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Après l'étonnant Break Point, voici Les Brumes Hurlantes, des mêmes auteurs...
Interview réalisée par Isa et Fred - Avril 2005
Les Albums de Mutti
Les Albums de Saimbert

Première partie : Philippe Saimbert


Sceneario : Tout d'abord peux-tu nous présenter l’histoire, l'atmosphère que tu as voulu développer, les envies, l’idée initiatrice ?

Khan
Philippe Saimbert : Une série de meurtres horribles sont commis dans les marais et landes de Sologne. Khan, le personnage principal, a basculé dans la mouvance la plus dure des écolos warriors après que sa fille ait été tuée par des braconniers. Alors que rôdent de meurtrières créatures dans la région, Khan et ses compagnons vont tenter d’enrayer la menace qui selon eux, s’est échappée du mystérieux laboratoire d’OGM, installé dans la région.
J’ai voulu développer des personnages et intrigues secondaires afin de mieux égarer le lecteur sur de fausses pistes. En effet, plusieurs protagonistes ont une attitude ambiguë : visiblement, il n’y a pas qu’un seul prédateur. Comme dans « Breakpoint », plusieurs évènements et personnages s’entrecroisent pour tisser un écheveau aussi trouble que les brumes de Sologne.
Action, mystère, folie, marécages, meurtres, créatures monstrueuses… tels sont les principaux ingrédients de cette nouvelle série que nous comptons mener en deux épisodes.
Nous avons fait en sorte que chaque planche transpire l’angoisse et le mystère, que le lecteur se sente pris à la gorge par l’atmosphère des marécages et des brumes des terres de Sologne.
Je pense que la mise en couleur d’Angelo Bussacchini, très picturale, restitue admirablement l’atmosphère étrange, angoissante des marais.

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Sceneario : Dans ce genre, quelles sont les oeuvres qui peuvent t'avoir "inspiré" ? Après tout l'horreur renvoie à toute une littérature, à tout un pan du cinéma !

Philippe Saimbert : Situé entre « Signes » et « Le chien des Baskerville », « Les brumes hurlantes » nous entraîne au sein des terres sauvages de Sologne.
Il s’agit donc d’une histoire très proche du « chien des Baskerville » (mais aussi du « Pacte des loups ») aussi bien par les horribles meurtres perpétrés par de mystérieuses créatures que par l’atmosphère inquiétante imprégnant tout le récit.
Plusieurs enquêtes vont être menées en parallèle par les divers protagonistes de cette histoire, et ce jusqu’au dénouement de la série.
Mais l’histoire est également proche dans l’esprit du film « Signes » en ce sens où le héros, Khan, va être en proie à de terrifiantes créatures qu’il va essayer de combattre à l’aide de ses compagnons. Il y a également chez Khan une sorte de quête mystique, de combat qu’il veut mener pour trouver sa Rédemption.
A propos de ce dernier film, je ne sais pas si les lecteurs partageront mon avis, mais il semblerait que la fin ait été complètement changée. Il y avait une fin formidablement surprenante à imaginer, bien loin de cette fin pétrie de morale et de bons sentiments où nous voyons le pasteur (le héros) retrouver la foi et sauver sa famille. Mel Gibson, dont on connaît les convictions religieuses, aurait-il imposé « sa » version, « sa » vision ?...

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Sceneario : En fin de compte, l’histoire finale est-elle très éloignée de l’idée de départ ?

Philippe Saimbert : Il faut savoir que le scénario original, écrit en 1997 était fort différent de celui qui vient d’être adapté. Même si les héros étaient les mêmes, le propos était différent en ce sens où l’intrigue se résumait en un affrontement entre chasseurs et écolo-warriors. Cette version est beaucoup plus riche, plus mâture, plus effrayante aussi. Et surtout, elle s’intègre dans la lignée de la collection Haute Tension dans le sens où la fin est ici encore très surprenante.
Sceneario : Ce projet diffère de ceux que tu as composés jusqu’à aujourd’hui ! Après la SF, le polar et le métaphysique, tu te lances dans l'horreur, quelles sont tes envies à venir ?

Philippe Saimbert : En fait, il s’agit plus d’un projet genre Angoisse qu’Horreur car en fin de compte, on ne voit rien des meurtres. Les scènes gore ne sont que suggérées.
En ce qui concerne mes envies les plus proches, il s’agit d’un projet que je compte mener en 6 épisodes. Il s’agira d’une longue saga âpre et violente dans le style « Il était une fois en Amérique ». Saga dont Andréa et moi-même avons dessiné les grandes lignes à Angoulême et que nous entamerons certainement l’an prochain.

Sceneario : Comment s'est passé le travail avec Andrea? A-t il soumis des idées pour le scénario ? As-tu tenu compte de son style de dessin pour l’écrire ?

