Interview

Entretien avec Zeina Abirached

Sceneario.com : Bonjour ! Avant tout, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes et nous expliquer comment vous êtes venue à l’illustration et à la BD alors que le Liban, votre pays, n’est peut-être pas un pays dans lequel les enfants baignent dans une culture BD comme on l’entend dans des pays comme la France, la Belgique, le Japon ou les Etats-Unis ?

Zeina Abirached : Enfant, j’ai été nourrie à la bande dessinée franco-belge. Plus tard, j’ai avalé Gotlib et Bretecher. Au cours de ma première année à l’Académie Libanaise des Beaux-Arts (ALBA), j’ai découvert la calligraphie arabe, l’encre de Chine, les estampes japonaises… et puis, d’un seul coup, Tardi, Mathieu, Pratt, Baudoin, David B., Munoz et Sampayo, Dupuy et Berberian, Guibert…un vrai choc !

Je suis arrivée en France il y a bientôt 4 ans, avec l’envie de publier les histoires que j’avais commencé à écrire. En 2006, j’ai rencontré Cambourakis, mon éditeur, et en septembre 2006 [Beyrouth] Catharsis et 38, rue Youssef Semaani étaient en librairie, suivies, un an plus tard, par mon premier album, Le jeu des Hirondelles…

Sceneario.com : Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles est une troisième réalisation, toujours sur le thème et dans les décors de la ville qui vous a vue naître. Ce besoin de raconter l’histoire de Beyrouth (et la vôtre, par la même occasion) pourrait-il être intarissable ?

Zeina Abirached : Pendant la guerre, une partie de la ville m’était tout à fait inconnue. Les rues situées de "mon côté" s’interrompaient brutalement sur des murs de sacs de sables ou des monticules de barils de fer et de fils barbelés enchevêtrés dans des herbes folles. Avec la fin de la guerre, ces murs sont tombés et j’ai constaté, avec beaucoup d’émotion, que "mes rues" continuaient au-delà du mur. Je ne m’en étais jamais vraiment rendu compte. Rétrospectivement, je pense que je n’ai pris conscience de la guerre qu’à ce moment-là, quand Beyrouth m’est apparue dans sa totalité, dans sa diversité et sa complexité. Beyrouth est une ville en perpétuel changement. Je suis surprise de constater son évolution à chaque fois que j’y retourne. Le changement se fait, entre autres, au niveau urbain. Avec la reconstruction, beaucoup de rues ont totalement changé d’aspect, beaucoup d’immeubles ont été détruits… Dessiner les rues et les façades de Beyrouth est aussi pour moi une façon de faire un travail de mémoire sur ce qui nous (lui) est arrivé.

     

Sceneario.com : Avez-vous déjà été publiée au Liban ou bien tous vos titres BD sont-ils parus une fois que vous êtes venue vous installer en France ?

Zeina Abirached : Mes bandes dessinées sont en vente au Liban depuis la parution de mon premier récit, [Beyrouth] Catharsis, chez Cambourakis, en 2006. J’aimerais beaucoup les traduire en arabe et les éditer à Beyrouth.

Sceneario.com : Comment définiriez-vous votre dessin, votre style, et pensez-vous qu’il est la suite logique d’un type d’enseignement artistique ?

Zeina Abirached : J’ai suivi une formation de communication publicitaire à l’ALBA (Académie Libanaise des Beaux-Arts). Pendant mes cinq années d’études, mon travail était axé autour du graphisme. Ma façon de dessiner vient sans doute de là !

Et si je privilégie la 2D, c’est sans doute parce que j’ai très vite été confrontée à des images efficaces au niveau de la narration, et qui fonctionnent avec un minimum d’artifices graphiques.

     

Sceneario.com : Quelle importance donnez-vous à l’outil informatique dans votre façon de travailler ?

Zeina Abirached : En général je dessine "à la main" et je n’utilise l’ordinateur qu’au dernier moment, pour corriger un détail de l’image ou de la mise en page. J’aime beaucoup jouer avec les possibilités qu’offrent la tablette graphique et certains logiciels de graphisme.

Sceneario.com : La couleur noire l’emporte sur le blanc dans la plupart de vos vignettes. Travaillez-vous en noir sur blanc avant d’inverser les couleurs ou bien réalisez-vous directement les planches telles qu’elles sont imprimées ?

Zeina Abirached : Ce qui est fascinant quand on travaille en noir et blanc, c’est que comme on ne dispose que de deux couleurs pour exprimer une idée, il faut porter une attention particulière à la composition de chaque case et à l’équilibre des cases dans la planche. Le moindre changement compte. Je fais souvent plusieurs essais, et j’éprouve parfois le besoin d’inverser les couleurs de certaines cases, une fois la planche dessinée.

Sceneario.com : A quelle échelle dessinez-vous ?

Zeina Abirached : Cela dépend des projets… En général, le format de mon dessin est un peu plus grand que le format du livre.

Sceneario.com : Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles a été nominée dans la sélection officielle du festival d’Angoulême 2008. Que vous a apporté cette reconnaissance ? (A vous, en premier lieu, mais aussi à votre éditeur et peut-être aux Libanais qui suivent au pays la formation que vous avez vous-même eue…)

Zeina Abirached : C’était formidable d’être invitée à Angoulême juste après la sotie de mon premier album ! Au-delà du plaisir que ça m’a procuré, ça a sans doute donné à mon travail et à mon éditeur une plus grande visibilité.

Sceneario.com : Vos titres ont-ils du succès au Liban ?

Zeina Abirached : Mes bandes dessinées ont été accueillies avec enthousiasme, surtout que la BD n’est pas une pratique répandue au Liban. Il me semble que depuis quelques années, il y a de plus en plus d’intérêt pour la BD (notamment chez certains éditeurs jeunesse et dans les écoles d’art) et de plus en plus de jeunes auteurs qui publient leurs récits à compte d’auteur. Récemment, un Fanzine trilingue (Arabe, Français et Anglais, les trois langues parlées au Liban) a même été créé !

Sceneario.com : Le festival d’Angoulême 2008 a-t-il été pour vous l’occasion d’être approchée par des éditeurs plus "visibles" que Cambourakis ?

Zeina Abirached : C’était surtout l’occasion idéale de rencontrer d’autres auteurs de BD !

Sceneario.com : Quels sont vos projets, actuellement, et traitent-ils encore du Liban ?

Zeina Abirached : Je retourne au Liban bientôt pour faire quelques repérages pour un scénario qui me chatouille depuis un petit moment. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant !…

Sceneario.com : Un petit mot sur la situation actuelle du pays des cèdres ?

Zeina Abirached : La situation politique et économique est catastrophique… Heureusement, il nous reste notre sens de l’humour !

Sceneario.com : Merci beaucoup !

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Pour continuer la découverte de Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles, voici le visuel de la couverture ainsi que quelques visuels de planches. Cliquez sur chaque petite image pour la visualiser en plus grand :

 

 

 

 

 

 

 
 

 Couverture

 

 Page 7

 

 Page 10

 

 Page 27

 

 Page 28

 

 Page 37

 
                         
 

 

 

 

 

 

 
 

 Page 39

 

 Page 62

 

 Page 63

 

 Page 74

 

 Page 85

 

 Page 150

 

Découvrez la chronique de Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles sur Sceneario.com,

Et visitez le site de l’éditeur : www.cambourakis.com

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