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Luc JACAMON dessinateur de la série: LE TUEUR

Interview réalisée par GdSeb et AUB en décembre 2003.
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Sceneario.com: Bonjour, pourrais tu te présenter en quelques mots?
Luc Jacamon:
J'ai eu un parcours assez banal si ce n'est que j'ai commencé à être publié assez tard. J'ai passé mon bac et intégré une école d'art appliqué en section pub et image de communication. Pour ensuite faire du rough et de l'illustration publicitaire.Mais j'ai toujours cherché en parallèle à développer un style pour la bd jusqu'à ce que je franchisse le pas avec "le tueur" malgré tous mes doutes.

Sceneario.com: Comment as tu rencontré Matz?
Luc Jacamon:
Par hasard puisque c'est un ami qui travaillait avec lui qui nous a amené à nous rencontrer.

Sceneario.com: Quelle est votre façon de travailler : vous vous voyez beaucoup, vous utilisez internet?
Luc Jacamon:
On communique surtout par téléphone et internet qui est évidemment un moyen très pratique pour communiquer entre nous, notamment pour envoyer des images. Il y a une grande confiance mutuelle dans le travail de l'autre et une volonté réciproque de nous permettre de nous exprimer pleinement dans nos domaines respectifs à savoir donc le dessin et l'écriture. Ce qui n'implique pas un échange soutenu entre nous. Nous sommes evidemment amenés à discuter sur certains points mais je dirais que notre collaboration sur le tueur depuis maintenant 6 ou 7 ans fait que nous nous connaissons suffisamment pour ne pas avoir à remettre en cause fréquemment le travail de l'autre.

Sceneario.com: Quelles sont tes influences?
Luc Jacamon:
Mes influences sont multiples, elles ne s'arrête pas forcément à tel ou tel genre. Je ne suis en tout cas pas un gros consommateur de bd, ce qui m'a peut-être aussi préservé d'une influence trop marquée. C'est vrai que le cinéma comme le dessin animé sont aussi de grandes sources d'inspiration.

Sceneario.com: Quelles sont tes derniers coups de cœur? Coups de gueule?
Luc Jacamon:
Le 2eme tome de "l'histoire de siloe" de Servain et Letendre est une belle réussite j'y trouve beaucoup de qualité, la lecture y est très fluide, la mise en page remarquable et le dessin de Servain a gagné en finesse et en lisibilité par rapport au premier tome. Et c'est un genre (l'anticipation) qui m'intéresse particulièrement. Et puis Je suis un inconditionnel des derniers albums de Larcenet. Sinon, pour le coup de gueule, disons que je trouve excessif la surexposition mediatique de certains albums de bd qui ont leurs qualités et leur place dans le paysage bedephilique, mais qui ne justifient pas à mes yeux une telle débauche de superlatifs. (ouuuh le jaloux...)
Elle est la plupart du temps symptomatique de la difficulté des medias à trouver une légitimité intellectuelle à la bande dessinée dans sa diversité. Ce qui fait la spécificité de la bd par rapport à d'autre support, à savoir cette alliance subtil du texte et de l'image, s'en trouve donc parfois négligée je trouve. Il y a beaucoup trop d'albums qui sortent et donc beaucoup de mauvaise qualité, c'est sûr, mais au moins on en parle pas. Des noms? bof, est-ce bien nécessaire...

Sceneario.com: Quels sont tes projets maintenant?
Luc Jacamon:
Eh bien je commence à travailler sur une série d'anticipation toujours avec Matz qui traitera notamment de la surpuissance des medias et de leur implication dans la politique et les conflits internationaux. Mais je ne peux en dire plus. C'est en tout cas pour moi l'occasion d'aborder un nouveau genre et d'avancer graphiquement.

Sceneario.com: On voit de plus en plus de sites internet consacrés à la BD. Les éditeurs l'utilisent de plus en plus. En tant qu'auteurs, que penses tu de ce media?
Luc Jacamon:
C'est un formidable vecteur, tout devient accessible et dans l'immédiat.
Les editeurs l'ont évidemment compris. Et en ces temps de surproduction et donc de visibilité réduite dans les rayons de librairies, certaines bd's qui en sont à leur premier pas peuvent espérer exister à travers internet et notamment tous les sites dédiés à la bd. Moi qui suis un peu cloîtré dans mon bureau atelier, je consulte régulièrement plusieurs sites pour me tenir au courant de ce qui sort.

Sceneario.com: Le mini site du tueur chez Casterman est d'ailleurs très réussi, c'est vous qui l'avez fait?
Luc Jacamon:
Ce n'est pas moi qui l'ai réalisé, je laisse cela à des gens qualifiés, mais c'est vrai qu'il est sympa et c'est une manière assez efficace de traduire le ton et l'ambiance d'un album à la manière d'une bande annonce de cinéma. Maintenant, il ne faut pas que ce genre de démarche traduise une sorte de complexe de la bd (image fixe) par rapport au cinema...

