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AAARG! Rencontre avec Pierrick Starsky

« Notre objectif principal, c’est que les enfants de nos lecteurs, dans 10 ans, dans 20 ans, piquent les AAARG! et les lisent en cachette dans la bibliothèque de leur parents ! »

Interview réalisé par Placido, avec la participation de Melville, au FIBD d'Angoulême.


Quand on lit l’édito du n°1 de AAARG! c’est plutôt clair, ce que vous proposez va être différent du reste. De quoi est partie cette envie de donner « un grand coup de pied dans la fourmilière » ?

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Ces dernières années on s’est prit en pleine face la crise qu’on connaît et qui a touché tous les secteurs, y compris celui de l’édition, et de façon inhérente, celui de la BD. Alors, ça touche certains plus que d’autres, parce que lorsqu’on est déjà pauvre depuis 10 ans, on la sent moins passer, quand même, la crise, faut dire ce qui est. Le fait est que je me retrouve entouré d’amis auteurs, dessinateurs, scénaristes, qui se retrouvaient à avoir de plus en plus de mal à placer des projets – de moins en moins bien payés, chez des gros éditeurs qui pourtant, eux, de leur côté, vendent de plus en plus – et les mêmes auteurs qui se pliaient de plus en plus à des contraintes liées à celles des commandes. De quoi casser la croute, mais moins de possibilités de s’exprimer. Ça c’est l’un des facteurs déclencheurs du projet. Subséquemment, on a pu voir de plus en plus de difficultés frapper les maisons d’éditions dites indépendantes, que je préfère appeler les éditeurs « tout court », vu qu’ils bossent de façon classique – ce sont les gros qu’on devrait estampiller « éditeurs industriels ». Certains de ceux-là fonctionnement de la même façon que les banques, avec de la trésorerie fantôme, basée sur les offices, pas sur les ventes réelles – et donc les retours – ce qui les oblige à produire toujours plus pour rester à niveau, et plus encore pour engendrer du bénéfice. Surproduction, séries inachevées et trésorerie immatérielle. A côté, on a les éditeurs classiques, appelés indépendant par beaucoup de monde et qui ne peuvent payer les auteurs que sur les droits engendrés par les ventes, puisque les tirages sont modestes, mais qui défendent – pour certains –vraiment leurs bouquins. Avec leurs moyens. Après, petites parenthèses, chez les industriels, il y a aussi des chargés d’éditions qui travaillent très bien et qui sont excellents, hein ! Je ne remets pas tout le monde en cause… le souci vient d’une machinerie, l’ensemble d’un imbroglio estampillé « culture », qui est juste aujourd’hui un système monétaire et commercial comme un autre. Je ne sais plus qui disait ça : l’idée d’idéal populaire, la lutte des classes et l’idée de combat sont en désuétude. Pour conserver son assise, le pouvoir libéral n’a qu’à jeter en pâture l’idée de culture, et le peuple aura l’impression d’être libre. La culture et l’art font figure de lutte dans la tête des bobos. Je hais l’art contemporain et la vacuité absolue qui coule dans son sillon. L’élitisme puant d’une fange de la populace qui pense détenir la vérité et le monopole du savoir. Une bande de nazes qui s’auto congratulent en se proclamant « artistes ». Cette culture là est délétère : un mix de culture produit et de culture bourgeoise, qui fait de livres de simples produits et de l’art un modèle de spéculation. Bon, la culture c’est quelque chose d’important, quand elle n’est pas détournée à d’autres fins. Et que vive la culture populaire ! Voilà, donc , pour revenir à nos moutons : « culture populaire », « indépendance », « rémunération des auteurs », comment on pouvait concilier tout ça ? Ben la réponse est assez simple : si on veut payer les auteurs en partant sur les ventes, tout en restant une structure modeste et indépendante – je parle de trois chômeurs qui ont monté un projet ambitieux – il faut vendre assez d’exemplaires de la revue pour que tout tourne ; et sans nous compromettre, on n’est pas là pour le fric, mais y faut casser la graine, quoi. Pour vendre assez, donc beaucoup pour une structure de notre taille, il faut plusieurs choses : que ce soit bon, il faut que ce soit innovant, il faut qu’on soit nous même et il faut qu’on y aille comme on sait le faire, avec nos moyens, il faut qu’on fonce dans le tas. On n’a pas de fric ? On va faire des vidéos, on va faire des conneries et on va y aller à fond. Alors on a l’étiquette punk qui nous colle un peu aux basques, bon, j’essaye de m’en défendre un peu, mais faut l’admettre, j’ai fais mes armes dans le punk . On apporte du rock’n’roll dans la BD, au niveau de notre façon de faire. Au-delà de tout ça, depuis Pilote et Métal Hurlant, en tant que lecteur, je suis frustré. Cette revue c’est celle que j’avais envie de lire. Ferraille c’était très bien aussi, Jade, c’était très bien de même. Tout ça dans des genres différents. Ils nous ont inspiré beaucoup de choses, Jade ou Feraille, dans la démarche, le mélange des cultures, dans l’innovation, la prise de risque, et tutti canti. Mais on voulait quand même quelque chose qui nous ressemble, malgré les influences de Pilote, Métal Hurlant, A Suivre, où même Hara Kiri : le plaisir de découvrir ces canards était lié à leur forte personnalité. Et je crois qu’on a définitivement la notre.

