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Rencontre avec Cuzor et Berthet pour XIII mystery

La série XIII Mystery est un spin-off de la série XIII, qui se propose de mettre un lumière les personnages plus secondaires, afin d’étoffer leur histoire. Chaque tome met ainsi l’accent sur un personnage de la série XIII. Chacun de ces albums est écrit et dessiné par des auteurs différents. Steve Cuzor a réalisé le dessin du tome 6 de XIII Mystery, Billy Stockton (à paraître), dont le scénario est écrit par Laurent-Frédéric Bollée. Philippe Berthet a dessiné le tome 2 de XIII Mystery, Irina, dont le scénario a été écrit par Eric Corbeyran.

Portraits

Sceneario.com :
Comment avez-vous été castés pour la série XIII Mystery ?


Berthet : J’ai reçu un coup de téléphone de l’éditeur qui avait le scénario d’Eric Corbeyran sur son bureau et il m’a dit qu’il avait un personnage féminin pour moi. Comme j’ai fait une série qui s’appelle Pin up il y avait une possibilité de cohésion, et voilà, c’est ainsi que cela s’est fait. J’ai lu le scénario que j’ai tout de suite adoré, je me suis senti très très vite capable de dessiner ça, je voyais bien ce qu’Eric avait en tête. Globalement pour XIII Mystery c’est ainsi que cela se passe, c’est d’abord une aventure scénaristique coachée par Jean Van Hamme et puis après, une fois que le scénario est validé, ils vont à la recherche de dessinateurs.

Cuzor : Au départ, l’éditeur et Jean (Van Hamme) ont fait une liste de gens qu’ils voulaient absolument. Après ils ont mixé des choses, mais il y avait des gens à qui chacun tenait absolument. C’est vrai qu’au départ je ne connaissais pas du tout l’éditeur, je n’avais pas forcément d’a priori ou autres, mais par contre, moi c’est Jean qui m’a imposé. C’est le scénariste de XIII qui a dit « Moi Cuzor je le veux en dessinateur ». Parce qu’il m’avait proposé un projet juste avant que j’avais refusé pour des raisons personnelles, et il y a eu aussi, de la part de l’éditeur, une volonté de travailler avec tel ou tel scénariste.

Berthet : Oui, ils avaient fait leur liste bien sûr.


Sceneario.com :
Qu’est-ce que cela vous a apporté de travailler sur Irina ? Est-ce un personnage que vous auriez choisi si on vous en avait donné le choix ?


Berthet : Clairement, moi j’aurais choisi Irina, il n’y a pas de souci. Et je pense que c’est pareil pour Eric (Corbeyran), quand il a été contacté, il a foncé sur ce personnage d’Irina.

Couverture Irina

Cuzor : Je dirais pareil. Même si nous avons été contactés en tant que dessinateurs après coup, et que le choix de personnage avait été fait. En même temps, c’est un choix qui est vite fait, parce qu’il n’y a pas des centaines de personnages secondaires intéressants à traiter sur une série comme XIII. Donc des personnages qui sont proches du héros il n’y en a pas des milliards. Les choix, et les bons choix avaient été faits par les scénaristes, et je dirais que connaissant le travail des dessinateurs en question, ils avaient vu dans quel univers pouvait évoluer tel ou tel dessinateur. Billy Stockton, qui est un jeune en errance, qui a un passé un peu trouble et qui est devenu psychopathe et tueur, c’est un personnage que j’aurais pris également, parce qu’il y a une sorte de liberté, et par rapport à mes précédents travaux, ce sont toujours des personnages avec un caractère similaire à celui-ci. Donc on s’est trouvés, même si le casting avait l’air open, il ne fallait surtout pas que le scénariste ait déjà travaillé avec le dessinateur, et naturellement, je pense que l’on s’est retrouvés. Parce qu’on se connaît quand même, et on connaît aussi un peu les personnages qui nous auraient attirés. Quelque part ils ne se sont pas trompés de cible en nous laissant croire que c’était un peu imposé, on a fait nos choix aussi.


