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Entretien avec Michel Dufranne, scénariste de bandes dessinées

interview réalisé par BertholD en septembre 2009

Sceneario.com : Bonjour Michel. Peux-tu te présenter ? Nous raconter ton parcours ?


Michel Dufranne : En quelques mots-clé : belge, père d'un jeune trollinet, presque quarante ans, psychologue de formation, et apprenti scénariste permanent depuis presqu’une décennie. Quant à mon parcours professionnel, j'ai souvent mené plusieurs activités de front (j'aime assez les semaines de 2 x 35 heures et j'ai la "chance" de dormir assez peu en me couchant tard et me levant très tôt). En vrac et en désordre : chasseur de têtes, chercheur à l'université, formateur, enseignant, conseiller municipal, chroniqueur BD en presse écrite, chroniqueur littéraire en TV, responsable de la com' interne, rédac' chef (adjoint) en presse écrite… le tout entre Bruxelles, Charleroi, Paris et Montréal. Et bien évidemment (co)scénariste de bande dessinée.


Série Sopuvenirs de la grande armée

Sceneario.com : Tu es donc scénariste de diverses séries comme Souvenirs de la Grande Armée, Beowulf mais aussi de diverses collaborations avec Jean David Morvan : citons Helldorado, l’adaptation des Trois mousquetaires entre autres.

Parlons de Souvenirs de la Grande Armée :

Comment est née cette série ? Es-tu un passionné de l’époque napoléonienne ?


Michel Dufranne : Cette série est née de l'envie conjointe de faire du récit historique "sérieux", documenté, réaliste et de traiter d'une période qui était un "parent pauvre" en bande dessinée. Mais au-delà des désirs personnels, cette série est surtout née de deux "rencontres". Celle de Vlada, un dessinateur qui m'avait contacté pour faire de la S-F (car on lui avait dit que la fantasy et la S-F c'est ce qu'aiment les Français) alors qu'il excelle à dessiner les chevaux et les uniformes et a une vraie passion pour l'histoire (conjointement à une réelle formation classique en dessin... comme la grande majorité des auteurs des “Balkans”). Et celle de Guy Delcourt qui, bien que la collection "Histoires & Histoire" n'était pas encore sur les rails, a montré une réelle motivation pour notre approche du récit ; et quand Guy Delcourt est motivé, des montagnes peuvent bouger *LOL*.


Passionné ? Sincèrement, je n'en sais rien... Ce terme regroupe – et ce d'autant plus que l'on évoque le Ier Empire – des réalités tellement différentes… Du “fan” de l'Empereur au collectionneur de figurines en plomb, du collectionneur d'objets d'époque à l'amateur de reconstitutions historiques… Je ne suis aucun de ceux-là, et peut-être un peu tous à la fois *LOL* . Pour faire bref, je pense être d'abord et avant tout un “passionné” de récits militaires (ou plus précisément de récits en temps de guerre), de mémoires d'hommes (et de femmes) qui ont vu la bêtise humaine en face et ont d'une façon ou d'une autre regardé la mort au fond des yeux. Cette “passion” se traduit par plusieurs dizaines de milliers de livres qui s'amoncellent et érigent de nouveaux murs dans notre appartement. Si j'apprécie les conquêtes d'Alexandre ou les guerres du Péloponnèse, il faut reconnaître que les sources de première (voire deuxième) main sont rares. À partir du Ier Empire (et si l'on fait l'impasse sur les réécritures de la fin du XIXe et du début du XXe), on peut s'immerger dans le “vécu” de ces héros anonymes… Pourquoi une telle “passion” ? Là on touche probablement à la psychanalyse… J'imagine qu'avoir un père adolescent à Bastogne en 44, des parents belges germanophones (les Lorrains et Alsaciens comprendront), des résistants, des STO, etc. qui tous m'ont (souvent) raconté leurs histoires “quotidiennes” avec leurs lots d'oublis, de mensonges et d'émotions, ça vous marque un gamin. Il faut croire que ce sont des sujets qui me suivent quand on sait que ma belle-famille vivait dans les faubourgs de Maleme et Chania dans les années 40 (à vos atlas historiques) ou que je ne compte plus les amis serbes, croates, ukrainiens… (Et encore je ne vous parle même pas de mon épouse qui travaille dans le “social” et qui, elle, ne compte plus parmi "ses" sans-papiers les victimes de conflits ou les enfants soldats…)


Peut-être que cette “passion” est une façon de se rappeler combien c'est une vraie chance de vivre en paix et de n'avoir connu la guerre que le cul vissé à son canapé ou devant Internet.


