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Fabien Nury: Je suis Légion, W.E.S.T., Les Brigades du Tigre...

Interview réalisée par Berthold le 27 janvier 2006 à Angoulême, sur le stand des Humanoïdes associés. Photos par Sbuoro.

Vous êtes invités sur www.the-keep.ath.cx pour en savoir plus sur le vrai visage de La Forteresse Noire

 


 

[ A propos de JE SUIS LEGION ]

 



SCENEARIO : Bonjour, on va commencer par parler de Je suis légion qui est d’actualité : le tome 2 est sorti ce mois de janvier 2006. Alors, comment est né ce scénario ?

FABIEN NURY :
 Il est né d’un film de Michael Mann que j’ai vu il y a des années, un film raté d’ailleurs, qui s’appelle La forteresse noire. Cela se passe pendant la seconde guerre mondiale d’ailleurs, et au début l’on voit une colonne de véhicules blindés allemands qui passe dans un village perdu de Roumanie, et il y a une petite fille qui les regarde passer : ah, l’ambiance ! L’ambiance ! J’avais cette image en tête, et je me suis dit pourquoi ne pas faire une histoire de commandos durant la seconde guerre mondiale avec des phénomènes fantastiques. Au début, je voyais ça avec des trucs très simples à la "Prédator".

Et puis, j’ai eu l’idée du sang-parasite, qui permet de retraiter le mythe du vampire sans vampires (!), sans "les grandes dents, la peur de l’ail ou de la lumière"... En gros, traiter les vampires comme des êtres parasites. Ca, ça m’intéressait énormément, et une fois que j’ai eu ce concept là, je savais que c’était ça qu’il fallait que je fasse. Après cela m’a pris des années de construction en fait : le concept était – pardonnez-moi le terme mais... "bandant" - et en même temps c’est complexe.

Vous avez un personnage qui va donner une intention à un autre personnage et donc, euh... les personnages deviennent légions au sens propre puisque vous avez des intentions qui se répandent sans dialogues, sans explications d’un personnage à un autre et ainsi de suite, et cela pouvait donner à la fois un truc qui fonctionne vraiment bien dans un cadre d’espionnage , c’est le rêve d’un espion, la transmission de pensée... Et en même temps, forcément, votre histoire devient de plus en plus complexe. De ma petite histoire de commando, je suis arrivé à une histoire beaucoup plus ample qui se déroule dans plusieurs pays à la fois et dont le cœur est vraiment la lutte entre deux frères qui sont ces deux créatures parasites. Et, cela me plaisait d’autant plus que, par rapport au fantastique, qui est un genre que j’aime beaucoup, il y a une idée que je n’apprécie pas : trop souvent, dans les films fantastiques, le mal c’est l’autre . Le mal en anglais, c’est l’alien. Pour moi, non, le mal, il est en chacun de nous.

Je voulais développer cette idée et, donc, le mal est un parasite au sens propre et ça crée des problèmes moraux qui sont beaucoup plus intéressants. Parce qu’il va falloir traiter les dilemmes que cela suscite. Une petite fille porte en elle la destruction possible de ce monde. Oui, mais peut-on tuer une petite fille ? Même si c’est pour sauver le monde ? Ca, ça m’intéresse. Et du coup, j’ai intégré le plus grand mal dans le corps de l’innocence, une gamine, ce qui est une longue tradition fantastique qui remonte à Henry James et au Tour d’écrou, qui a été très bien exploité dans L’exorciste, dans La malédiction et ainsi de suite.

Le reste, c’est de la doc historique qui vous permet de sortir des clichés et de créer des personnages originaux. Au lieu de s’intéresser uniquement au chef d’un commando on va plutôt utiliser un résistant parce que là encore les dilemmes sont plus intéressants.
Ou alors, on va utiliser un espion allemand. Quelqu’un qui renverse la proposition de départ puisque lui affronte le mal de l’intérieur.
Donc, ça m’intéressait beaucoup de faire ça. Voilà pour la genèse.

SCENEARIO : Je reviens sur le film La forteresse noire qui est aussi un de mes films cultes. Avez-vous lu le roman de F.Paul Wilson ?

FABIEN NURY :
Oui, oui, je l’ai lu. Et je sais que le film devait faire 2h40 à l’origine. C’est un film mutilé, qui souffre de deux choses :
- Un : de sa mutilation, qui le rend incohérent,
- Deux : des limites de l’époque en matière d’effets spéciaux.
Mais il y avait une ambiance, il y avait vraiment une ambiance. Cela me paraissait un bon terreau parce que c’est une œuvre intéressante, culte, mais inachevée. Ce n’est pas un chef-d’œuvre mais il y a beaucoup de choses totalement passionnantes. J’aime beaucoup le personnage de Jûrgen Prochnow par exemple. Même s’il est sous exploité. C’est un film que j’ai vu , je sais pas, j’avais douze-treize ans . Vous savez dans les vidéo-clubs, les vieilles cassettes toutes floues... Et bien, il y avait quand même une ambiance !

