interview bande-dessinée, interview auteurs bande-dessinée, Dominique Bertail dessinateur de Shandy chez Delcourt

Dominique Bertail dessinateur de Shandy chez Delcourt

Interview réalisée par Aub et Biatch le 28 janvier 2006 à Angoulême

Sceneario.com: Peux tu te présenter un peu.
Dominique Bertail: Voilà une dizaine d’années que je fais de la Bande Dessinée, j’ai fait une série avec Thierry (NDR:Thierry Smolderen) qui s’apelle l’Enfer des Pelgram chez Delcourt, puis un livre en solo chez Alain Molet, “l’Homme nuit”,  et “L’Homme tableau”, et mon actu c’est la sortie du tome 2 de Shandy chez Delcourt. Je travaille aussi régulièrement pour Fluide Glacial.

Sceneario.com: Comment c’est passé la rencontre avec Matz?
Dominique Bertail: Matz avait proposé le scénario à Casterman, mais ça n’a pas énormément suivit, il l’a donc proposé à Guy Delcourt et, lui m’a mis en contact avec Matz car il savait que c’était un thème qui me plaisait et que je travaillait sur un scénario du genre sans arriver à m’en sortir. Matz m’a contacté, et comme c’etait vraiment ce que j’avais envie de faire, c’est partit ainsi.

Sceneario.com: Tu es donc passionné par cette époque Napoléonienne?
Dominique Bertail: Je suis surtout branché par le romantisme, c’est ce qui nous a relié, Matz pour le coté littéraire, et moi la peinture romantique. Avec un léger décallage puisque la peinture est postérieure à la littérature romantique, mais on a exactement la même nourriture et les mêmes envies, voilà pour l’époque. Ce n’est pas Napoléon qui nous a réunit, c’est vraiment l’époque du romantisme.

Sceneario.com: Tu es quelqu’un de romantique?
Dominique Bertail: Wahoo, la question qui tue. C’est très dur à dire, mais au final oui, je suis quelqu’un de romantique, même si il faudrait définir exactement ce qu’est le romantisme. C’est pour moi, vraiment une intuition, donc ça serait vraiment très long à développer.

Sceneario.com: Le style Napoléonien et l’époque est le fond de l’histoire.
Dominique Bertail: Oui, même si dans le tome 1 on ne parle absolument pas de Napoléon, le tome 2 c’est l’histoire, du héros plongé dans la bataille d’Austerlitz. C’est un peu un des genre du romantisme, avec pour le 1° la naissance du fantastique, un espèce de faux fantastique, avec des fantômes, des intrigues pas vraiment fantastiques juste les premiers pas. C’est les débuts de la psychologie, de la psychiatrie. Puis la guerre c’est un autre genre de romantisme, même si la série ne sera pas uniquement accès sur la guerre, puisqu’en fait se sont plutôt des moments de la vie du héros. C’est une sorte de roman d’initiation. La guerre faisant partie aussi bien de la vie du héros que du genre romantique. En plus pour être très franc, je trippe vraiment à dessiner des chevaux, des uniformes, des fresques à “grand budget”. Principalement car j’ai baigné dedans en étant petit, avec des armures, des casques, des sabres, de peintures d’ancêtres Maréchaux d’Empire, et tout ça est resté dans une petite case.

Sceneario.com: Combien de tomes sont prévus, et as tu déjà lu le scénario jusqu’au bout?
Dominique Bertail: Non, tout simplement parce qu’il n’y a pas de scénario jusqu’au bout. Les albums se font au fur et à mesure, chaque fois qu’on en fait un on discute du suivant, et on verra ce que ça va donner. On n'a pas décidé d’un nombre de tome, tant qu’on s’amuse en continura. Sachant que moi j’aimerais bien continuer longtemps, car je pense qu’il faut un certain temps pour que le héros commence vraiment à vivre. Pour l’avoir bien en main, et arriver à en faire quelque chose, je pense qu’il faut plusieurs albums. Tintin par exemple, pour qu’il soit vraiment intéressant il a certainement fallut 7 ou 8 albums. Même chose pour Blueberry, il a fallut plusieurs albums pour que l’univers soit bien en place. C’est pour ça que j’aimerais faire plusieurs albums, même si je ferai certainement d’autres petites choses à coté en parallèle. Maintenant ça dépendra aussi des ventes, de l’envies... et de pleins d’autres choses, mais c’est bien parti pour plusieurs albums.

