Interview

Interview de Mike Ratera pour Le Chant des Elfes

Interview de Mike Ratera, « Le Chant des Elfes » – tome 1.

SCENEARIO.COM : Bonjour Mike. Alors, avant toute chose, peux-tu nous dire qui est Mike Ratera ? Quel a été son parcours ? RATERA : Ma carrière de dessinateur professionnel a débuté en Espagne au début des années 80. Puis je suis sorti de ma bulle Hispanique pour étendre mon expérience en Italie, aux Royaumes Unis et aux Etat Unis. Mais mon rêve a toujours été d’être publié en France. C’est là que le marché est le plus florissant en Europe. C’est ainsi que j’ai rejoint Semic avec « King Kabur », avant de me lancer corps et âme chez Soleil Productions avec « Bad Legion » et aujourd’hui « Le chant des elfes ». Mais cela ne m’empêche pas d’exercer comme professeur de dessin à l’école « Comic Joso » de Barcelone.

SCENEARIO.COM : Quels ont été les auteurs ou les œuvres qui t’ont influencés pour faire de la bande dessinée ? 
RATERA
: Sans hésitation : Will Eisner, Jack Kirby, John Buscema, Neal Adams, Berni Wrightson ou Jean Giraud. Tous ces maîtres m’ont beaucoup apportés. Mais je reste attentif à la production des virtuoses comme Marini, Juan Giménez, Delaby, Crisse, Vatine, Varanda, ou Jacques Lamontagne. J’en profite pour saluer ce dernier, qui suit notre série avec tout le talent qu’on lui connaît.

SCENEARIO.COM : Nous te retrouvons avec une nouvelle série, « Le chant des elfes ». Peux-tu nous ne dire quelques mots ? 
RATERA
: « Le Chant des Elfes » est un doux mélange d’histoire et de fantastique, avec une force épique à vous couper le souffle. L’héroïc-fantasy est un genre que j’affectionne particulièrement. Et lorsque j’ai signé ma première série chez Soleil Productions, mon attention a tout naturellement été attiré sur Soleil Celtic ( « Merlin » ; « Les Druides » ; « Les Contes du Korrigan » ; etc.). J’adore les récits qui puisent leurs sources dans les légendes. Aussi, quand Bruno Falba m’a proposé de travailler sur son scénario, j’ai dit immédiatement oui et j’ai songé à contacter Jean-Luc Istin (1).

SCENEARIO.COM : Comment as-tu rencontré le scénariste ? Comment c’est fait ce choix, cette envie de travailler ensemble ? 
RATERA
: Nous nous sommes rencontrés en octobre 2006 à Bruxelles, chez Forbidden Zone, première étape d’une tournée de dédicaces en Belgique. Nous avons fait un peu plus connaissance au festival de BD d’Andennes, à côté de Namur. Nous partagions les mêmes univers et les mêmes envies. C’est ce que l’on appelle le coup de cœur ! Nous nous sommes quittés avec un réel désir de travailler ensemble.

SCENEARIO.COM : Apportes-tu quelques idées ou mises au point par rapport au scénario ? Proposes-tu de changer des choses ou suis-tu scrupuleusement le scénario ? 
RATERA
: Ce qui est fantastique avec Bruno, c’est que nous avons les mêmes références et les mêmes goûts autant en littérature, en cinéma qu’en musique. Cela facilite énormément notre collaboration. En étant sur la même longueur d’onde, nous évitons tout conflit. Aussi, il nous arrive fréquemment d’avoir des idées communes. Les échanges se font avant, pendant et après chaque tome avec la volonté de réaliser le meilleur album possible.

