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Des Pieds Nickelés au cdrom, Raymond Maric : une carrière.

Interview réalisée par Marie en Octobre 2003 au domicile de Raymond Maric
La fiche de Raymond Maric

Conversation...

SCENEARIO.COM : Bonjour, et merci de me recevoir pour cette interview.
Vous êtes principalement scénariste mais vous avez plusieurs cordes à votre arc, vous avez fait et vous faites encore de nombreuses choses, vous avez 76 ans, vous avez 50 ans de carrière....alors devant un tel parcours, j’ai d’abord envie de dire bravo et de vous demander de m’aider à vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore.


Raymond MARIC: J’ai 60 ans de carrière ...

SCENARIO.COM : Et toujours actif ?

Raymond MARIC
Raymond MARIC: Oui ;-) bien là j’ai fait un album pour Vent d’Ouest, j’ai fait un scénario sur les avocats..
(interruption par un coup de téléphone...)
Alors mes débuts ! Oui... donc j’avais un copain de lycée qui me dit : « Tu ne veux pas faire de la bande dessinée ? » . Son père était en relation avec le gérant d’un hebdomadaire illustré pour « fillettes » intitulé « Cendrillon ». C’est dans ce journal que je fis mes débuts en 1943 - j’avais alors 16 ans - avec une histoire en trois demi-planches « A bout de forces ». Cette histoire fut bientôt suivie d’une autre en dix planches « Jean et Jeannine ».
Après la libération en 1946, je fus embauché dans une société « Les Voix Françaises ».
C’était une nouvelle société d’édition qui se créait à Nice et qui faisait des albums à l’italienne, en 8 pages , en n&b avec une couverture couleur.. Finalement, j’ai commencé à bien gagner ma vie jusqu’au jour où il a fallu que je parte au service militaire. Alors, un copain m’a dit : « Mais tu as quand même fait 9 mois de résistance ,tu ne devrais pas avoir ton service militaire à faire ! »
Et oui, mais je n’avais pas les papiers officiels, je n’avais rien, et même en recherchant les gens, je n’ai pas pu trouver à temps et j’ai fait mon service militaire.. et en rentrant du service, « Les voix françaises » avaient déposé leur bilan.
A ce moment là, je me suis dit « Qu’est-ce que je vais faire ? » A mes débuts, je signais Chiav qui est le début de mon véritable nom et je suis allé proposer des caricatures sportives à un quotidien de Nice (puisque je vivais à Nice à l’époque ) « L’Espoir» c’était le quotidien du soir du « Combat » , et on m’a pris une composition qu’on passait tous les samedis. Tous les samedis, j’avais une composition sur le match de foot de l’équipe de Nice et puis au bout d’un certain temps, je me suis dit qu’un seul dessin par semaine, ça ne nourrit pas son homme alors j’ai cherché. Et j’avais un copain qui avait un peu encré pour moi au début, qui s’appelait Maccario et je lui ai dit : Est-ce que tu ne voudrais pas aller présenter les dessins au journal concurrent. Alors, il y est allé et a présenté les dessins légèrement différents car je les faisais d’un côté à la plume et de l’autre, au pinceau.
Le second quotidien a accepté d’engager le dessinateur en question. Pour la signature, en prenant les lettres de Maccario, on a créé le pseudonyme de Maric.
Voilà, l’origine du nom ;-) C’était dans les années 49/50 à peu près, et là pendant x temps j’ai travaillé des deux côtés en même temps mais un jour ils s’en sont aperçus parce que les caricatures se ressemblaient. Alors je suis allé voir les gens de « L’Espoir » et je leur ai dit : "Vous avez été les premiers à me faire travailler, je reste chez vous mais les autres me passent un dessin tous les jours ... voilà, comme ils n’ont pas voulu en faire autant, alors je suis passé définitivement au « Patriote ». J’y suis resté jusqu’à mon mariage en 54...quand j’ai rencontré ma femme.
Pellos me disait toujours : « Mais qu’est-ce que tu fous à Nice, viens à Paris... » Mais moi, je faisais une carrière de journaliste sportif, caricaturiste, et je faisais un truc qui m’amusait beaucoup, c’est la critique des spectacles ! J’avais une vie rêvée.... Puis j’ai rencontré ma femme qui habitait Paris, et un beau jour je me suis demandé « Est-ce que je vais à Paris ou est-ce qu’elle vient à Nice ? » Finalement, ma femme m’a dit que j’aurai beaucoup plus de possibilités sur Paris.