Sceneario.com : Pourquoi raconter cette histoire de cette façon-là ? Combien de tomes prévois-tu ?


Michel Dufranne : Je pense que tout est dit plus haut, non ? Je voulais un récit vu par le petit bout de la lorgnette, raconté par un gars qui au nom de l'idéal républicain verse son sang pour un Empereur qu'il ne voit que de très loin… Je voulais un récit assez peu "romantique", un récit qui sente la boue, le crottin, la poudre… Un récit où le mensonge existe, car c'est un homme qui le raconte avec son propre point de vue (et pas un historien qui croit “détenir” LA vérité). Une façon de raconter ceci était de le “mixer” le contenu historique avec des “enquêtes” policières (assez légères) qui offrent ainsi un décalage de perspectives intéressant et permettent de brasser différentes réalités ; par exemple, dans le tome 1, alors que l'on sort d'une des batailles les plus sanglantes des campagnes impériales, l'émoi s'empare d'hommes (de guerre) car un cheval meurt. Au-delà des “statistiques” que retiennent les livres d'histoire, ce qui marque vraiment les hommes réside avant tout dans des éléments du quotidien qui, dans un autre contexte, serait totalement anodins et prennent soudainement une “valeur” incroyable (par exemple, ces survivants des camp qui vous parlent avant tout autre chose du nombre de marches d'un escalier ou de la taille des arbres).


Combien de tomes ? La question est à poser à mon éditeur... J'aimerais bien pouvoir conduire le projet jusque 1816 (1815 Waterloo… et après ?! On évoque rarement ce que sont devenus les “héros” les années que ne retiennent pas les manuels scolaires ; pourtant à y réfléchir ces années de “reconstruction” sont probablement plus intéressantes que les années de “combat” elles-mêmes). Mais les aléas de la vie d'une série de bande dessinée sont tels que l'avenir nous dira ce qu'il en sera *LOL* Outre cette contrainte pragmatique (pour ne pas dire commerciale ou mercantile), "Souvenirs…" est une série très difficile à scénariser pour moi ; j'ai peut-être trop d'empathie avec “nos” héros ou je me gave trop de récits d'une réelle noirceur, toujours est-il que ce n'est pas “fun” à écrire... Peut-être ne tiendrai-je pas au-delà du xième (à vous de compléter) album *LOL*.


Beowulf01

Sceneario.com : Avec Beowulf, tu as rejoint la collection Ex-Libris - Textes fondateurs. Pourquoi as-tu choisi ce poème épique qu’est Beowulf ? C’est un héros pas vraiment connu dans nos contrées malgré quelques films récemment qui traitent de ce sujet.


Michel Dufranne : Lorsque Jean David et Guy Delcourt lancent l'idée d'une collection de “Textes fondateurs”, je me dis “Super, voici enfin une occasion de faire (re)découvrir grâce à un média populaire des textes souvent inaccessibles (par leur forme) ou réservés aux intellectuels… alors que ces textes sont fondamentaux dans l'histoire de notre société et que nombre de gens les connaissent déjà 'inconsciemment'.” J'arrive donc chez eux avec deux projets dans mes cartons : La Bible et Beowulf… Si l'importance historique du premier n'est plus à expliquer, le second est un texte essentiel dans l'histoire de la littérature anglo-saxonne (donc autant dire indirectement pour notre littérature vu ce que les – auteurs – francophones consomment comme littératures étrangères) et le pilier incontournable de l'heroic fantasy (sans lui pas de J.R.R. Tolkien… autant imaginer que la face de la fantasy aurait été tout autre vu les 95% de plagiaires, “recycleurs”, ou auteurs “peu inspirés” qui composent le genre). Ce choix est bien évidemment aussi à remettre en perspective avec mes goûts et mon histoire personnels. Ado' j'ai un jour entendu une lecture publique d'un extrait du texte original ; c'était à la fois incroyablement beau et totalement incompréhensible… bref fascinant ! C'était aussi une période où j'essayais de m'initier à des littératures un peu plus “originales” que les sempiternels Zola ou Balzac (que je n'ai redécouverts que très récemment). Je me suis donc plongé passionnément dans les Nibelungen, des extraits du Kalevala, la Chanson de Roland et autres pièces littéraires “illisibles”. A posteriori, je dois bien avouer que je ne devais rien y comprendre (et encore aujourd'hui je doute de tout bien saisir), mais j'y trouvais un réel plaisir de lecture… et puis je pouvais me la "péter grave" avec des lectures bien singulières *LOL*.