SCENEARIO : J’espère qu’un jour ils sortiront la version longue, Director’s cut...

FABIEN NURY :
Oui, il y en a quelques uns des films comme ça que l’on espère . Moi, il y a celui-là et le 13ème guerrier…..Avec 45 minutes de plus, cela aurait quand même une autre gueule. Mais La forteresse noire, je l’ai revu il n'y a pas longtemps, et vraiment dans les premières 40 minutes, le trajet du personnage de Scott Glenn, le bateau, toute ces images-là , en fait, cela m’avait beaucoup plus influencé que je ne l’avais pensé au départ. Par contre, Je suis Légion n’a rien à voir en terme d’intrigue. A la rigueur, cela se rapproche plus de certains retraitements du vampirisme qui ont été faits par Dan Simmons, que ce soit L’échiquier du mal ou Les fils des Ténèbres. Et puis bon, on est des dizaines d’auteurs à avoir repris Dracula. C’est un des grands mythes...

SCENEARIO : Repris au cinéma, en bandes dessinées...

FABIEN NURY :
...en roman, il y en a eu La tonne, etc... Le gros intérêt pour moi était de repartir aux origines historiques, c’est toujours intéressant. Et aussi, sur le coté « seconde guerre mondiale », ce qui m’intéressait dans l’idée de La forteresse noire et dans l’idée de Je suis Légion, c’etait d'établir un système de comparaison ou de développement entre une terreur surnaturelle et une terreur historique. A la fin, la terreur surnaturelle nous rassure vu que cela n’existe pas, c’est un miroir déformant de notre réalité. Alors que la terreur historique... Il n’y a pas d’exutoire, voilà... voilà ce que les hommes ont fait. Et c’est pour ça, que je reviens à cette idée du mal en chacun de nous.

SCENEARIO : Si je ne me trompe pas, c’est dans Je suis Légion 2 qu’il y a une scène où ils vont dans un couloir où se trouvent des croix sur les murs. Et ça, ça m’a fait penser à La forteresse noire.

FABIEN NURY :
Ah, oui, en terme d’ambiance. Et puis, il y a tous ces châteaux qui sont aussi dans des films comme Quand les aigles attaquent ou Les douze salopards... Mais, curieusement, on trouve des ambiances fantastiques dans des films qui ne le sont pas... Les trucs visuels les plus fantastiques que j’ai trouvés viennent de l’Histoire : dans le tome 1, j’exploite beaucoup cette statuette qui s’appelle Le faune dansant . Ben, c’est historique ! Les mecs étaient vraiment assis en rond autour de cette statuette qui symbolisait leur combat. Ça me fascine totalement. Il s’agit d’adultes intelligents qui ont besoin d’une divinité pour se retrouver... Tous ces petits symboles sont utiles à la narration en images, et ils ont du sens.

SCENEARIO : Bon, vous en avez parlé, l’histoire du commando comme dans Quand les aigles attaquent, l’histoire du château, il y a ça. Aussi, l’histoire d’espionnage qui se passe à Londres, cela fait beaucoup de choses dans cette série.

FABIEN NURY :
Ah oui. Il y a beaucoup d’intrigues dans l’intrigue. Ce n’est pas une histoire où vous suivez un héros. Je vois ça comme un puzzle. En gros, en tant que lecteur, on sait beaucoup plus de choses que les protagonistes. Aucun protagoniste, à l’exception de Vlad lui-même, n’a une vue d’ensemble. Et donc, ça limite le principe d’identification. On passe moins de temps avec ces personnages mais en même temps, cela fournit des relances sans cesse à l’intrigue. Et si on travaille bien ces persos, on peut s’identifier quand même à eux. C’est aussi ça l’espionnage, on trouve ça dans les bouquins de John Le Carré. C’est tout un tas de petit faits qui, mis côte à côte, ont une signification d’ensemble et on commence par voir les faits : on sait que c’est lié mais on se demande comment. En fait, on commence par poser plein de questions ; puis on donne des réponses qui amènent de nouvelles questions, et ainsi de suite...
Et le gros avantage, après avoir fait une mise en place un peu complexe, c’est que dans Je suis Légion 2, vous avez plus de la moitié de l’album qui se passe en une nuit, où il y a 4 lignes parallèles et cela se passe à la même seconde ! Pour moi, en tant que scénariste, mais aussi en tant que lecteur, quand on me donne ça je suis très très content, car je me dis "Ah ouais, le gars cligne des yeux à Londres, et paf, on est en Roumanie !" et vice-versa, ainsi de suite. Bref, c’est un truc que j’adore !