Berthet : Ce qu’il faut savoir aussi c’est qu’une bande dessinée ça se fait en commun, il y a le scénariste et le dessinateur, donc en tant que dessinateur, accepter un scénario uniquement pour être dans l’aventure XIII, et le faire de la main droite ou de la main gauche, ça n’a pas de sens. Il faut qu’on y croie aussi, faire un album de 54 planches, ça ne se fait pas en trois mois, il faut vivre avec pendant une petite année tout de même, d’où la nécessité d’être en accord avec le choix du personnage.


Sceneario.com :
Avez-vous pu apporter une touche personnelle dans le dessin par rapport à l’œuvre déjà existante ?


Berthet : Je pense que l’on peut le voir en tant que lecteur au sens où chaque dessinateur a gardé son propre style. Et je crois que c’est l’une des choses qui avaient été précisées par Jean (Van Hamme). J’étais allé le voir avec Eric pour peaufiner les derniers détails du scénario, et c’est vrai que j’étais un peu stressé à l’idée de participer à cette aventure parce que je n’ai pas un dessin réaliste, classique, avec des petits traits, des ombres et des choses comme ça, moi c’est plutôt du trait, donc j’étais assez surpris d’être contacté, qu’ils considèrent que je peux faire partie d’un pool de dessinateurs réalistes. Et puis du coup, comme cela m’inquiétait un peu, Jean Van Hamme quand on est partis de chez lui nous a dit « en tout cas, il est clair que vous devez absolument garder votre style, et puis surtout, amusez-vous ». Donc j’ai gardé ces indications de la part de Jean en tête, et quand je suis rentré chez moi je me suis dit « je me l’approprie ».


Cuzor : C’est vrai qu’il y a une écriture dans ton dessin, il t’est propre et est très lié à ton univers graphique. Moi j’ai rencontré d’autres difficultés, plus classiques, plus réalistes, et j’ai découvert à travers cet exercice le dessin de William Vance, avec ses codes à lui. Et on se rend compte qu’il y a un code qui est prédéfini. Et chez William Vance, je l’ai vu en devant reprendre ses personnages, c’est très souvent le même nez, les mêmes yeux, souvent les cheveux changent, la coiffure, et éventuellement la forme du visage. Le problème, c'est que j'ai un trait avec de la matière, mais dans l'esthétique de XIII, quand on commence à creuser un peu, qu'on apporte trop de matière, on perd le personnage. Et c’est la que l’on se rend compte que c’est fragile. Les codes graphiques sont très fragiles. C’est comme de toucher à Tintin, s’il a un œil en haut un œil en bas ce n’est plus Tintin. Et il y a un aspect similaire chez William Vance, je me suis dit « mince, je ne peux pas faire les Trolls que j’ai l’habitude de faire, je ne peux pas trop faire des gueules cassées parce que le concept de XIII ce n’est pas ça ». Le concept de XIII c’est une super histoire et surtout des personnages relativement neutres graphiquement pour ne pas perturber cette histoire. Et c’est vrai que Loisel n’aurait jamais pu faire XIII, parce qu’il a un Couverture de Stockton caractère trop prononcé, ça explose de caractère, de personnalité, alors que XIII c’est tout de même un personnage qui a perdu la mémoire et qui est englobé dans un univers qui n’est pas facile à comprendre. Donc je pense que c’est ça la magie de XIII, de se dire « oh c’est dingue, ce style graphique sur cette histoire ». Beaucoup de dessinateurs à l’époque rêvaient de faire XIII en se disant « pourquoi pas moi ? » et critiquaient le dessin de William Vance. Et j’ai dit, « mais c’est parce que c’est William Vance et son trait que ça marche, parce qu’il y a cette neutralité ». Donc effectivement être derrière et travailler sur cet exercice-là avec son propre style ça peut aussi parfois remettre en question le code graphique que l’on nous impose. Moi ça m’a parfois un peu gêné de me dire « je ne peux pas faire ce que je veux tout le temps. Parfois je dois garder le style parce que le personnage est secondaire, il ne faut pas que je le perde, parce qu’il faut que je le retrouve ensuite pour pouvoir raccorder les wagons à la fin avec la série XIII ». Donc il y a des fois où je me suis vu faire du XIII, je n’ai pas eu le choix. Avec juste un trait de contour, très lisse, alors qu’en général moi mes types ils sont plutôt barbe de quatre jours, la bouteille de whisky pas loin. Je me suis un peu retrouvé dans une interview de Jean Giraud quand il a fait son XIII. Et je me souviens de cette phrase qui m’a rassuré, parce que j’étais vraiment ennuyé, il avait dit « je ne sais pas dessiner les mecs en costard-cravate ». Je me suis dit « je suis pareil, je ne sais pas non plus ». Parce que si la veste est trop basse ça fait ringard, si elle est trop courte ce n’est pas ça non plus, et quand notre univers c’est les années 30 ou le western comme moi, et bien on se retrouve à devoir être proche de la documentation et de regarder un mec en photo en costard-cravate en se demandant comment le dessiner et pourquoi c’est élégant. Donc la petite touche personnelle, c’était de temps en temps, quand il y avait un épouvantail à faire dans un champ.


