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interview JM Lainé

interview JM Lainé - Omnopolis 2

Sceneario :  Peux-tu te présenter et nous dire comment tu es arrivé dans la bande dessinée ?
JM Lainé :
C'est un long parcours, qui commence vers 1988 avec mon premier article dans SCARCE. De là, j'ai commencé à tenir le stand de SCARCE sur des festivals comme Saint-Malo ou Athis-Mons, et donc à rencontrer d'autres fanzines, des auteurs, des illustrateurs amateurs, bref, à constituer un petit réseau. Je connaissais Denis Bajram depuis le bahut, puis j'ai rencontré des gens comme Alex Nikolavitch ou Mathieu Lauffray, qui ont eu une grande importance sur ma manière de voir le métier.
Des années après, avec un mariage et un divorce à mon tableau de chasse, j'ai commencé à accumuler des projets, mais aussi des contacts. Et pendant que je faisais un projet d'album chez Soleil (jamais publié) et de
l'illustration pour des petites boîtes de pub, j'ai été contacté par Thierry Mornet pour rejoindre l'équipe de Semic sur Paris. Je connaissais Thierry depuis SCARCE et j'avais servi de documentaliste pour lui quand il travaillait pour Bethy ou Panini. Il connaissait donc mon travail, ma façon de faire. Donc, mi-1999, j'ai intégré la nouvelle équipe parisienne.
Dans le même temps, j'avais proposé des couvertures inédites sur les Pockets Semic (RODÉO, KIWI, SPÉCIAL ZEMBLA, MUSTANG, SPÉCIAL RODÉO), qui ont commencé à être publiées à la même époque. Ça m'a remis le pied à l'étrier question dessin, et quand il s'est agi d'écrire des histoires inédites dans les Pockets, j'étais sur les rangs pour proposer des idées. Ça m'a permis de faire mes classes, de commettre pas mal d'erreurs sur des histoires courtes, et d'apprendre le métier sur un rythme mensuel, avec les réactions des lecteurs dans les pages de courrier. Ça aide à y voir plus clair.

Sceneario : Comment es-tu passé des petits formats de semic à une série grand format couleur ?
JM Lainé :
De manière assez naturelle, somme toute. J'avais des projets personnels (SPIRO ANACONDA, avec Fejzula, par exemple) et j'animais des séries estampillées "Semicverse". Ça faisait une présence mensuelle d'environ 15 à 30 pages, ce qui était conséquent. Et des séries comme DOLORES semblaient appréciées.
Quand il s'est agi de faire plus, j'ai proposé des idées, j'ai notamment écrit l'épisode de SIBILLA dessiné par Stéphane Roux. Dans le même temps, j'avais acheté un ordinateur, ce qui m'a permis de mettre à jour mes archives informatiques et de coucher sur disquette des projets qui n'existaient que sur papier. il y avait notamment un projet intitulé "Les tours de Babylone", que j'ai remis à jour. Et quand Louis, le dessinateur de TESSA, m'a présenté Geyser, on a pris contact, je lui ai fait lire le projet, désormais intitulé OMNOPOLIS, et on a décidé de monter le dossier. Je l'ai soumis à Bamboo, parce que je connaissais Hervé Richez depuis qu'il avait présenté DIRTY HENRY chez Semic, et l'équipe de Bamboo a bien aimé et a répondu aussitôt.
En fait, le vrai déclic vient sans doute de moi : j'ai appris à écrire de la BD dans les Pockets, j'avais un ordinateur, la confiance commençait à venir, donc je me suis lancé dans plus gros.