Je pense que c’est dans la nature du genre "espionnage": l’espionnage nous dit que le monde est compliqué. Et que le bien et le mal peuvent être des notions relatives et ainsi de suite. C’est ça qui me passionne, en fait. Même si dans Je suis Légion, je crée le Mal absolu. Mais le Mal absolu dans Je suis Légion, ce n’est pas Ana, ce n’est pas la petite fille. C’est Rudolf Heyzig ! C’est lui, le Mal absolu ! Et c’est l’exploitation qu’il fait du pouvoir d’Ana.

C’est pour ça qu’il y a deux créatures dans Je suis Légion. Ce sont des parasites donc ils sont malfaisants en soi. Ils vivent au détriment des autres. Mais, ça n’est pas ce qu’on est qui fait la façon dont on est jugé. C’est ce qu’on fait. Et entre une de ces créatures qui parasite l’espionnage anglais et l’autre qui parasite la solution finale... il y a pas de communes mesures. Cela permet de recréer un clivage moral et de dire : "Attention, le mal le plus profond c’est ce que font les humains à la base à partir de n’importe quel pouvoir." D’où la volonté de traiter cette histoire de façon très réaliste. Pour justement, développer ce thème-là. Et pour développer, à la fin, le Mal absolu.

La Bible du mal, elle est dans le tome 2 : c’est "Mein Kampf" ! Voilà. Pour moi, c’est ça l’image la plus terrifiante de ce bouquin. C’est pas du sang, c’est pas une exécution, c’est pas de la violence. Non, non. C’est une petite fille qui lit "Mein Kampf". Et sa mère lui dit : "Qu’est-ce qu’il dit ce livre ?". Et elle répond: "Il est stupide. Mais c’est le seul qu’ils aient voulu me donner pour améliorer mon allemand." Voilà, il faut savoir, qu’il fut un temps où c’était ça le totalitarisme. Où il n’y a plus qu’un seul livre et c’est un torchon abject comme "Mein Kampf". Et ça, c’est beaucoup plus flippant, plus flippant que n’importe quel vampire.

( A ce moment de l’interview arrive Yann, le scénariste de Les Innommables, Les Eternels, Pin-up, Narvalo, Basil et Victoria, Célestin Spéculoos, La patrouille des libellules, etc… Je coupe donc l’enregistrement mais vu le débat lancé et l’intérêt qu’il représente, je relance l’enregistrement !)


YANN : (Il parle de Je suis Légion) (…) Je ne m’inquiète pas pour le tome 3 de Je suis Légion. C’est génial. C’est un des films... films ?! Tiens ? Beau lapsus, hein ?! C’est un des trucs que j’ai le plus adoré, en plaisir de lecture et tout.

FABIEN NURY : Vraiment merci. Mais quand on s‘intéresse à l’histoire de la seconde guerre mondiale, etc...

YANN : Tu as vu le film La forteresse noire ?

FABIEN NURY : Oui, oui !

YANN : Il est bien ! C’est un thriller. Et en plus, un thriller historique...

FABIEN NURY : Oui...

YANN : Moi, la fiction, j’aime pas. Il faut qu’il y ait une base de réalité...

FABIEN NURY : Oui.

YANN : Sinon ça m’emmerde ! 

FABIEN NURY : Surtout quand on fait du fantastique. Il faut du réalisme.

YANN : Et puis Heinrich... Quelque part, je te déteste parce que j’aurais voulu l'utiliser !

FABIEN NURY : Faire un personnage comme lui ?

YANN : Oui, dans ces cas-là, soit c’est mal fait et je déteste, soit c’est bien fait...

FABIEN NURY : (il rit) 

FABIEN NURY : Ecoute... Il y a un truc qui est fascinant et qui sera le tome 3 de Je suis Légion, c’est que... ce qui m’intéressait, c’était de le tuer au milieu, le personnage d’Heinzig, parce que c’est les représailles qui sont totalement démentes. Le personnage, après sa mort, entraîne encore un nouveau cycle de malheur absolument irréel. Ils ont détruit des villages, ils ont...

YANN : Oui, oui, il y a eu des représailles...

FABIEN NURY : Et des cérémonies - les dernières cérémonies - grandioses à Berlin pour les funérailles. On voyait les gamins du nazi, avec Hitler qui passe et qui leur caresse la tête en disant "Vous êtes des gentils garçons..."

YANN :
Et c’est drôle, car sans Heydrich, Hitler et sa bande deviennent des pitres... Sans la mort d'Heydrich, je me dis qu’ils auraient pu...

FABIEN NURY : Oui, oui...

YANN : On parle de Steampunk ou de trucs comme ça, d’uchronie , etc... Mais l’histoire où l’on rate l’attentat d’Heydrich, et ça continue, ils gagneraient …

FABIEN NURY : Heydrich arrive en France...

YANN : Oui, c’est ça...

FABIEN NURY : Le gars va installer les défenses et cela changerait beaucoup de choses…

YANN : Sauf si Hitler s’était débarrassé de lui...