Voilà, c’est le mélange de toutes ces choses qui a fait naître AAARG ! pour lequel j’ai entre autres quitté les éditions Même Pas Mal – avec qui on est en super bon termes – mais c’est un truc que j’ai en tête depuis super longtemps.


Et avec quels bagages vous êtes-vous lancé dans la publication d’une revue ?

Alors personnellement, mon bagage d’éditeur, c’est les éditions Même Pas Mal. On s’est lancés en néophytes dans l’édition, on était passionné par plein de choses : cinéma, musique, BD… Avant ça j’étais plus dans la musique, je jouais dans des groupes punks. Puis à un moment donné et bien par envie de changement et je ne sais pas trop comment, je suis devenu éditeur. Enfin, à la base, on voulait faire un fanzine, qui à force de pintes et d’enthousiasme est devenu un projet de revue – déjà à l’époque – et en fait c’est devenu une maison d’éditions et la revue est passée à l’as. Donc c’est quand même une envie qui remonte à loin ! Je me suis formé en fondant les éditions Même Pas Mal, qui aujourd’hui prennent un chemin un peu différent avec Il Gato, Chloé , Mélie et Steph qui incarnent leur projet. Mon seul vrai bagage, c’est les valises sous mes yeux : en bon autodidacte, il a fallu bosser, mais en bon passionné, le faire en s’amusant.

Léa Guidi-Guidi, qui a fait des études dans le métier du livre, elle a été bénévole aux éditions Même Pas Mal, c’est comme ça que je l’ai rencontrée. N’étant pas quelqu’un d’un naturel très organisé et elle l’étant, plus par nécessité que par naturel, et en plus d’être professionnelle, intelligente et drôle – ce qui est plutôt intéressant – je me suis dit que ça allait bien équilibrer. Donc c’est une des premières personnes à qui j’ai proposé avec Kax McMachin, que je connais depuis un bon bout de temps. Il travaillait dans une grue avant, ce qui n’a pas grand rapport avec notre histoire si ce n’est que dans sa grue, il passait sont temps à lire des romans et des BD, surtout des BD. Je l’ai connu par la musique, puisqu’il jouait dans Jack Dope’n’Noise et que humainement et politiquement, on s’est trouvé des accointances, en plus de celles du comptoir. Des tendances disons… anarchistes tendance communards ! Enfin, anarchistes et pragmatiques aussi un peu. Et qui a des goûts assez sûrs, même si on n’a pas toujours les mêmes.
Ça me paraissait être une bonne équipe pour commencer. Et je ne me suis absolument pas trompé, ça se passe super bien, même si bon parfois on se prend un peu le chou, il y a un vrai équilibre humain. Au boulot, c’est un peu humour de merde et folie douce avec quelques éclats d’hystérie, mais on bosse dur. Niveau tempérament, c’est plus pénible pour certains que pour d’autres. Hum. Léa a plus à nous supporter plus que l’inverse, on va dire. Voilà, c’est sur ces bases qui viennent d’un peu partout qu’on a monté notre équipe. On fonctionne avec le partage de compétences, on essaye d’apprendre les uns les autres… Au delà de ça, s’est greffé à nous Sandra Side, qui est vidéaste, qui fait par exemple les clips de Sexy Sushi et donc c’est avec elle qu’on fait les sessions vidéos. C’est un peu la quatrième de l’équipe de base. Et puis… Il y a plein de gens qui nous rejoignent de façon temporaire ou non, des gens qui ont des compétences ou qui ont besoin d’en acquérir… Vraiment il y a ce côté « partage des compétences » et qui fonctionne avec l’idée de culture populaire telle qu’on l’entend. Bon après, même si on fait ça très sérieusement, ça reste un joyeux bordel, pas toujours joyeux d’ailleurs, on manque d’organisation, bien qu’ à plein temps on est trois à faire le boulot de huit personnes et c’est très très dur, alors écoutez gentils lecteurs : il faut acheter AAARG ! Si AAARG! se vend bien, on pourra embaucher plus de personnes et on pourra enfin se reposer un peu, merci ! Notre santé mentale dépend de vous !

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AAARG! jusque dans le titre et graphiquement – avec notamment la couverture – et tous ces auteurs qu’on va retrouver dedans, il y a un côté punk ou du moins rock’n’roll, un peu trash, forcément très drôle, avec des histoires très différentes, mais si on lit entièrement la revue, on y retrouve une belle cohérence.