Les Pieds Nickelés par Pellos
SCENARIO.COM : Et puis ça vous a souri ..

Raymond MARIC : Oui ! C’est à dire que ma femme ne s’est jamais intéressée à la bande dessinée. C’est un monde qui lui est étranger. Mais je dois dire que c’est grâce à elle... Elle m’a beaucoup aidé au début car c’était très difficile. Pellos m’avait dit, moi je vais te piloter, mais Pellos n’était pas là ! Comme il passait 6 mois aux sports d’hiver...je me suis trouvé tout seul en connaissant peu de monde sauf un journaliste de l’Equipe que j’avais connu à Nice, il y a longtemps, qui s’appelait Jean Helté, qui était responsable secrétaire de la rédaction de l’Equipe.
En fait, on était en vacances à Nice et le photographe du journal (parce que mes parents n’avaient pas le téléphone) a reçu un coup de fil de la rédaction de l’Equipe qui cherchait à me joindre pour m’offrir un poste de secrétaire de rédaction. Alors il est venu tout de suite me prévenir mais ma femme m’a dit « Qu’est-ce que tu veux faire ?, Faire de la bande dessinée ou revenir dans le journalisme ? » J’ai dit, je préfèrerais faire de la bande dessinée, alors elle m’a répondu « C’est simple, actuellement, je gagne assez bien ma vie pour deux, et tu peux continuer » Et elle a eu raison !
Et après, peu à peu c’est parti !

SCENARIO.COM : Voilà !

Raymond MARIC : Voilà... Mais c’est parti parce qu’à ce moment là il y avait une confraternité extraordinaire, parce qu’on n’était pas nombreux.
... Pellos m’a présenté à la Parisienne, la Parisienne m’a donné du boulot .
Ensuite j’ai connu Fusco, et à ce moment là, on m’a donné un supplément à faire pour un journal disparu qui s’appelait « Telstar », et je faisais un supplément pour enfants. Je dessinais 3 pages ; une page, c’était Fusco sur un scénario d’un copain qui , un jour a totalement disparu en nous laissant au milieu du scénario. C’est moi qui ai repris le scénario et j’ai cherché quelqu’un qui l’a remplacé et puis, le journal ayant disparu, le supplément est passé aux oubliettes.
Ensuite, chez Broussard, à la Sagédition, ils m’ont donné à faire beaucoup de personnages qu’ils avaient eux, c’est à dire « Valentin », « Poldinet » etc.. qui paraissaient dans des petits formats... j’ai fait des trucs italiens, j’ai même dessiné plusieurs épisodes de « Pépito ».
J’étais le dessinateur, pratiquement sans grande personnalité. On me disait « Est-ce que tu peux faire ça ? » « Oui, je peux le faire » .

Delook & Sharpy, dessin animé
SCENARIO.COM : Vous pouviez vous adapter..

Raymond MARIC : C’est peut être pour ça d’ailleurs que j’ai toujours travaillé, parce que je n’étais pas quelqu’un qui avait un style défini. Si ça ne plaisait pas ...
A la Sagédition j’ai fait beaucoup de personnages comme ça, et un jour, ils m’ont demandé « Vous ne pourriez pas faire Tom et Jerry et Droopy ? » et j’ai fait Tom et Jerry et Droopy pendant presque 20 ans !
SCENARIO.COM : Alors, comment êtes-vous arrivé sur les « Pieds Nickelés » ?

Raymond MARIC : Je travaillais à la Parisienne d’Edition, où Pellos m’avait présenté, et ils étaient les propriétaires des Pieds Nickelés. Et puis ils ont revendu, et il y a un copain qui était rédacteur en chef des « Pieds Nickelés » et qui faisait l’Almanach Vermot, à qui on a demandé de ne plus s’occuper que de l’Almanach car il rapportait beaucoup, alors c’est là, que sur le conseil de Jacques Velssio , le directeur m’a proposé la place de rédacteur en chef. Comme je savais que le patron était un peu caractériel , j’ai demandé à réfléchir 15 jours, et puis finalement, j’ai trouvé ça valable, j’ai dit oui.

SCENARIO.COM : Et vous gardez des souvenirs de cette expérience ?

