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Stéphane Heurteau

Interview réalisée par Isa.

 
Stéphane Heurteau
- Sceneario.com : Quel a été ton parcours professionnel jusqu'à aujourd'hui ?

Stéphane Heurteau :
J'ai bossé dès l'âge de quinze ans dans le studio graphique d'une imprimerie sur Nantes et ce durant plus de 5 ans. 
Puis dans une agence de pub pendant douze ans. Il y avait quatre-vingt pour cent de mise ne page dans le domaine de la grande distribution, pas forcément ce qu'il y avait de plus passionnant.

En parallèle j'ai toujours fait de la BD. Cela a réellement commencé en 93 lorsque j'ai décidé de réaliser un album. Je me suis essayé un peu à tout : à la BD, au carnet de voyage ; la peinture.

Au premier janvier 2000 j'ai cessé de bosser dans la pub pour donner des cours. J'ai effectué une formation de formateur sur six mois, puis j'ai fait de la formation professionnelle.

J'ai alors entrepris de voyager, au Sénégal, en Grande-Bretagne sur les îles Orcades. 

Partant de là j'ai écrit « Itinérêve d'un gentilhomme d'infortune » qui était la version romancée de mon voyage en Grande-Bretagne. C'est sorti chez « Le Cycliste ». 

En même temps il y a eu des bouquins pour enfants aux éditions Terre de Brûme : l' histoire d'une petite bretonne, « La balade de Gwen » et « Du rififi chez le roi Arthur » sortis en 2001, 2002. 


- Sceneario.com : Puis tu as réalisé « Winston Hoggart ».

Stéphane Heurteau :
En effet. J'étais au festival de Laval où se trouvait aussi Jean-Luc Istin. Il avait réalisé des choses sur les contes de L'Ankou et j'avais commencé le bouquin avec Dieter chez Albin Michel sur le même sujet.

Il m'a mis en contact avec François Debois. Nous avions pas mal de points en commun côté littérature, on aimait bien l'ambiance gothique style Edgar Poe, Bram Stocker, des gens comme ça. J'avais aussi envie d'un truc dans le genre qui mêlerait le côté Sherlock Holmes avec les histoires gothiques.

Il m'a donc écrit une histoire à partir de ces références. Le premier tome est sorti en 2004 chez Carabas. Le 2 est sorti en octobre 2005 et on verra pour la suite.


- Sceneario.com : Tu nous présentes la série ?

Stéphane Heurteau :
Winston Hoggart et son acolyte Andy Goodfellow sont des musiciens. Ils font partie d'une troupe, celle de diva Lucia une artiste excentrique.
Dans le premier tome ils sont en tournée dans le Finistère. C'est là qu'ils se retrouvent confrontés à L'Ankou. 
Dans le village où ils se produisent il y a toute une série de meurtres. Là Winston Hoggart enquête et découvre qu'il s'agit d'une vengeance indirecte de L'Ankou. 

- Sceneario.com : On retrouve pas mal le personnage de l'Ankou dans ton univers, comme pour «L'Ankou, au pays des morts » chez Albin par exemple.

Stéphane Heurteau :
C'est surtout le fait du hasard, tout s'est fait sur fond de rencontre. 

Elisabeth Haroche chez Albin Michel m'avait contacté à propos d'un de mes bouquins « Le miroir des fantasmes », sorti chez Carabas : une histoire surréaliste dans un univers déjanté. 

Sur les divers boulots que je lui avais apportés elle est tombée sur une illustration de l'Ankou et elle m'a dit : « c'est ça que je veux ». On a donc fait un bouquin d'illus.

Et le même jour Dieter me dit « qu'on allait finir par bosser ensemble un de ces quatre ». C'est ce qui se produisit par la suite. C'est un pur hasard puisque je ne suis scénariste ni sur l'un ni sur l'autre.


- Sceneario.com : Y a t'il des liens entre les deux ?

Stéphane Heurteau :
Non, le « Winston Hoggart » est une enquête policière où on retrouve L'Ankou alors que « l'Ankou au pays des morts » et un livre uniquement sur l'Ankou.
 

- Sceneario.com : Tu disais que tu étais davantage satisfait de ton travail sur le tome 2 de Winston ?

Stéphane Heurteau :
Oui graphiquement il est nettement plus au point. J'ai trouvé la direction graphique que je cherchais et réussi à la maîtriser sur le tome 2. 


- Sceneario.com : C'est-à-dire ?

Stéphane Heurteau :
Hou là, c'est compliqué !
J'utilise des techniques mixtes. A l'encrage j'utilise du pinceau, de la plume, du stylo, du pilot ; du crayon de bois.

