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entretien avec Olivier G. Boiscommun

Entretien réalisé par Isa, d'avril 2004 à février 2005.
Les Albums de OG Boiscommun

Sceneario.com : Tu as toujours eu envie de faire de la bande dessinée ? Quels étaient tes rêves d’enfant ?

Olivier G. Boiscommun : J'ai toujours dessiné, écrit aussi. 
Enfant je voulais retrouver le plaisir que j’avais en lisant des albums de bande dessinée et raconter moi aussi des histoires, quelque soit le biais. Mon père était architecte. Il faisait de la bande dessinée pour son plaisir. Du coup, la bande dessinée m’apparaissait comme quelque chose d’abstrait et surtout pas un moyen de gagner sa vie. 
Ayant toujours beaucoup dessiné, je me suis naturellement dirigé vers le dessin, plus particulièrement vers la publicité. J’avais à l’idée de faire de la bande dessinée pour moi. Quand j’ai démarré on embauchait à tour de bras. 
Et puis à un moment les choses se sont un peu calmées. J’ai commencé à galérer. C’est là que j’ai songé à m’orienter vers la BD. Autant galérer pour quelque chose qui m’attirait vraiment. Du jour au lendemain j’ai pris tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à de la BD et je suis allé voir un éditeur.

Sceneario.com : C’était une bonne chose finalement ?

Olivier G. Boiscommun : Oui parce je ne suis pas sûr que je me serais lancé autrement. Peut-être que si, mais cela aurait pris beaucoup plus de temps.

 Sceneario.com : Les premières BD que tu as réalisées tu en es aussi le scénariste, par la suite ça a changé. C’est le cas de Trolls par exemple.

Olivier G. Boiscommun : J’ai commencé à bosser tout seul. Mais je pense que certains éditeurs ont plus vu en moi la possibilité de faire quelque chose de commercial qu’un travail d’auteur comme j’avais pu le faire au par avant.
Je ne fais de reproche à personne. Quelque part je me suis dit que j’allais pouvoir être un peu plus tranquille pour faire ensuite ce que je voulais. Cela s’est avéré complètement faux. En tant qu’auteur débutant on est contractuellement très peu intéressé à la réussite commerciale d’une série. Et même si la série marche bien ça ne devient intéressant que très très tard. C’était naïf de penser cela.


Sceneario.com : En quoi trouvais tu la série commerciale ?

Olivier G. Boiscommun : L’héroïque fantaisie c’est commercial.
Ce projet là je l’ai accepté parce que la démarche était assez particulière, car novatrice : faire de l’héroïque parodie vraiment humoristique était quelque chose de nouveau à l’époque.
Lorsque j’ai lu le scénario du premier album, j’ai rigolé. C’est bien la seule fois que j’ai lu un scénario en rigolant.

Sceneario.com : Donc quelque part malgré l’aspect commercial ça te plaisait.

Olivier G. Boiscommun : Ha bien sûr ! Pour moi, ce terme commercial, ce n’est pas du tout péjoratif.
Dans le commercial il y a des choses très bien comme dans la BD d’auteur il y a des trucs à chier. Il y a de tout partout.
Je trouvais l’idée intéressante. Je n’aurais jamais accepté de faire quelque chose qui m’aurait déplu.
C’est juste que jai laissé un peu l’éditeur choisir pour moi. J’avais déjà fait un essai sur Siloe de Letendre.
Puis avec Ange, Anne et Gérard qui ont travaillé ensuite avec Alberto Varanda. C’était l’un de leurs premiers projets. Il s’agissait de l’adaptation d’un jeu de rôles In nomine satanis.
On avait bossé longtemps sur le sujet et cela se présentait bien.
Mais le projet avait été abandonné pour une raison justement purement commerciale. J’avais demandé à ce que l’histoire se passe au 19e siècle. Je me sentais incapable de faire quelque chose de contemporain, cela ne m’intéressait pas.
Paris au 19e siècle ça me plaisait bien. Cela faisait longtemps que j’avais envie de traiter cet univers là. Et puis les anges, les démons, tout ce qui a des ailes, j’aime bien.
On était très motivé, Anne et Gérard avait réécrit trois fois l’histoire. On avait bien bossé. L’auteur avait accepté que l’histoire soit déplacée au 19e siècle, il trouvait l’idée intéressante.
C’est en fait l’éditeur du jeu qui a refusé parce qu’il voulait que la BD soit un support pour le jeu. Ce dernier étant contemporain, il fallait que la BD le soit aussi.
On a donc décroché. Et il y a eu plusieurs projets comme ça d’avancés.