Quand le projet fut sur les rails, l'annonce de la concrétisation du film de Zemeckis (vieux projet qui semblait ne jamais devoir voir le jour) fut un vrai coup de poignard. Non seulement, on pouvait présupposer que cette version allait être très épurée et reposerait sur l'action (alors que nous voulions coller au texte et conserver les répétitions, les moments très "statiques", les récits rapportés, etc.), mais surtout il semblait clair que la comparaison allait être inévitable (et que pour beaucoup notre série serait vue comme une sorte de "produit dérivé" du film). Et ça n'a pas manqué… Mais le combat était perdu d'avance face à l'ogre hollywoodien, nous n'étions pas de vrais héros Goths *LOL*

Sceneario.com : D’ailleurs, un petit test autour de Beowulf :

- Beowulf de Graham Baker

- Beowulf et Grendel de Gunnarson

- La légende de Beowulf de Zemeckis

- Le 13e guerrier de McTierman.

Parmi ces films, lesquels t’ont inspiré ? Si tu les as vu, lequel as-tu trouvé le plus réussi ?


Michel Dufranne : Le Graham Baker évidemment... un pur chef d'oeuvre, non ? Quoi vous trouvez que c'est une bouse infâme, comme vous y allez *LOL*


Sérieusement, j'aime assez la version de Gunnarson pour son manque de moyens, une certaine volonté de coller au texte, ses lourdeurs, etc. Mais la version la plus réussie, car elle ne se veut pas être une adaptation de l'oeuvre et n'en prend donc que les meilleurs moments, c'est certainement “Le 13e Guerrier” (même si je déteste le personnage interprété par Antonio B.). Paradoxalement, j'avais détesté ce film au cinéma ; je le trouvais pompeux et je ne comprenais pas sa dimension “plagiaire” que je ne prenais aucunement pour un hommage. Les visions successives en DVD aidant, j'ai une certaine affection pour le film et ses personnages (chevelus et barbus).


Quant à l'inspiration, aucun j'espère… Toutefois inconsciemment la réponse se devrait d'être “tous” (voire une multitude d'autres encore). Il est vrai qu'en cours d'écriture, il est difficile de ne pas tomber dans le piège du "Et surtout que la mère de Grendel ne ressemble pas à Angelina !!!" *LOL*


Sceneario.com : Dans lequel trouve t’on un Bulywilf ?


Michel Dufranne : Dans un scénario original de Michaël Crichton, non ? *LOL*


Sceneario.com : Quand est prévu le prochain tome ?


Michel Dufranne : Jamais ! Beowulf a bien été terrassé par un Grendel nommé “chiffres de vente”. Notre éditeur-roi nous a donc annoncé en cours de tome 2 que nous pouvions partir en quête sur d'autres terres pour gagner les honneurs tant espérés.


Ça restera pour longtemps un clou de mon cercueil… Mais ce genre de frustration fait aussi (surtout ?) partie de la vie d'auteur. Outre l'euthanasie de la série, je regretterai aussi le divorce avec Javi. Enfin, ce qui ne nous tue pas…

Sceneario.com : Ton actualité récente a été la sortie de Helldorado tome 3 qui conclue cette série. C’est aussi une des œuvres à laquelle tu collabores avec Morvan. Comment travailles-tu avec lui ?

Es-tu content au final de la série Helldorado ?


