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Interview de Bernard Swysen, aventurier (du dessin)

A l’occasion de la sortie de la bande dessinée L’aventure c’est l’aventure, sur un scénario de Claude Lelouch.

SCENEARIO.COM : Bonjour Bernard. Ton actualité est la sortie chez Bamboo de L’aventure c’est l’aventure sur un scénario de Claude Lelouch d’après son film. Mais avant d’en parler, peux tu présenter ton parcours pour nos internautes ?


Bernard Swysen : Des débuts enchantés chez Bob De Moor et ensuite à schtroumpfer chez Peyo, avant d’entamer la série “Rouletabille” avec André-Paul Duchâteau. Actuellement en Intégrale chez Proust. Une virée japonaise de deux ans chez Kondasha, pour “Morning”, avec la série “Capucine”. Les séries “Albert Lombaire” chez Casterman, “Noisette le hamster” d’abord dans Spirou puis chez Joker, et “Intérim Agency” chez Bamboo, sur mes propres scénarios. La série “L’heure de la Sortie” chez Bamboo, avec Adeline Blondieau. Et avec Claude Lelouch, le diptyque “Toute une vie” chez Soleil, et un one shot “Si Dieu le veut” chez Proust. Ouf, voilà en gros.


SCENEARIO.COM : L’aventure est l’aventure est donc au départ un grand film culte de Claude Lelouch. Es tu un amateur de son cinéma ? Est-ce que ce film où nous retrouvons comme acteurs des pointures comme Lino Ventura, Jacques Brel, Aldo Maccionne, Charles Denner et Charles Gérard fait partie de ton panthéon cinématographique ? Comment est né ce projet ? Comment as-tu rencontré Lelouch ?


Bernard Swysen: Bien évidemment, je suis un grand amateur du cinéma de Lelouch. C’était pour moi un rêve de le rencontrer. Le rêve s’est réalisé au delà de mes espérances. Je trouvais que ses scénarios en général feraient des histoires BD épatantes grâce notamment à ses découpages particuliers, ses thèmes abordés... Je lui en ai donc parlé. J’avais très envie de décliner son univers en BD. On lui avait déjà souvent proposé ce genre de projets. Je suis heureux qu’il ait accepté de le faire avec moi. “L’aventure...” est un film culte. Claude voulait d’ailleurs que l’on commence par celui-là. Pour lui, “L’aventure” était déjà une BD en soi. Mais il m’a fallu du temps avant de me sentir prêt à m’y lancer. Nous avons donc commencé par d’autres histoires.. Le diptyque “Toute une vie”, où là, nous sommes partis du scénario original, afin d’éviter l’adaptation inutile d’un film qui existe déjà et y apporter un “plus” en y incluant notamment des séquences non tournées. Sans tenir compte du physique des comédiens, contrairement à ce que nous feront plus tard pour “L’Aventure”. Pour notre troisième album, “Si Dieu le veut”, nous avons travaillé sur un scénario inédit, qui deviendra peut-être un film. Finalement, après tout ça, je me suis senti prêt à me lancer dans “l’Aventure”. S’attaquer à un film devenu culte est forcément casse-gueule. Mais comme nous avons travaillé main dans la main...


SCENEARIO.COM : Prévoyez vous d’ailleurs d’en faire une série ou un one-shot ?


Bernard Swysen: Claude prévoit d’en faire une suite au cinéma. Bien évidemment, on s’attaquera parallèlement à la BD .


SCENEARIO.COM : Pour le dessin, as-tu choisi rapidement le style qui conviendrait le mieux pour mettre en images ce récit ? Comment as-tu travaillé pour les personnages ?


Bernard Swysen : Non, le choix du style a dû mûrir longtemps. Je ne savais comment aborder cette histoire et je tournais en rond. Nos premières BD étaient plutôt réalistes. J’ai continué dans ce sens mais je n’étais pas convaincu. Cela ne fonctionnait pas. Puis le déclic! Simplement adopter un dessin résolument humoristique. L’histoire l’étant carrément. A partir de là, tout est venu tout seul. Pour les persos, ils se sont imposés naturellement, une fois le style arrêté, Claude et moi, nous nous sommes énormément amusés. Il me disait “se régaler” à chaque fois! Il est vrai que faire revivre ces comédiens, qu’il a tant aimés, lui procurait un plaisir immense.


SCENEARIO.COM : D’ailleurs, as-tu rencontré les acteurs du film qui sont encore présents ?


Bernard Swysen : Il ne reste plus, dans les acteurs principaux, que Charles Gérard et Aldo Maccione. Je n’ai rencontré que Charles, qui est un des meilleurs amis de Claude. Il n’a pas bougé, comme si le temps n’avait pas de prise sur lui. Sinon, il y a Arlette Gordon, l’hôtesse de l’air à qui Brel fait son mythique numéro d”agricule” belge, que je connais très bien, et qui elle non plus n’a pas beaucoup changé. Toujours aussi belle. Il y a quelques années, je lui lance avec l’accent belge qu’elle a “une belle p’tite jupette”, comme le lui avait dit Brel dans le film. Elle m’a pris pour un fou, elle n’avait pas capté. Claude, lui, était mort de rire.