FABIEN NURY : Le mec était trop dangereux...

YANN : Reinhardt Heydrich... vous voyez qui c’est ?

SCENEARIO (eh oui ! On est encore là !) : Oui...

YANN : Je dis ça…il y a des gens encore qui confondent Himmler, "Non, vous voulez dire Hitler ?" !!! Ils ne savent même pas que "ça" existe, Himmler...

FABIEN NURY : Heydrich, c’est le personnage qui m’a le plus fasciné...

YANN : Le dessin de Cassaday est génial. Mine de rien c’est important. Il apporte une angoisse...

FABIEN NURY : Comme il vient du Comics, il a un sens bien particulier de la mise en scène, j’apprécie beaucoup ça...

YANN : Un truc que j’adore, aussi, c’est quand on voit une sentinelle en contre-plongée, une main, un couteau... c’est génial ! Ca vaut tous les machins à la con. Là, il y a une sauvagerie, un type allongé sur le sol...

FABIEN NURY : Oui, il va chercher des axes comme ça qui permettent de faire monter la scène...

YANN : C’est pas trop tarabiscoté. C’est efficace, bien.

FABIEN NURY : Ben, il respecte le découpage...

YANN : Je ne comprenais pas que personne n’ait utilisé Heydrich. Mais je me disais là, lui, il est pas connu en plus... Il fait peur, en fait. Les photos du mec...

FABIEN NURY : Et ce qui fait peur, c’est sa perspicacité. Le gars avait un gros talent pour voir les faiblesses humaines. Il avait l’œil quoi. De la part d’un type qui est autant sans scrupules et une telle volonté de pouvoir , et bien c’est ce qu’on craint chez le diable : c’est que le diable voit en nous et connais nos âmes. En gros, Heynrich, il avait ce genre de qualité là. Ca le rendait d’autant plus dangereux.

YANN : Oui, ça fiche la chair de poule !

FABIEN NURY : il y a un excellent bouquin qui s’appelle "La guerre secrète". Un gars qui a ouvert les archives du London Control Section, du LCS dans les années 70... Et dedans, on apprend que la mission authentique pour tuer Reinhart Heynrich, son nom de code était "Anthropoïde". Anthropoïde, parce qu'Heydrich avait l’air humain mais ne l’était pas vraiment. Voilà: il avait perdu toute humanité. Ca me fascinait de voir ça. Et ça me fascinait de le mettre en face d’une gamine et qu’elle lui dise : "Et vous, vous avez peur de moi ?" Et qu’il réponde : "Parfois oui..."

YANN : Il y a… (Il faut que je t’esquinte un peu !) Je trouve qu’il manque de charisme, graphiquement. Il n’est pas assez impressionnant...

FABIEN NURY : Je lui ai passé les photos, à John.

YANN : Il fait trop ordinaire...

FABIEN NURY : La gamine l’intéresse plus que lui... Et c’est le jeu avec les icônes.

YANN : Oui. Et il n’y en aura donc que trois, des tomes ?

FABIEN NURY : Oui.

YANN : C’est bien ça, trois. Bouclé !

FABIEN NURY : Il y en a trois. C’est fini. Et comme les personnages ont un taux de survie assez faible... côté suite, il n'y en a pas... Non, non, il n'y en a que 3 et j’ai écrit les 3 en même temps. Comme ça, au moins, on sait. Voilà: ça va là. Je vais pas le délayer...

YANN (A Sceneario): Bon, allez, je vous le rends ! A bientôt !

(A ce moment là, et après cette discussion passionnée, Yann nous quitte.)

FABIEN NURY : Ah, ça, ça fait vivre une interview !

SCENEARIO : Oui, et comment ! Bon. Maintenant, on va parler du dessinateur John Cassaday. Comment se passe cette relation avec John Cassaday ?

FABIEN NURY : Et bien, c’est une relation à distance. On ne s’est jamais vu. On a commencé à travailler par mail et puis, on se parle un peu plus au téléphone. Bon, lui est à New york. Moi je suis entre l’Ardèche et Paris. Au départ, c’est pas pratique mais à l’arrivée, c’est bien : pour moi, ça m’a obligé de blinder mon scénario avant.

Il y a des scénaristes qui font un plan détaillé, puis ils envoient trois planches par trois planches. Mais là, ce n’est pas possible. Ne serait-ce que pour la traduction. Donc il fallait que je blinde toute mon histoire, que je la dialogue et que je l’écrive intégralement. Ensuite, elle serait traduite, qu’il la lise et qu’ensuite, on retravaille directement en anglais : j’ai fait des progrès en anglais !

John, c’est un pur pro. Il est formé à l’école du comics qui est une école industrielle. Il travaille à une vitesse surréaliste : le seul dessinateur franco-belge qui travaille au même rythme c’est Jean-Yves Delitte. C’est une production démente par rapport à notre rythme. Je dis pas que c’est mieux, mais c’est impressionnant. 

