interview bande-dessinée, interview auteurs bande-dessinée, Roger Seiter

Roger Seiter

Roger Seiter pour le tome 1 des Histoires Extraordinaires d'Edgar Poe : le Scarabée d'Or.
L'album

(LES VISUELS SONT DES ZOOMS, CLIQUEZ DESSUS POUR LES DECOUVRIR AUTREMENT !)


Recherche_découpage

Sceneario.com : Bonjour. A peine un mois après la sortie de Wild River, on vous retrouve sur une nouvelle série nommée « Histoires Extraordinaires d'Edgar Allan Poe ». Pouvez-vous nous dire comment est né ce projet ?


Roger SEITER : Le plus simplement du monde. Jean-Louis Thouard, que je ne connaissais pas, m'a contacté par téléphone pour me proposer une collaboration. Cet illustrateur de grand talent aimait bien mon travail sur la série Fog et souhaitait passer à la BD. Jean-Louis voulait une histoire qui se passe aux États-Unis, mais pas forcément au 19ème. Nous avons discuté BD, cinéma et littérature pendant plus de deux heures. Je n'avais bien sûr pas de projet tout prêt dans mes tiroirs. Je ne fonctionne d'ailleurs pas comme ça. Je préfère choisir un sujet avec le dessinateur et monter le projet ensuite. J'étais à l'époque en train d'adapter Wilkie Collins et j'ai parlé à Jean-Louis du plaisir que j'avais à adapter un texte littéraire en BD. Nous sommes finalement tombés d'accord sur Edgar Allan Poe, pour lequel nous avions tous les deux un intérêt. Il ne restait plus qu'à choisir une nouvelle précise pour monter le projet.

Sceneario.com : Êtes-vous un admirateur de l'œuvre d'Edgar Allan Poe ?


Roger SEITER : Pour moi, Poe est un auteur incontournable de la littérature du 19ème. C'était également l'avis de Baudelaire, qui l'a magistralement traduit en français, pour notre plus grand plaisir. Il y avait d'ailleurs déjà pas mal de références à Poe dans Fog (c'est l'auteur préféré de Ruppert Graves). Ceci étant, l'œuvre en prose de Poe est importante. Si on rajoute au volume de la Pléiade le volume des « Contes Introuvables », on n'est pas loin d'une centaine de nouvelles ou de romans courts. Or, le grand public en connait en gros une dizaine parmi les plus célèbres ( La Lettre Volée, Le Double Meurtre de la Rue Morgue, La Chute de la Maison Usher, Le Puits et le Pendule, Le Scarabée d'Or, etc...). Il y en a bien d'autres, toutes aussi passionnantes. Le problème était d'en choisir une de d'en faire une vraie adaptation en BD.


Sceneario.com : Poe a souvent été adapté au cinéma ou en bande dessinée. Je pense notamment à Battaglia qui a si souvent rendu hommage par son graphisme à l'œuvre de cet auteur. Connaissez-vous ces œuvres-là ? Avez-vous eu des influences cinématographiques entre autres ?


Roger SEITER : Ce qui m'intéresse chez Poe, c'est surtout l'ambiance générale dans laquelle baignent ses récits. Je ne me souviens pas d'adaptations cinématographiques de l'univers de Poe. J'ai probablement vu des films inspirés ou adaptés de son œuvre, mais je n'ai pas de souvenir précis, mis à part peut-être « Sleeppy Hollow » de Tim Burton, qui n'est pas précisément adapté de Poe, mais dont l'ambiance fait fortement penser à cet auteur. D'ailleurs, de manière générale, je ne pense pas être beaucoup influencé par le cinéma dans mes albums. Je connais par contre bien les adaptation en BD de Corben, Battaglia ou Alexis Thomas. Pour moi, le problème de ces albums, c'est que les auteurs se sont souvent contentés d'illustrer le texte de Poe, sans pour autant se ré-approprier les histoires. C'est un peu moins vrai pour Corben, mais qui reste néanmoins assez timide dans sa démarche de réécriture. Et puis, tous ces albums proposent une succession de trois ou quatre nouvelles différentes, alors que nous voulions, Jean-Louis et moi, un véritable album BD avec une histoire unique et de vrais personnages.

Sceneario.com : En parlant de Poe, lorsque nous nous sommes rencontrés au festival d'Angoulême 2008, nous avions évoqué vite fait avec Vincent Wagner la série « Esprit du Vent » (quatre tomes chez Mosquito) où un des protagonistes s'appelle Poe et ressemble au célèbre écrivain. Avez-vous lu depuis cette série ?


Roger SEITER : La réponse sera courte : Désolé, non, je n'ai pas eu le temps !!!

