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Rencontre avec Andoryss et Nesskain pour Le Cercle

Rencontre avec les deux auteurs du Cercle, à l'occasion de la Japan Expo / Comic' Con

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Sceneario.com : Merci Andoryss et Nesskain de bien vouloir nous recevoir ici, à la Japan Expo, à laquelle vous participez tous les deux pour votre série Le Cercle, parue aux éditions Delcourt.

Avant de parler de l’actualité de votre série, pouvez-vous nous livrer vos sentiments sur la Japan Expo / Comic’ Con de cette année ?


Andoryss : Il faisait très chaud (rires) ! Mais j’étais contente d’être ici parce que pour ma part, c’est la première fois que j’étais là en dédicace. J’y étais déjà venu quelques fois pour me promener, mais il faut être un peu masochiste pour venir ici : Il y a beaucoup de gens et c’est assez impressionnant parce que ca bouillonne dans tous les coins, il y a plein d’ambiances différentes donc c’est assez agréable. Il n’y a aucun événement qui est à la mesure de celui-ci.

Nesskain : Pour moi, c’était aussi ma première dédicace à la Japan Expo. La dernière fois que j’avais fait ce festival, c’était il y a 5 ans, avant l’arrivée de la Comic’ Con. On m’avait dit que c’était devenu encore pire, mais finalement je trouve que c’est resté pareil : toujours autant de monde et finalement on s’y perd un peu, on ne sait pas où regarder.

Sceneario.com : Quel type de public est venu à votre rencontre à la Japan Expo ? Des fans de la série ou des gens qui ont découvert l’album sur le festival ?


Andoryss : C’était majoritairement des gens qui avaient déjà les albums, dont notamment des gens que Nesskain avait déjà rencontré à Saint Brieuc et qui venaient se faire dédicacer le 2ème tome. Il y avait également des gens que j’avais rencontré aux imaginales à Epinal avec qui j’avais discuté du Cercle, et qui finalement ont sauté le pas. C’était rigolo parce que y’a pas eu énormément de gens qu’on avait pas déjà vu, on était entre nous.

Sceneario.com : Est-ce que vous pouvez nous raconter la genèse du Cercle ? Comment la série a t-elle vu le jour ?


Andoryss : On a bénéficié d’une dame marieuse, en la personne de David Chauvel, qui a organisé la rencontre.
De temps en temps, quand il a l’impression que je m’ennuie, David me demande si je n'ai pas un scénario qui traine pour un dessinateur avec lequel il a envie de me faire travailler. C’était justement le cas avec Nesskain : j’ai regardé ses dessins, je me suis imprégnée de l’atmosphère qui s’en dégageait et assez vite j’ai eu des idées par rapport à ses ambiances sombres. J’ai eu cette idée d’un polar fantastique dans une ville un peu déserte, un peu intemporelle, et c’est comme ça qu’est né le projet.

Nesskain : Pour moi c’est pareil, c’est David Chauvel qui m’a mis en contact avec Andoryss. J’étais dans une école d’art et j’ai décidé d’arrêter. Il m’a demandé ce que je voulais faire et je lui ai répondu que je voulais faire de la BD. Je lui ai envoyé ma liste de références au niveau des histoires, des BD, et il m’a envoyé vers Mélanie.

Sceneario.com : Donc Le Cercle, c’était ta première BD ?


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Andoryss : La première BD éditée oui.

Sceneario.com : On ressent une pression, une angoisse particulière ?


Andoryss : Quand je l’ai faite, non. Mais quand le premier tome est sorti, il y avait un petit pincement parce que graphiquement, c’est sur celui là que je me posais le plus de questions. J’ai l’impression d’avoir trouvé les réponses sur les tomes suivants, mais pas sur celui là. Le tome 1, au niveau graphique, ne me satisfait pas.

Andoryss : Nesskain est très très critique sur les albums. Il y a des petits détails, des défauts d’impression qu’il a vu et que je suis incapable de voir, même quand il me les montre (rires) !