Sur le tome 2 j'ai énormément travaillé la matière. En fait il y a eu une expo à Quai des bulles sur le bouquin d'illus que j'avais fait chez Albin. 
Le dimanche matin je me retrouve à l'expo avec Loisel. Il m'a fait la critique générale de l'expo, puis la critique image par image. Au final il me conseilla de salir mon travail, que l'on y sente plus de vie, plus d'humanité et aussi de travailler les matières.

Le mardi suivant je démarrais le Winston Hoggart 2 et j'y ai intégré ses conseils.

Là j'ai travaillé les matières, chose que je ne faisais pas avant. Avec toutes sortes de crayons, des crayons de bois, des crayons gras. Cela se remarque dès le début du bouquin lors des séquences de nuit, des flashes back.

Par ailleurs, j'ai affiné mon trait au niveau de l'encrage en travaillant plus au pilot qu'au pinceau.

 
extrait de Winston Hoggart 2

- Sceneario.com : Comment avez-vous travaillé sur le scénario avec François Debois?

Stéphane Heurteau :
En fait l'histoire telle que l'avait conçue François était trop complexe. Je l'ai revue avec lui pour plus de compréhension et de lisibilité. Elle est nettement plus riche que celle du premier tome. On en apprend beaucoup sur le passé de Winston Hoggart qui a été envoûté et contre sa volonté a très certainement tué sa femme.

Le scénariste en dirait plus que moi. Ce que j'avais vu avec lui au départ était les thèmes à aborder en reprenant à chaque fois les grands classiques, dont : l'Ankou en Bretagne, les monstres en Cornouaille Anglaise, les serial killers à Londres, les fantômes en Ecosse, les loups dans le Gévaudan ; que des coins qui me plaisent. Je me suis fait plaisir tant qu'à faire en dessinant mes endroits préférés.


- Sceneario.com : Et tu t'es beaucoup inspiré des paysages réels ?

Stéphane Heurteau :
Absolument. J'avais par exemple ramené énormément de documentation de mon voyage en Cornouailles Anglaise. 
De toute façon partout où je vais-je ramène toujours énormément de doc. Quand j'avais randonné dans les Cévennes de la même manière j'avais ramené énormément de doc de tous les offices de tourisme. J'en ai une grosse collection et j'espère bien qu'un jour je travaillerai sur une histoire qui se passe dans les Cévennes.

 
extrait de Winston Hoggart 2
- Sceneario.com : Les paysages auraient-ils pour toi plus d'importance que les personnages ? ;o)

Stéphane Heurteau :
Non quand même le plus important ce sont bien les personnages.
 
Mais j'Adore les décors et tout particulièrement lorsqu'ils sont ruraux, ou encore les ambiances 19e siècle. 
Chose que m'a un peu reproché Loisel en me disant qu'il serait peut-être temps que je passe à autre chose, que les ambiances brumeuses du 19e qui commencent à me coller un peu trop à la peau.

Je suis assez d'accord avec lui. J'ai envie de chercher dans d'autres directions.
Les ambiances 1930 me plairaient assez.

Il y a forcément des choses sur lesquelles je peux davantage m'éclater, des ambiances plus facilement repérables.
J'ai nettement plus de mal sur le quotidien. 

Ce n'est pas tellement une question de faire des choses réalistes ou pas. Par exemple je préfère dessiner les campagnes que les villes. Ou alors dans les vieux quartiers, il faut que le bâtiment dégage quelque chose.

De la même manière si je devais faire un polar, et que cela se passe à New York je préfère largement que ce soit à Brooklynn plutot qu'à Manhattan. Les droites ne m'intéressent pas trop, je préfère les vieux bâtiments, les trucs usés. Pour travailler les ambiances, j'ADORE ça !


- Sceneario.com : Et des choses plus futuristes cela ne t'intéresse pas ?

Stéphane Heurteau :
Pour le moment ce n'est pas trop ma tasse de thé. Là ce que j'ai envie c'est de chercher du polar. Donc on verra.

J'aime aussi les ambiances à la Tim Burton ou à la Terry Gilliam. 


- Sceneario.com : Quels sont les auteurs qui t'ont marqués ?

Stéphane Heurteau :
Il y a les auteurs qui se sont occupés de mon travail comme Loisel, Guillaume Sorel, Dieter et Pierre Dubois.
Autrement il y a Hergé, je suis un dingue de Tintin. 

Hugo Pratt, Bilal, Moebius, Druillet, Loisel, Yslaire, Bézian, Gibrat, Bernie Wrightson j'ai pris une claque monumentale quand j'ai vu son boulot sur Frankenstein, Jean-Baptiste Monge et Erlé Ferronnière des illustrateurs qui font un boulot extraordinaire sur le monde de féerie, Lauffray, Wendling et puis Comes dont j'adore les histoires. 

Mais plus globalement j'adore les bons dessinateurs dans le sens illustrateur du terme, des types comme guarnido, plessix etc etc

Ma grande idole c'était quand même Hugo Pratt. Loisel aussi, mais c'est différent, c'est plus filial puisque c'est mon tonton, mon parrain graphique.