Raymond MARIC: Oh oui, vous savez, j’ai repris tous les épisodes, alors l’équipe a été refaite et certains jeunes ont eu de la chance de passer à ce moment là... s’ils étaient venus présenter leurs projets 15 jours avant, je n’étais pas là ... et là, il y en a deux qui sont venus au bon moment, c’est Gen Clo et Gine. Ca m’a plu et je leur ai dit ok. Gen Clo était enseignant, instituteur à l’époque, il travaillait dans l’Est.
SCENARIO.COM : Puis il est venu sur Paris ?

Raymond MARIC : Beaucoup plus tard, quand je lui ai redonné les « Tom et Jerry »... Voilà..

SCENARIO.COM : Et en fait est-ce que cette façon de faire serait encore possible aujourd’hui ?

Raymond MARIC : Non, parce que les hebdomadaires n’existent plus !

Cristal de Maric & Marcello
SCENARIO.COM : Oui, tout simplement !

Raymond MARIC : Tout simplement ! ... Vous savez, avant, on était obligé de travailler ! Aujourd’hui, un dessinateur qui fait un album, dit : « Je ne travaille pas cette semaine, je travaillerai la semaine prochaine ». Avant, ce n’était pas possible ! les journaux sortaient toutes les semaines et toutes les semaines, il fallait livrer !
Alors, quand quelqu’un comme Baron Brumaire met sept ans pour réaliser le troisième tome de la série ... !
SCENARIO.COM : Il a fallu 9 ans pour réaliser les trois albums !

Raymond MARIC : Non, plus que ça ! J’ai commencé la série en 90 et c’est Chakir qui me l’a présenté.. ; il m’en avait présenté 2 des dessinateurs, et finalement si j’ai choisi Baron Brumaire - l’autre était aussi fort ! - c’est parce qu’il habitait Paris à ce moment là ! J’ai pensé qu’il serait plus facile de travailler et presque aussitôt, il est parti. Donc ça n’a servi à rien...
Et l’autre ;-) fait une très belle carrière maintenant, il s’appelle Rabaté ! Mais dans le style de Rabaté par contre, je ne voyais pas le dessin de la famille de Lourdel. Je voyais très bien les Morini mais pas les de Lourdel, alors il y a eu ça aussi .
Baron Brumaire dit qu’il s’est investi dans la documentation ... je vais vous montrer
(Raymond Maric me montre alors des planches avec des erreurs et des incohérences.)

Voulez-vous de nos nouvelles ?
Maric & Marcello

SCENARIO.COM : Alors j’ai lu une interview de Baron Brumaire et il dit qu’il avait une façon de voir les choses différente avec l’envie de faire des scènes documentées et vous aviez une vision beaucoup plus romanesque...

Raymond MARIC : Politique !

SCENARIO.COM : Peut-être politique..

Raymond MARIC: Je n’ai pas une vision politique mais, vous savez , le 4ème épisode qui termine le premier cycle..
SCENARIO.COM : Qui est le dessinateur du 4ème tome ?

Raymond MARIC : Lionel Chouin ! Alors dans cet épisode, il y a le docteur De Lourdel qui est résistant, dirigeant d’un réseau de résistants et le fils Morini, qui lui travaille avec les Allemands ; il a mis son usine à la disposition des Allemands, il collabore tant et plus ..et les 2 vont mourir à la fin de l’album.
Et Morini meurt comme résistant, et De Lourdel , comme collabo.. !
Pourquoi ? C’est simple ! Morini retrouve Mona, elle est la maîtresse d’un officier supérieur allemand et c’est la résistance qui l’a mise là, et elle donne des tuyaux à la résistance et lui, essaie de la faire chanter pour pouvoir renouer avec elle et finalement , il renoue avec elle mais un jour, il la tue accidentellement. Alors comme on disait qu’elle était la petite amie d’un colonel allemand et la police française le donne aux Allemands et on le met en prison. Les maquisards attaquent la prison et lui part avec eux. Quand ils viennent pour la libération de Paris, il veut se cacher et rentrer chez lui, mais il y a un sniper qui le tue dans le dos et il tombe devant la grille des De Lourdel... Il y a une plaque « Héros de la résistance » (rires) !
Et de l’autre côté, il y a le père De Lourdel qui va se réfugier chez son fils en lui demandant de le cacher. C’est son père, quand même, alors il le cache et il y a deux jeunes résistants qui arrivent, qui trouvent le vieux dans la maison, et ils tirent ! Voilà, comme quoi la vie est imprévisible !
Vous savez dans ma classe, quand je suis parti au maquis, il y a trois copains qui ont essayé de me rejoindre. Ils ont été interceptés en route par les Allemands et fusillés.. ; et d’autres qui sont rentrés dans la gestapo... On ne sait pas pourquoi !
Vous savez, je crois que ça dépend de l’environnement, ça dépend de beaucoup de choses, on ne peut pas dire vraiment ce que l’on est... Disons que je serai plutôt de sensibilité de gauche, mais de sensibilité seulement, on peut changer à tout moment !