Sceneario.com : Tu n’as pas réalisé le tome 4 de Trolls ?

Olivier G. Boiscommun : Non. Je pense que cette suite a été faite pour de mauvaises raisons. Ca ne m’intéressait pas. J’étais d’ailleurs contre et j’ai demandé que mon nom n’apparaisse pas sur les bouquins suivants.

Sceneario.com : Donc là tu n’avais pas participé au scénario et par la suite ?

Olivier G. Boiscommun : J’avais envie de revenir à l’écriture, de recommencer à travailler tout seul.
$ Et à ce moment Filippi m’a proposé d’écrire une histoire se reposant sur l’univers que j’avais mis en place avec Joe et Halloween pour Le livre de Jack.
J’ai donc repoussé à plus tard mes projets scénaristiques et je suis parti sur le Le livre de Jack qui m’était vraiment adapté.

Sceneario.com : Comment s’est amorcée ta collaboration avec Dieter sur Anges ?

Olivier G. Boiscommun : Avec Dieter ont se connaissaient depuis un certain temps.
Et puis un soir au restau je lui ai proposé de bosser ensemble. Il s’est avéré qu’il avait la même envie.
En 1994 j’ai participé au tome 3 Des enfants du Nil : un collectif réalisé par Delcourt en collaboration avec les Beaux Arts d’Angoulême.
A cette occasion j’ai réalisé une histoire en cinq pages sur le thème des anges. De petits personnages mi anges mi démons qui vivaient à MontMartre sur le Sacré Cœur.
Il est donc parti de cette idée pour réaliser la première histoire.
Le Deuxième tome a été réalisé en co scénarisation, il est sorti fin novembre.

Sceneario.com : Et comment s’est déroulé cette co-scénarition ?

Olivier G. Boiscommun : Cette expérience était très enrichissante.
Dieter a de longues années d’expériences derrière lui, il sait de quoi il parle. On a défini l’histoire, poussant ça un peu dans toutes les directions et on a fini par se fixer.
On travaille beaucoup sur l’effet ping-pong : l’un amène une idée, l’autre réagit et ainsi de suite. Cela amène de nouvelles idées et ça prend forme.
On doit éliminer aussi plein de choses. On a donc plein d’idées pour des suites éventuelles. Mais on a décidé d’arrêter ça en trois actes car j’ai d’autres projets.
Il y a une frustration qui commence à naître de toutes les possibilités que l’histoire propose et que l’on ne pourra pas utiliser (rires).
Pourquoi pas éventuellement poursuivre plus tard. Mais là j’ai vraiment envie de revenir à l’écriture.

Sceneario.com : A quand le retour vers une réalisation en solo comme par exemple sur Halloween ?

Olivier G. Boiscommun : J’y reviendrai vraiment avec ce tome 3, il est prévu que je le réalise tout seul.
Sur le 2 je ne me suis pas du tout occupé des dialogues ou très peu. Sur le 3 je vais bien être obligé de m’y coller.
Dieter est à l’aise avec les dialogues, souvent justes et précis ; une de mes grandes craintes malgré certains alexandrins que tu as pu citer.
Justement, ces Alexandrins ont sans doute été pour moi le moyen de ne pas me confronter au vrai dialogue.

Sceneario.com : Pourtant cela a dû te demander beaucoup de travail ?!

Olivier G. Boiscommun : Halloween c’est l’album que j’ai écrit le plus facilement.
Autant l’écriture de Joe a été douloureuse. Pas par ce que c’est une histoire complexe ou difficile à mettre en place, mais parce que ça a été un peu une thérapie.
C’est très autobiographique même si c’est très romancé. Tout y est imagé donc peu de gens peuvent comprendre ce que j’y ai réellement mis. Mais cela correspond à des choses très précises et pas forcément très agréables.

Pour moi ça a été vraiment douloureux de sortir cette histoire alors que Halloween, même si cela fait aussi référence à des choses pouvant être perçues comme dures, a vraiment été un beau voyage.
Je vais revenir au scénario avec des histoires qui tiennent plus sur la forme, sur les intentions.
Des réflexions, des ambiances, des sentiments que j’essaie de développer comme dans Joe ou Halloween.
J’ai un troisième projet du même genre, la quête initiatique d’un jeune indien. Une histoire que j’ai écrite un peu sur le même registre poétique.
Ensuite j’ai un gros projet. LE gros projet sur lequel je bosse depuis quinze ans. Je me dis que ce serait peut-être bien que je me lance quand même.

Sceneario.com : Dieter intervient-il sur ton dessin ?

