interview bande-dessinée, interview auteurs bande-dessinée, Entretien avec Binet lors du festival d'Angoulème

Entretien avec Binet lors du festival d'Angoulème

Entretien réalisé par Aub, le 28 janvier 2005 sur le stand des Editions Fluide Glacial à Angoulème.
Les albums de Binet

Sceneario.com : Depuis combien de temps dessinez-vous ?
Albert Algoud :
(se trouvant à coté) Depuis une semaine…. (rires)
Binet : (rires)

Sceneario.com : Monsieur Algoud, si ça continue je vais vous demander de sortir…
Albert Algoud et Binet
: (rigolent de plus belle)
Binet : Je crois bien que j’ai toujours dessiné, mais professionnellement ça fait 40 ans. J’ai commencé par des illustrations à droite à gauche avant vraiment d’être dans le métier.

Sceneario.com : Pouviez-vous penser à l’époque, que vous rencontreriez un tel succès ?
Binet :
Non, c’était inimaginable. Ce que je dis toujours c’est que les personnages c’est assez secondaire en définitive, se sont des outils. J’avais des choses à exprimer, l’outil « les Bidochons » est arrivé afin que je puisse concrétiser ce que j’avais envie de raconter.

Sceneario.com : Nous sommes déjà à 18 albums des Bidochon…
Binet :
Mais des albums de Binet, il y en a 35…

Sceneario.com : Est-ce difficile d’innover maintenant ?
Binet :
Oui c’est difficile de trouver des sujets qui vont durer tout un album. Voilà une des raisons pour laquelle j’ai décidé de me lancer dans la nouvelle série des « Impondérables », on y trouve des histoires que je ne peux pas raconter avec les Bidochon. Je pense donc développer les deux séries parallèlement. Pour les Bidochon il faut que j’arrive à trouver un thème suffisamment excitant pour faire tout un album. En effet au bout de 18 albums, ça commence à être dur de se renouveler. Il faut que j’arrive à trouver un sujet plus contemporain, les Bidochon étant un peu en décalage par rapport à notre époque. Ce sont leurs propos qui ne sont plus trop adaptés, avec les « Impondérables » j’arrive à raconter ce qui ressort du monde qui nous entoure. Les choses que je ressens j’arrive ainsi à les exprimer.

Sceneario.com : En effet, les « Bidochon en voyage organisé » ou « Les Bidochon usent le forfait » collaient bien à l’actualité de leur époque de sortie.
Binet :
Oui, même si ce sont des choses un peu permanentes. La vie se charge de m’apporter des idées nouvelles. J’avais pensé faire un album sur Internet. Mais Internet c’est quand même assez fermé, faire un album de 46 pages avec juste les Bidochon assis devant un écran d’ordi… Avec le téléphone c’est quand même plus vivant, les personnages peuvent se déplacer, aller dehors, en voiture…
Pour « Impondérables », en fait, je suis abonné au Parisien, et j’y récupère de nombreuses infos, il y a une rubrique qui s’appelle « vivre mieux » et qui m’inspire beaucoup. J’achetais ce quotidien au départ pour les fais divers, mais j’étais vite bloqué dans le fait divers ; Alors qu’un article sur une tendance, comme par exemple, la lecture à l’école, les maisons de retraite, me laissent plus d’espace pour m’exprimer. Je découpe constamment de nombreux articles, dès qu’ils m’interpellent.

Sceneario.com : Vous travaillez comment chez vous ?
Binet :
Je me suis donné des horaires de bureau. Beaucoup d’auteurs attendent que l’inspiration arrive, mais pour moi c’est une très mauvaise méthode. Il faut être devant sa table à dessin, il me faut une heure ou deux avant que l’inspiration arrive ; je suis donc devant ma table à dessin, de 9h à 12h et de 14h à 19h… Je ne travaille pas la nuit ni les week-end.
Tout au début comme beaucoup de monde je me réveillais la nuit, notais l’idée que je venais d’avoir, et le lendemain je me rendais compte que cette idée n’était pas du tout exploitable, voir même que c’était vraiment nul.
Mais bon des fois l’inspiration ne vient pas et c’est là que l’expérience joue car ça peut devenir vite oppressant. Plusieurs fois ça m’est arrivé, ayant l’impression que plus rien ne va arriver. Ca peu durer jusqu’à 15 jours… C’est bizarre le cerveau… Alors je fais d’autres choses.