Sceneario.com: Interviens tu sur le scénario avec Matz?
Dominique Bertail: Ca dépend. En fait oui, de plus en plus, car il y a beaucoup de contraintes historiques pures, et Matz s’attache plus aux intrigues des relations humaines et au corps du récit. J’adapte donc des parties pour que ça puisse rentrer dans un cadre historique. La bataille d’Austerlitz par exemple, j’ai potassé le sujet pendant prêt d’un an, il y a des choses que Matz écrivait qui ne pouvait pas entrer exactement dans un point de vue historique pur. De temps en temps il y a donc des petits ajustements. Mais sinon on discute de ce qui pourrait arriver aux personnages, mais comme Matz écrit tout d’une traite et que de toute façon il est très bon pour ça je n’ai que très peu à intervenir.

Sceneario.com: Y a t-il un gros travail de recherches?
Dominique Bertail: Oui, très très gros travail...

Sceneario.com: Comment se déroule t-il?
Dominique Bertail: Je travaille sur des bouquins, sinon pour le tome 2, je suis allé à Vienne, donc juste à coté de la bataille d’Austerlitz, pour aller régulièrement sur place.

Sceneario.com: Techniquement, ça veut dire que tu vas quelques jours à l’hotel là bas?
Dominique Bertail: Non, on m’a loué une chambre, je suis parti avec une valise, quelques feuilles de papier et je suis parti 5 mois. Un traiteau, un matelas au sol...

Sceneario.com: Sans être indiscret, c’est Delcourt qui finance?
Dominique Bertail: (Rires...) Ca serait bien trop beau, non, pour le coup c’est pour ma pomme, mais qui sait, peut être qu’un jour...

Sceneario.com: N’aurais-tu pas pu y aller moins longtemps, et travailler ensuite sur des photos que tu aurais prises sur place?
Dominique Bertail: Ca aurait en effet pu être réalisable, mais un: j’avais envie d’être dans le bain, deux: j’avais envie d’être noyé des musées Autrichiens, et ne pas avoir qu’une vision Franco-Française. Bon, ça a peut être l’air bête, mais c’est vrai qu’ensuite dessiner des Autrichiens dans la bataille, des scènes de destruction, des Autrichiens se faisant massacrer, ce n’est plus pareil du tout. Si j’étais resté en France, j’aurais dessiné des ennemis, là le fait d’avoir vécu sur place, m’a donné une autre vision de cette guerre. J’ai eu une sorte de prise de conscience, il s’agit de deux camps, avec des relations humaines qui font que l’on n’aborde pas les choses de la même manière. Il y a aussi l’estétisme de les peintures Autrichienne et Russe.
En fait travailler sur des photos n’aurait pas pu être possible sur la Bataille d’Austerlitz, car j’avais besoin d’une compréhension spaciale. J’avais besoin de me rendre compte qu’entre Vienne et Brune il y avait tant de kilomètre, que tel chemin fait tant de kilomètres, que le dénivelé est comme ça et pas autrement. J’avais vraiment besoin de ça pour comprendre la stratégie.
Il fallait que je suis vraiment sur place. J’ai lu plein de bouquins avant, et j’avais du mal à comprendre la bataille. Et c’est vraiment sur place que tout le film c’est refait, et que tout est devenu une évidence. Et c’est ça qui m’a permis de résumer la bataille en 8 pages. Le plus dur étant de résumé une si grosse bataille, et d’arriver à faire comprendre.

Sceneario.com:Et le tome 3?
Dominique Bertail: Ah... je ne sais pas ce que j’ai le droit de dire sur le tome 3. Matz est en train de travailler dessus. A priori je devrait partir en Espagne...

Sceneario.com: Pour t’y installer aussi 5 mois?
Dominique Bertail: J’aimerais bien, mais ça ne sera peut être pas si aussi simple. Disons 2 ou 3 mois. Prendre un atelier là bas, et surtout discuter avec les gens et les historiens sur place, parce qu’en France c’est comme pour la guerre d’Algérie, on ne trouve rien.

Sceneario.com: Le festival d’Angoulème....
Dominique Bertail: C’est la 21° fois pour moi. Au début avec mon papa, à faire la queue pour les dédicaces, puis en tant qu’étudiant puisque j’ai fais les beaux arts à Angoulème, et maintenant avec mes bouquins.

Sceneario.com: Que penses tu du palmarès.
Dominique Bertail: Je ne m’y intéresse pas plus que ça, je ne m’y retrouve pas vraiment.

Sceneario.com: Mais si tu avais été nominé?
Dominique Bertail: Je ne risque pas de l’être. Je ne pense pas que se soit ce type de travail qui rentre dans ce cadre là.