Olivier G. Boiscommun : Il peut à tout moment.
Finalement il ne le fait pas souvent vu notre façon de procéder.
En fait on procède comme ça : on se rencontre, on balance nos idées.
Sur le deuxième album par exemple j’avais envie d’écrire une histoire sur les faux semblants.
Lui avait envie d’écrire un truc dans un pensionnat de jeunes filles. On a cherché où pourrait se situer cette histoire.
Le premier album se situait à Ste-Eustache à Paris en huis clos dans l’église. Là il fallait trouver un pensionnat qui corresponde pour rester dans le même esprit, situer ça dans un lieu existant.
Et puis nos recherches nourrissent un peu l’histoire aussi.
On est allés sur place. On a rencontré des gens qui habitaient le pensionnat dans les années cinquante, l’époque dans laquelle se situe l’histoire.
Ca nous a donné la possibilité de crédibiliser et de construire l’histoire de façon beaucoup plus réaliste.
Donc voilà, on a mélangé nos idées et on a commencé à construire quelque chose là-dessus et ainsi de suite jusqu’à ce que la mayonnaise prenne.


Dieter commence très tôt à penser aux dialogues en sortant des gags, des répliques de certains personnages.

Dans ce deuxième tome les anges sont missionnés pour aller au pensionnat. Ils sont à Paris. Ils doivent partir protéger la destinée angélique d’une petite fille qui est dans un pensionnat en Bretagne.
La petite fille est dénoncée comme le démon, le personnage à surveiller entouré de plein de problèmes. Et puis on se rend compte bien évidemment que ce n’est pas elle. Donc thème du faux semblant.

On définit bien l’histoire, quelles sont les intentions des personnages. Ensuite Dieter établit les dialogues.
Après on se sépare. Lui, écrit le découpage pas rapport à ce que l’on a défini. A ce moment là je me mets au story-board. Sur ces deux étapes on travaille encore ensemble. A ce stade chacun peut encore intervenir sur le travail de l’autre.

Sceneario.com : Et sur les trois tomes vous saviez exactement où vous alliez dès le départ ?

Olivier G. Boiscommun : Chaque album est une histoire complète très différente des autres. Le deuxième est très différent du premier.
Le premier c’était surtout un prétexte pour travailler ensemble. Il n’y avait pas vraiment d’histoire au départ.

Dieter avait pensé au thème des sept pêchés capitaux sur lequel il avait écrit sept petites histoires. Il y avait des choses qui étaient amorcées et vraiment pas males. 

Mais ce genre de séquence ne plaisait pas à l’éditeur. On a décidé de remanier ça en une histoire complète, en ajoutant un gros démon débile qui fait le fil rouge à ces séquences. Et on s’est fait plaisir.
Moi en réalisant un huis clos dans une église, ce que j’avais envie de faire depuis très longtemps. Jouer sur les échelles. Et là une église, ça devient une multitude de décors remplis de possibilités ! Un décor à l’échelle humaine devient énorme à l’échelle des anges.
Je me suis beaucoup amusé à ça. En fait il y a trois échelles. Avec le démon qui est immense à la fin et donc à l’étroit dans l’église, les humains et puis les anges.

Le deuxième tome est beaucoup plus noir. Les anges viennent casser le côté sombre, dur et réaliste du monde des humains. Ils viennent dédramatiser. Ils sont un peu bêtes mais plein de bonnes intentions et d’humour.

Sceneario.com : Tu vas réaliser le 3e tome en solo. Est-ce que tu reprendras une partie des idées que vous aviez en commun avec Dieter ou bien tu vas tout reprendre de zéro ?

Olivier G. Boiscommun : Non, j’ai tout repris de zéro.
Je tiens à me vider l’esprit pour être tout à fait neutre. L’histoire du tome 3 n’a plus rien à voir avec les quelques éléments qui avaient pu être posés.

Sceneario.com : Donc Anges te permet aussi d’enrichir ton univers. Peux-tu déjà nous révéler quelques uns des points que tu souhaites y aborder dans le tome 3 ou la façon, l’esprit dans lequel tu le concevras ?

Olivier G. Boiscommun : Anges me permet déjà de développer cet univers auquel je suis très attaché. De confirmer la série aussi par ce deuxième album, et effectivement peut-être enrichir mon univers par un ton plus humoristique que ce que je serais tenté de faire naturellement à l’écriture.
L’humour n’est pas un domaine dans lequel je me serais imaginé être à l’aise, j’étais d’ailleurs un peu inquiet d’avoir à réaliser le tome 3 tout seul. Je me suis donc mis à l’écriture du dernier volet avec un peu d’appréhension. Heureusement ça n’a pas duré, les doutes ont disparu au fur et à mesure que les idées arrivaient.
J’ai même de manière évidente fini par en tirer beaucoup de plaisir. L’histoire du tome 3 se passe presque exclusivement chez les anges et les démons, au paradis et en enfer. C’étais plutôt enthousiasmant ! On y trouve Yésod qui maintenant collabore avec les démons dans leur guerre contre les anges. Jéliel et Om vont être missionnés par dieu en personne, c’est vous dire à quel point la mission est de la plus haute importance. En fait je me suis bien marré.

