exposition bande-dessinée, Exposition Prix couilles au cul 2019 - Angoulême 2019

Exposition Prix couilles au cul 2019 - Angoulême 2019

Du 24 au 27 janvier 2019
     
     

Il y a des albums dont on est fier, qui donnent du sens à notre action, notre travail. Celui-ci en est un.

Le cauchemar d'Obi a été publié la première fois en 2014 sous le titre espagnol La Pesadilla de Obi, grâce à un financement de l'ONG EG Justice. Une version en langue anglaise à suivi, dans la foulée. Il est l'oeuvre de Chino et Tenso Tenso au scénario et de Ramón Ebalé aux dessins.

Cet album dénonce et caricature ouvertement Teodoro Obiang Nguema, président actuel de la Guinée équatoriale, petit pays pétrolier divisé entre une partie continentale et une partie insulaire. Mais le terme "pays pétrolier" n'est pas le plus juste pour qualifier ce pays, on devrait plutôt parler de "monarchie pétrolière".

Depuis l'indépendance en 1968, ce petit pays, le seul de langue espagnole en Afrique, n'a été dirigé que par une seule famille les Nguema.
Ce fut tout d'abord Franscico Macias Nguema, qui fir régner la terreur tout au long de ses onze années de règne absolu.
A certains égards, son régime a pu paraitre aux yuex des observateurs extérrieurs comme ubuesque, voire comique. Durant cette période, les citoyens avaient l'obligation d'appeler le président "Miracle unique de la Guinée équatoriale", la capitale fut baptisée Macias Nguela Biyogo, le port de chaussures fut prohibé, le chemin de fer démantelé, la principale centrale électrique de la capitale fur fermée, Nguema prétendant pouvoir alimenter la capitale fut fermée, Nguema prétendant pouvoir alimenter la capitale grâce à ses pouvoirs magiques. Dans le même ordre d'idées, ancien fonctionnaire à la poste, Macias Nguema fir émettre plus de 1500 timbres entre 1968 et 1979, alors que le pays était replié sur lui-même...
A cette époque, l'auteur de ces lignes habitait Douala, ville portuaire camerounaise située en face de l'île Bioko et une autre rumeur cicrculaire sur ce pays, dont on pouvait apercevoir la silhouette de loin, toujours dans la brume. On y parlait de milliers d'éxécutions (de nos jours, on estime ce nomre à 50 000 pour une population inférieure à 300 000 à la fin des années soixante), d'hôpitaux et d'écoles supprimés, de médecins et d'enseignants espagnols explusés, de l'effondrement de la pêche et de la culture du cacai - pourtant une des principales ressources de l'île - et enfin d'une grave crise alimentaire, aggravée par l'arrêt des importations de médicamenets et autres produits de première nécessité. Toute une population mourait de faim, littéralement, sans pouvoir s'échapper du pays.

En 1979, son neveu Tedoro Obiang Macias, personnage central de cet album, prend le pouvoir et fait exécuter son oncle. Si son règne est moins sanglant que celui de son oncle, il n'est est pas moins vrai que les droits de l'Homme y sont bafoués, les opposants emprisonnés et torturés et toutes revendications sociales, économiques ou politiques systématiquement muselées.

De fait, la Guinée équatoriale est toujours une dictature, l'une des plus dures qui soient en Afrique, et où la corruption règne en maître, en particulier au plus haut sommet de l'Etat.

Malgré une importante richesse du pays liée aux ressourcees pétrolières, les inégalités restent considérables. Alors que le peuple de Guinée équatoriale manque de tout, Teodorin Obiang, fils du président, est au coeur d'une affaire de "biens mal acquies" et condamné par la justice française en première instance à de la prison avec sursis et à plusieurs millions d'euros d'amende.

Si les deux scénaristes signent d'un pseudonyme (Chino et Tenso Tenso) afin de rester anonymes, il n'en est pas de même du dessinateur de cet album.
Ramón Ebalé (dont le nom d'artiste est Jamonyqueso) est un ancien caricaturiste pour des magazines espagnols (La Gacetas de Guinea Ecuatorial, Hola, El Patio, Okume) et quotidiens nationaux (La verdad et La razon à ses débuts). Ramón est également auteur de BD, quasiment le seul dans son pays. Il a également travaillé pour le film animé. Un dia vi 10 0000 elefantes. Enfin, Ramón a participé à plusieurs albums collectifs et revues.Son travail a été présenté au festival de BD d'Angoulême en 2003 dans le cadre de l'exposition Vues D'Afrique ainsi qu'à plusieurs autres festivals et salons à traversle monde (FIBDA d'Alger, Bologne, la biennale d'art contemporain de Madrid, le FESCARY et Yaoundé, etc...).

Depuis 2011, il alimentait un blog qu'il avait créé et dans lequel il émettait et dessinait des commentaires critiques sur le président Obiang Nguema et le gouvernement équato-guinéen, avant que celui-ci ne soit bloqué per les autorités.
Il s'était exilé avec sa famille en Amérique du Sud (Paraguay) il y a quelques années.

De passage dans son pays d'origine afin de faire renouveler son passeport, Ebalé a été arrêté avec deux amis le 16 septembre 2017. Ces derniers, tous les deux ressortissants espagnols, ont été libérés rapidement alors que Ramón a été incarcéré le jour même à Malabo à la prison de Black Beach et n'en est ressorti que près de six mois après avec une assignation à résidence dans son pays d'origine.

Une mobilisation internationale a permis cette issue heureuse. Début novembre 2017 Cartoonists Rights Network iInternational lui a décerné le prix Courage dans le dessin de presse ; cette récompense est décernée à un ou plusieurs "dessinateurs humoristiques ayant fait preuve d'un courage et d'une abnégation exceptionnels dans l'exercice de leur profession et du droit à la liberté d'expression". Il y a eu également la création d'une page Facebook, d'une pétition, des apels à la libération de différentes organisations comme Reporters sans frontières, Cartooning for peace, etc.
Ramón a payé cher son indépendance d'esprit.

Il disait, il y a une dizaine d'années, lors d'un entretien sur le site Africultures : "Parce que dans des pays comme le mien, ce sont les rêves qui nous maintiennent en vie. La réalité nous fatique tellement, qu'elle finit par nous tuer."

C'est la raison pour laquelle, il nous senblé important d'éditer en français Le Cauchemar d'Obi, afin que la voix de ces hommes courageux se fasse entendre le plus possible.

Christophe Cassiau-Haurie
Directeur de la collection l'Harmattan BD