Sceneario : Tu écris aussi des histoires pour pif gadget et le journal de mickey. Comment ça se passe ce travail pour la presse?
JM Lainé :
Somme toute, pas différemment des aventures en librairie. Sauf que mes années passées chez Semic m'ont sans doute permis de mieux appréhender le côté brainstorming / échange de ce genre de production. Et le rythme, aussi, car la presse a des impératifs de livraison et de régularité qui ne sont pas les mêmes que la librairie, qui sont beaucoup plus rigides que pour les albums cartonnés. Mais autrement, les projets sont nés de rencontres et d'échange.
Je voulais faire quelque chose dans le nouveau PIF-GADGET, et c'est François Corteggiani qui m'a proposé de faire une histoire de Résistance pour le premier numéro de juin 2004. De même, c'est lui qui m'a proposé de
travailler avec Patrick Dumas sur une histoire dans l'Espagne arabo-andalouse (et j'ai contre-proposé une histoire durant la période de la Reconquista).
Pour MICKEY, c'est un peu pareil : je discutais avec Jérôme Wicky, mon co-scénariste, d'idées pour des séries d'humour chez PIF, et on discutait aussi avec Cyrille Munaro. On a caressé l'idée d'un cross-over entre Super-Dingo et Super-Matou. Au même moment, Jean-Paul Jennequin nous donne un contact chez Disney, que l'on rencontre à l'occasion de la soirée de lancement de PIF-GADGET. On rencontre à nouveau Jean-Luc Cochet dans ses
locaux, et il nous explique qu'il ne veut pas trop de SUPER-DINGO, qu'il y a trop de canards, et pas assez de souris, et qu'il chercherait plutôt une histoire de SF avec Mickey comme personnage central. On est revenu avec une
proposition, il a demandé à voir des épisodes plus détaillés, et quand on s'est mis d'accord sur des scripts, il a trouvé un dessinateur.
En presse, sans doute pour des raisons d'efficacité et de méthode, il y a une plus grande interactivité entre les différents intervenants. Personnellement, j'aime bien. C'est très comics, en définitive, dans le fonctionnement de l'équipe !

Sceneario : Directeur de collection, cela consiste en quoi comme métier ?
JM Lainé :
Le boulot consiste à choisir, seul ou de manière collégiale, une BD à traduire, et de suivre le processus à partir de la signature du contrat et jusqu'au départ chez l'imprimeur.
Chez Semic, j'étais "responsable éditorial", et en gros, je prenais en charge le livre après la signature du contrat, et je le laissais quand il partait chez l'imprimeur. Tout se passait dans le même open space, si bien que j'avais sous les yeux la maquette et la fabrication. Chez Bamboo, je travaille depuis chez moi, si bien que je ne vois pas les tirages papier, les cromalins, les ozalids ou les bonnes feuilles (ce qui est parfois un peu frustrant, je l'avoue). De même, je ne vois pas arriver les CD, donc je suis moins réactif quand il s'agit de commander du matériel qui manque. En revanche, j'ai une prise plus importante sur le choix du catalogue, en amont.

Sceneario : Comment reparties-tu ton temps entre les deux ?
JM Lainé :
Mon travail de scénariste (et pas seulement, puisqu'il faut rajouter LES MANUELS DE LA BD, où je suis, comment dire, auteur ? critique ? théoricien ?) prend de plus en plus de place, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Sceneario : Comment as-tu rencontré ton dessinateur ?
JM Lainé :
Via Louis, le dessinateur de TESSA, à qui Geyser a envoyé une pin-up genre "fan art". Louis a décidé de la publier, puis il a fait le tour des copains scénaristes, parce qu'il savait que Geyser cherchait des projets. J'hésitais encore, mais quand il m'a dit qu'il avait filé les coordonnées à Nikolavitch aussi, j'ai bougé mes fesses !
Geyser était en province, on s'est donné rendez-vous sur Paris, on a discuté, et on a commencé à travailler assez rapidement.

Sceneario : Dans les remerciements au début de l'album, il parle de ton mauvais caractère. Cela sert pour faire un album ?
JM Lainé :
Je pense, oui.
Je ne sais pas.
Et puis bon, je n'ai pas mauvais caractère, c'est de la diffamation, je t'en ficherai du mauvais caractère moi, tu veux ma main dans la gueule ???
Trêve de blague, je pense que ce mauvais caractère permet de percer l'abcès en cas de crise, d'engueulade, de litige. Vaut mieux dire les choses comme on les pense et quand on les pense qu'attendre, jouer la politesse et
laisser pourrir la situation. C'est clair que je ne suis pas très diplomate, mais bon, c'est comme ça.