Sceneario.com : A quand la sortie du tome 3 ?

Olivier G. Boiscommun : A temps pour celui qui sait attendre en tout cas ! Je plaisante, c’est prévu pour début 2006.

Sceneario.com : Tu explores souvent l’univers de l’enfance dans tes réalisations avec le côté un peu Gavroche.

Olivier G. Boiscommun : Voir un enfant maltraité, ou tout simplement en manque d’affection est quelque chose qui me soulève le cœur.
J’ai vraiment le sentiment que tous les maux sur terre viennent de l’éducation que l’on donne à nos enfants. Personne n’est réellement responsable de l’éducation qu’il a reçue et pourtant c’est elle qui nous définit presque complètement. 

C’est vrai que j’ai beaucoup de mal quand je vois des parents faire n’importe quoi avec leurs enfants et c’est quelque chose qui me touche particulièrement. En tout cas je pense que l’on pourrait éviter pas mal de choses en prenant un peu plus soin d’eux. En étant plus à l’écoute, moins tourné sur nous même, adultes tous puissants.
C’est ma vision des choses pour autant je n’ai pas le sentiment d’avoir la science infuse, ni d’être un père parfait loin de là. Mais je me dis que là il y a quelque chose d’intéressant à travailler et qu’il faut essayer d’être vigilant. Il me semble primordial d’en être au moins conscient et d’essayer en tout cas de faire de son mieux.

Sceneario.com : Tu soignes particulièrement les décors, notamment l’architecture …

Olivier G. Boiscommun : C’est beaucoup Paris qui m’a titillé par rapport à l’architecture. Je suis vraiment amoureux de cette ville. Et je ressens le besoin d’y retourner régulièrement, me ressourcer, me nourrir de ce qu’elle dégage.
C’est vraiment une ville exceptionnelle. Notre Dame, Saint-Michel, le quartier latin, les quais, le pont neuf…
C’est étonnant mais presque toutes les histoires que j’écris se situent là-bas… Ou des coins qui me touchent comme la Bretagne. J’avais vraiment envie d’y transporter Anges.

Mais Paris c’est vraiment mon univers. Joe. c’est les Buttes Chaumont. C’est un endroit où j’ai passé beaucoup de temps. Je l’ai dessiné de mémoire parce je n’avais pas réalisé de documentation.
Il en est de même pour Halloween. qui se passe à Montmartre. Contrairement à Anges. dans Ste-Eustache et Notre Dame, puis le pensionnat pour lequel j’ai fait pas mal de recherches.
Les Buttes Chaumont, le Sacré Cœur sur la butte MontMartre, ce sont des endroits où j’allais beaucoup.
Je dessine toujours le Sacré Cœur de dos en fait parce que de chez mois je le voyais de dos posté sur les toits. Je serais incapable de le dessiner de face. C’est vrai que j’ai un intérêt pour les toits, les vues aériennes. Et puis les toits parisiens d’autant plus. 

Donc oui, l’architecture, Paris des lieux qui m’intéressent qui me touchent, qui font partie de moi. De superbes décors qui m’inspirent où j’ai envie de raconter des histoires.

Sceneario.com : C’est ton univers ?

Olivier G. Boiscommun : Je n’ai pas vraiment d’univers précis. C’est vrai qu’il y a eu Joe et Halloween qu’on attribue un peu au style gothique.
Mais je n’aime guère les classifications. Même si je suis très attiré par ce type d’univers comme celui de Tim Burton, des univers un peu noirs, Dark City, ce genre de choses.
Cela me touche, je me sens chez moi là-dedans. Mais je crois qu’avant tout je suis surtout attaché au fantastique.
Et puis il y a l’univers de l’enfance qui est une période intéressante dans la vie de quelqu’un.
Il se passe beaucoup de choses dans l’enfance qui défini, marque l’individu après sur le restant de sa vie. Et je trouve que c’est une période intéressante à traiter.
Là je viens d’écrire une histoire sur le parcours initiatique d’un jeune indien. J’aimerais aussi écrire un polar.
La grande histoire sur laquelle je travaille depuis si longtemps c’est de la science fiction. J’apprécie aussi l’héroïque fantaisie.