Sceneario.com : Vous faites quoi ?
Binet :
De la musique, de la peinture… et même du vélo, parce que le dessin est quand même un travail très sédentaire, et on a beau dire c’est quand même très fatiguant de dessiner, alors faire du vélo, ça me sort et ça me permet de faire un peu d’exercice.

Sceneario.com : Que pensez vous de Fluide Glacial, et de l’arrivée il y a quelque temps d’Albert Algoud en tant que rédacteur en chef ?
Binet :
C’est une belle histoire, une histoire fantastique, c’est quand même les 30 ans cette année. Il y a une super équipe, avec des auteurs qui sont partis, d’autres qui sont arrivés, il y en a qui sont là depuis le début. Pour ma part j’y suis depuis le 5° ou 6° numéro. Une fois par moi on va tous manger ensemble, c’est ce qu’on appelle le bouclage, mais bon au fur et à mesure du temps c’est devenu un repas de copain. Dessinateur, c’est un métier de moine, où chacun est dans son coin, alors cette rencontre mensuelle est un vrai plaisir. On pourrait penser qu’entre gens du même métier on parle boulot, en fait c’est plutôt magique on s’y retrouve surtout pour déconner.

Sceneario.com : Et les nouveaux dessinateurs ?
Binet :
Y’en a qui arrivent, y’en a qui sont venus et qui sont partis, d’autres sont restés. Ceux qui ne trouvent pas leur place partent d’eux-mêmes. En plus il n’y a pas d’aigreur. Je me souviens de Charles Henri Flammarion, lorsqu’il a racheté Fluide Glacial, il est venu à un bouclage, et quand il a vu les 20 auteurs autour d’une table rigoler… lui qui pensait qu’on ne pouvait pas mettre deux auteurs l’un en face de l’autre sans qu’ils se disputent ! Et pourtant, même entre nous, il y a de nombreux chemins différents, mais jamais aucune aigreur. C’est formidable !

Sceneario.com : Vous aimez les festivals ? Angoulême ?
Binet :
Angoulême, et les festivals c’est fatiguant. Je préfère une séance de dédicace en boutique. Je suis de la province, j’ai des horaires de travail régulier, et dans les festivals, plus particulièrement à Angoulême c’est quand même fatiguant. Il fait chaud, il y a du monde… Mais bon il paraît qu’il faut y être. En général je ne fais pas beaucoup de festival. Mais c’est quand même très sympa de tous se retrouver ensemble.

Sceneario.com : Vous avez le temps de lire de la BD ?
Binet :
Non, plus trop. J’ai perdu le pied. Je ne sais pas par quel bout commencer, il y a tellement d’albums qui sortent, vous le savez certainement mieux que moi. Le dernier que j’ai lu et découvert c’est Mathieu Sapin, je l’avais déjà repéré dans un numéro de Pilote, je trouve son humour original et rigolo. Mais bon, je vais aller découvrir « Poulet aux prunes » puisqu’il a été nominé. Je connaissais de nom, je vais aller le lire maintenant. même si je sais que les prix ça ne fait pas tout, puisque par exemple je n’en ai jamais eu.

Sceneario.com : Et pourtant quel succès…
Binet :
Oui heureusement, s’il fallait attendre après les prix, ça ferait longtemps que j’aurais disparu de la circulation.

Sceneario.com : « Impondérables » est sorti il y a 3 mois… Et ensuite que nous réserve Binet?
Binet :
Un autre « Impondérables » je pense, même si le public suit un peu moins sur «Impondérables» car il est habitué aux Bidochon, il marche quand même plutôt bien. Les critiques ont été bonnes, et donc c’est la preuve que je ne me suis pas trompé et qu’il faut que je continue.

Sceneario.com : Merci beaucoup.
Binet :
Mais de rien…