Gorak dédicacé par Frisano
SCENARIO.COM : Et en fait les Morin Lourdel, vous l’avez écrit pour ça, pour vos propres souvenirs ?

Raymond MARIC : Absolument ! Ce sont mes souvenirs... La maison des Morini, c’est la maison de mes parents, exactement... Mais l’histoire ne devait pas s’appeler les « Morin-Lourdel », ça devait s’appeler « Les Clans ». Le premier épisode, le clan Morini, le deuxième épisode, le clan De Lourdel et puis le troisième aurait du s’appeler « Le Clan des vaincus ». C’est baron Brumaire qui a changé le titre sans rien me dire... En se souvenant des Rougon Macquart !
Alors après j’ai été obligé de raccorder pourquoi les Morin !

Les Morin Lourdel de Maric & Baron Brumaire
Il y a des tas de trucs où j’ai eu des surprises. Dans le troisième, je ne voulais pas que les lecteurs sachent si le type, pour qui on a mis un avion à disposition, arrive ou pas en Angleterre... Je voulais que la dernière image soit Nicolas qui rentre dans un bistro, qui téléphone à la kommandantur et on aurait vu l’avion qui survole la France sans savoir où ! Voilà, plein de surprises comme ça.
(NDR - Ce point concerne la vignette dessinée par Baron Brumaire où l'on voit l'avion qui arrive en Angleterre.)
SCENARIO.COM : Il paraît que Jijé, sans vouloir comparer, était un peu pareil ?

Raymond MARIC: Ah Jijé, c’est un coup qui me reste là ! Quand il a eu le prix à Angoulême, l’année d’après , il n’est pas venu... Il avait eu une opération de la prostate, et il est mort à la suite de cette opération, c’était un cancer. Tous les copains qui organisaient le festival de Clichy ont dit... "Il a eu le prix l’année dernière ; cette année il n’est même pas venu, on va lui envoyer tous un mot sur une grande carte postale", et moi j’ai mis « Devant ton absence, les pros s’tatent » (Rires) Remarquez, le connaissant, il en aura ri !
(Pause, M. Maric me montre des planches.. ;-)

Caricature de Maric par Jijé
SCENARIO.COM : En ce qui concerne votre méthode de travail, comment vous y prenez vous ?

Raymond MARIC : Avant, je fournissais le scénario complet au dessinateur. Et je n’ai jamais eu aucun problème avant Baron Brumaire. Depuis que je travaille avec Manini, nous discutons beaucoup et il me propose souvent des modifications que je ne refuse pas.

SCENEARIO.COM : A propos des dessinateurs, quel degré de liberté leur laissez-vous ?

Raymond MARIC : Je laisse aux dessinateurs une liberté totale. Je n’ai jamais demandé à un collaborateur de refaire un dessin.

SCENARIO.COM : Comment avez-vous choisi vos dessinateurs ? il y a Frisano, il y a Marcello...

Raymond MARIC : Je vais vous dire, Marcello travaillait à « Pif » à ce moment là et dans le journal des Pieds Nickelés, j’avais un budget très restreint, c’était dans les années 70/75, et tous les dessinateurs étaient payés au même tarif, c’est à dire, très peu (rires) et j’ai été obligé de faire la plupart des scénarios parce que je n’avais pas d’argent pour payer les scénaristes... Vous vous rendez compte que j’avais un journal, qui s’appelait Trio à l’époque, de 120 pages, dont 100 pages de bd originales et j’avais un budget de 1 million d’anciens francs, mensuel !
Alors à ce moment là, j’avais fait le rassemblement des copains, et j’ai téléphoné à Marcello, et je lui ai demandé si il pouvait me faire une histoire ... J’avais fait « Le Patrouilleur de l’Espace » mais je comptais la donner à Pellos d’abord, mais Pellos s’est dégonflé parce que à l’époque, il était trop âgé, il avait déjà eu des opérations de la cataracte... Il avait des tas de problèmes ... Alors je restais avec le scénario et comme la nouvelle formule du journal allait ressortir, j’ai téléphoné à Marcello. Je lui ai demandé si il pouvait m’arranger mais en sachant qu’il touchait entre 1500 et 1700 Francs la page chez Pif... Moi je pouvais lui donner à peu près 200 Francs la page ! Pourtant, il a dit ok, pour toi, je le fais !