Alors visiblement, ce qui prédomine dans les premiers retours, c’est le côté un peu rock’n’roll, un peu trash, mais ce qui est intéressant c’est qu’on développe aussi des histoires assez noires, voire des trucs intimistes et que tout ça se mélange bien. Je pars du principe qu’aujourd’hui, tout est très balisé, qu’on peut lire une BD d’humour et enchaîner sur une BD très sombre qui fout la larmichette à l’œil et puis s’avaler un truc de science-fiction derrière. Tout ne plaît pas à tout le monde, mais tout le monde y trouve son compte. La ligne éditoriale, elle se fait vachement au ressenti. C'est-à-dire qu’on nous envoie des trucs et on se dit « oh oui, ça rentre dans notre idée de la revue » ou bien que « non, ça c’est pas pour nous ». C’est bizarre mais parfois ça saute aux yeux. « Ah non, ça c’est trop Echo des Savanes… ». Les auteurs de l’équipe ont très vite cernés la ligne éditoriale de AAARG! et il y en a beaucoup d’autres avec qui on voulait travailler qui nous ont dit : « laisses-moi deux numéros, là je ne peux pas niveau timing » et qui nous ont envoyé ensuite des choses très cohérentes. On a ce côté humour rentre-dedans très français, à la Hara-Kiri ou Charlie Hebdo grande époque, la grande époque de Cavanna, hein, qui vient de casser sa pipe, on pense à lui. Je ne pense évidemment pas au Charlie Hebdo de Philippe Val que je conchie ! On a aussi ce côté bande-dessinée et cinéma indépendant américain, dit « de genre », repassé par notre prisme. On régurgite cette influence ricaine, avalée par des gamins, en France, et qui le ressortent 20, 30, 40 ans plus tard, dans un pays et une époque qui n’ont aucun rapport avec la came d’origine. Je trouve ça assez jouissif, cette adaptation de l’influence au présent.
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Tout ça a été avalé, digéré… On sent que, par exemple Jean-François Caritte, qui va pondre des scenarios très proches du mouvement « pulp horrifique », intégre aussi des touches de roman noir, notamment dans l’écriture. Il a une écriture très acérée, très fine et j’ai envie de dire que finalement, il y a certaines influences qui peuvent être sublimées. Je vais faire un parallèle avec la musique mais ça m’a toujours plu ces groupes qui ont tout révolutionné à mélanger des influences qui n’avaient peut-être rien à voir, et qui ont réussis à en faire quelque chose d’incroyable. Ben je pense que c’est un petit peu la même chose partout : il faut que les auteurs arrivent à mettre d’eux même dans quelque chose qui vient de quelqu’un d’autre. Ce que certains ne savent pas faire, certains font seulement de la re-ponte de choses existantes. Ici, on sent cette cohérence avec ces gens qui ont été nourris à la même culture, enfin, pas exactement les mêmes, mais à des cultures bis, très marquées – et pourtant on a des trous de générations de 30 ans entre certains auteurs – mais il y a une cohérence entre ce qui a été avalé, bouffé par tous et puis chacun y va avec son âge, sa fraîcheur, son ressenti… Pour moi la force de AAARG! elle est là dedans. Il y a des projets qui sont censés être cohérent avec nous, qu’on nous envoie, et dans lesquels je ne vais pas ressentir ça, je vais avoir l’impression de lire un ersatz de ce qui a déjà été fait. L’écriture c’est un travail, hein, le talent c’est 90% de travail et donc parfois il y a un manque d’expérience, parfois on n’a pas été nourri exactement aux mêmes choses. Il n’y a pas que des influences communes, on a chacun notre bagage, mais il y a quand même ce truc de la culture bis… Je pense que AAARG! en tout cas est composé de passionnés qui ont passé leurs jeunesses à aller voir dans tous les sens, qui étaient curieux, il avait une vraie curiosité et je crois que dans notre lectorat, il y a beaucoup de curieux aussi. Et c’est des gens qui ont envie de lire, envie de faire, envie de découvrir et de sortir des chemins balisés.


Et concernant le choix des auteurs, ça se passe comment techniquement ? Vous allez chercher les gens ou on vous propose des choses directement ?

