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Yan Lindingre

Départ de Fluide Glacial, combat contre l'extrême droite, les gilets jaunes, Yan Lindingre nous parle de son actu

Sceneario.com: Votre départ de Fluide Glacial est-il volontaire ou imposé ?
Yann Lindingre: Totalement imposé et complètement inattendu. Je sortais d’un chouette numéro conjoint avec Spirou, une expérience inédite et très médiatisée. Quoi qu’en dise l’actionnaire, les ventes se portaient plutôt bien, compte tenu de la conjoncture. Enfin bref, il a décidé d’imposer sa patte après deux ans à ronger son frein.

Sceneario.com: Durant toute la période ou vous avez été rédac chef de Fluide, les choses ont pas mal évolué, du sang neuf, une rédaction plus cohérente, une sorte de nouveau dynamisme... Quel regard porte-t il sur ses années Fluide ? Fluide maintenant, Fluide avant, y a t-il une différence selon vous ?
Yann Lindingre: J’ai trouvé le journal en grande difficulté il y a 6 ans. Les locomotives étaient parties (Coyote, Maester, Larcenet, Ferry, Blutch, Margerin…). Il fallait trouver de nouveaux auteurs, en gros concocter une nouvelle écurie. Je n’avais pas de carnet de chèque pour débaucher des stars comme cela se pratique chez des concurrents, et je n’en avais nulle envie (trop facile). Alors j’ai utilisé mon pif, mes beaux yeux… et l’intérêt que portent encore certains dessinateurs pour la presse. Sont arrivés Pochep, Lechien, Salch, Besseron, Franky Ballonné, Cizo, Menu, Ostermann, Grossetête, Place, Starsky, Orion, Bernstein, Reuzé, Trapier, Les Belges Abdel de Bruxelles, Vandermeulen, Oncle Gilbert, mais aussi Texier, Marchalot, Mathilde, Moog, Miroir, Mister Kern, Lehmann, Pxel, Ricard, Sanlaville, Soulcié, Witko, Zanello, Théa Rojzman, Nena, Anouk Ricard, Saffiedine, Sandrine St Marc, Karabulut, Mahler, Fabrice Erre… et même le jeune Vuillemin !!!! Je m’emballe… mais je suis fier de les avoir fait bosser. Pour moi, le dernier grand journal de BD français devait réunir tous les types d’humour provenant de toutes les grands maisons sur la place.


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Sceneario.com: Que pensez vous du rachat de Fluide par Bamboo ?
Yann Lindingre: On est tous tombé de notre tabouret. Mais la situation était dure, Gallimard avait racheté Flammarion avec dans la corbeille de la mairie Fluide Glaical. C’est sûr que "Gros Nez et cie" c’était pas la came d’Antoine Gallimard. D’un côté, il nous reprochait de perdre de l’argent, et d’un autre, il nous imposait comme dans tous les grands groupes, des frais généraux astronomiques pour des prestations de groupe très aléatoires Et je ne parle pas de la diffusion qui nous était imposée et qui, avouons-le, était très peu préoccupée de nous aider à relancer les ventes de nos albums avec des signatures quasi-inconnues. Bamboo, c’est une boite jeune et dynamique. A la ligne éditoriale à chialer, certes, mais une boîte qui ne marche pas sur la tête. Quand vous avez besoin de quoi que ce soit, vous passez un coup de fil… dans les 5 minutes, quelqu’un d’extrêmement compétent vous répond. De ce point de vue, c’est super. Tout le contraire d’un mastodonte.

Sceneario.com: Les choses risquent- elles de changer maintenant que vous êtes parti ?
Yann Lindingre: Sans aucun doute. Mais pour l’instant, je crois savoir que c’est assez flou.

Sceneario.com: Votre collaboration avec Fluide est-elle terminée, ou vous verra t-on des fois dans les pages ? Dans les marges?
Yann Lindingre: Terminé. Moi quand c’est fini, c’est fini. Je ne bricole pas, je tourne la page.