Michel Dufranne :Travailler avec Jean David est une expérience fascinante et frustrante. Imaginez que vous faites les 24h du Mans ; lui prend des longs relais avec une Porsche hyper-puissante et super-rôdée, vous vous prenez des petits relais avec une 2CV à laquelle un pneu a été remplacé par une roue de vélo. En gros, vous essayez de ne pas faire trop de conneries, vous essayez de tenir son rythme et vous bavez d'admiration devant son talent, sa capacité de travail, sa facilité à tomber de la page et à traduire en mots les images qu'il a en tête. Bref, à la fin de l'expérience, vous avez probablement grandi et appris, mais il reste un arrière-goût étrange d'avoir été un poids mort à certains moments-clés de la réalisation de l'album. Quoiqu’il en soit vous avez la preuve que “scénariste” c’est un vrai métier ! Dans la pratique, sur Helldorado, je résumerais mon intervention à l'amont (le ping-pong initial générateur d'idées et de structures) et à l'aval (l'harmonisation des dialogues, des relectures, etc.).


Série Helldorado


Je profite de la question pour élargir la réponse aux collaborations “scénaristiques” ; quand on regarde ma bibliographie, à de rares exceptions, ce sont des collaborations assez larges. J'avoue qu'à la réflexion c'est probablement une erreur de débutant (voire de mec qui a envie de bosser avec ses potes). Même si je ne regrette aucune desdites collaborations scénaristiques – et que je les continues toutes avec le même bonheur –, je n'ai trouvé aucune association qui n'ait débouché sur ce déséquilibre dans la prise de possession du projet. Outre les éléments “personnels” telles que la gestion d'agendas ou la gestion financière (déjà que les “jeunes” scénaristes ne sont pas payés lourds, les droits mirifiques divisés en deux je vous laisse deviner), j'ai pu constater que le “monde de la BD” n'était pas très à l'aise dans ce genre de configuration et avait tendance à oublier l'un ou l'autre partenaire. Par exemple, je suis toujours peiné de constater que lorsque l'on me parle de Candide on oublie (presque) systématiquement Gorian (qui pourtant est une pointure dès qu'il s'agit de parler de Voltaire) ; je ne compte plus le nombre de fois où j'ai pu lire que J.C. Camus était le coloriste de La Bible – L'Ancien Testament (non seulement c'est dommage pour son statut de scénariste, mais en plus ça dégage systématiquement Mario le vrai coloriste de l'adaptation).

Sceneario.com : avec Morvan, tu collabores aussi sur l’adaptation des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas . Là aussi, comment travaillez vous ensemble ?


Michel Dufranne : Comme pour Helldorado, mais on est au 24h de Francorchamps si vous préférez. *LOL*


Série Les trois mousquetaires

Sceneario.com : Tu collabores avec divers dessinateurs de nationalités différentes. Tu travailles de la même façon avec eux ou bien chacun à sa propre personnalité ?


Michel Dufranne : Chacun a sa propre personnalité… Heureusement, non ?! C'est bien l'intérêt de la bande dessinée… Si je ne cherchais pas à rencontrer des partenaires de jeu avec des personnalités propres je n'aurais pas multiplié les co-scénarios, ou je serais devenu romancier (ou que sais-je encore). La nationalité n'est certainement pas l'élément-clé ; je ne me dis pas “Tiens, pour ce projet je travaillerais bien avec un Lituanien ou un Danois”. Par contre, il est évident que la culture forge (partiellement ?) la personnalité de mes comparses. Un récit “de guerre” dessiné par un “Yougo”, ça ne s'appréhende pas de la même façon qu'avec un petit gars de Bruxelles ; les Serbes et Croates connaissent le poids (physique pour beaucoup, psychologique pour tous) d'une arme. Vujadin a un vrai feeling pour la “causticité” voltairienne ; la dictature et la bêtise humaine ont probablement plus de corps dans son esprit que dans celui d'un dessinateur qui n'a fréquenté que les salons parisiens. Pour certaines scènes de “Souvenirs…”, je peux me contenter de quelques impressions, Vlada “sait” ce que peuvent réellement ressentir les personnages (voyez aussi le travail de Kordey avec Jean David ou Jean-Pierre). Personne ne doit expliquer à Ignacio ce qu'est une jungle luxuriante ou un Conquistador. Donc oui le vécu et la personnalité de chacun influent sur la façon de communiquer des informations qui devront être mises en images. Après on rentre dans la technique et chacun aime recevoir son matériel de l'une ou l'autre façon (les uns en textes continus, largement séquencés et précisément dialogués ; les autres en découpage ultra-précis, case à case, avec indication de point de vue, etc.). Une chose a changé par contre au cours des ans, ma langue de travail ! Avant j'écrivais en anglais, mais je me suis vite rendu compte que je n'arrivais pas à exprimer certaines nuances et que parfois – pire encore ! – j'essayais de distordre ma séquence et mon découpage afin de coller aux limites de mon champs lexical ou syntaxique. Je suis donc revenu à ma langue maternelle et je ne me mets plus aucun frein dans la rédaction. Certains dessinateurs se débrouillent pour traduire de leur côté, certains étudient le Français (si après ça je ne reçois pas une médaille du Ministère de la Culture, je ne comprends plus rien *LOL*), mais surtout j'engage des traducteurs (et même parfois j'arrive à ce qu'ils soient payés par l'éditeur et pas par moi... waouuuu *LOL*).