Je trouve que dans tous les domaines il y a des choses exceptionnelles, comme des trucs à chier. En héroïque fantaisie on m’a filé des bouquins à lire qui étaient à mourir de tristesse tellement c’était vide de tout. Et pourtant Le seigneur des anneaux est pour moi un des plus grands chef d’œuvre de la littérature fantastique.
Donc voilà, je n’ai pas d’univers attitré. Tout m’intéresse à partir du moment où cela peut être bien.

Sceneario.com : Ton idée de scénario de polar me fait penser à un dessin de Colombo que tu as réalisé.

Olivier G. Boiscommun : J’adore Colombo ! J’adorerais faire un Colombo en BD ! Je ne sais pas si c’est possible, mais cela me ferait délirer totalement.
Le seul truc qui m’arrête quoique maintenant je me sentirais plus prêt, c’est de dessiner quelque chose de contemporain. Je me sens tout à fait incapable de dessiner des voitures etc.…
Mais avec Colombo il y a tout à fait moyen de l’emmener dans des univers très décalés. Il n’est pas toujours en ville. Et puis sa bagnole est assez pourave pour être intéressante à dessiner. Et puis l’histoire peut très bien se passer dans les Bayous ou dans tout autre endroit étrange… C’est tout à fait possible et moi ça me ferait délirer ! J’ADORERAIS CA !
J’aimerais raconter une histoire dans le milieu sous-marin aussi. J’ai réalisé une affiche pour Perros-Guirec avec des petites sirènes. Cela me plairait assez de développer.
Donc tu vois, j’ai plein d’envies. Je ne me verrais pas rester 50 ans sur la même série. Je ne m’en sentirais pas le courage. J’ai trop besoin de faire des choses différentes.

Sceneario.com : Ca explique peut-être aussi pourquoi il y a rarement des suites à tes albums.

Olivier G. Boiscommun : J’essaie d’être honnête par rapport à ma démarche. Je n’ai rien contre les suites. Mais si c’est faire une suite sous prétexte que ça marche, je n’en vois pas bien l’intérêt.
Sur Anges par exemple c’est une histoire à chaque fois différente. Je peux continuer sur 20 albums si je veux, si j’ai les idées et toujours l’envie. Mais j’ai aussi d’autres projets.
J’ai vraiment besoin de travailler seul, de raconter mes histoires. Je suis constamment en train de m’en raconter, je ressens le besoin de les laisser sortir.
J’ai surtout envie de revenir à l’écriture. C’est vraiment ce qui m’intéresse dans ce métier, que ce soit par le biais du scénario ou celui du dessin peu importe.

Sceneario.com : On utilise aujourd’hui beaucoup l’informatique pour la BD. Ce n’est pas ton cas.

Olivier G. Boiscommun : Je fais de la couleur directe la plupart du temps, mais le livre de Jack et de Sam ont été réalisés sur bleu.
J’ai encore plein de choses à apprendre. Pour cela j’aime aller dans toutes les directions.
Quand j’ai commencé avec Joe, j’ai écrit une histoire à partir de tout ce que j’avais déjà en moi. Et je crois que je n’ai rien fait de plus en lien direct avec ce que je suis profondément. Je n’ai pas du tout réfléchi à savoir si je travaillais mon dessin, ma narration, mes couleurs.
Enfin mes lavis puisque c’est du noir et blanc. Je n’ai pas réfléchi du tout, J’AI FAIT.
De toute façon j’ai besoin de vivre l’histoire pour la retranscrire au mieux. Si moi je n’y crois pas, personne n’y croira. Après j’ai fait le premier Troll en couleur directe avec un contour encré.

Pour Halloween il y a ce personnage qui s’est immédiatement mis à parler en alexandrins. Et ça venait tellement facilement que je me suis dit que cela aurait été dommage de ne pas continuer là-dessus. J’avais l’impression de ne pas être tout à fait maître de ce que j’écrivais.
Pour cet album mon intention était de me rapprocher plus de l’illustration. Et c’est pour cela qu’il y a des pleines pages et très peu de vignettes par page. Là encore la couleur par informatique aurait été inappropriée. Et puis j’ai trop besoin de terminer ma journée de travail avec de la peinture jusqu’au coude. Peut-être qu’un jour sur un projet bien précis… Comme je l’ai dit, je n’écarte aucune expérience de manière définitive.

Sceneario.com : Joe est entièrement en symétrie. Y-a-il une raison à cela ?

Olivier G. Boiscommun : Non pas vraiment. C’était juste une idée réalisée sur deux pages de la première partie où les événements s’inversaient. 

