
Interview de Béhé, fondateur de l'Atelier BD
Interview réalisée par GdSeb et Fred - Avril 2004
Le site internet : www.atelierbd.com
Sceneario : Bonjour.
Peux tu nous présenter ce qu'est l'atelier BD ?
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Joseph Béhé : L'AtelierBD est la première véritable aventure d'apprentissage
de BD sur le net.
Notre vocation n'est pas d'être une "réserve de tutoriels" (la BD ne s'apprend
pas en appliquant des méthodes, il n'y a pas de vraies règles).
La BD est un art créatif, elle ne s'apprend pas comme on apprend un logiciel.
Nous avons donc mis sur pied un véritable protocole d'apprentissage qui
intègre une pédagogie de groupe alliée à un suivi personnalisé.
Les "étudiants" (c'est mieux que "apprenants") viennent chez nous avec
des objectifs divers: Le plaisir de progresser dans un art très difficile,
le plaisir de progresser en faisant partie d'un groupe vivant, groupe
qui est aussi un public exigeant avec lequel les étudiants partagent leurs
créations... enfin, pour les plus motivés, le plaisir de progresser pour
mener à son terme un projet éditorial tout ce qu'il y a de plus professionnel...
et bien sûr pouvoir le publier un jour.
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Sceneario : Quel
est ton rôle dans cette structure?
J'anime l'école d'un point de vue pédagogique. J'anime le groupe des intervenants
qui entourent les étudiants, je compose les sujets et les programmes,
je m'occupe du développement de nouvelles idées comme celle de la création
d'un diplôme par exemple.
Je m'occupe aussi plus particulièrement de la classe "suivi de projets".
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| Sceneario :
Comment t'est venu l'idée de créer cette structure ? Quels en étaient
les premiers principes ?
Je venais de m'abonner à Internet, j'étais déjà professeur à l'Ecole Supérieure
des Arts Décoratifs de Strasbourg, j'ai donc eu envie de créer un atelier
du meilleur niveau possible sur le net. En particulier pour des gens qui
n'ont pas accès à l'enseignement des écoles d'art, et il y en a beaucoup!
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Sceneario : Comment
se déroule l'enseignement, et en quoi consiste t il ?
- L'enseignement se déroule presque exclusivement par le net. Nous avons
4 classes de niveau qui permettent un enseignement au plus près des attentes
des élèves.
La classe 1 : « Initiation » qui regroupe des étudiants qui découvrent
la BD et son langage.
La classe 2 : « Apprentissage » qui permet de se familiariser avec
les outils de bases du langage: Outils du texte, de l'image et de la mise
en scène...
La classe 3 : « Perfectionnement » qui va amener l'étudiant à maîtriser
les outils et à développer un outil personnel de narration visuelle.
La classe 4 : « Suivi de Projet / Diplôme » dans laquelle nous
accompagnons les étudiants dans l'élaboration de leurs projets éditoriaux.
Enfin une 5ème classe un peu atypique: La classe "Prépa" : qui
prépare aux concours d'entrée des écoles d'art.
Nous organisons aussi parfois des stages "physiques", c’est-à-dire où
les étudiants se regroupent physiquement.
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Sceneario : Quels
sont les protocoles d'apprentissages mis en place ?
- D'abord, il s'agit de faire travailler les étudiants sur des sujets
imposés. Nos sujets sont écrits dans un but d'apprentissage bien précis:
l'acquisition des outils de la langue "Image", c'est à dire la communication
visuelle.
Nos étudiants travaillent sur les trois domaines-clés composant les images
narratives: Les arts du texte (scénario, stratégie narrative, psychologie
des personnages, dialogues...) Les arts Plastiques (le dessin,
la couleur, les matières, le graphisme...) et Les arts du spectacle
(mise en scène, cadrage, lumière, gestion du temps, ellipses, casting...)
Ensuite, il s'agit pour les étudiants d'apprendre à se critiquer entre
eux. Notre formule permet une discussion sur les rendus avant la lecture
des commentaires rédigés par les pros de la BD. C'est une phase primordiale
de notre apprentissage.
Enfin, les intervenants de l'école (les Auteurs-Relais) rédigent des fiches
de commentaires personnalisées qui sont publiées au sein de notre atelier.
Les élèves voient le boulot de tous leurs camarades et peuvent lire les
fiches de tous les intervenants...
Il y a aussi les évaluations semestrielles où nous appelons les étudiants
au téléphone pour discuter avec eux de leurs progrès, des directions que
doit prendre leur travail. Il y a bien sûr un forum de discussion comprenant
les critiques, les discussions techniques et toutes les petites discussions
de couloir ô combien importantes...