Nesskain : En fait, je suis plus susceptible de travailler tout seul. C’est pour ça que j’ai eu du mal avec Mélanie au début, parce que pour un scénariste ça demande une autre réflexion et c’est pour cela que j’ai eu du mal à atteindre le même degré de satisfaction que celui que j’avais quand je travaillais tout seul.

Sceneario.com : Justement, comme le travail s’est-il organisé entre vous deux ?


Andoryss : La première manche est à moi puisque je créée un petit peu l’univers, les personnages… En fait je fais une petite bible sur les différentes modalités de l’univers et de son exploitation, j’essaie d’expliquer d’où je pars et où je vais aller, comment sont les personnages, comment va se dérouler l’histoire et sur quels axes je vais l’ancrer...
Et puis j’envoie tout ça, et si j’ai des retours positifs, je commence à rédiger le scénario. Là, pour sa rédaction, je mets des indications de pagination bien sûr, mais surtout des indications d’ambiances, de situations, des descriptions, mes textes et puis j’envoie à Kim.
La plupart du temps, il y a des dessinateurs qui m’envoient des mails en me disant : « attention à cet endroit là, le découpage je suis pas convaincu » et ils me renvoient un storyboard et je leur dis « oui mais du coup il faudrait plus que ce soit fait comme ça » et je renvoie des indications… Il y a des échanges multiples. Avec Kim, il n’y en a pas eu. Ca a roulé tout seul dans le sens où Kim n’a pas toujours suivi mes directives mais au moment où moi j’en recevais, je n’avais plus rien à dire. C’est à dire que ce qu’il me disait était toujours une plus value par rapport à ce que j’avais mis au départ.
Ca a donc vraiment été une collaboration reposante et tant mieux, parce que vu que Kim dessine extrêmement vite il fallait pour moi écrire rapidement. Pour la première fois de ma vie, mon dessinateur m’a rattrapée dans le temps et j’étais en retard pour lui fournir la suite !

Nesskain : Quant à moi je reçevais le scénario, je lisais le découpage et parfois, je trouvais l’ambiance trop précise. Je prenais un peu de recul, le temps de cogiter un ou deux jours, et je relisais une deuxième fois. Ensuite je me lançais et généralement je le faisais en une seule couche. En règle générale, je joue sur le côté spontané de la narration, je trouve que lorsqu’il y a trop de reflexion, ca devient trop rigide.
J’ai participé aux 24h de la BD et c’est là où j’ai vraiment compris qu’il fallait que je dessine d’un coup, sans corrections, en assumant mes erreurs. Les erreurs donnent un certain charme que l’on perd quand on passe son temps à se corriger.

Sceneario.com : Dans Le Cercle, un rôle prédominant est donné aux couleurs, en atteste le pouvoir si particulier de Nico qui a la capacité de voir la vraie couleur des choses. Nesskain, comment as-tu réfléchi à cette mise en couleur ?


Nesskain : Au début, j’ai travaillé le projet en Noir et Blanc et le passer en couleurs a été très difficile pour moi. J’ai deux styles différents et quand je fais du Noir et Blanc, je ne sais pas faire de couleurs par dessus. En général, quand je mets de la couleur, je ne mets jamais de noir et mettre de la couleur sur du noir, ca a été super difficile pour le tome 1. Et après, sur le tome 2 et sur le tome 3, j’étais plus rassuré, je me posais moins de questions… Pour ma part, je trouve que la couleur « plombe » un peu la narration : il y a certaines compositions qu’on ne remarque pas alors que si c’était en N&B, ca flasherait plus.

Sceneario.com : Andoryss si je ne me trompe pas, Le Cercle est ta troisième BD, et d’une œuvre à une autre, en fonction de ton partenaire au dessin, le style diffère toujours. D’où te viens cette capacité de raconter toutes sortes d’histoires en te jouant des codes à la fois du franco-belge, du comics ou encore du manga ?