Quand j’ai écrit la seconde partie et que je me suis rendu compte que cela se vérifiait aussi sur l’ensemble de l’histoire, j’ai poursuivi. Et c’est devenu un principe d’écriture.
J’ai réutilisé ce procédé pour Halloween, un peu comme une signature.

Sceneario.com : Finalement pour quelque chose que tu as fait avec facilité il y a une recherche impressionnante.

Olivier G. Boiscommun : C’est quelque chose qui me porte. J’espère que personne ne l’a ressenti comme nuisible.
Pour moi ça ne doit pas nuire à la lisibilité de l’histoire, j’espère même que ça lui apporte. Cela m’a apporté en tout cas.
J’aime bien les contraintes de toute façon.
Et heureusement, car il n’y a pas plus contraignant que la bande dessinée. Le texte, l’image, associer les deux, faire en sorte que ce soit cohérent, la double page, faire que les pages fonctionnent ensemble, le sens de lecture, le rythme ; il faut penser à tout en même temps.

Sceneario.com : Et tu as maîtrisé tout ça dès Joe ?

Olivier G. Boiscommun : Non en fait. J’ai eu l’impression de savoir un peu ce que je faisais avec le premier Anges. Pour Halloween je me suis concentré sur l’apprentissage de la couleur. Faire ce que j’avais envie de faire, apprendre ce que j’avais envie d’apprendre sur la couleur.
Pour le livre de Jack j’ai fait la couleur sur bleu justement pour m’atteler un peu plus au dessin. J’avais beaucoup de lacunes en dessin. Je ne suis pas un vrai dessinateur, je cache beaucoup de choses avec la couleur directe.
Et sur Anges pour la première fois j’ai eu l’impression d’avoir travaillé un peu tout, d’avoir tout pensé avant de le poser.


Sceneario.com : Tu as un code des couleurs sur Anges …

Olivier G. Boiscommun : Oui, les couleurs sont très importantes, elles ont une raison d’être.
Dès que les petits démons apparaissent on est dans des ambiances rouges. La couleur des anges quand l’archange intervient c’est le bleu. Et tout ce qui se passe dans l’église est sur une base de orange, comme pour Halloween.
C’est conservé sur le deuxième. J’ai insisté pour les garder puisqu’au départ les humano n’étaient pas chauds. Ils étaient habitués à des tons plus gris.
C’est vrai que j’aime bien faire péter les couleurs. A côté il y a Joe dans une ambiance très sombre. Après, le défi dans Halloween était de garder une ambiance sombre, un peu lourde, pesante, inquiétante tout en ayant des couleurs très vives.

Sceneario.com : Les temps forts dans ton parcours BD ?

Olivier G. Boiscommun : Chaque étape a été particulièrement importante. Il n’y a pour moi que des temps forts.
A chaque expérience j’ai appris et découvert plein de choses. Même les mauvaises se révèlent être très instructives.

Sceneario.com : Tu as fait de l’animation ?

Olivier G. Boiscommun : J’ai fait un petit peu d’animation en attendant que mes projets en BD aboutissent. J’ai bossé sur des décors pour une série animée.

Sceneario.com : Ca ne te tentait pas plus que ça ? Tu n’envisages plus d’en faire ?

Olivier G. Boiscommun : Si si si ! Mais le fait est que j’ai mes projets en BD.
C’est important pour moi de terminer ce que j’ai à faire. Pas le terminer de manière définitive, mais au moins de terminer de commencer à le faire (rires). Il y a quelques temps j’ai refusé un truc très intéressant ! De la création de personnages sur une série de SF. Mais ça tombait très mal parce que j’avais un album à réaliser.
Cela m’intéresserait vraiment de passer un moment à l’animation. Pour le moment je pense au troisième Anges et j’ai mis de côté mes projets perso. Ensuite je pourrai m’y remettre.

Sceneario.com : Tu apprécies particulièrement le modelage, mettre en scènes tes personnages dans des maquettes …?

Olivier G. Boiscommun : J’ai fait un peu de scénographie et d’objets en volume pour Quai des bulles. J

’ai participé à une expo sur Loisel, sur Yoann Chivard aussi qui fait Toto l’ornithorynque. J’ai réalisé la maison de Toto avec l’intérieur sur le même principe que la maison de Joe que j’avais faite pour ma propre exposition. J’ai aussi réalisé un buste du personnage de Crapaud pour une exposition sur Le vent dans les saules de Michel Plessix.
J’adore travailler le volume. Ca fait vraiment partie de mes petits loisirs privilégiés.
J’ai toujours eu besoin de faire mes personnages en volume. J’ai réalisé le troll, Joe, Béa, Asphodèle, le père de Joe ; bientôt les petits anges. Ca me permet de mieux les comprendre.