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Il y a plusieurs entrées. Pour le numéro 1, j’ai commencé à bosser dessus deux ans en amont, donc je voyais déjà une équipe, je savais que ça allait bouger, des gens avec qui j’avais déjà noué des affinités humaines, esthétiques, narratives, en tout cas liées à la création. Il y en a que j’ai contacté et qui n’étaient pas dispo à ce moment là mais qui ont dit ok, peut-être plus tard. Il y en a qui ont quasiment tout de suite dit « on y va ». C’était beaucoup une question de disponibilité. Certains auteurs ont fait de sacrées heures sup pour être dans le premier numéro. Mais ils avaient vraiment envie d’être au départ du projet. Parmi eux, personne ne savait ce que les autres allaient faire, ils avançaient à tâtons, dans l’inconnu. Ils me disaient « quelle est la ligne éditoriale ? », alors je leur demandais « qu’est ce que tu as envie de faire, vraiment envie ? Quelle histoire veux-tu me raconter ? ». Ils répondaient, je leur disais « alors voilà, c’est ça la ligne éditoriale ». Par exemple, Pixel Vengeur – qui est connu dans le registre l’humour – est aussi passionné par le cinéma de genre et le pulp. J’ai trouvé ça super enthousiasmant qu’il se lance dans une thématique très éloignée de ce qu’il faisait d’habitude. En plus on reste dans cette logique de casser les murs. Vous avez compris qu’on aime par les murs, hein ? Donc tous ces gens ont été contactés et quand ça prenait forme, la ligne éditoriale s’élaborait aussi en fonction des envies des auteurs ; qui, faut-il le rappeler, n’ont pas été contactés au hasard. Même si on guidait les gens, on savait dès le départ qu’il y aurait à la fois de l’humour grinçant comme Paf et Hencule et du polar avec Anthony Pastor, que cohabiteraient Rica, Witco, Pierre Place, etc… Et on voyait la cohérence dans tout ça, c’était palpable pour moi. Une sorte d’évidence : un univers graphique alternatif, underground, et pourtant un aspect populaire, potentiellement « grand public ». Donc ça a commencé à se faire comme ça, à bosser sur plusieurs numéros d’avance et quand le numéro 1 est sorti : soulagement, on n'en pouvait plus. Ça faisait peut-être deux ans qu’on bossait dessus et on voyait les gens qui se montraient les planches entre eux, ça en motivaient d’autres... Et dans le groupe d’auteurs qu’on avait en tête dès le départ, tout de suite, chacun à commencé à trouver sa place, à se sentir à l’aise dans le projet. De là, très vite, on s’est mis à recevoir énormément de propositions, refusées à 99%. D’une, parce qu’on a une équipe assez dense, de deux parce que beaucoup de ces propositions ne rentraient pas dans notre ligne éditoriale. Alors dans ces 99%, je pense qu’il y a 75% de gens qui n’ont même pas lu AAARG! C’est des gens qui se disent : « On adore Fluide Glacial alors on pense qu’on peut rentrer dans AAARG! » ou « Une nouvelle revue, je vais envoyer mes trucs d’héroïc fantasy » ou je ne sais pas quoi d’autre, bordel, mais des choses sans rapport aucun ; ou très mauvaises. Donc je pense qu’on s’est pris tous les refusés de Fluide Glacial, du Psiko et peut-être même de Laine et Tricot. Tout le monde s’attendait à un nouveau canard d’humour. Balisé Humour, cantonné Humour. Putain, on a déjà de quoi faire, à ce niveau là, non ? Alors oui, dans la revue, il y a de la gaudriole, de la grosse blague irrévérencieuse jusque dans l’écrin promotionnel – les vidéos, tout ça.

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Mais AAARG! ce n’est pas que de l’humour et sans vouloir comparer – parce que Fluide Glacial a son importance dans la BD, surtout depuis que Yann Lindingre l’a repris, il y a vraiment un nouvel élan derrière – ce n’est pas automatiquement le même humour, et c’est juste l’une des multiples composantes du coktail AAARG!. Dans tous les cas, en humour on n’a pas beaucoup de place et c’est de la BD d’humour qu’on nous envoie le plus. Donc on reçoit, on reçoit et on dit non, on dit non... Puis, dans le lot, il y a des gens qu’on trouve super intéressant mais chez lesquels il y a un problème d’aboutissement, où dont le taff ne convient pas à la revue, ou alors avec lesquels on aimerait travailler, parce qu’ils sont bons, mais sans avoir le bon projet. « Ecoute, je sais qu’on va bosser ensemble, mais je sais pas quand ». Quand je l’ai dis, pour l’instant ça s’est toujours vérifié. Plus ou moins rapidement. Et puis il y a les rares, les 1% dont on tombe amoureux du travail instantanément, mais qui nous proposent un truc auquel on ne se serait pas attendu. Et puis il y a des gens qu’on connait et dont l’on découvre une nouvelle facette dans le taff, Jean-François Carrite par exemple – j’en reparle – dont je tombe sur les planches d’une BD qu’il avait faite il y a quelques années mais que jamais personne n'avait voulue, pour des raisons commerciales, j’imagine. C’est une BD qui est dans le numéro 2, j'ai trouvé ça génial. « Et ça vous en faites rien ? ». « Non, et j’en ai écrit des dizaines comme celles là » Pourquoi ce projet était dans un tiroir ? Parce qu’il n’y avait pas encore AAARG! ! Quoi encore... ? Il y a d’autres collaborations qui se créent différemment. Quelqu’un comme Sourdrille par exemple, que je suis allé chercher parce que je trouve son dessin incroyable. J’avais envie de bosser avec lui, on ne savait pas sur quoi. Je luis ai dit « ben j’ai une histoire, peut-être qu’elle pourrait te correspondre». Donc il y a vraiment de multiples entrés, mais pas beaucoup de portes ouvertes. Après voilà, je dois dire « non » à peu près cent fois par semaine, à des projets qu’on nous envoie et même à des projets que je trouve très bien, formidables, mais quand le navire est plein, il est plein... On est déjà ultra sollicité et on reste le plus possible sur une équipe fixe, pour garder une cohérence et en tout, on a de quoi remplir des dizaines de numéros. On essaye quand même d’apporter de la nouveauté à chaque numéro, les découvertes, les coups de cœur comme Ethan Rilly, qui est un auteur canadien dont on a adoré le boulot. Ca a été le cas aussi de Joan Cornellà qui est dans le premier AAARG!, qui pour l’instant n’y est plus parce que ça ne correspond pas avec ce qu’il veut faire en ce moment. Tu vois, c’est quand même assez tournant tout ça… En vous répondant je découvre un peu moi-même le truc, parce que quand on a le nez dedans, on a aucun recul. C’est pour ça que je répète les choses trois fois ! Aussi parce que je manque de sommeil !