Philippe Saimbert : Notre collaboration est maintenant bien rodée et il a fidèlement adapté le scénario. Bien entendu, il a formidablement enrichi mon imaginaire avec sa vision de la Sologne, des landes, des marais. Vision qui ne reflètera bien entendu qu’une réalité de cette magnifique et envoûtante région.


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Sceneario : Comment se passe ton travail d'écriture ? Tu écris des scénarios et tu recherches ensuite un dessinateur, ou…

Philippe Saimbert :
En fait, ce ne sont pas les projets ou les idées qui me brident mais la recherche de dessinateurs. Mais il est un fait que maintenant que j’ai publié quelques albums, il arrive plus souvent que les éditeurs me proposent un dessinateur ou que les dessinateurs me contactent directement via le site de la MDABD (www.mdabd.com)

Sceneario : Sur quels aspects de l’histoire avais-tu des attentes particulières en ce qui concerne le dessin ?

Philippe Saimbert :
Je voulais un dessin très réaliste, pouvant refléter à la fois les paysages sublimes et inquiétants de la Sologne et les diverses passions et sentiments habitant les personnages. Andréa a répondu à la perfection à mes attentes.


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Sceneario : Deux albums c'est semble-t il un format qui te plait, ainsi qu'à Andrea ?

Philippe Saimbert : Le diptyque nous semble très intéressant : ni trop court ni trop long. Et puis je trouve que resserrer l’action n’est pas pour déplaire aux lecteurs : il nous permet de développer une intrigue solide et suffisamment structurée sans imposer au lecteur des délais d’attente trop importants.
En fin de compte, j’apprécie beaucoup ce format qui est très proche du format cinéma : je pense d’ailleurs mon scénario en tant que possible adaptation cinématographique. Comme je dis souvent, le dessinateur est avant tout un réalisateur. A lui de savoir poser la caméra et d’imaginer les plans.

Sceneario : Vous en êtes à votre deuxième projet ensemble, Andréa et toi, où aimeriez-vous aller ensemble ensuite ? Quel regard portes tu sur votre collaboration ?

Philippe Saimbert : Le temps passe très vite avec Andréa. C’est un collaborateur aussi doué que profondément gentil et humain. Nous allons attaquer en septembre une nouvelle série (genre Thriller) qui se déroulera en 3 épisodes et ensuite, nous attaquerons la longue saga dont j’ai parlé précédemment.
Je souhaite à tout scénariste de travailler un jour avec un dessinateur comme Andréa. Il est à noter que j’aie de très bons rapports avec tous les dessinateurs avec lesquels j’ai pu travailler et même si je ne signe pas tous les projets, nous restons en contact pour de futures collaborations.
Il y a néanmoins une chose sur laquelle je suis très ferme quant à nos rapports : c’est le respect de la parole donnée. Quand quelqu’un me donne sa parole d’honneur, j’entends à ce qu’elle soit respectée.
C’est peut-être vieux jeu et ridicule aux yeux de certains mais une parole d’honneur vaut tous les contrats. Evidemment, à notre époque, cela prête à sourire.

Deuxième partie : Andrea Mutti


Sceneario : Qu’as tu ressenti à la lecture du scénario des « Brumes Hurlantes » ?

Andrea Mutti : - Tout d’abord, je voulais saluer et remercier à tous le monde, c’est un plaisir d’être ici. Quand j’ai lu le scénario, j’ai très vite adoré, j’y ai vu une histoire très intéressante qui était en quelque sorte un hommage à l’un de mes auteurs favoris, sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, mais cette histoire va plus loin, évidemment ! Il y a un concept très sympa et une fin à tuer, sans parler des perso et des atmosphères très originaux, complètement différent de cette ambiance urbaine de « Break Point ». Et si je pouvais même rajouter, c’est un peu comme dans le film de Terrence Malick « laligne rouge », nous avons un nouveau personnage incroyable, la nature elle même, avec ses animaux, ses arbres et… le silence. Cet espace naturel est donc très intéressant et très attractif, je pense, magnifique pour réaliser des planches… J’espère que toutes ces émotions passeront aussi sur le papier !!! Philippe confirme ainsi un feeling naturel pour les sensations.
Sceneario : Quelles ont été les inspirations ?

Andrea Mutti : Bien, j’ai imagine les atmosphères à partir des romans de Conan Doyle et des films de Tim Burton. Puis j’ai trouvé sur le net beaucoup d’information sur la Sologne, j’ai alors contacté l’office du tourisme pour en savoir plus long sur la région. Tout ça a vraiment été très intéressant, d’ailleurs, dés que possible j’irais en Sologne, le brouillard, les marais, ça doit être totalement excitant !
Sceneario : Quelles étaient tes envies quand tu as commencé ce projet, des challenge ? Après tout l’horreur, le fantastique sont des genres très particuliers.