Sceneario.com :
Auriez-vous envie de revenir sur ce concept avec d’autres personnages si l’occasion s’en présentait ?


Cuzor : A petites doses, parce que je ne suis pas contre le concept lui-même, je trouve ça assez séduisant. Mais je suis plus pour reprendre des séries, c'est-à-dire que les séries-mères reprennent et perdurent parce que je suis assez attaché aux personnages avant tout dans la bande dessinée. C'est-à-dire que le personnage devrait être plus proche des lecteurs que l’auteur lui-même. Et donc je suis plus proche de reprises de choses qui ne s’arrêtent pas, comme Asterix, comme Black et Mortimer, je trouve ça génial que les personnages traversent le temps, plutôt que de faire des séries dérivées parallèles à outrance. Je trouvais l’exercice intéressant parce qu’une proposition comme celle-ci, c’est tout de même assez alléchant. Malgré tout, j’ai regardé le casting aussi, et je me suis retrouvé à travers les autres auteurs. Ce sont des gens dont j’appréciais le travail, des auteurs à part entière qui avaient déjà fait leurs preuves.


Berthet : C’était malin aussi de leur part. D’ailleurs ce qui est prévu aussi dès le départ c’est que nous n’avons le droit qu’à un seul album, et je trouve que ce n’est pas idiot parce que l’éditeur veut se prémunir de ce côté « tirer sur la ficelle ».


Cuzor : Je crois qu’ils ont eu le souci aussi de mettre en valeur les auteurs qui acceptaient. Et du coup de faire attention aussi à qui ils contactaient. Comme je l’ai dit, ils n’étaient pas à l’abri de tomber dans le piège de se dire « surtout il faut qu’on en fasse 50 » et aller chercher à droite à gauche, ce qui aurait dénaturé le concept. On n’est jamais à l’abri de se retrouver piégé dans un concept. Le fait de signer pour quelque chose qui vous échappe est dangereux, si on vous appelle et que vous dites oui, et qu’après le suivi n’est pas fait correctement, que ça ne va nulle part et que l’on ne connaît pas la fin. Donc un spin off oui quand c’est un one shot, mais quand c’est une succession, quand vous faites partie d’une histoire, mais que vous ne connaissez pas la fin, ça peut être délicat, parce que vous êtes acteur de quelque chose que vous ne maîtrisez pas, et ce n’est pas toujours vous le maillot jaune. Si on parle en termes de tour de France. Vous êtes les coéquipiers autour, vous aidez le maillot jaune, mais si le maillot jaune à la fin perd et que l’album est mauvais, vous passez pour un…