  
le périodique Trio et Le patrouilleur de l'espace, par Maric et Marcello
SCENARIO.COM : Ca a été par amitié ?

Raymond MARIC : Oui, oui, on a toujours fait ça avec Marcello, on a toujours été les meilleurs amis du monde.
Et il y a eu Forton et Frisano. Marcello m’avait dit que certains mois, il ne pourrait peut-être pas le faire parce qu’il aurait trop de boulot. Bon... et un jour il m’a annoncé : « tu sais, je suis embêté, à Pif on m’a demandé de faire une deuxième ou une troisième histoire... Et il m’a amené Frisano et on a sympathisé.

SCENARIO.COM : Et avec Forest.... ?

Raymond MARIC : Ah... Et bien je travaillais à la Parisienne et on m’a dit : Est-ce que tu veux faire un « Charlot », alors j’ai dit oui, donc j’ai fait un Charlot avec Forest et puis le directeur de la Société Parisienne d’Edition avait créé sa propre maison...Les Editions Azur nous a demandé si on ne voulait pas faire « Bicot ». Et voilà, on s’est entendu , et vous voyez, Forest qui était un type qui était scénariste en même temps n’a jamais bougé mes textes comme l’a fait Baron Brumaire !

SCENARIO.COM : Et avec Manini ?

Raymond MARIC : Avec Manini, on s’entend très bien. Il a un trait extraordinaire, c’est très beau, et vous verrez le troisième album alors.... C’est en couleur directe, c’est sur l’expo universelle..

Planche d'Estelle par Maric et Manini
SCENARIO.COM : A propos d’Estelle, Vous avez été au centre d’une expo réalisée au Château de Gisors en avril 2002..

Raymond MARIC : Oui ! Je vais vous montrer ( ndr : un book a été constitué par les organisatrices de l’exposition et M. Maric me le montre ;-) Les gens étaient habillés comme les personnages d’ Estelle, on nous avait demandé les originaux pour faire l’expo.. C’est très bien fait, et cette expo a été reprise pour le festival de Darnetal.
Et voilà un carnet réalisé par le festival de St Malo.
SCENARIO.COM : Formidable, entre autre on peut lire la bio et la biblio de Raymond Maric. Tiens, on parle de Geleuil ici ... ce sont les épisodes de dessin animé que vous êtes en train de faire ?

Raymond MARIC : Et bien j’ai 52 dessins animés qui sont passés 7 fois depuis 1999 sur TF1 et je dois vous dire la télé, ça n’a rien à voir avec la bande dessinée .... ;-) J’ai bien gagné ma vie ! Et je suis membre de la SACD grade de sociétaire (Rires..)

SCENARIO.COM : Et c’était intéressant comme expérience ?

Raymond MARIC : Oui.. mais par contre j’ai eu des ennuis avec les 52 épisodes suivants que j’avais écrits mais qui ont été remaniés par le réalisateur et qui, du coup, ont été signés par quelqu’un d’autre.

SCENARIO.COM : Pour en revenir au monde de la bande dessinée aujourd’hui, qu’est-ce que vous en pensez, il sort à peu près 2000 albums par an...

Raymond MARIC : Oui mais je crois que ça a changé ! J’ai fait ce métier parce que c’était un truc populaire et tous les anciens qui aimaient la bande dessinée avant ne sont plus fanas... Ils aiment les albums mais ils ont un certain regret de la bande dessinée d’avant..

SCENARIO.COM : Ce qui fait que vous ne lisez plus beaucoup l’actualité dans ce domaine ?

Raymond MARIC : Si, je lis un peu. Il y a quelques jeunes qui ont du talent ! Mais pour nous, ce qui comptait c’était la diversité.
SCENARIO.COM : Puis la solidarité et l’amitié...ça passait avant tout !