Andrea Mutti :
L’horreur ! Peut-être en effet ! Mais je suis d’accord, l’horreur et le fantastique sont vraiment des genres très spéciaux, assez amusants en fait ! Pour moi, chaque histoire est une nouvelle aventure, je m’y implique complètement, c’est une passion. Notre objectif (à Phil, Angelo et moi) est de faire de mieux en mieux, mais surtout de raconter une histoire aux lecteurs, nous attrapons le lecteur et l’emmenons avec nous dans cette aventure, avec de l’émotion, si c’est possible. Nous aimerions lui donner des sensations, c’est notre volonté principale… Et je croise les doigts !
Sceneario : J’ai l’impression que ce projet a besoin de pas mal de documentation, n’est-ce pas ? Tu nous en as un peu parlé tout à l’heure mais pourrais tu nous en dire un peu plus sur les recherches que tu as faite sur la régions, les décors, les personnages

Andrea Mutti :
Oui, j’ai vu énormément de photo de la Sologne… vraiment beaucoup ! Mon dieu je suis un vrai guide maintenant ! Mais j’ai aussi fait pas mal de photo d’un endroit près de chez moi, appelé « Torbière », cela ressemble assez à la Sologne. Avec Angelo, nous avons beaucoup parlé de couleurs et des effets spéciaux. Angelo a vraiment bien travaillé, ses planches sont superbes ! Ouah ! J’espère que tout cela plaira aussi aux lecteurs. La documentation c’est très amusant, mais surtout c’est nécessaire pour le respect de l’histoire et du lecteurs lui-même. Quand un endroit est réaliste, nous devons faire le maximum pour lui rendre justice.

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Sceneario : Quel genre d’atmosphère t’as inspirée ? Quelle sorte de lumière voulais tu amener sur ce projet ?

Andrea Mutti :
Oh ! En ce qui concerne l’atmosphère, tout les romans de Conan Doyle, de Poe, de Lovecraft… Je pense que dans chaque il y a une tension, une présence inquiétante, dans l’air, dans la lumière, dans les ombres, le lecteur doit être complètement happé, voir même effrayé, je pense. Pour les couleurs, nous avons… euh, Angelo, plutôt, a utilisé un nouveau type de papier et un nouveau solvant pour les effets de brouillards dans les marais… Mon Dieu, c’est incroyable !
Très très surprenant !
Sceneario : Une nouvelle fois c’est une collaboration fantastique avec le coloriste ! Le lecteur peut à peine faire la différence entre vos deux participations ! Que peux tu nous en dire ?

Andrea Mutti : Oui, Angelo est vraiment un grand artiste, et je pense que je suis très chanceux, vraiment trés chanceux d’avoir un ami comme lui ! Avec Philippe, nous un trio très solide, trois corps mais une seule âme, c’est très important.
A propos de mes dessins, les lecteurs pourront bientôt voir mon trait en noir et blanc avec des couleurs informatiques, c’est une approche totalement différente, un autre respect du dessin.
Angelo et moi ? C’est comme des frères… sauf qu’il est bien plus âgé ;-)
Sceneario : Pour ce projet, lui as-tu donné des indications particulières ?

Andrea Mutti : Angelo a déjà beaucoup d’imagination pour la couleur par lui-même ! Vraiment, c’est une vraie machine ! Nous parlons toujours ensemble de la couleur, de la lumière et des ombres… Par exemple, il y a deux flash-back dans cette histoire, la première est à dominante rouge, pour la tension, les sensations… l’autre est verte, c’est plus doux… il y a toujours une raison à ces choix ;-)) !

Sceneario : Tu sembles être particulièrement rapide, combien t’as pris de temps ce premier tome ?

Andrea Mutti : Rapide ? Non… en 6/7 mois cet album a été fini, c’est rapide pour toi ?

Sceneario : Euh, oui, quand même ;-)
Tu travailles sur le deuxième album, tu peux nous en parler ? ;-)

Andrea Mutti : Bien sur ! J’en suis à la page 17. Dans ce deuxième tome il y a plus d’action, il y a une chasse, du sang, du sang d’innocent, un tas de mystères seront dévoilés, un tas de personnages seront… je ne peux pas trop en dire, les amis ! L’histoire est très violente et triste, on ne s’en rend pas compte tout de suite mais c’est très triste. Il y a une revanche, un terrible secret dans la forêt, une manipulation génétique… Il y a un tas d’éléments pour ne plus dormir la nuit !

Sceneario : Merci, Andrea, pour ce temps passé à nos côtés !

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