C’est un maître de la narration. Par exemple, le tome 1, je lui avais découpé en planches et en cases parce que je voulais vraiment que ce soit blindé. On en avait rediscuté un peu, mais il a été très fidèle. Comme j’ai vu sa maîtrise, pour le tome 2 et 3, je lui donne un scénario qui est un scénario de film, en terme de formalisation. Qui est découpé uniquement en scènes dialoguées. Pas en planches, ni (et encore moins) en cases. Et je mets les idées de cadrages ou de montages à l’intérieur de ce scénario de film, car c’est essentiellement des points de vues. Et lui, il fait le découpage. Et John s’y connaît beaucoup mieux que moi, en découpages de bandes dessinées. Et il est content d’avoir cette liberté-là. Et à l’arrivée, ça se voit !
 
D’ailleurs, si vous regardez les deux tomes, il y a une différence fondamentale. On raconte autant de choses voire plus dans le tome 2, avec moins de dialogues, et surtout avec moins de cases. Moi, pour raconter telle scène, il me faudrait spontanément 8 ou 9 cases. Lui, il va penser 6 ou 7 : il va raconter autant de choses avec autant d’émotions. Mais il aura cette idée de cadrage, cette idée de montage. Il a les ellipses en tête, plus que moi. Et c’est... ça, c’est la récompense de l ‘école du comics. Accessoirement, John est très sympa. Comme il est new-yorkais, je dirais que c’est un peu un européen d’Amérique. Il a beaucoup d’humour et de ce point de vue là, on s’entend très bien. Et on attend enfin de pouvoir aller boire quelques bières !!!

SCENEARIO : John Cassaday, c’est tout de même Planetary, Astonishing X-Men avec Joss Whedon...

FABIEN NURY : Voilà. Du coup, il a fallu que j’attende un peu plus que prévu pour faire le tome 2. Mais en même temps, je ne vais pas lui reprocher. Il prend Astonishing X-Men , c’est LA série quand on fait du comics X-Men. Et en plus, c’est avec Joss Whedon : c’est Buffy, Alien IV... "Bon, ok, ok, John ! Si tu veux !" Mais en même temps, il joue le jeu. A un moment, il plie son truc et il part sur Légion, c’est un autre monde, etc... Il le fait à bloc, donc, voilà, on n'en pâtit pas.

SCENEARIO : D’ailleurs, il travaille toujours avec la même coloriste, Laura Martin...

FABIEN NURY : Oui, oui. Laura Depuy, maintenant mariée à un monsieur Martin, je crois. C’est un bînome. Et elle fait les plus belles couleurs informatiques que je connaisse !

SCENEARIO : Sur Astonishng X-Men et Je suis légion, c’est beau...

FABIEN NURY : J’ai vraiment vu ça avec le tome 2. Laura, si vous voulez qu’elle s’éclate, faut lui filer des extérieurs nuits. Alors là, elle va s’éclater, elle va aller jusqu’au moindre reflet et des trucs... voilà, moi, j’adore ça ! Il y a des gens qui disent qu’entre le dessin de John et les couleurs de Laura, informatiques, et le scénario, cela donne un ensemble qui est un peu froid. En fait, j’aime cette froideur. Du coup, comme l’ensemble est froid, les petits points d’émotions ressortent plus. C’est un parti pris, si vous voulez.

Quand vous avez un Christian Rossi sur W .E .S.T., c’est chaud, ça déborde de vie. Ca correspond hyper bien à l’univers de W.E.S.T. En même temps, la froideur de John et de Laura, elle correspond à l’univers qui n’est pas très éloigné de l’univers de "L’armée des Ombres". Et "L’armée des Ombres", c’est glacial. Si on n’aime pas les histoires compliquées ou les histoires noires ou ce genre de truc, faut pas lire. Mais au moins, c’est tranché, cela marche pas mal. J’ai pas voulu faire des masses de concessions, quoi.
Oui, c’est compliqué,
Oui, il y a plein de persos,
Oui, il faut suivre !
Si en même temps, on fait l’effort, et bien on est récompensé ! Comme disent les gens qui sont gentils avec moi...

SCENEARIO : Et quand vous êtes à deux, avec Xavier Dorison ? Là, ça devient plus compliqué, non ?

FABIEN NURY : Il y a un coté ping-pong qui est assez marrant. Mais, en même temps, quand on est à deux, on fait gaffe. On apprend plus vite. Par exemple, sur le premier cycle de W.E.S.T., on a vraiment voulu trop en mettre : avec cette histoire, on aurait pu faire trois albums faciles. Deux, ça fait un peu court, du coup on va très vite, et on laisse des gens "sur le bord de la route". Je dirais que dans le second cycle de W.E.S.T. que l’on fait à deux avec Xavier Dorison, l’intrigue est mieux racontée parce qu‘elle est plus claire. Du coup, comme on sent mieux les enjeux, on peut s’intéresser aux personnages et c’est toujours les personnages qui créent l’émotion. A la fin, c’est ce que retiennent les spectateurs, ou les lecteurs. Quel que soit le support. Oui, à deux, c’est marrant !

