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Interview du chasseur de baleines Matthieu Bonhomme

à l’occasion de la sortie du tome 4 d’Esteban

Sceneario.com : Bonjour Matthieu. Ton actualité récente est la sortie du quatrième tome d’Esteban . Mais avant d’aborder le sujet : revenons sur ton parcours. Qui est donc Matthieu Bonhomme ?


Matthieu Bonhomme : Je suis le fils de mes parents. Le deuxième de 4 frères. Je suis dessinateur depuis toujours. Auteur de BD depuis 15 ans.

Sceneario.com : Alors, présente nous la série Esteban. Comment est né cette série ? D’où t’es venu l’idée de mettre en scène ce genre d’aventure ?


Matthieu Bonhomme : J’ai toujours été un passionné de la mer. Je suis aussi un peu navigateur à mes heures. À la voile, bien sûr, j’ai des souvenirs merveilleux de croisières avec mes frères ou des amis proches. Ce sont pour moi autant d’aventures vécues. Et puis il y a mes lectures de jeunesse : l’île au trésor, Moby Dick… C’est tout naturellement donc que j’ai été tenté très tôt de poser un récit à bord d’un navire baleinier. J’ai eut cette idée en tête pendant de longues années sans trouver la « porte d’entrée » du projet. J’étais plein d’inibitions. Puis le projet du journal Capsule Cosmique est né au sein de mon atelier. Tous mes meilleurs amis de la profession y ont participé. Ils m’ont poussé à passer le pas de l’écriture. Le fait que ce soit des amis, que le journal soit un journal jeunesse, tout ça a calmé mon trac et je me suis lancé. Un bouchon a sauté et le récit est parti à fond. Mon plaisir a été immense. Esteban était né. Depuis, je ne peux plus le quitter. Lui et ses copains du Léviathan.

Sceneario.com : Quels ont été tes influences pour cette série ?


Matthieu Bonhomme : Il y a évidemment Stevenson et Melville que je citais plus haut, mais aussi Francisco Coloane, Joseph Conrad, Patricio Manns. Et en général mes lectures vont énormément vers les récits d’aventures vécues des « écrivains voyageurs »

Sceneario.com : Qui est donc Esteban ?


Matthieu Bonhomme : Esteban est un peu mon fils, un peu moi quand j’avais son âge. C’est un indien de Patagonie. Il incarne mes rêveries de voyages, l’importance qu’à pour moi le lien entre l’homme et la nature, il a aussi cette part d’exotisme qui est propice à l’Aventure. Il est déterminé, courageux, capable de surmonter des épreuves. Et c’est un gars sensible. Il a cela de particulier que sa sensibilité est une force et non un handicap, ce qui est original pour un héros non ?

Sceneario.com : Dès le premier tome, savais tu où tu te dirigeais ? Ou as-tu modifié tes plans par la suite ?


Matthieu Bonhomme : Non, je n’en savais rien. Au départ pour moi il était question d’écrire un seul album : le baleinier. Mais en cours d’écriture, emporté par mon plaisir, j’ai imaginé la suite, qui ne tenait plus en un album, mais dans 2. Tout c’est mis en place comme ça. Et ça continue : Quand j’en écris un, j’ai des idées et des envies pour un ou deux autres. Voilà, je suis emporté dans cette série, comme cet équipage qui avance, avance, avance… Pour l’Aventure !

Sceneario.com : Comment t’organises tu sur cette série où tu es scénariste et dessinateur ?


Matthieu Bonhomme : Je note en permanence des choses dans mes carnets. Des idées, des images, pour du court terme, pour l’ensemble de la série. Je suis en contact permanent dans un coin de ma tête, avec les personnages, ce qui leur arrive, et ce qui pourrait leur arriver. Alors progressivement des histoires et des intrigues se mettent en place, et quand ça me semble mûr, alors je commence le scénario. J’essaie de le faire le plus en amont possible. Pour me donner le temps de l’interrompre, de me relire, de corriger. Cela peut s’étaler sur 6 ou 8 mois, alors qu’en temps d’écriture, il n’y en aurait que pour un mois ! Alors quand j’ai l’impression d’avoir fini, je le fais relire à 2 ou 3 proches. Des amis qui ont bien suivi la série et qui savent lire avec exigence et bienveillance. Ils sont de super conseillers. Là je corrige à nouveau, je resserre les boulons. Puis je l’envoie à l’éditeur qui a aussi son mot à dire. Et seulement après, je passe au dessin. Là, ça va assez vite, car mon scénario étant sous forme de story board, tous les problèmes de mise en scènes, de rythme et de jeu d’acteurs sont réglés.

Sceneario.com : Comment organises tu ta journée de travail ? Est-ce que le Matthieu Bonhomme scénariste est il très exigeant avec le Matthieu Bonhomme dessinateur ? Et vice versa ?


Matthieu Bonhomme : Oui, je suis très exigeant, parfois trop. Mais j’ai réussi à m’assouplir avec le temps… J’arrive assez tôt le matin à mon atelier pour faire des horaires de salarié, qui me structurent et me permettent de rester en contact avec la société, et principalement ma famille.

Sceneario.com : Coté recherches : comment as-tu visualisé ces navires ? les décors ?


Matthieu Bonhomme : Là, il est question de recherche de documentation. Tout est bon à prendre : photos, peintures, textes, images de film. Rien n’est inutile. Il faut par contre arriver à se l’accaparer. La digérer. C’est indispensable. La doc sert à donner du crédit à l’histoire, en aucun cas on doit la sentir. Il n’est pas question qu’une bd soit un support de démonstration de connaissance ou de virtuosité. C’est une histoire qui doit être racontée le mieux possible, de la façon la plus fluide et la plus crédible possible.

Sceneario.com : Comment se porte le Marquis d’Anaon ? Le reverra t’on un jour ? Et Messire Guillaume ?


Matthieu Bonhomme : Ils se portent très bien, ils vous embrassent !

Sceneario.com : Quels sont tes projets à venir ?


Matthieu Bonhomme : Je suis en train d’achever un Western écrit par Lewis Trondheim. Publié par épisodes pour les abonnés de Spirou, il sortira en album fin août 2012. Je suis en train également d’écrire le tome 5 d’Esteban.

Sceneario.com : Quel est ton dernier coup de coeur pour une bande dessinée ?


Matthieu Bonhomme : le travail de Stéphane Oiry : « une nuit sans Barjot », « les pieds Nickelés »…

Sceneario.com : Quel est on dernier coup de cœur pour un livre ?


Matthieu Bonhomme : je suis en train de découvrir l’œuvre de Joseph Kessel, je m’en délecte.

Sceneario.com : Quel est ton dernier coup de cœur pour un film ?


Matthieu Bonhomme : j’ai vu « Polisse », hier soir. J’ai été très touché.

Sceneario.com : quel a été ton dernier coup de coeur pour une musique ?


Matthieu Bonhomme : Pff, il y en a plein. J’écoute et réécoute des tonnes de trucs toute la journée… Ça va de Ennio Morricone à Bob Marley en passant par Radiohead et John Coltrane…

Sceneario.com : Merci, Matthieu, pour ce temps passé avec nous.


Matthieu Bonhomme : Menteur, c’est moi qui ai fait tout l’boulot !!!! ;-) Et de rien, sinon .