

Sceneario.com : Quel est le type d’histoire ?

Dominique : Je sais qu’il y a un nombre précis de catégories d’histoires mais je ne sais pas à quelle catégorie celle-ci se rattache. Tout dépend de ce qu’on considère comme élément dominant de l’histoire.

Pierre : Ce premier album se présente comme une aventure tout à fait classique, mais il réserve en principe quelques surprises. Les choses pourraient finalement bien être assez différentes de ce qu’elles semblent être au départ.
La psychologie des personnages occupe une place non négligeable dans le récit. L’humour n’en est pas absent non plus, mais par touches légères plutôt que sous forme de bonnes grosses farces à se rouler par terre. Le regard porté sur les personnages est souvent ironique et distancié, sans pour autant être méprisant. Les faiblesses et les défauts des personnages présentés sans excès de complaisance sont parfois ce qui les rend attachants.

Sceneario.com : Le dessin est très attaché au style franco belge classique, type ligne claire, il plaît beaucoup apparemment, quelles sont vos attirances en général ou références ?

Dominique : Même si elles paraissent maintenant en 2005, ces planches ont été dessinées il y a déjà quelques années. Si je créais ces personnages aujourd’hui, ils seraient peut-être assez différents mais ce n’est pas certain parce que je reste attaché à un certain classicisme. Je pense avoir été influencé par plusieurs dessinateurs de cette école essentiellement belge.
Même s’il y en a d’autres, je ne citerai que François Craenhals parce qu’il est décédé il y a quelques mois et que ces tristes circonstances m’ont amené à mieux me rendre compte de l’importance qu’il a toujours eu pour moi sans que j’en aie forcément eu conscience.


Pierre : Depuis que je suis enfant, j’ai toujours eu une référence pour le dessin : Dominique Bar. Il avait trois ans de plus que moi et aussi loin que je fasse remonter mes souvenirs, il a toujours été le dessinateur de la famille. Je me suis moi-même essayé au dessin, mais au lieu de m’inspirer de Franquin, Dany, Mézières, Giraud, Hergé, Cosey ou Walthéry, j’étais toujours influencé par le dessin de Dominique.
A l’époque, même pour les scénarios, je subissais l’influence de Dominique puisque c’était lui qui m’en écrivait. Sur ce point, j’ai toutefois acquis par la suite une complète autonomie, à la lecture des scénarios de Goscinny, Stocquart, Charlier, Christin, Bourgeon, Le Tendre, Dodier, complétée par des romanciers (Dostoïevsky, Milan Kundera, Mario Vargas Llosa, David Lodge, Umberto Eco…) et des cinéastes (Jean-Paul Rappeneau, Arthur Penn, Costa-Gavras, Spielberg, Eric Rohmer, Milos Forman…) au point de devenir scénariste à part entière.

Sceneario.com : Parmi les personnages, quel est celui que vous préférez ?

Dominique : Chaque personnage a son importance dans une histoire en fonction de ce qu’il a à exprimer. Pour les personnages principaux, je mets à égalité Christian et Coralie parce qu’ils sont complémentaires. Mais j’avais l’impression que si on mettait les deux noms dans le titre, ça ferait un ton années 50. Et si j’avais mis le nom de la fille à l’avant, le garçon risquait vite de passer au second plan du fait qu’il a une personnalité moins affirmée. Ce que je ne souhaitais pas.
Je voudrais dire aussi que pour moi, les paysages ont, au moins, autant d’importance que les personnages.

Pierre : J’ai très nettement une préférence pour le personnage de Coralie. Pas seulement parce qu’elle est jolie (ce qui évidemment ne gâche rien à l’affaire), mais surtout parce qu’elle essaie d’être attentive aux autres alors que la plupart de ceux-ci se montrent souvent assez égoïstes.
Le personnage de Ségolène qui joue un rôle secondaire me plaît également assez bien. Elle semble un peu plus lucide que les autres mais ça ne l’empêche pas d’émettre aussi des avis pas toujours très justes. Mais c’est surtout quelqu’un qui ne laisse pas tomber les gens même en cas de coup dur.
Le personnage de Guillaume-Edouard enfin occupe une place assez prépondérante dans l’album. Il est souvent insupportable de prétention et de suffisance, mais la fin de l’histoire lui donne une autre dimension qui le rend presque pathétique. Je ne vais donc pas aller jusqu’à dire que c’est un de mes personnages préférés, mais je ne l’aurais pas non plus placé au centre de l’histoire si je le détestais franchement.


Sceneario.com : Comment sont réalisées les couleurs ?

Pierre : Sur ce point, je laisserai plutôt la parole à Dominique, mon rôle s’étant limité à l’encourager à utiliser l’ordinateur pour la mise en couleurs plutôt que les techniques traditionnelles.

Dominique : C’est un fait que je suis plus à l’aise de coloriser à l’ordinateur plutôt qu’à l’aquarelle et à la gouache. On a moins à craindre de faire de mauvais choix du fait qu’on peut beaucoup plus facilement faire des rectifications. Mais j’ai jusqu’à présent essayé d’éviter des effets typiquement informatiques.

Sceneario.com : Cet album est le premier de la nouvelle maison d’édition Des Ronds dans l’O, quelle est votre impression d’être les premiers de cette aventure ?

Pierre : Il y a nécessairement une légère angoisse face à une telle situation, car le risque est double. La nouvelle maison d’édition doit se faire connaître en plus de l’album et c’est même en partie l’album qui, pour l’instant, doit faire connaître la maison d’édition. Il se pourrait donc si l’album s’avérait invendable que cela ait de graves conséquences pour la maison d’édition et une telle responsabilité paraît un peu effrayante. En même temps, l’expérience est tout à fait passionnante, car si elle réussit, elle permettra la réalisation d’un superbe projet éditorial.

Dominique : Même si cette maison d’édition à des moyens limités, je suis content qu’elle ait donné une nouvelle chance à ces personnages.

Sceneario.com : Après cette belle expérience, qu’avez vous envie de faire ?

Pierre : Pour ma part, j’ai une grande envie de continuer à travailler avec Marie et les éditions des Ronds dans l’O. J’ai aussi travaillé avec Dominique sur un autre projet que j’aimerais voir aboutir, mais cela ne dépend pas entièrement de nous. Le premier scénario que j’avais écrit pourrait lui aussi connaître une réalisation grâce à une collaboration complémentaire.
Quant à une suite des aventures de Christian Persil, nous y songeons évidemment, mais comme Dominique travaille actuellement sur d’autres projets, il nous est possible d’attendre les premières réactions à l’égard du premier album pour déterminer les orientations à donner à la suite.

Dominique : Je suis actuellement sur un projet de bande dessinée à thème chrétien, mais où j’aimerais pouvoir me libérer un peu de certaines conventions du genre.

Sceneario.com : Dominique et Pierre, merci .
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