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Interview de Philippe Saimbert pour Blood Academy

Interview réalisée par Isa en décembre 2010

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Sceneario.com :
Bonjour Philippe, tu commences à avoir un palmarès conséquent dans le monde de la bande dessinée !

Philippe Saimbert : Conséquent, je ne sais pas. Mais cela fait tout drôle de voir s’ accumuler tous ces projets au long des années. Chaque projet est un parcours passionnant, avec des enjeux, des difficultés et des amitiés différents. Ces albums sont aussi les témoins du temps qui passe. Chacun à leur manière ont marqué une étape de ma vie.

Sceneario.com : Ce n'est pas la seule corde à ton arc, tu as aussi déjà publié un roman « L'héritage de tata Lucie ».

Philippe Saimbert : Oui, il s’agit d’un roman que j’avais écrit il y a plus de dix ans et que j’ai pu signer chez un petit éditeur. Puis il a été racheté par City éditions avec distribution Hachette. Une merveilleuse aventure. D’autant plus que le roman a rencontré son public. Comme quoi, un projet n’est jamais perdu.

Sceneario.com : Tu diversifies ton répertoire avec la publication du tome 1 de « Objectif rencontres ».

Philippe Saimbert : Il s’agit là encore d’un projet que nous avons élaboré avec mon ami et dessinateur Ricardo Manhaes  il y a plusieurs années. Et nous avons eu la chance de le signer chez Joker.

Sceneario.com : L'humour, un univers où tu sentais à l'aise d'emblée ?

Philippe Saimbert : L’humour est un exercice très difficile. Il est vrai que mes univers (souvent noirs et violents) sont à mille lieues d’Objectif rencontres ou de ce roman mais sans doute s’agit-il d’une autre face de ma personnalité.

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Sceneario.com : Qu'est-ce qui a motivé le choix du thème ?

Philippe Saimbert : Les très nombreuses émissions sur le monde des rencontres. La recherche de l’amour… un sujet universel et intemporel. Les personnages de la BD sont à peine caricaturaux par rapport à certains célibataires participant à ces émissions. (rires)

Sceneario.com : Un sketch par page, une construction de scénario nouvelle pour toi ?

Philippe Saimbert : Effectivement, on ne retrouve pas le rythme et découpage séquentiel propre aux scénarios classiques. On doit développer une histoire en une à deux planches. Il faut être incisif, précis, chirurgical. Les dialogues, plans, scènes et personnages doivent être le plus travaillés possibles pour que le gag soit efficace.

Sceneario.com : Le second album est prévu pour quand ?

Philippe Saimbert : Peut-être en 2011.

Sceneario.com : Tu as récemment sorti un nouvel album « Blood Academy » aux éditions Joker. Un thriller qui évolue dans l'univers de la « télé réalité ».

Philippe Saimbert : Il s’agit d’un projet que nous avions déjà signé chez Albin Michel BD. La boîte ayant cessé ses activités, nous avons pu le resigner chez Joker.

Sceneario.com : Tu n'as pas fait dans la dentelle pour traiter le sujet (rires).

Philippe Saimbert : En fait et à l’instar d’Objectif rencontres, mes personnages sont souvent en dessous de ceux que l’on voit dans ce genre d’émission ! (rires) Mais j’ai trouvé intéressant d’intégrer un mouvement sectaire évangéliste au propos. Religion et médias font souvent bon ménage. Surtout aux States.


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Sceneario.com : M'est avis que tu t'es beaucoup amusé à pasticher ce genre d'émission. Pas ta tasse de thé n'est-ce pas (rires) ?

Philippe Saimbert : Je déteste la real-TV. Nombre d’émissions mettent en avant l’exhibitionnisme, la bêtise, l’inculture, le mauvais goût et l’agressivité pour mieux vendre. C’est une dérive qui va en s’accélérant.

Sceneario.com : Que penses-tu de l'usage qui est fait du média audio-visuel de nos jours ?

Philippe Saimbert : On nivelle par le bas. Mais cela n’est pas nouveau. Bien entendu, on peut comprendre que les gens aient besoin de se vider la tête après une semaine de travail mais est-il nécessaire de les abrutir de la sorte ?

L’Etat devrait d’ailleurs encourager la diversité culturelle et la création en donnant beaucoup plus d’aides aux jeunes réalisateurs et scénaristes. Et je ne parle pas que pour les artistes qui travaillent dans le cinéma ! Les intermittents du spectacle ont un statut spécial qui les aide à traverser les périodes de chômage. Il faudrait la même chose pour tous les intervenants culturels quelque soit le média (BD, romans, etc.).

Et surtout qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas d’argent. Surtout quand on sait les milliards qui sont dilapidés (cf. le rapport annuel de la Cour des Comptes).

Sceneario.com : N'y a-t-il pas un risque de banalisation de la violence ? Information, fiction est-ce que l'on fait bien la différence lorsque l'on est confortablement installé chez soi sans jamais vraiment y avoir été confronté ?

Philippe Saimbert : Vaste question. Et réponse très difficile. Personnellement, je suis contre toute censure. Mais il est évident que les nouvelles générations ont accès à des images insoutenables via le net (tortures, exécutions, combats de rue, agressions et je passe sur les autres horreurs).

Force est de constater que la réalité est cent fois plus violente que la fiction. Il est certain que le cinéma, à l’image de la société, a repoussé les limites de la violence (cf. les séries « Saw », « Hostel » ou le très controversé « A serbian film »). Après, ce ne sont que des fictions.

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Faut-il les interdire parce qu’elles peuvent perturber certaines personnes ? Bien sûr que non. Le rôle des parents est ici essentiel.

Sceneario.com : Sur ce nouvel album tu as partagé l'aventure avec Ipnoz et Notaro. Qu'est-ce qui a déterminé votre collaboration ?

Philippe Saimbert : Comme toujours : leur style collait avec mon scénario. De plus, ils sont très agréables, bosseurs, doués et consciencieux.

Sceneario.com : Il y aura d'autres albums dans la même veine que « Blood Academy » ?

Philippe Saimbert : Oui j’aimerais bien développer une série de BD ayant le même pitch. C'est-à-dire et dans ce cas, une série d’albums qui se caractérisent par le twist final.

Sceneario.com : En parallèle de ton activité BD tu as un nouveau roman en cours.

Philippe Saimbert : Je viens de finir l’écriture d’un roman intitulé « Le wagon ». Il s’ agit d’un thriller fantastique tiré d’un scénario écrit en 2006 et initialement destiné au cinéma. Une autre de mes grandes passions.

Un jeune réalisateur avait mis une option dessus mais il est très difficile de réunir les fonds. J’ai donc travaillé sur la novellisation de ce scénario.

Sceneario.com : D'autres projets en cours ?

Philippe Saimbert : J’ai pris des notes pour deux nouveaux romans. Une comédie toujours en Béarn et un thriller très noir et violent, politiquement incorrect. Et puis j’essaye de nouer des contacts pour adapter « L’héritage de tata Lucie » au cinéma. Ou à la télévision. Ce roman rencontre son public et les gens ont besoin de fantaisie en cette période de crise.


Sceneario.com : Tous plein de beaux projets. Merci de nous avoir consacré un peu de ton temps.