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Sceneario : Dans une école d'art traditionnelle,
on vous enseigne d'abord toute une série de procédés, de techniques, et
seulement ensuite on vous amène à développer votre style, votre approche.
Comment se structure l'approche de l'Atelier BD à ce niveau-là ?
- Les écoles d'arts ont bien changé à ce niveau! On enseigne plus du tout
les procédés et les techniques... Il n'y a que les écoles préparatoires
souvent privées et hors de prix qui enseignent encore des "techniques"...
Nous avons des sujets dits "techniques" où nous traitons d'un problème
simple qui concerne la plupart du temps les outils des arts plastiques
(perspective, couleur, composition...), mais, aussi paradoxal que ce la
puisse paraître, ce ne sont pas les sujets les plus importants pour faire
de la BD. Les sujets de croquis sur le vif sont aussi importants... encore
faut-il que ces sujets isolent des difficultés bien précises...
Savoir dessiner ne veut pas dire grand chose... On peut très bien représenter
le réel et ne pas savoir raconter en image... Le dessin de représentation
peut prendre différents aspects en fonction notamment du type d'histoires
que l'on veut raconter. |
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Sceneario :
Plus généralement, qu'est ce qui différencie l'atelier BD d'une structure
plus "traditionnelle" ?
- D'abord le fait qu'il s'adresse à tout le monde sans distinction d'âge
ou de culture. Le côté pratique... à la carte (on s'abonne suivant le
temps que l'on a à consacrer à l'apprentissage). On travaille aux heures
que l'on veut, la distance n'est plus un obstacle non plus. Bien sûr la
quantité de mots échangés entre étudiants est nettement moindre, mais
je puis en témoigner étant prof dans les deux structures, la quantité
d'images échangée est nettement supérieure.
La plus grande différence réside dans le fait que beaucoup d'étudiants
de l'AtelierBD ont déjà une activité professionnelle, ce qui ne leur permet
pas de travailler autant qu'ils le souhaiteraient ou de se cultiver autant
qu'il le faudrait...
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| Sceneario :
On a l'impression qu'à travers ce genre de démarche, ou bien celle du
jeu de société "La BD", tu veux faire prendre plus conscience des procédés
qui régissent ce media !
- Durant tout mon parcours au sein des Arts Décoratifs avec Claude Lapointe
(Auteur-Illustrateur précurseur de l'enseignement de l'image narrative),
je n'ai cessé de m'émerveiller sur les tenants et les aboutissants de
ce langage encore largement méconnu. Aujourd'hui, je prends du plaisir
à partager cet enthousiasme avec d'autres.
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Sceneario : La
BD est un "art" de plus en plus reconnu, on voit émerger davantage de
livres, davantage d'essais. As-tu le sentiment que les jeunes auteurs
en herbe ont ainsi plus confiance en un véritable enseignement, et pas
seulement dans une tradition empirique ?
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- Pour ceux qui ont accès à ces livres, oui, sûrement. Nous avons maintenant,
en langue française, une belle collection d'ouvrages qui réfléchissent
sur les images narratives qu'elles soient fixes, multiples ou bougeantes...
Je crois surtout que les auteurs de BD doivent chercher leurs influences
dans les arts qui entourent le nôtre. La plupart d'entre eux ne s'inspirent
que de la BD elle même, ce qui explique en partie le nombre d'albums qui
se ressemblent et la pauvreté apparente de ce type de livres. A noter
le fait aussi que de plus en plus d'étudiants de grandes écoles d'art
s'intéressent à ce média, ce qui a grandement ouvert l'horizon en BD.
(L'Association, Cornélius, Six pieds sous terre...)
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Sceneario : Vous avez des objectifs ou d'autres
projets pour atelier BD ?
- Nous fondons beaucoup d'espoirs dans les procédés de retransmission
en streaming... Notre rêve est de transmettre dans de bonnes conditions
un cours de croquis... Sinon, la création d'un diplôme est notre prochain
objectif.
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Nous animons aussi
un nombre croissant de stages "physiques" dans les médiathèques, nous
avons un cours à l'année dans la maison de l'éveil aux arts plastiques
et à la BD, D'audincourt... Des activités qui ne sont pas incompatibles avec le net,
puisque nous assortissons ces diverses prestations d'un supplément virtuel
qui permet à ces étudiants de bénéficier par exemple de l'avis des Pros
sur leurs boulots via le net.
Nous nous attelons aussi à la rédaction d'une collection d'ouvrages autour
de la pratique de la BD... L'objectif est d'augmenter progressivement
la reconnaissance du milieu BD, notamment des éditeurs au vu de la qualité
des projets que présenteront nos étudiants dans quelques mois...
Amicalement,
Joseph Béhé |
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