SCENEARIO.COM : Je crois que tu es un amateur de bandes originales de films. As-tu mis en boucle la musique de Francis Lai pour t’inspirer ?


Bernard Swysen: Pas spécialement, bien que Francis soit aussi devenu un ami. Je l’ai écouté de la même façon que tous les autres compositeurs qui m‘accompagnent à longueur de journée dans mon travail. A tue tête ! Heureusement pour mon épouse et mes 3 filles, mon atelier se trouve au troisième étage.


SCENEARIO.COM : Claude Lelouch, Elie Chouraqui (qui se je me trompe pas, fait une apparition dans le film L’aventure, c’est l’aventure), Vincent Pérez, Bernard Giraudeau (qui vient de nous quitter récemment) viennent du cinéma et se sont mis à la bande dessinée. Que penses tu de ce mouvement là ? En contrepartie, nous avons Joann Sfar, Bilal, Sattouf, Rabaté qui viennent de la bande dessinée et font aussi du cinéma. Ca ne te tente pas, le septième art ? Pour toi, est-ce complémentaire ?


Bernard Swysen : Ce sont deux modes d’expressions finalement très proches. D’ailleurs, l’élaboration d’un scénario est très similaire. Je trouve ces “mariages” très intéressants. Et si je ne faisais pas de BD, je ferais sûrement du cinéma. Ne s’agit-il pas tout simplement de raconter un histoire en image?

SCENEARIO.COM : As-tu une scène culte dans le film de Lelouch ? As-tu tenté la démarche d’Aldo sur la plage ?!?


Bernard Swysen : Pour moi, c’est une succession de scènes cultes. Mais il est vrai que la démarche d’Aldo a frappé les mémoires. A tel point qu’à la demande de Claude et de l’éditeur Olivier Sulpice, c’est devenu l’illu de couverture. Olivier Sulpice a d'ailleurs présenté l’album aux commerciaux en leur mimant la célèbre démarche. J’aurais voulu voir ça !

SCENEARIO.COM : Au fait, y a-t-il des différences dans le scénario du film et dans celui de la BD ?


Bernard Swysen : Surtout dans le découpage. Il y a également quelques séquences qui n'apparaissent pas dans le film. Inversement, des séquences qui n’apparaissaient pas dans le scénario original se sont retrouvées sur l'écran par la magie de l’improvisation de ces fabuleux interprètes et de la technique de direction d’acteurs très particulière de Lelouch. Nous avons toutefois tenu à garder l’esprit déjanté du film.


SCENEARIO.COM : Quel est au fait ta technique de travail ?


Bernard Swysen : Nous sommes partis du scénario original. En rajoutant justement les scènes incontournables et jouissives qui ne s’y trouvaient pas. Claude et moi, nous nous voyons tous les mois. Il s’est toujours beaucoup impliqué, pour mon plus grand bonheur, dans l’élaboration de nos BD.


SCENEARIO.COM : Quel a été ton dernier coup de coeur du côté de la bande dessinée ?


Bernard Swysen : Murena. Je suis ébloui par le dessin de Philippe Delaby et le scénario de Jean Dufaux. Un mariage parfait. J’aime beaucoup également tout ce que fait Arthur de Pins.


SCENEARIO.COM : Quel a été ton dernier coup de coeur au cinéma ?


Bernard Swysen: Il n’y a en plus vraiment. Bon, j’ai évidemment beaucoup apprécié “Ces amours-là” de Lelouch. Qui sort en septembre. Sinon, j’adore des films tels que “L’effet papillon” de Eric Bress. Je suis également très bon public pour des productions telles que “Avatar” aussi bien que pour des films français plus intimistes. Je suis plutôt ce qu’on peut appeler un mordu de cinéma.


SCENEARIO.COM : En littérature ?


Bernard Swysen : J’aime beaucoup Harlan Coben, Iain Pears... Je lis plutôt de la littérature anglo-saxonne.


SCENEARIO.COM : En musique ?


Bernard Swysen : Alors là, c’est toujours de la musique de films. Mais je n’ai plus grand chose à me mettre sous la dent. A part des Alexandre Deplat ou Danny Elfman, je trouve que depuis quelques années, on se contente de fournir une soupe symphonique, techniquement irréprochable, mais sans âme ni originalité. Où sont les Herrmann et autres Morriconne ? Même lui se répète !


SCENEARIO.COM : Merci Bernard pour avoir voulu participer à l’aventure avec Sceneario.com.


Bernard Swysen: Avec plaisir !