Il y a de longues périodes où je ne fais que dessiner. Et quand j’ai la possibilité de revenir au modelage je me rends compte que j’ai progressé par le dessin.
En fait les choses sont très liées. La 2D m’aide à comprendre les choses en 3D et inversement.

Sceneario.com : La 3D te permet de développer ton univers ?

Olivier G. Boiscommun : Quand je travaille en 3D cela me permet de comprendre le volume. Je dessine mes personnages plus facilement, de manière cohérente, je peux jouer avec les ombres et la lumière.
Avec Joe c’était ma démarche première. Ce n’est qu’un jeu d’ombres et de lumière, de clairs/obscurs. C’est très important pour moi l’impression de volume qui en résulte. J’ai besoin que les choses sortent du papier. De donner de la profondeur à mes images.
Cela m’importe beaucoup.

Sceneario.com : Ce que tu as trouvé de difficile dans la bande dessinée ?

Olivier G. Boiscommun : Je n’ai pas l’impression d’avoir fondamentalement changé dans ma manière de faire ni dans la qualité que j’essaie de donner.
Je fais mon maximum. J’essaie de faire mon travail le plus honnêtement possible encore aujourd’hui de même qu’il y a 10 ans quand j’ai commencé.

Ce que j’ai trouvé dur et même très dur parfois, c’est la manière dont certaines personnes profitent de cette honnêteté. Cherchant à obtenir des choses de toi pour de mauvaises raisons et avec de mauvaises manières.
Mais je ne regrette rien. Cela m’a aussi permis de rencontrer des gens qui fonctionnent autrement et d’avoir créé des liens vraiment intéressants. Et puis toute expérience est bonne à prendre.
Voilà tu me demandais ce que j’avais trouvé de difficile, et bien je pense que le business rend les gens bizarres parfois.
Le business qui est associé à l’argent, mais plus que l’argent encore, le pouvoir et le besoin d’exister peut rendre les gens vraiment curieux et leur faire faire des choses franchement étranges et pas toujours sympathiques.

Sceneario.com : Comment gères-tu ton rythme de travail ? J’ai cru comprendre que tu avais un rythme effréné ?

Olivier G. Boiscommun : J’avais oui ! Car j’essaye aujourd’hui de calmer un peu le jeu. Et même si je continue à travailler beaucoup c’est à un rythme plus raisonnable.
Il est très difficile de vivre de la bande dessinée. Surtout lorsque l’on commence et que les seuls contrats que l’on vous propose ne vous rapportent pas de quoi vous nourrir et ça, même si les ventes sont tout à fait correctes.

Mieux vaut dans ce cas être sponsorisé par papa et maman. Malheureusement ce n’est pas possible pour tout le monde.
Je pourrais donc jouer les plaintifs et dire que c’est l’instinct de survie qui m’a poussé à travailler de manière aussi forcenée, c’est d’ailleurs en partie vrai.
Mais si je veux être tout à fait honnête, je crois que plus qu’un besoin matériel c’était surtout nécessaire pour ma survie mentale.
Un événement est intervenu dans ma vie qui a été pour moi très traumatisant. On oublie plus facilement en se plongeant dans des univers imaginaires.
Je me suis ainsi littéralement perdu dans le travail en oubliant tout ce qu’il pouvait y avoir à côté, moi y compris.
Dix ans de travail acharné sans week-end ni vacances ce n’est pas très bon pour la santé, et j’en ai pleinement pris conscience il n’y a pas très longtemps.
C’est étonnant tout de même qu’il m’ait fallu un deuxième traumatisme pour me sortir de l’état dans lequel le premier m’avait plongé non ?

Sceneario.com : Tu reprends beaucoup ton travail avant de le finaliser ?

Olivier G. Boiscommun : Assez peu. J’ai plutôt tendance à beaucoup penser en amont, à inscrire mentalement l’image avant de la dessiner, après j’essaie de m’en rapprocher le plus possible.


Ce qui m’intéresse c’est de raconter l’histoire. Donc une fois que je sais par quel biais je vais la raconter, le dessin reste un moyen comme un autre.
De plus, je pars du principe que l’important est d’être convaincu quand tu termines quelque chose que tu ne pouvais pas faire mieux au moment où tu l’as fait.
Je me contente de ça et j’en reste là. Même si plus tard c’est améliorable. Par contre si je pense que j’aurais pu mieux faire sur le moment, je recommence. Je fonctionne sur ce principe là.

Sceneario.com : Tes influences artistiques ?