 

[ A propos de W.E.S.T. ]

 



SCENEARIO : Et bien, on va continuer sur W.E.S.T. Le prochain cycle nous amène à Cuba, c’est bien ça ?


FABIEN NURY : Oui, "Cuba 1902". C’est la deuxième mission de W.E.S.T. : les tomes 3 et 4 sont écrits. Christian Rossi a presque fini le 3 qui sortira fin août 2006. Et "Cuba 1902", et bien c’est... mythique ! Et pourtant, Cuba en 1902, personne connaît, mais à l’époque, c’était occupé par les troupes américaines donc, cela a certaines résonances contemporaines. On peut traiter, comme dans le tome 1, à la fois, une intrigue de politique fiction, avec des gros enjeux et en même temps, il y a un aspect fantastique qui est sympa, c’est qu’à Cuba, il existe une version alternative du Vaudou qui s’appelle la Santeria. C’est le vaudou cubain. Le vaudou, cela peut vraiment faire flipper. On a vraiment pu jouer là-dessus. On s’est éclaté.

Et accessoirement, pour me documenter, je suis allé passer trois semaines à Cuba - il y a pire ! (rires)

Le deuxième cycle de W.E.S.T. sera probablement beaucoup plus humain que le premier. Maintenant que l’on a mis en place nos personnages, on les connaît, on essaye de leur sortir un peu les tripes. C’est quand même quelque part des personnages qui font un métier de salaud : cela pose des problèmes. Leur commanditaires peuvent être largement douteux. Le dénommé Clayton et ses embrouilles à la Maison Blanche...
 
Il y aura dans ce cycle un esprit un peu proche des westerns révolutionnaires, façon Les professionnels, Il était une fois la révolution, tout ce qui est "Western Zapata". Ca aussi, c’est sympa, parce que du coup, on se remate tout ces films, on fait notre sauce. Et on amène tout ce monde à Cuba, où les femmes sont belles, l’ambiance est chaude et en même temps c’est dangereux.

Donc, le tome 3 sort cette année. Le quatre sera enchaîné aussi vite que possible, il sortira en 2007. Et nous, on commence à réfléchir pour le cycle 3, car on n'a pas envie de les lâcher !

SCENEARIO : On reverra l’indien, Angel Salvaje ?

FABIEN NURY : Ah ! Quitter l'équipe W.E.S.T. ne veut pas dire quitter la série... Oui, bien sûr, on aime ce personnage. Mais en même temps, il fallait qu’il parte. C’est toujours marrant. On fait ce qu’on a fait à la fin du deux, les gens nous disent : "Ouais, mais pourquoi vous l’avez fait partir ? Nous, on l’aime..." Et on répond : "Non non non. Vous l’aimez parce qu’on l’a fait partir !" On s’aperçoit que l’on aimait les gens lorsqu’on les perd. Très souvent. C’est égoïste, mais c’est comme ça.

Et bien, l’indien, c’est un peu ça. Il fallait aussi marquer sa réprobation morale face aux méthodes de Morton Chapel et face à, quand même, ce genre de mission et le côté mercenaire de tout ça. Angel, c’est un personnage qui a la foi et qui doute. Il fallait le faire partir.

Au contraire, il sera intéressant de devoir aller le chercher, de le retrouver. Est ce que c’est lui qui appellera W.E.S.T. à la rescousse ? Est ce que c’est W.E.S.T. qui aura de nouveau besoin de lui ? Ca crée des choses qui ne sont pas seulement : l’équipe ! La mission ! L’équipe ! La mission ! Il faut essayer de donner des vies à ces persos. C’est comme ça que l’on s’attache à eux. C’est ce qui fait la beauté sur 40 ans de BLUEBERRY, par exemple. C’est un homme, avec tout ce que ça a comme paradoxe, complications et tout. Donc oui. Angel Salvaje n’a pas disparu définitivement. On le reverra, je peux vous le dire. Il sera pas à Cuba. Mais il y a déjà du monde, à Cuba…(rires)



 

[ A propos de:

LES BRIGADES DU TIGRE ]

 




SCENEARIO : L’autre actualité, c’est Les brigades du tigre. La bande dessinée et le film.

FABIEN NURY :
Ca c’est un gros morceau. Le film sortira le 12 avril 2006. Et nous, on a à peu près commencé à travailler dessus le 10 avril 2002. Donc, pour Xavier (Dorison) et moi, c’est quatre ans de notre vie. C’est une aventure géniale pour nous. On en rêvait.