Mais dans mon graphisme je me sens plus proche de Loisel, de gens comme ça, avec un dessin beaucoup plus spontané. J'adore Lauffray mais plus pour des raisons d'ordre esthétiques. 


- Sceneario.com : Comment décrirais-tu ton style de dessin ?
 
extrait de Winston Hoggart 2

Stéphane Heurteau :
Semi réaliste. En tout cas pour chaque série j'essaie un nouveau graphisme et une nouvelle manière de travailler.

Itinérêve d'un gentilhomme d'infortune c'était semi réaliste, presque caricatural mais travaillé en couleurs directes.

Le miroir des fantasmes était travaillé à la plume.

Winston Hoggart c'est au pinceau, au pilot et en couleurs indirectes.

J'ai des projets au crayon de bois sans encrage.

A chaque fois j'essaie de me trouver une nouvelle technique de travail ce qui ne change pas forcément grand-chose au niveau du dessin puisque l'on arrive toujours à reconnaître mon style. Mais la technique a un impact non négligeable sur le rendu final.

Ceci dit ce n'est pas le défi technique qui m'intéresse mais tout simplement me faire plaisir.


extrait de Winston Hoggart 2 

- Sceneario.com : Tu as une manière très stricte d'organiser tes journées de travail.

Stéphane Heurteau :
J'essaie d'organiser mes journées comme si j'allais bosser chez un employeur. C'est vrai que ça ne fait pas très vie d'artiste présenté comme ça, mais au moins cela permet de faire le boulot en temps et en heure.

Je bosse nettement mieux le matin donc je me lève assez tôt pour bosser au moins quatre heures le matin.

Ensuite je sais que vers 15h je n'arrive plus à rien donc je bosse environ de 13h30 à 15h.

Puis vers 17h je reprends jusque 19h30, comme je sais que sur ce créneau j'aurai énormément de mal à dessiner j'en profite pour faire de l'encrage.

Le WE c'est pour faire autre chose.
J'adore me balader sur les côtes Bretonnes. C'est purement contemplatif, histoire de récupérer aussi de certains de mes WE agités.

Ce n'est pas un hasard si j'habite Vannes. Lorsque je suis à Paris je me sens très mal, il me manque l'océan j'ai l'impression d'étouffer.
 
extrait de Winston Hoggart 2
- Sceneario.com : Tu ne pourrais pas bosser loin de la mer ?

Stéphane Heurteau :
Difficilement ou alors il faudrait absolument que je rentre le WE.

Le WE il faut impérativement que j'arrive à me balader le long de la mer ou dans les petits villages ou sur les îles Bretonnes. 

Ce sont des trucs qui m'ont pris très tôt, dès l'âge de quatorze ans lorsque j'ai acheté un bouquin sur les plus beaux villages de France. J'ai entrepris de les visiter dès que j'ai eu ma voiture. 

Chaque fois que je pars en voyage je m'arrange pour visiter les plus beaux villages du coin.

Même chose pour les îles Bretonnes.

Mais le voyage qui m'a le plus marqué c'est lorsque j'ai fait le tour de Grande-Bretagne et que je me suis retrouvé en Ecosse sur l'île de Skye. C'était magique ! C'est un peu comme la Corse version celtique. Ce fut vraiment un gros choc!

Sinon j'adore aller au cinéma.

A l'époque où j'étais sur Nantes j'allais tout voir, même les grosses daubes.

Je suis un grand dingue des films d'Eastwood. J'aime bien les films policiers aussi.

Tout ce qui est style Tarantino, Ridley Scott, Michael Cimino, Terry Gilliam, Tim Burton, Stanley Kubrick et Micheal Mann voilà ce que j'aime.

Et puis il y a la musique.
Je bosse toujours en musique. Bien souvent j'ai six ou sept CD de sortis que je me passe en boucle.
Là depuis au moins deux ans c'est Massive Attaque, Nancy Sinatra et Bashung bien sur que j'adore.
J'aime bien les surréalistes.
Jimmy Page ça avait été un gros gros choc. 
- Sceneario.com : Tu as du temps pour travailler sur autre chose que la Bande dessinée ?

Stéphane Heurteau :
Je donne des cours de dessin, je fais de l'illustration pour enfant et des carnets de voyage.

Je fais aussi pas mal d'illustrations sur commande, publicitaires au autre. La BD n'est donc qu'une branche de mon travail d'illustrateur.

Sachant que je me réserve en moyenne deux mois de vacances, ce serait dommage d'habiter dans le golfe et de ne pas en profiter l'été. 


- Sceneario.com : Assurément ! Hé bien merci d'avoir bien voulu répondre à nos questions. Et bonnes ballades dans le golfe ;o)
 
extrait de Winston Hoggart 2