Olivier G. Boiscommun : Pour ce qui est de la BD j’ai commencé comme tout le monde avec Astérix, Tintin, Gaston, Spirou, les p’tits hommes, Olivier Rameaux …
Et je suis revenu à la BD en tant qu’adulte avec Bilal et Loisel.
C’est vraiment eux qui m’ont donné envie de faire ce métier. Leur travail à chacun touche à deux univers dans lesquels je suis rentré pleinement, sans difficulté, et avec un grand plaisir.
Ils m’ont touchés chacun avec sa démarche et dans des styles presque opposés. Je te disais que pour moi au départ la BD c’était vraiment quelque chose de très abstrait.
C’est avec Bilal et Loisel que j’ai pris conscience qu’il y avait un mec derrière ça. Que c’était un travail, que ces mecs avaient souffert pour sortir tout ce qu’ils ont sorti.
Avec Uderzo, Franquin tous ces gens là, et c’est heureux, je n’avais pas conscience de tout ça. J’étais enfant, pour moi c’était quelque chose de magique, d’inexplicable. Ca existait et cela me suffisait.
Mes influences aujourd’hui sont très variées. Je me nourris autant du cinéma que d’un bon bouquin, d’une situation vécue, d’un visage que l’on croise, ou un rayon de lumière qui vient se poser sur un décor accrocheur … Elles sont aussi variées que cela.

Sceneario.com : La partie la plus délicate dans l’élaboration d’un album …. ?

Olivier G. Boiscommun : Ce qui m’intéresse, par le biais du dessin ou de l’écriture, c’est de raconter une histoire.
Donc l’étape que je trouve la plus jubilatoire, c’est l’étape de construction, où de rien tu crées une histoire qui a un sens, qui raconte quelque chose et même peut-être parfois délivre un message pour certains.
C’est ce que je trouve de magique dans le fait de raconter une histoire. Dans la bande dessinée plus particulièrement le story board. Là je choisis quelle image va être la plus apte à raconter ce que j’ai envie de raconter dans telle vignette, ou telle séquence ; comment je vais m’y prendre.
Voilà ce qui m’intéresse le plus. Là où je me fais réellement plaisir. Si je pouvais m’arrêter à cette étape là ce serait un régal.
Après il y a l’étape du crayonné qui reste encore quand même plaisante. Je m’y approprie mon story board, je le rends plus clair.


J’ai des story board assez poussés.
Le premier jet est très instinctif.
Déjà pour le crayonné il y a une première épuration. Quelques soient les étapes on acquière des choses. Il y a un mieux en qualité, en esthétique mais il y a des pertes malgré tout aussi.

Avec les couleurs on gagne de l’ambiance, on gagne certaines saveurs, de la profondeur etc. Mais, on perd de la gestuelle, de l’énergie, la nervosité du trait.
Donc chaque étape apporte mais enlève aussi en même temps.
Alors que le story board c’est du brut. C’est vraiment là où je prends mon pied, à l’écriture et au story board, les étapes d’élaboration.
Il y a la prévisualisation aussi. J’essaie toujours de travailler sur le ressenti. Pour cela j’essaie de vivre profondément les choses pour pouvoir les retranscrire au mieux.
Donc il y a effectivement la prévisualisation de l’image mais aussi de tout ce qu’elle dégage.
C’est cette démarche qui m’intéresse. J’essaie de raconter les choses avec les émotions autant que les intentions.

Sceneario.com : Est-ce que tu as le temps de lire un peu ce qui sort en BD ?

Olivier G. Boiscommun : Maintenant j’ai du mal à lire un album autrement qu’en essayant de l’analyser, de le décortiquer, sans le comprendre.
Franchement quand je sors d’une journée de boulot je serais incapable de lire un album autrement.
Des fois quand la magie opère, que ça fonctionne, j’oublie tout ça mais c’est trop rare. En général je me fais des petites piles. Quand il y a un bouquin que j’ai envie de lire je le mets de côté. Là j’ai El Nino à lire il paraît que c’est génial, tout le monde me l’a conseillé.

Sceneario.com : O.G. Boiscommun, G c’est pour quoi ?

Olivier G. Boiscommun : G. Boiscommun désigne le nom de jeune fille de ma mère. Il était trop long, alors je n’ai gardé que le G. de la première partie.
Et j’insiste et j’y tiens.

Sceneario.com : Tes albums seront bientôt réédités chez les humano avec une suite pour Halloween ?

Olivier G. Boiscommun : Oui, Joe doit ressortir au mois de mai avec quatre pages inédites.
La suite d’Halloween est écrite depuis longtemps. Mais je ne la réaliserai qu’après le troisième Anges.