En même temps, c’est épuisant. C’est difficile de faire du cinéma. Il y a beaucoup de contraintes. Et contrairement à la BD, on n'a pas la certitude que le film se fasse. Avec un éditeur, ça prendra du temps, mais votre BD, elle sortira. Au cinéma, vous écrivez pendant des années, vous réécrivez. On a réécrit 8 versions dialoguées avec Xavier ! Et vous savez pas si le film va se faire. Vous flippez. 

Puis, après, vous apprenez qu’il va se faire. Mais vous savez pas s’il va se faire bien, avec quels acteurs. Est-ce que le budget sera bon ? Etc… Vous flippez encore.

Il se fait, il est bien, vous l’aimez. Et bien, vous ne savez pas toujours pas s’il va marcher ? Vous flippez toujours ! Et cela va se jouer en quelques heures ou quelques jours maximum. C’est très très dur.

En même temps, on a couru après, on ne va pas se plaindre. Le truc existe et on est super content. L’esprit dans lequel le film a été fait, c’est vraiment dans un esprit d’équipe. On était tous des outsiders, en gros. Le réalisateur et nous, les deux scénaristes, on n'était pas des stars du tout. On a pris ça vraiment, comme une grande chance. Cet esprit d’équipe se ressent, je pense, dans un film qui parle justement d’une équipe. C’est quelque chose de vraiment cool.

On est tombé sur des acteurs vraiment motivés, à la fois connus mais très humbles. Un type comme Clovis Cornillac, il faut pas oublier que le mec, ça fait 20 ans qu’il tourne. Il a fait énormément de théâtre et tout. Aujourd’hui, il a du succès mais il oublie pas d’où il vient. On va découvrir un type comme Edouard Baer, les gens ont de lui une image de comique. C’est un type très intelligent avec une vraie profondeur qui a envie de faire des choses, qu’on lui laisse pas faire parce qu’il a une image publique. Si on lui offre cette chance, il attaque aussi en se disant "Ouah ! Je peux faire ça !". Une actrice comme Diane Kruger, c’est pareil. C’est une... pardonnez-moi, c’est une bombe internationale. On lui offre un rôle où elle a une succession de masques. Elle a un rôle multiple dans le film. Pour elle, comme actrice, c’est super aussi. Donc, elle s’y investit.

Il y a eu cet état d’esprit pour tout le film. Alors, on ne sait pas si ça va marcher. Mais en tout cas, on l’a vu, et on est très fiers ! En gros, voilà pour le film.

Le rapport entre le film et la BDest très particulier : parce que ce n ‘est pas un produit dérivé. Ce n’est pas une adaptation. Ce serait idiot de vouloir adapter 2 h 10 de film en 46 ou même 54 pages de bandes dessinées. Donc, on a décidé de faire autre chose : le prologue. La bande dessinée s’arrête là où le film va commencer. En gros, c’est comme si le film était les tomes 2 et 3 d’un cycle complet. Cela nous permettait de reprendre nos personnages pour faire un scénario original ; et en même temps de mettre pleins de petits indices. Il y a une partie de la bande dessinée qui est résolue et il y a une partie qui nous amène sur ce que sera le film. C’était sympa à faire.

Et puis, on a bossé avec Jean-Yves Delitte qui est d’abord le seul dessinateur à pouvoir le faire dans les temps. Et aussi bien. C’est un passionné d’Histoire, il nous a vraiment scotchés sur son sens du détail. Il nous a scotchés ! Une rue de 1912, avec Jean Yves Delitte, on y est. Il fallait trouver un gars comme ça. Et dans les temps. Il a fait un super boulot !

Il y a une formule pour résumer l’état d’esprit que c’est Les brigades du Tigre ; l’idée, c’était de faire "Les trois mousquetaires à la sauce James Ellroy". Et puis il y a une équipe, c’est aussi Les incorruptibles en France. En même temps , c’est un billet pour découvrir la "Belle Époque", qui n'est pas si belle que ça. C’est une époque brutale. On peut créer un effet, comme dans les romans d’Ellroy, on croit que la France de 1912, c’était une époque paisible, mais pas du tout ! C’était une époque raciste, violente, protection sociale nulle et ainsi de suite. C’est une société... barbare.
Et donc, on se documente beaucoup, l’Histoire donne mille, un million d’idées. Surtout là, une veille de guerre. 1912, 2 ans après c’est le carnage. Le spectateur le sait. L’heure tourne et la guerre approche. C’est intéressant pour un scénariste, on peut jouer là-dessus. Et en 1912, on ne sauve pas le monde. On ne peut pas le sauver de lui-même. Là, encore, il y a tous ces problèmes humains qui vont reposer sur des personnages qui sont donc des policiers et qui nous permettent de plonger dans un monde peu connu.