Sceneario : Il reste un tome pour finir le cycle. Y a t'il d'autres aventures prévues sur omnopolis ? Avec les mêmes personnages ?
JM Lainé :
Oui, de quoi faire une suite et un spin-off. Avec les mêmes personnages, mais aussi avec d'autres. On verra comment l'album se vend ! 

Sceneario : Les auteurs nous disent souvent qu'ils s'attachent à leurs personnages. 
Ce n'est pas trop dur de tuer un personnage qui a été développé pendant pratiquement deux tomes ?
JM Lainé :
Euh, au final, non !
C'est même assez plaisant, c'est très bizarre, mais c'est comme d'arriver à une culmination, à la confirmation de tout ce qui a été entrepris auparavant.

Sceneario : Tu as écrit des livres sur comment faire des bandes dessinées. As-tu suivi à la lettre tes conseils ?
JM Lainé :
J'essaie, oui.
Mais les MANUELS DE LA BD, chez Eyrolles, sont des recueils de conseils, et pas seulement des miens. D'autres auteurs interviennent, notamment dans la rubrique "témoin", et viennent compléter le tableau par des idées et des
conseils complémentaires.
Ceci dit, dans l'ensemble, j'essaie d'expliquer ce que je mets en pratique, d'identifier les travers et les écueils que j'ai rencontrés. Comme j'ai aussi touché au dessin, à l'encrage et au lettrage, je peux indiquer les pistes à suivre ou à ne pas suivre. Je montre un peu comment je fais, comment d'autres font, et les lecteurs feront à leur tour leur expérience, en profitant de la nôtre.


Sceneario : Nous avons proposé à des dessinateurs ou scénaristes que tu connais de te poser une question sous le couvert de l'anonymat. 

Personne 1 : Pourquoi cette fascination pour dessiner des caillous?

JM Lainé : C'est facile à dessiner !
En fait, il y a un gars, un baratineur qui a grenouillé un temps dans la BD, qui m'a filé un bon conseil un jour. Sans doute le seul, mais comme quoi, même les crapules peuvent s'avérer utiles. il m'a dit "regarde BLUEBERRY.
Regarde comment Giraud synthétise les choses, les rochers, la fumée, l'horizon." Et j'ai donc rouvert mes BLUEBERRY et j'ai regardé comment il faisait. Comment il rendait la matière des roches, des canyons, des mesas. Et je lui ai pris plein de tics, qui ont été intégrés à mes couvertures pour RODÉO ou MUSTANG. Et comme j'en ai dessiné sans doute quatre fois plus que ce qui a été publié, autant dire que j'ai assimilé le truc de force, quoi.

Sceneario.com: Qui t'as posé cette question??
JM Lainé:
... Louis évidemment...

Personne 2 : Il se chuchote dans le landerneau bédéistique que, pour tes scénarii comme pour tes manuels, tu pilles allègrement les échanges de mails avec tes copains scénaristes. C’est une technique de travail, un pis-aller ou carrément une sorte d’éthique perverse ?
JM Lainé :
Un peu tout ça à la fois, sans doute.
Ça arrive, oui. L'outil informatique permet d'archiver plein de choses, y compris des bons mots, des conversations intéressantes, des répliques cinglantes. J'ouvre beaucoup de fichiers où je copie-colle des informations et des idées. Des fichiers qui, pour la plupart, dorment, mais certains sont utiles. Et bien entendu, des dialogues, des échanges. C'est une manière aussi pour moi de créer de l'arrière-fond, de donner de la vie aux figurants dans les pages, et aussi de faire participer des gens que j'aime à des projets qui me sont chers.

Sceneario.com: Qui t'as posé cette question??
JM Lainé:
Ca c'est Nikolavitch...

Sceneario.com: Bravo, trop fort...
JM Lainé:
hahahahahaha....