Sceneario.com : Es tu exigeant au niveau des graphismes ou laisses tu les coudées libres au dessinateur ou au coloriste ?


Michel Dufranne : À eux de répondre. Je n’en sais rien… J’ai l’impression d’être un gars cool et sympa. Mais en réalité je suis un type stressé qui aime tout contrôler… Est-ce vu comme de l’exigence ? Peut-être… peut-être pas…

Sceneario.com : As-tu d’autres projets à venir ?


Michel Dufranne : Nouveaux ?! J'espère… Je ronge mon frein en attendant la réponse de mon éditeur. L'auteur se doit aussi d'être patient… Entre temps, il faudra vous contenter des suites de séries en cours qui ne sont pas (encore ?!) arrêtées.


Vignette les trois mousquetaires

Sceneario.com : Au fait, qui est donc Miroslav Dragan ?


Michel Dufranne : Un alter ego assassiné un matin d'hiver en librairie lorsqu'un client plein de tact a dit à son libraire “Ce bouquin il est peut-être très bien, mais j'en ai marre de filer mon pognon à des étrangers… Je préfère toujours acheter des auteurs français.” Comme parallèlement, les structures éditoriales s'étonnaient de me voir m'accrocher à un pseudonyme et me conseillaient de reprendre mon nom “bien de chez nous” pour des raisons commerciales “évidentes”… J'ai craqué et je suis redevenu moi-même. Ce qui, par ailleurs, a ravi mes parents qui pouvaient (enfin) être fiers de leur progéniture *LOL*


Et (honteusement) l'usage me prouve que les sollicitations (interviews, invitations, contact, etc.) sont bien plus nombreuses pour le M.D. “bien de chez nous” que pour le M.D. “qui doit habiter loin et ne rien comprendre à la belle langue de Voltaire”. Par contre, force est de reconnaître (pour rester honnête), que ce M.D. exotique m'a ouvert pas mal de portes chez les dessinateurs d'Europe centrale. En résumé et pour se la faire grotesque : Dragan recrute et Dufranne se payent des vacances grâce à ses plantureux droits d'auteur. *LOL*

Sceneario.com : tu es aussi chroniqueur dans une émission littéraire à la TV publique belge. As-tu d’autres cordes à ton arc ?


Michel Dufranne : Je suis un amant extraordinaire, je cuisine comme un dieu et je peux réciter les statistiques de la DEL des dix dernières années *LOL*


Sincèrement, je n'en sais rien… J'espère bien que oui, mais lesquelles ? Je calcule peu quand je me lance dans un “truc” (et j'ai plutôt tendance à dire “Oui” quand on me propose une activité qui me semble originale) et je m'investis à fond (au grand regret de mon épouse parfois). Et comme je suis curieux, les activités originales ne manquent pas…

Sceneario.com : Mais comment peut-on être belge et faire de la bande dessinée ?


Michel Dufranne : Mais comment peut-on ne pas être belge et faire de la bande dessinée… Telle est la vraie question ! *LOL*

Sceneario.com : Quel a été ton dernier coup de cœur pour une BD ?