Sceneario.com : Pourquoi le choix de la nouvelle du « Scarabée d'Or » pour le premier tome ? C'est d'ailleurs une libre adaptation comme il est signalé dans la bande dessinée. Qu'avez-vous changé par rapport à la nouvelle originale ?


Roger SEITER : Le « Scarabée d'Or » est une nouvelle assez longue (une quarantaine de pages), datant de 1856 et tirée des « Histoires Extraordinaires ». Il y avait dans cette grosse nouvelle presque assez de matériel pour faire un seul album BD. Et puis, le thème abordé; des pirates et une chasse au trésor; se prêtait bien à un récit en bandes dessinées. C'est en réalité un récit d'aventure assez classique. Cette nouvelle a d'ailleurs inspiré Stevenson pour son « Île au trésor ». C'était un travail d'adaptation relativement simple à mener à bien et une histoire plutôt grand public. Ceci étant, une nouvelle est par définition un genre littéraire un peu particulier. Dans une nouvelle, on entre souvent très vite dans le récit et il y a un conclusion très brève, voire inexistante. On ne peut pas l'adapter telle quelle en BD. De plus, nous voulions des personnages récurrents assez forts et il nous fallait également une présence féminine dans l'histoire. J'ai donc ajouté tous ces ingrédients au récit initial. Dans une nouvelle intitulée « William Wilson », Poe se met en scène lui-même. J'ai donc remplacé le narrateur du « Scarabée d'Or » par le personnage de William Wilson, c'est à dire par Poe. Dans cette série, Poe va donc se promener dans sa propre œuvre. Du coup, j'ai dû changer le prénom de Legrand, qui s'appelle William dans la nouvelle. Il est donc devenu Edgar Legrand et j'ai renforcé les liens d'amitié le liant à William Wilson. Enfin, j'ai créé le personnage de Kitty, jeune femme sensuelle et libérée, qui entretient avec William et Edgar des relations assez compliquées (ce sera plus le cas dans les tomes suivants). Kitty n'est pas à proprement parler une prostituée. Elle travaille au « Blue Peter », qui est un bordel, mais on ne la voit qu'avec Edgar ou William. J'avais envie pour les héros d'une relation à la « Jules et Jim », un peu en décalage par rapport à l'époque. Kitty est belle, sensuelle et libérée, mais même nue dans un lit, elle n'est jamais vulgaire.

Sceneario.com : Que prévoyez-vous dans le tome 2 ?


Roger SEITER : A la fin du tome 1, avec l'immense fortune dont ils disposent à présent, William et Edgar achètent un navire qui va leur permettre de voyager. Et ils ne vont pas s'en priver. Sinon, dans le tome 2, je mélange trois ou quatre nouvelles différentes pour en faire un récit cohérent où nous allons retrouver William, Edgar, Kitty et Jupiter. Le travail de réécriture sera beaucoup plus important, mais on restera bien dans l'univers de Poe.


Sceneario.com : Travaillez-vous avec Jean-Louis Thouard de la même façon qu'avec Roussel ou Wagner, par exemple ? Intervenez-vous sur les planches ou le dessin ?


Roger SEITER : Comme Cyril Bonin ou Vincent Wagner (et comme prochainement Christian Maucler), Jean-Louis a fait l'école des Arts Décoratifs de Strasbourg. C'est en plus un illustrateur confirmé, qui a déjà une solide expérience du dessin et du monde de l'édition. Le travail avec lui ne pose donc pas plus de problèmes qu'avec mes autres dessinateurs. Ce sont tous des professionnels expérimentés, avec qui collaborer est un vrai plaisir. Ce sont d'ailleurs aussi tous des amis avec qui je partage bien plus qu'une simple collaboration scénariste-dessinateur. De manière générale, une fois que le projet est bien en place, j'évite d'intervenir dans le travail purement graphique, même si, de temps en temps, un regard extérieur peut corriger un détail. Mais ils interviennent de la même manière dans mon travail de scénario ou de découpage.

Sceneario.com : Comment se passe l'acquisition des droits d'adaptation d'une œuvre ?


Roger SEITER : Dans ce cas précis, il s'agit d'une œuvre qui est dans le domaine public et il n'y a donc pas de problème d'acquisition de droits. Si tel était le cas, cela relèverait plutôt de l'éditeur, mais cela ne concerne que des œuvres beaucoup plus récentes. Une œuvre tombe dans le domaine public 70 ans après le décès de l'auteur. C'est ainsi que Lovecraft est dans le domaine public depuis cette année. A lire à ce propos l'excellent « Réanimator » de Florent Calvez, paru récemment chez Delcourt.

Sceneario.com : Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps.


Roger SEITER : Merci à vous de vous intéresser ainsi à mes différentes parutions.