Il y a un gros travail sur la maquette. Vraiment superbe !

Alors on a un maquettiste exceptionnel, qui s’appelle Il Gatto - déjà connu dans le milieu rock, noise, punk sous le nom de Yann HxC- qui est graphiste, illustrateur et qui travaille aux éditions Même Pas Mal. Il fait partie de la base de la revue, à laquelle il a apporté une partie de son identité graphique, et c’est lui qui s’occupe de la maquette avec une quasi carte blanche. Et de numéro en numéro, étant d’une exigence absolue, il retravaille en permanence ce qui peut être amélioré, il est tout le temps en train d’affiner les choses, il a vraiment un sens du graphisme, une intelligence de la mise en page, de la typographie, de la lisibilité et il est à l’écoute. Par exemple Julien Loïs, qui est dessinateur dans AAARG! mais qui a aussi un vrai regard de graphiste, lui fait souvent des remarques, des retours... Ça cause typo, ça cause mise en page... Ils échangent beaucoup et je sais que Yann, donc Il Gato, est très à l’écoute, du moins de ceux qui ont des choses intéressantes à lui dire. Il fait un travail exceptionnel sur la revue. Il se plonge littéralement dedans et, dans son identité graphique, il y a une partie de lui, de sa personne. Au-delà de ça, il faut le dire, c’est un névropathe, un stakhanoviste du graphisme, il est du genre à nettoyer des planches grossies 500 fois sur des micropixels, des trucs que personne ne va voir ; sauf lui. Et ça, ça le rend malade, il aurait des problèmes de conscience s’il ne le faisait pas. C’est pas une critique, hein : on est tous de vrais névropathe dans AAARG!

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Et par rapport au contenu, il y a bien sûr de la BD, mais il y a aussi des nouvelles, des petites chroniques récurrentes comme Monsieur HP, dans les interviews on a des graphistes, des affichistes… Comme vous dites, vous êtes curieux de tout, c’est une vraie envie dans la revue de parler de tout ?