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Andoryss : Sauf pour Les Enfants d’Evernight où cela ne s’est pas passé de cette façon là, la plupart du temps ; comme c’est David qui me dit « j’aimerai bien que tu travailles avec tel dessinateur », je vais aller m’imprégner de son travail avant d’écrire, et donc d’une manière générale si je trouve une histoire qui colle à ce que j’ai sous les yeux, bah on finit par faire un partenariat. Si je ne trouve pas d’histoire, bah… on ne le sait pas, puisque ça ne sort jamais (rires) !
J’ai l’impression qu’une histoire peut être racontée sous plein de formes différentes mais ce n’est pas mon histoire qui va forcément s’adapter au style du dessinateur. Je trouve parmi les histoires que je veux raconter celle qui va s’adapter. Du coup, j’extrais de la multitude de trucs que j’ai envie de raconter dans ma vie LE truc qui va coller au dessinateur parce que je me dis que je tiens quelqu’un qui va pouvoir illustrer CETTE histoire là.
Ca me permet de naviguer dans plein d’ambiances différentes et quelque part c’est super enrichissant pour moi parce que dans ma tête, il n’y a pas de « styles ». Par exemple, dans Les Enfants d’Evernight, le style de dessin est extrêmement manga et pourtant l’histoire est puissamment européenne puisque c’est quelquechose qui navigue entre Alice au pays des Merveilles, l’histoire sans fin ou Peter Pan. C’est une culture totalement européenne avec pourtant un style totalement Final Fantasy : on arrive quand même à raconter cette histoire, et ça colle !

Sceneario.com : Le Cercle fait partie du label Comics Fabrik lancé par les éditions Delcourt. Est-ce que tous les deux vous lisez du comics ? Est-ce que vous sentez un nouvel engouement pour le comics en France ? Et est-ce que vous sentez de la part du lectorat une envie spécifique de comics « made in France » ?


Andoryss : Je suis passée par à peu près tout, du franco-belge classique au manga et même si c’est un type de lecture qui m’est arrivé récemment, je lis pas mal de comics. Je m’en suis pas mal nourrie. On retrouve beaucoup de Watchmen dans Le Cercle par exemple, notamment en terme d’influences et de questionnement des super-héros.
Après je pense qu’on est plutôt entrain de s’affranchir : on est en Europe l’exception franco-belge avec un format de BD très strict, un nombre de pages et de cases codifié, un format codifié, et j’ai l’impression qu’on s’affranchit de plus en plus de ça. Avec l’arrivée du Manga en France, le Comics était déjà là mais il était un peu caché. L’arrivée du Manga a développé un lectorat qui a aspiré à d’autres formats.
Le Cercle aurait été extrêmement difficile à raconter en format franco-belge parce que la pagination dont on a bénéficié avec la Comics Fabrik a permis de poser des ambiances que je n’aurais pas pu poser en 46 planches.
Aujourd’hui, on est surtout entrain de se demander : « Quel format pour quelle histoire ? » et c’est le bon questionnement pour moi, car si le format correspond à l’histoire, le lecteur s’y retrouvera forcément.

Nesskain : Je pense qu’on est le seul pays à disposer de trois formats. C’est bien, mais on sent que le lecteur a besoin de tout catégoriser, et lorsqu’on a dans les mains un petit format, on s’attend du coup à avoir une histoire d’inspiration japonaise. De même pour le comics où on s’attend à avoir quelque chose d’américain alors que pas du tout. J’espère qu’avec le temps, ca sera un peu plus mixte et qu’on ne verra plus comics, manga et franco-belge, mais plutôt LA Bande-Dessinée.

Sceneario.com : Le troisième et dernier tome sort le 21 août. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?


Andoryss : Ca finit mal… (rires)

Nesskain : La Terre explose. Elle est envahit par des extraterrestres !

Sceneario.com : Ce qui était prévu de base, c’était de traiter l’histoire en trois tomes. Y- a t-il une chance d’avoir un second cycle ?


Andoryss : En fait c’était prévu en deux et puis finalement je me suis dis qu’en deux, ca ne passerait jamais. J’en ai réclamé trois et comme Kim dessinait très vite on m’a dit « Oui trois c’est pas grave, ça ne va rien changé à notre planning » donc c’était cool ! Ca m’a permis de vraiment poser les bases et c’est un bon fonctionnement puisqu’on a la montée en puissance, la compréhension, et la chute finale qui arrive avec ce troisième tome. L'arc dramatique que j’ai commencé dans le tome 1, je le finis dans le tome 3. L’histoire est donc complète en trois tomes avec une vraie fin et ses conséquences.
Par contre, l’univers du Cercle et les bases que j’ai posées ne vont pas changer. On peut imaginer une suite mais pas forcément avec les mêmes personnages. Ca serait à nouveau un triptyque sur une autre enquête à résoudre.