Sceneario.com: Allez vous continuer de produire des albums ? Et quels sont, d’ailleurs vos prochains projets ?
Yann Lindingre: Je ne sais pas. Je suis sollicité, mais je veux prendre mon temps. J’écris pour Groland, c’est un pied total. C’est le contraire de Bamboo… une maison où les gens ont de la culture… une grande finesse d’esprit. Les abrutis les prennent pour de grossiers personnages. en fait, comme chez Hara-Kiri, il ne s’agit que de gens très intelligents et finauds. Oui, j’aime ça.

Sceneario.com: Vous nous aviez parlé dernièrement de "La Conjuration des imbéciles" de John Kennedy Toole, le livre sera t-il bientôt adapté ?
Yann Lindingre: J’aurais tant aimé… Mais c’est injouable. Les américains, les agents… En gros, il fallait leur pondre la BD terminée et ensuite, ils se décideraient à nous demander plutôt 2 ou 3 millions, après que leurs avocats nous aient fait changer 90% du contenu. Je me suis finalement tourné vers des auteurs français. des potes comme Pelot ou Joël Egloff. Tout est tellement plus simple quand on ne passe pas l’Atlantique. Parlez-en à Toussain Louverture!

Sceneario.com: Que pensez vous de l’évolution des revues BD comme Fluide, Spirou... Y a t il encore assez de lecteurs ? Ces revues restent malgré tout encore un bon terrain d’expression pour les jeunes auteurs, pour des essais…
Yann Lindingre: Oui… espérons-le. Mais la presse, en France, en Belgique… putain que c’est dur. Les talents sont là, plus que jamais. Les lecteurs, non.

Sceneario.com: D’ailleurs, pouvez vous nous parler de la récente fausse polémique entre Spirou et Fluide, une affaire très orchestrée et finalement très conviviale ! Pensez vous qu’il devrait y avoir davantage de croisement de ce genre, une communauté plus liée, plus complice ?
Yann Lindingre: C’était bien sûr une grosse couillonnade. On s’est super bien marré. Ce sera un de mes plus beaux souvenirs de rédac' chef. Surtout le spectacle de clôture à bruxelles. Un grand moment !

Sceneario.com: Aujourd’hui vous êtes en train de vous démener contre le dessinateur Marsault. Pouvez vous nous rappeler les faits ? Que vous est-il reproché ? Ou en sont les accusations?
Yann Lindingre: J’ai appelé un chat un chat. Le chat me réclame 45000 euros. Le pauvre petit chat quant à lui vient de s’en ramasser plein la tronche au tribunal de Créteil pour avoir incité à la haine contre une féministe. Les gens d’extrême-droite, c’est la lie de la société. J’aurais aimé ne jamais avoir affaire à eux. Mais quand vous tombez dans le purin, il faut bien essayer de nager...

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Sceneario.com: Un grand nombre de personnes vous soutiennent, Comment vous défendez vous tous les jours contre ces accusations?
Yann Lindingre: Le dossier est bidon. Il a servi à faire diversion par rapport au dossier dont je viens de parler. Une affaire dans laquelle les actes de Marsault ont entrainé une tentative de suicide d’une jeune femme insultée, menacée de mort, de viol. Il faut savoir que Marsault s’en prend surtout aux femmes. Ce mec me dégoûte.

Sceneario.com: Pour finir avec l’actualité du moment… Les gilets jaunes, que pensez vous de cette révolution, comment vous situez vous face a ces évènements?
Yann Lindingre: J’essaie de comprendre. Il y beaucoup de gens qui souffrent. Il y a un président, gosse de riche, riche lui-même, qui méprise le peuple. Il ramasse ce qu’il a semé. Le fruit de son mépris. Il prend aux pauvres pour donner aux riches. Mais voilà… les mouvements de foule me font flipper. Je préfère regarde les gens en face, un par un et les considérer hors d’un groupe. Je me « brassenssise » avec le temps. Je n’aime pas les groupes...