On s’en est aperçu à posteriori, mais hormis le fait que ce soit fantastique, W.E.S.T. est très proche de Les brigades du Tigre : une équipe, un commanditaire, des problèmes de politique-fiction. C’est très proche. Dans Les brigades, il y a du mystère, mais il n’y a PAS de fantastique. C’est là la principale différence, ainsi que évidemment, les personnages.

Et on a repris Valentin, Pujol, Terrasson... Le commissaire Faivre... Voir Gérard Jugnot faire le discours à la première brigade mobile, on en rêvait ! Et un jour, le truc est là, devant vous... c’est super !

Une belle aventure et en même temps, je vous dis... difficile. On a été content de refaire des BD après ça. Et on est arrivé tous les deux à la même conclusion que quoi qu’il se passe côté cinéma : jamais on n'arrêtera de faire de la bande dessinée. C’est un espace de liberté. C’est comme un laboratoire, on peut faire ce qu’on veut. A partir du moment où un éditeur vous fait confiance, vous pouvez y aller... ouah... ! Essayez de monter une histoire comme Je suis Légion en film avec pas de héros, 4 personnages, des pays différents et tout, on peut toujours courir. Par contre, la bande dessinée existe et on peut y raconter tellement de choses...

On s’aperçoit aussi que l’on peut mettre relativement peu de choses dans un film par rapport à tout ce que l’on peut mettre dans un cycle de 2 ou 3 bédés. Je croyais qu’une BD cela correspondait à 45 minutes de film en gros. C’est pas vrai, c’est 1h10 ou 1h20 de film. Une histoire en 3 bandes dessinées, c’est comme un film de 4 heures.

Donc, les deux médias ont leur source de bonheur. Et la grande chance, c’est de pouvoir alterner.

SCENEARIO : Si la bande dessinée marche, il y aura une suite ou non ?

FABIEN NURY :
Alors ça, je ne sais pas encore. On a des idées. Si le film marche, il y aura une suite. Si la BD marche, il y aura une suite.

Qu’est ce qu’il se passe si la BD marche et le film marche pas ? Ou l’inverse ? Pour nous, c’est très incertain. Ce que l’on sait, c’est que maintenant, on connaît les personnages, on n'a pas envie de les abandonner ; on a tellement d’aventures à leur faire vivre. Des héros, policiers d’élites, de 1907 à 1920, mais c’est un terreau extra-ordinaire ! Des aventures, on pourrait en faire 10, 20, 30... Cela ne dépend pas que de nous. Hélas.

Voilà, je dirais : "Allez le voir ! Lisez-le !" si vous voulez qu’il y ait des suites. Il n' y a que comme ça que cela marche. C’est sûr, si le film ne fait pas suffisamment d’entrées, cela sera très difficile de faire des suites. La bande dessinée, c’est moins certain : on ne sait pas, ça va dépendre.

Mais, encore une fois, nous, ça nous éclaterait ! On ferait tant d’albums avec Terrasson ! C’est comme sur W.E.S.T.: vous pouvez prendre tout... moi, je m’en rêve : sur W.E.S.T. je pourrais faire un spin-off entier sur Coursier ! C’est presque mon personnage préféré. Une fois qu’on les connaît, on prend n’importe lequel et on lui invente des histoires. C’est le bonheur de ce métier.

SCENEARIO : Parlons maintenant de vos projets ?

FABIEN NURY :
J’en ai quelques-uns. Hormis ceux dont on a déjà parlé, j’ai une grosse saga à paraître chez Dargaud, en plusieurs tomes, cela s ‘appelle "Le maître de Benson Gate", une saga qui est à la fois du mélodrame, de l’aventure, du polar, qui raconte la lutte à mort entre deux frères de 1912 à 1925 dans un univers politico-financier, mais on va passer par la première guerre mondiale, le Mexique, etc... J’ai ça chez Dargaud donc avec Renaud Garreta.

J’ai un polar fantastique avec Manini chez Dargaud, un mélange de gangsters et de fantastique, là, en deux albums.

Et j’ai une saga française chez Glénat avec Sylvain Vallée. Ça me tient beaucoup à cœur ça aussi. C’est d’après une histoire vraie, c’est l’histoire d’un bonhomme qui s’appelait Joseph Joanovici, je ne vous en dis pas plus ! C’est une des vies les plus incroyables que j’ai jamais vues ! Une histoire qui est assez contreversée. Ca permet avec l’histoire de ce type-là d’avoir toute une partie de l’histoire de France de 1925 à 1965. Vraiment, un bonhomme extraordinaire ! C’est à la fois Oskar Schindler et Meyer Lansky, ce gars-là. Le tome 1 est écrit, le plan de tous les albums est écrit et détaillé, et on se lance sur le dessin !

SCENEARIO : C’est parfait ! Merci beaucoup, Fabien pour ce temps passé avec nous.

FABIEN NURY :
Merci à vous. J‘ai... J’ai pas été trop bavard ? (Rires).