SCENEARIO.COM : Quelle est ta méthode de travail ? 
RATERA
: Tout d’abord, il faut savoir que nous habitons tous à des centaines, voir des milliers de kilomètres les uns des autres. Bruno Falba est sur Toulon, Jean-Luc Istin vit en Bretagne, Jacques Lamontagne est au Québec, quand à Max et moi, nous sommes près de Barcelone.
Nous restons en permanence en contact grâce à Internet. Ce qui veut dire que chaque document, chaque réponse est envoyée en copie pour que toute l’équipe soit au courant de l’évolution de l’album.
Ainsi, lorsque le scénario est validé par le directeur de collection, je réalise un story-boards très poussé par tranche de 5 planches.
J’attends l’avis de mes collaborateurs.
Je réalise les éventuels modifications, puis une fois que c’est OK pour tout le monde, je fais le crayonné poussé.
Les planches sont transmises au coloriste qui les scanne et les colore. Mes pages ne sont pas encrées. Le trait est bruni avec Photoshop.
Une fois son travail terminé, l’équipe donne son avis, et les modifications sont apportées. Jean-Luc et Jacques les valident, et nous passons aux planches suivantes.
Cette méthode peut paraître un peu lente, mais c’est beaucoup mieux ainsi. Nous progressons tous dans le même sens, avec la même énergie.

SCENEARIO.COM : Est-ce que l’univers des « Chants des Elfes » a-t-il été facile à créer, à imaginer ? As-tu eu des influences ?

 RATERA : Ce n’est jamais facile de créer et de développer un univers écrit par un scénariste. Qu’il soit réaliste ou pas, car tout doit être à sa place. Tout doit paraître crédible, sans négliger la dimension fantastique du récit. Dans le « Chant des elfes » nous avons un environnement historique très précis, la fin de l’empire Romain d’Occident au Vème siècle après Jésus Christ, ainsi que des êtres issus des légendes. Ce mélange réaliste/imaginaire ouvre des perspectives intéressantes. Dés le début du projets, nous avons rassemblé beaucoup de documentation sur les costumes, les armes et les décors de l’Antiquité tardive (Romains, Francs, Wisigoths, Huns, etc.). Les associations de reconstitution historique nous ont bien aidés. Nous ne remercierons jamais assez le travail minutieux de tous ces passionnés. Il fallait ensuite conceptualiser le design des créatures fantastiques et réaliser des recherches sur les dragons, les zombies et autres nains. Et aujourd’hui encore sur le tome 2, nous poursuivons ce travail, car de nouveaux personnages entrent en scène.

SCENEARIO.COM ; Tu travailles avec Max pour la couleur. Que t’apporte-t-elle en plus sur ton travail ? Est-ce qu’elle te donne des conseils ? Participe-t-elle à la mise en image ? 
RATERA
: Max et moi travaillons ensemble depuis des années. Elle était l’une de mes meilleures élèves à l’école « Comic Joso » de Barcelone. Nous nous connaissons donc très bien et nous éprouvons une grande confiance l’un pour l’autre. De plus, nous habitons près l’un de l’autre. Ce qui facilite nos échanges d’idées pour les ambiances et la lumière. J’aime recevoir son avis sur mes dessins, car elle m’apporte toujours un sage regard critique son mon travail. Et puis… c’est elle qui maîtrise ce satané Photoshop ! Pas moi.

SCENEARIO.COM : Je crois que tu planches déjà sur le tome 2. Pas de break entre les deux tomes ? 

RATERA : Réaliser une BD prend du temps. Il faut compter en moyenne une année. Et je souhaitais offrir au lecteur peu d’attente entre deux tomes. J’ai la chance de collaborer avec une équipe qui partage cette vision des choses et nous nous efforçons d’avancer dans les meilleures conditions. S’écarter d’un univers a un inconvénient. Le temps d’immersion est plus long.

SCENEARIO.COM : As-tu d’autres projets en cours ? 
RATERA
: « Le chant des elfes » me demande toute mon attention et beaucoup d’énergie. Il ne m’est pas possible de développer d’autres projets pour le moment. Mon objectif est de rester concentrer sur la série pour me dépasser à chaque tome.

SCENEARIO.COM : Tu as travaillé pour le marché US. As-tu d’autres projets pour eux ? 