Exactement, on veut sortir des clivages. De la BD, oui, mais aussi des cultures populaires. En tout cas, perso, je suis passionné de BD parce que je suis passionné de cinéma et réciproquement. Et aussi parce que je suis passionné de littérature. C’est un ensemble où rien ne va l’un ne va pas sans l’autre. Aujourd’hui on nous sert la culture du tout balisé, c’est ultra flippant. Déjà il suffit de voir dans quel monde sont en train de grandir les gamins... Et je ne joue pas au nostalgique et encore moins au réactionnaire, on subit ce balisage en permanence. C’est très politique, à tous les niveaux. Par exemple les jouets qui sont vendus sont réfléchis et fabriqués en fonction de stéréotypes de genre pour de simples raisons de marketing. Les jouets estampillés pour filles sont foutus de roses, avec des étoiles, des cœurs… Des connards et connasses tout droit sortis d’écoles de commerce merdeuses créent des communautarismes en cherchant à créer des marchés. Ils me dégoutent. Le capitalisme bricole un modèle de vie rétrograde, fascisant, dystopique. Guy Debord et George Orwell doivent bien se marrer, dans leurs tombes. Je veux dire, c’est quelque chose qu’on voyait un peu il y a 30 ans mais beaucoup moins. Et je ne suis pas passéiste, je me considère comme progressiste. Seulement, à l’époque, pour un jouet, genre une grosse voiture à pédale, sur les pubs, on pouvait voir une fille sur la photo, la question se posait pas. Aujourd’hui tout est ultra fléché et en balisant tout, on communautarise, on catégorise et c’est très très dangereux. J’ai envie que les petits frangins et frangines soient passionnés, fassent des ponts entre leurs centres d’intérêts, se crée leur personnalité, leurs gouts, sans répondre à ce conditionnement délétère. Et on a envie d’en faire des ponts ! Et de casser un maximum de murs. AAARG! c’est pas une revue politique, de façon ostensible, mais on réfléchit beaucoup au "tout politique". On publie certaines bandes-dessinées, bien rentre-dedans, parce que la connerie étant partout, en rire est une bonne façon d’agir et de faire réfléchir. De ne pas ignorer. Il y a certainement des gros cons qui vont les prendre au 1er degré et se gausser! Pourtant, il est hors de question de se mettre trop de barrière à ce niveau là, tout en sachant qui on est, pourquoi on le fait et être clair politiquement derrière. C'est-à-dire qu’on est le plus clair possible sur notre vision des choses et sur des questions inhérentes au monde d’aujourd’hui et de demain : le racisme, le sexisme, le déterminisme, la critique de la notion de genre ... Sur cette radicalisation qu’est en train de vivre la société, sur cette radicalisation d’une extrême droite normalisée, aux idées banalisées par les classes dirigeantes, politiques ou patronales. Voilà, on n’est pas trop politisés dans la forme – et quoi que – on l’est beaucoup dans le fond. Pour nous ça va avec cet aspect culture populaire, cet aspect « mélange ». Les clivages entre les genres nous emmerdent autant que les frontières entre les communautés, ce sont des choses qui sont dangereuses. Tout ce qui ressemble à un mur, une frontière un peu trop appuyée : c’est dangereux. Et c’est ça qu’on a envie de péter à coup de masse.


Et sur cette idée d’attaquer gentiment Télérama et Les Inrocks à plusieurs reprises, est-ce qu’il y a une volonté un peu polémique ? De bousculer un peu... ?

Mouais… Après c’est pas une bataille, hein, c’est plus une blague qu’autre chose. Télérama, Les Inrocks, commencent depuis quelques années à transcender des auteurs, des cinéastes qui viennent de la culture populaire, de la culture de genre, dont ils n’avaient que faire avant que ces derniers ne rencontrent un certain succès, parce qu’aujourd’hui, d’une, ces auteurs, ces écrivains, ces cinéastes sont rentrés dans une sorte de panorama des gens assimilés comme « de grand talent », donc on a le droit de les aimer et puis plus simplement, par un phénomène générationnel de journalistes qui ont grandi en matant les films de Carpenter, par exemple, là où ceux de la génération précédente les qualifiaient de nanar sans en saisir la portée subversive.

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C’est un petit peu ambigu… J’ai le sentiment qu’on ne parle pas de la même chose, en tout cas. Que certains de ces journaux, de ces médias, ne parlent de la culture populaire que lorsque le sujet est déjà acquis, viennent au secours du succès. Tout le monde n’a pas l’envie de défricher, de découvrir, de lire en filigrane, ni la passion d’essayer de comprendre la démarche, l’intérêt, ou l’innovation d’un phénomène encore underground. Avant sa récupération commerciale. C’est assez incroyable de voir le nombre de journaux qui appartiennent, entre guillemets, à l’élite intellectuel et qui ont vomis certains auteurs à une époque pour les encenser par la suite. L’adaptation dont ils font preuve aux critères d’un certain élitisme intellectuel. Et d’ailleurs, AAARG! a eu du mal à faire parler de lui, au départ, pour ce genre de raison : on était un peu le vilain petit canard. Et quelques journalistes ont aimé, se sont lancés, et hop, ça a glissé tout seul… Mais dans toutes les revues qui sont sorties, là, on était un peu les outsiders. Et le temps avançant, ben on en parle de plus en plus et finalement on commence à causer beaucoup plus de nous que d’autres revues, parce que les journalistes se disent finalement qu’il se passe quelque chose, qu’on n’est pas juste des branleurs provinciaux. Il y a quelque chose qui m’a un peu énervé, c’est que beaucoup de gens, notamment des journalistes ont balancé : « on s’attendait à un fanzine, mais c’est superbe ! ». Il y a ce truc qui est péjoratif vis-à-vis des fanzines, qui sont pour certains d’une qualité exceptionnelle, bien au-delà des magazines qui sont menés par la pub et surtout ceux qui les commandent. Parce que la plupart des magazines, on sait ce qui les fait tourner, hein : « Tiens je t’achète une pub mais fais-moi un article ». Et puis il y a toujours ce même truc : si t’es indépendant et qu’on parle pas de toi partout, ben c’est certainement que c’est un peu trop foutraque, c’est pas terrible… Tandis que si tous les médias en parlent c’est que c’est bien, hein ! Bon au final, très concrètement, Télérama, Les Inrocks, je m’en contrefous, je les lis pas, mais si je me retrouve aux chiottes avec, je peux me retrouver à les bouquiner, je peux trouver des articles intéressants dedans, pas de soucis. Ceux là ont été cités, mais ils ont bon dos. C’est tout. Et cracher dans la soupe, parfois, c’est juste rigolo, parce qu’on est des sales gosses ! J’en ferais pas un autodafé comme Causeur, Le Point, Valeurs Actuelles et ce genre de torchons.