Raymond MARIC. : Absolument, il y encore des gens chez les nouveaux qui marchent fort, il y a encore des gens qui sont très chaleureux, qui sont des gens biens... Ce sont des amis comme avec Fmurr et Walthéry au festival de Longwy avant que le directeur ne décède. Il ne s’est pas passé un salon sans qu’on y soit tous les trois ! On vivait entre nous, les 4 jours du salon, on mangeait tous ensemble...

SCENARIO.COM: Maintenant dans les festivals..

Raymond MARIC: On donne des bons ;-)

Yvain de Kanhéric par Maric et Forton
SCENARIO.COM : Vous avez vu l’évolution depuis sa naissance du festival d’Angoulême..

Raymond MARIC : J’ai beaucoup aimé Angoulême au début mais plus maintenant. Je ne veux plus y aller ! Sauf si j’y suis obligé par un éditeur... Voyez par exemple, chez Carabas, c’est une petite maison d’édition et bien que ce soit des jeunes qui la dirigent, ils ont assez le respect des auteurs qui ont fait quelque chose dans la bd. Moi, ils n’osent pas me dire « tu feras comme ça... » Dans les Spirou spéciaux, je faisais un truc qui s’appelait « Contes défaits » avec Pierre Frisano, et chez Carabas, il y a un des directeurs qui m’a dit qu’il fallait que je fasse ça ! Alors j’ai fait un album intégral et ils sont en train de chercher des dessinateurs, on ne gardera qu’un truc de Frisano et on prendra d’autres dessinateurs.

SCENARIO.COM : Donc vous allez faire des rééditions et alors du coup tout ça m’amène à vous demander ce qui vous a poussé à accepter de rééditer la série « Cristal » sous forme de Cd Roms, la bd sera lisible sur l’ordinateur et cette entreprise est réalisée par les Editions François Boudet ?
NDR : Prochainement visuel de la pochette.

Raymond MARIC : Pourquoi ? parce qu’on me le demande .. (rires) Vous savez, quand on me le demande gentiment, je ne vais pas me prendre la tête... je m’en fous un peu ;-)
(NDR : J’avais voulu faire passer l’image d’un homme révolutionnaire qui démarre avant la Télé et qui continue avec des dessins animés et enfin cette réédition avant-gardiste sur cd-rom... et il faut bien reconnaître que l’homme est tellement gentil qu’il est étonné de ma question... il a une belle ouverture d’esprit, chapeau ! )

Couverture d'Estelle par Maric et Manini
SCENARIO.COM : Vous travaillez donc en ce moment avec Chouin et Manini , mais avec qui auriez-vous aimé travailler ?

Raymond MARIC : (Rires ) Avec Franquin !
Sinon, à la fin j’aurai peut être voulu retravailler avec Forest. On se voyait souvent avec Forest parce que je n’ai jamais vu personne aussi brouillon que lui, il perdait tout ! Je lui avais fait des attestations disant qu’en tant que rédacteur en chef des Pieds Nickelés, il avait travaillé pour moi pour toucher sa retraite et alors, un mois après, il m’appelait et il me disait : alors tu me les donnes quand les attestations ? ... Et alors je recommençais, il les avait perdues (rires ) !
Mais c’était un ami ! Euh Tibéri est un très bon copain... Lui aussi c’est un ami fidèle malgré les distances...
SCENEARIO.COM : Parmi les sujets que vous traitez en bande dessinée, vous avez l’air intéressé par l’évolution de la condition féminine (Suffragettes ou traite des blanches dans « Estelle », la prostitution de luxe avec « Courtisanes » etc....) qu’en dites vous ?

Raymond MARIC : Peut-être mais ce n’est pas délibéré. Inconsciemment je dois être attiré par le thème mais je ne peux l’expliquer, comme beaucoup d’autres choses. Par exemple, avant « Estelle » toutes mes héroïnes portaient un nom se terminant par la lettre A - « Diana » dans la série « Gorak », « Linda » dans le « Patrouilleur de l’Espace », « Eva » dans « Courtisanes », ça aussi, je ne peux l’expliquer.

SCENEARIO.COM : Monsieur Maric, merci pour tout !
Je remercie également François Boudet pour son aimable participation.





© M. Moinard/Raymond Maric