Sceneario.com: On sent dans la série "le tueur" qu'il y a une recherche et une évolution permanente. C'est un besoin?
Luc Jacamon:
C'est effectivement un besoin que j'ai dû d'ailleurs refréner, dans la mesure où une série nécessite une certaine constance dans le style. Je crois que je ne serai de ce fait jamais le dessinateur d'une seule série, ce serait pour moi beaucoup trop sclérosant.

Sceneario.com: Peux tu nous parler de ton encrage (certains éléments du décor n'étant pas encrés)?
Luc Jacamon:
Mon style découle en fait d'une faiblesse de dessin. Mon dessin en noir et blanc se limite en effet aux contours et ne comporte aucun aplat noir. Sans la couleur, il n'est qu'un squelette sans sa chair. La couleur fait donc partie intégrante de mon dessin. Mais je n'en travaille pas moins le trait avec un feutre calligraphique qui me permet d'obtenir cet aspect un peu torturé.

Sceneario.com: Au niveau des couleur, tu travailles sur photoshop? Peux tu nous en dire plus? (on m'a notamment parlé de "détouration"?)
Luc Jacamon:
C'est un outil que j'ai découvert au cours de la réalisation du 2ème album du "tueur" et qui m'a libéré littéralement des contraintes liées à la couleur directe qui ne vous laisse pas le droit à l'erreur. La palette des couleurs est également très large et permet des choix plus judicieux. Et puis ce que j'apprécie vraiment, c'est de pouvoir sans arrêt découvrir de nouvelles possibilités. Pour quelqu'un qui qui cherche à évoluer graphiquement, c'est l'outil rêvé! L'aspect quelque peu froid et automatique que l'on reproche souvent à cette technique peu être évité si on sait bien s'en servir.

Sceneario.com: Participes tu au découpage du récit? Y'a t'il un story board?
Luc Jacamon:
Non, Matz s'en occupe très bien. Pour ce qui est du story-board Je n'ai pas le courage d'en faire un, j'ai peur d'y laisser trop d'énergie même si je suis conscient de l'intérêt d'une telle démarche.

Sceneario.com: Est il difficile de mettre en scène cette introspection que le tueur nous fait partager?
Luc Jacamon:
Je ne dirais pas que ça a été difficile mais plutôt intéressant. Je suis quelqu'un d'assez intuitif dans ma façon de travailler,ce qui explique peut-être aussi l'absence de story-board et j'ai donc notamment pas mal usé de gros plan, ce qui est une manière assez simple et efficace "d'approcher" les pensées du tueur. Je dirais même que cela ma rendu assez libre dans le choix du contenu de mes images dans la mesure où celui-ci pouvait être en complet décalage avec la réflexion du personnage pour éviter la redondance avec le texte.

Sceneario.com: Dans le tome 5, la narration est vraiment particulière (alternance de scènes, à des moments différents). Comment as tu mis ça en scène?
Luc Jacamon:
Ca m'est apparu effectivement tout de suite comme étant un peu casse-gueule. Et la mise en couleur m'a aidé à accroître la lisibilité ou la compréhension de ces changements de contexte.
Chaque scène est traitée dans des tons plutôt monochromes assez distincts. Ainsi, le lecteur peut, je l'espère se repérer dans ce dédale qui au bout du compte, permettait de donner à l'histoire un rythme assez haletant, je crois.

Sceneario.com: Le tueur voyage beaucoup (Paris, New York, le Venezuela…). Tu as fait des repérages?
Luc Jacamon:
J'aurais bien apprécié, mais c'est une clause qui hélas, n'a pas été prévue à notre contrat chez casterman. Sinon, nous parlions d'internet précédemment, et c'est là encore, un moyen formidable pour se documenter.

Sceneario.com: Après 5 tomes, quel regard portes tu sur cet anti-héros?
Luc Jacamon:
J'ai finalement pas mal de détachement par rapport à lui, il n'y a pas d'affinité particulière et heureusement quelque part...Et c'est normal car nous n'avons pas voulu en faire un personnage sympathique même si son humanité transparaît au bout du compte.
Mais c'est un peu le principe des anti-héros, vous allez me dire... C'est en tout cas un personnage assez fort pas seulement doué pour la gâchette mais aussi pour la "gamberge" ce qui la rendu particulièrement singulier.

Sceneario.com: Y'aura t-il un tome 6? Et d'autres?
Luc Jacamon:
La porte reste ouverte, mais en ce qui me concerne, je passe à autre chose et on verra dans quelques années...Ce qui compte, c'est l'envie et mon envie me porte pour le moment vers ce nouveau projet d'anticipation.

Sceneario.com: Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé.
Luc Jacamon:
A bientôt.