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Sceneario.com : Oui, les revues ont, certes, toujours existé mais là c’est un truc qui revient... !

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Pierrick Starsky : Ouais, je pense qu’il y a de multiples réactions à une ambiance générale, ces dernières années, dans le monde de la BD en tout cas. À mon avis, il y a eu un besoin de renouveau, un besoin d’autonomie parce qu’il y a beaucoup de projets d’auteurs. Ce que je trouve vraiment bien, c’est que tout le monde a eu plus ou moins l’idée en même temps, mais que tous les projets sont complémentaires et pour l’instant, il n’y a pas d’ersatz de l’un ou de l’autre. Après c’est clair qu’arriver tous en même temps, sur le coup ça fait un peu peur. En même temps, ça créé aussi une dynamique. Par exemple, nous on est très potes avec les gens de La Revue Dessinée. Tout le monde nous disait : « Mais comment vous allez faire, vous sortez une revue en même temps… ». Mais attendez, mais ça n’a aucun rapport ! C’est juste le même support et on a quelques accointances politiques, mais ce n’est pas le même projet. Donc moi je trouve ça plutôt positif. Alors après, ce qui a été dur au départ, c’est ce je disais tout à l’heure, c’est qu’on était vraiment les outsiders. Quand on lisait certains articles, on était parfois une bande de punks qui sortaient un fanzine. Putain, ni punk, ni fanzine ne devraient être des mots péjoratifs. Je suis très content maintenant qu’on fasse aujourd’hui partie des revues dont on parle le plus. Cette somme de retours positifs, ça fait du bien quand même ! Parce que même si on est des ivrognes, fêtards, qu’on fait parfois un peu n’importe quoi, on travaille aussi beaucoup beaucoup beaucoup, avec peu de moyens. Les retours des lecteurs sont formidables, ça fait beaucoup de bien ! Et on sera contents même si on se plante. Eh, rien n’est acquis et on est quand même sur un système économique très précaire, puisqu’on paye les auteurs et à un moment donné faut qu’on se paye nous aussi. Faire vivre le projet ça coûte très cher. On a une structure qui n’a pas des masses de trésorerie, donc on est sur le fil du rasoir, il y a un côté un peu kamikaze à faire ce qu’on fait, mais la question ne se pose pas, puisque ça nous plaît. J’ose espérer qu’on sera encore là dans 10 ans, qu’on n’aura pas été racheté par un groupe et qu’on sera toujours aussi bon voire meilleur et qu’on aura apporté quelque chose. Notre objectif principal, c’est que les enfants de nos lecteurs, dans 10 ans, dans 20 ans, piquent les AAARG! et les lisent en cachette dans la bibliothèque de leur parents ! Comme nous on l’a fait avec Métal Hurlant, les A Suivre, les Hara Kiri et les Pilote. Et qu’ils se disent : « Putain, à l’époque quand même, c’était ouf, quoi ! ». Alors que non, c’était pas ouf à l’époque, c’est juste des choses dingues qui se passent parce il y a des gens pour les faire. On a des modèles qui sont allés loin, qui ont fait bouger les choses, qui ont changé les choses et apporté autant que construit. Il leur a fallu oser le faire, prendre des risques et leur il a fallu le faire bien. Être force de proposition. J’espère que les têtards de demain le comprendront, parce qu’aller loin, c’est pas juste faire des quenelles et raconter de la merde, il faut qu’il y ai du fond, de la forme, du propos, de l’intelligence. C’est pas parce que des connards veulent changer le système, qu’on veut le remplacer par la même chose, eux et moi. Eux et nous. C’est pour ça que les ennemis de mes ennemis ne sont pas automatiquement mes amis, contrairement à ce que certains jaspinent dans leurs vidéos de merde ou dans leurs articles.

Sceneario.com : Au niveau qualitatif, est-ce que vous ressentez, de manière générale mais aussi particulièrement dans les auteurs de AAARG!, un genre de nouvelle vague ou du moins d’émulation, qu’on a pu avoir pour Métal Hurlant, ou la fin des années 90 avec L’Association... ?