RATERA
: Absolument, avant de rentrer dans la collection Soleil Celtic, j’ai fait une bonne partie de la série « Spike vs Dracula », sur un scénario de Peter David. Puis, j’ai repoussé d’autres offres, comme pour « Battlestar Galactica », chez Dynamite. Comme je l’ai dis plus haut, ma priorité est « Le chant des elfes ». Il est primordial de ne pas se disperser, afin d’optimiser son temps et la qualité de son travail. En 25 ans de métier, on apprend à sélectionner ses collaborations. Et j’ai fait mon choix.

SCENEARIO.COM : Enseignes tu toujours le dessin dans une école en Espagne ? Comment arrives-tu à concilier ce travail plus la BD ? 
RATERA
: Cela fait plus de 20 ans que j’enseigne à l’école « Comic Joso » de Barcelone, les matières de « découpage/narrative » et « comics/BD ». Nombreux de mes élèves sont devenus professionnels (2) et c’est toujours un grand moment de joie et de fierté que d’apprendre que l’un d’eux vient de signer un nouveau contrat. Bien que j’ai réduit un peu mes heures de cours, afin de plus me consacrer à mes projets BD, je reste attaché à mes classes. Ce qui me permet d’être en contact avec les nouvelles générations de dessinateurs.

SCENEARIO.COM : Au fait, comment est le marché de la BD en Espagne ? 

RATERA
: Malheureusement, le marché Espagnol est chaque mois plus appauvri. Les créations sont de moins en moins nombreuses. Les éditeurs préfèrent racheter des droits pour publier des mangas et des comics. Et tant que l’on sortira pas de cette spirale, les auteurs iront voir ailleurs. Ce qui est malgré tout regrettable.

SCENEARIO.COM : Quel a été ton dernier coup de cœur coté BD ?
RATERA : « Les Aigles de Rome », tome 1 de Marini ! Je le trouve vraiment magnifique. J´ai aussi adoré le dernier « Murena » de Dufaux et Delaby, avec la superbe mise aux couleurs de Jérémy Petiqueux. Un vrai régal pour les yeux et l’esprit.

SCENEARIO.COM : Au cinéma ? 

RATERA
: La dernière œuvre de mon compatriote Jaume Balagueró, « Rec ». Du grand film d’horreur à l’état brute ! Je suis fan de GORE ! (rire)

SCENEARIO.COM : En littérature ? 
RATERA
: J’ai particulièrement apprécié la saga « Ilium » et « Olympus » de Dan Simmons, ainsi que tous les romans de « Geralt de Rivia » écrit par Andrzej Sapkowski. Son personnage cynique dans un monde d’Heroïc-fantasy est dès plus intéressant. Ah oui, j’allais oublié aussi « The sharing knife » de Lois McMaster Bujold. 

SCENEARIO.COM : En musique ? 

RATERA : J’écoute surtout des soundtrack tout en travaillant. Ca me plonge dans des ambiances riches en émotions. Mes favoris sont Jerry Goldsmith, Trevor Jones, James Horner, Basil Poledouris, Hans Zimmer, pour ne citer qu’eux. Mais la liste est longue. J’aime aussi la musique celtique, notamment Loreena McKennitt et Clannad. Et les groupes Scandinaves, « vikings », comme Hedningarna, Hagalaz Runedance, Gjallarhorn et Therion m’interpellent de plus en plus.

SCENEARIO.COM : Merci encore pour ce temps passé avec nous et à bientôt ? 
RATERA
: Merci à vous par votre gentillesse et à bientôt pour « Le Chant des Elfes » tome 2 !

A découvrir aussi :
lien de « Le Chant des Elfes » sur le blog de la collection Soleil-Celtic :
http://soleilceltic.canalblog.com/archives/chant_des_elfes__le_/index.html

lien du blog de l´école comic Joso Barcelone ( en espagnol ) :
http://escolajosoblog.wordpress.com/ 

1 :Jean-Luc Istin : directeur de collection de « Soleil Celtic », « Serrial killer » et « Secret du Vatican ». Il est aussi dessinateur des « Brumes d’Asceltis » et scénariste de nombreuses série dont « Les druides ».

2 : Ramon Bachs chez Marvel comics ; Rubén del Rincón chez Delcourt ; Pedro Colombo chez Dargaud ; Elías Sánchez chez Paquet ; etc.)

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