Michel Dufranne : Aucun ! Je n'ai jamais de coup de cœur !! Dis comme tel ça fait “mec super arrogant” et pourtant tel est bien mon malheur !!! Depuis une dizaine d'années je baigne totalement dans le milieu de façon professionnelle (il fut même un temps où je lisais tout !). Avant d'attaquer la lecture d'un album, je me définis mon contexte de lecture (pour chronique, pour le taff, pour la veille concurrentielle, c'est le truc à la mode qu'il faut lire, etc.) ; j'ai donc chaque fois un objectif de lecture et une grille de décodage… Objectif et grille desquels sont exclus passion et plaisir ! J'essaye de rester sur un point purement “rationnel/intello”. Bref, c'est un peu comme les lectures forcées à l'école : on peut apprécier un livre, mais on atteint rarement le coup de coeur, cette fulgurance passionnée. Au moment de répondre à cette interview, je commence une année sabbatique volontairement couplée à une année de sevrage ; je ne touche plus une BD, je ne m'intéresse plus à l'actualité, je ne vais plus en librairie, bref je fais le grand vide pour retrouver un œil neuf et surtout… du plaisir ! Évidemment comme tout sevrage, il est assez difficile de tenir le coup (passer de 3 à 6 albums par jour à 0… un choc !), je ne sais d'ailleurs pas si je tiendrai, je m'astreins donc, quand l'envie de “petits Mickey” est trop forte, à lire des Intégrales (merci Gil Jourdan, merci Commanche… vous êtes ma méthadone). Donc, désolé, pas de coup de coeur (Gil Jourdan, Gil Jourdan, Gil Jourdan), demandez à votre libraire qui, lui, doit – encore – tout lire !

Sceneario.com : Ton dernier coup de cœur pour un film ?


Michel Dufranne : Ah ah ah ah… Je vais encore être obligé d'expliquer pourquoi je refuse d'aller au cinéma. Cela fait donc 5 ans que je n'ai plus mis les pieds dans une salle obscure. Je n'en pouvais plus de l'odeur de pop-corn et de nachos, des GSM qui sonnent, des gars qui roulent des mécaniques en expliquant à leur voisine la fin de l'histoire, des mamys qui commentent le mobilier (car apparemment Jeannine avait la même nappe et Irène la même plante qui est morte faute d'avoir été trop arrosée), des mecs qui retirent leurs pompes et qui puent des pieds (ceux-là je les vois déjà dans le métro), etc. Pour toutes ces mauvaises raisons, je préfère rester dans mon salon et me mater des DVD avec mes propres meubles, mes propres sécrétions, mon propre GSM (qui est toujours coupé). Donc des coups de cœur en pagaille parmi des vieux trucs que je peux regarder et regarder encore : "Le Bon, la Brute et le Truand", "Croix de fer", "Das Boot", "Requiem pour un massacre", "Le Pont", "Rollerball", "Texas Chainsaw Massacre", "Bowfinger", "À l'Ouest rien de nouveau", "Lost Highway", "Dark City", "Blade Runner"… Bref j'ai des piles de trucs dans lesquels je pioche quand je m'ennuie et la fulgurance y est encore et toujours ! Hors ces “classiques” de ma DVDthèque, je peux avoir des coups cœur (relatifs) en fonction du contexte de “vision”. Avec mon gamin, j'avoue que Babar me gonfle, mais que je suis toujours (même après 200 passages) sous le charme de “Bambi” et du “Livre de la jungle”. En famille, “El Dorado” ou “Séraphine” nous ont vraiment conquis et nous sommes plutôt clients de “OSS 117”. Récemment, il y a un téléfilm (en 2 parties) que je me suis regardé plusieurs fois d'affiler tant je le trouvais intéressant et riche : "L'École du pouvoir" (je suis fasciné par le personnage interprété par Céline Sallette – et par l’actrice aussi, d’ailleurs si vous la connaissez… *LOL*) ; de même avec la série “Les Oubliées”. Ce sont probablement mes "derniers coups de cœur".

Sceneario.com : Pour une musique ?


Michel Dufranne : Down (du blues-metal avec Phil "Pantera" Anselmo), Fantômas (un des projets expérimentalo-délirants de Mike Patton), Apocalyptica et, plus récemment sur les conseils du coloriste du Nouveau Testament, Kultur Schock (du "slavo-bruit" sautillant).

Sceneario.com : Pour un livre ?


Michel Dufranne : "Le Noir est aussi une couleur" ! Lisez et vous aurez aussi un coup de cœur… ou de genou dans les parties !

Sceneario.com : Merci pour ce temps passé avec nous...