Pierrick Starsky : Je crois que ça n’existe pas en fait, une vague d’auteurs. Il existe des modes quand quelque chose de nouveau et de bandant saute à la gueule des gens. Plus que des vagues, je parlerais d’initiatives qui, par ce qu’elles dégagent, lancent des modes ; ou plus positivement, créent une émulation, déchainent les passions. Mais à la base, il y a souvent un projet avec des envies, des synergies et une certaine niaque. La vague d’auteur de Métal Hurlant, c’est simplement des gens comme Dionnet, Druillet, Moebius et les autres qui ont réunis des gens et qui ont pris des risques, parce qu’ils n’ont pas publiés que des choses faciles ! Ils ont proposé quelque chose, et ils ont trouvé leur public ; un sacré public. Pourtant, ils publiaient des choses très différentes, mais ils le faisaient avec un vrai état d’esprit. L’Association, ça a été une vrai réaction, un vrai pari, personne ne misait là dessus, puis au final les éditeurs industriels ont, à leur habitude, pillé les idées des audacieux. On peut dire aussi qu’il y a eu une vague d’auteurs et de créativité collective avec Feraille et Les Requins Marteaux. C’est ce qu’on essaye de faire et c’est aussi une des raisons pour laquelle on a envie qu’il y ait des fêtes AAARG! Que déjà, les auteurs se retrouvent entre eux, qu’il se passe quelque chose humainement, vu qu’à la base, ils sont dispatchés un peu partout sur la carte, ça permet à tout le monde de se retrouver, et le public avec. Aaaah, la décentralisation ! C’est l’une des raisons pour lesquelles on ne parlait pas beaucoup de nous au départ : on est – les éditeurs- sur Marseille, on a des auteurs un peu partout et on n’a pas nos bureaux à Paris. On dit encore, ci et là, qu’il fallait monter à Paris pour réussir. On s’en fout royalement, on est bien chez nous et si on réussi quelque chose, ce sera à l’huile de coude et sous le soleil du midi. N’en déplaise à certains. Déménager ne fait pas partie des compromis que l’on était prêt à faire et ça ne nous empêche pas une bonne implantation partout en France, en Belgique, en Suisse.... Bon après, les compromis c’est pas grave, c’est la compromission qui est dangereuse. Nous en tout cas, on essaye de générer un truc collectif et que les auteurs puissent rencontrer les lecteurs, de casser la sacralisation : voilà, on est des gens passionnés, les lecteurs sont des gens passionnés... Donc, dans ce sens, j’espère qu’il y ait une nouvelle vague, qu’on arrive à insuffler quelque chose de tel. Et l’émulation, oui, nous on la sent au sein de AAARG!

Il se passe quelque chose, c’est évident. Avec nous comme avec d’autres. Il y a beaucoup de réactions à ce marasme persistant. Les crises, qu’elles soient économiques, politiques, géopolitique – ou tout à la fois, génèrent des réactions radicales dans tout les domaines. On voit émerger des courants culturels, qui lient le divertissement avec tout ce qui est politique, avec l’appréhension de l’avenir. Tiens, pendant la crise de la baie des Cochons, on a pu voir éclore un nombre considérable de films d’horreur ou de SF, qui ne servaient que de prétexte métaphorique à voir des invasions mises à mal par la résistance qui leurs faisaient face. Les ricains avaient besoin de se divertir avec des choses qui faisaient peur, des choses qui pouvaient paraître manichéenne : « Des salopards d’extra-terrestre nous envahissent ! ». La guerre du Viêt-Nam et l’ensemble de la guerre froide ont généré un nombre incommensurable d’œuvres Bis, en réaction avec un monde environnant en crise ... Bon je vais de digression en digression, mais si on prend les cultures de genre, par exemple la science-fiction et le fantastique, les grandes œuvres sont toujours politiques. Elles sont souvent empreintes de culture d’extrême gauche libertaire, ou de culture d’extrême droite. On prend des réalisateurs comme John Carpenter ou Georges Romero, ce sont des gens qui ont réussis à injecter du rock’n’roll dans le cinéma, tout en laissant une empreinte politique forte. Et puis on a eu l’inverse, avec tout le cinéma Reaganien. En tout cas le monde environnant, son état politique, définissent souvent bien des vagues d’un nouveau genre. Donc ça va au-delà de la BD et j’ai le sentiment qu’en ce moment, il se passe énormément de choses. Je ne sais pas trop où on va, ça fait un peu peur, mais je vois aussi énormément de réactions positives, de radicalisation dans le refus de la vague réactionnaire qui nous frappe de plein fouet. Une vague qui se brunie de jours en jours. Et cette période risque de laisser des traces dans l’Histoire et donc, dans l’histoire du divertissement en général, et de la radicalité des réactions. Les grands mouvements contestataires sont liés à une sale période, et la politique, au fond, est autant dans la rue que dans le divertissement. Alors cassez les murs. Tu sais quoi… ? On aurait dû appeler le canard « Digression » en fait !


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