Sceneario.com : Qu’il s’agisse de films, de musiques ou de lectures, quelles sont vos inspirations artistiques ? J’ai cru comprendre Kim que tu ne pouvais pas travailler sans musique ?


Nesskain : Oui, constamment. En général, je n’écoute qu’une seule musique en boucle. Je trouve un morceau et je bosse dessus toute la journée.


Andoryss : C’est rigolo parce que pour la première fois de ma vie j’ai bossé comme ça sur Le Cercle alors que je savais pas que tu bossais comme ça du tout !

Nesskain : Tout le monde me dit que c’est pas normal de bosser comme ça, que c’est lassant, mais il y a des musiques qui donnent une ambiance et je suis obligé de les lancer en boucle pour pouvoir la récupérer.

Andoryss : Pour Le Cercle j’ai bossé en boucle sur une musique de Silent Hill : Ca met dans un état second et au bout d’un moment il y a des ambiances qui sortent de ça.

Nesskain : Après au niveau influence, c’est surtout le manga. J’ai découvert il y a un peu plus d’un an Sean Murphy en comics. Lui, il a une narration qui pour moi est hyper évidente en fait. Quand j’ai découvert son boulot au début, je n’ai pas trouvé ça super, avec des problèmes anatomiques… Et puis en regardant bien, en lisant l’histoire et en y croyant, on ne voit plus du tout les défauts et c’est ça qui est fort avec lui : il arrive à dessiner beaucoup de détails tout en jouant l’économie.

Andoryss : Moi au niveau des influences, elles sont vraiment diverses et variées. J’ai beaucoup d’inspiration venant de la littérature générale, de romans d’aventure comme Peter Pan ou Alice au Pays des Merveilles que je citais tout à l’heure. J’ai aussi des inspirations qui viennent de séries TV. J’écoute aussi énormément de musique de films parce que je trouve que ca aide à créer. J’ai lu toutes sortes de BD et j’ai aussi une grosse grosse culture de RPG japonais, ce qui se ressent du coup dans Les Enfants d’Evernight ! Je suis une grosse collectionneuse et une bonne gameuse. C’est là dedans que j’ai trouvé pour la première fois une vraie dramaturgie intéressante et qui moi m’aide beaucoup en terme de retournements de situation, de psychologie des personnages… C’est très très fouillé et j’aime retrouver ça dans mes personnages !

Sceneario.com : Pour terminer, quels sont vos projets à venir ?


Andoryss : Je suis en train de travailler sur l’adaptation en roman des Enfants d’Evernight pour les éditions Bragelonne, dans lequel je vais rajouter plein de scènes inédites et y semer quelques petits cailloux style « Petit poucet » pour entrevoir le grand final qui va arriver en BD dans pas longtemps, puisque le tome 3 est en préparation avec Marc Yang. Je travaille également sur une nouvelle série Jeunesse qui sortira chez Delcourt avec Xavier Colette au dessin qui s’appellera Soufflevent, une sorte de steampunk mélangeant le pony express et l’aéropostale. Et peut être jeter des bases pour un nouveau triptyque du Cercle si jamais ça devait voir le jour...

Nesskain : Moi en ce moment je suis en pleine réflexion mais je suis sur deux projets. Le premier, avec le scénariste italien Luca Blengino, est une histoire d’invasion extraterrestres dans laquelle les humains se retrouvent sous terre et se servent des extraterrestres pour créer des mechas que seuls des pilotes exceptionnels peuvent commander.
Le deuxième est un projet perso qui s’appelle Le Dessinateur de Mensonges mais je peux pas trop en dire plus... C’est une histoire que j’ai depuis à peu près trois ans et que j’essaye de développer en trois tomes, pas plus.

Sceneario.com : Merci à vous deux pour ce bon moment, et tous nos vœux pour la suite de vos parcours !