exposition bande-dessinée, Exposition Alix - Angoulême 2018

Exposition Alix - Angoulême 2018

Du 25 au 13 mai 2018
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

   
     

   
     

Du super méchant Arbacès à la guerre froide antique

Le "cycle d'Arbacès" couvre les quatre premières aventures d'Alix, publiées en 1848 et 1956 dans les pages de Tintin. Pendant cette décennies, Jacques Martin est non seulement à la recherche d'une identité graphique et esthétiquen mais aussi d'un univers cohérent qui puisse traduire sa vision du monde et de l'humanité. L'opposition entre César et Pompée va lui permettre de basculer dans un univers mons schématique. En 53 av. J.-C., la mort de Crassus en Orient met fin au "premier triumvirat", un pacte secret partageant le pouvoir entre les trois hommes politiques romains les plus puissant de l'époque : César, Crassus et Pompée. Les aventures d'Alix débutent avec cet événement, et sont centrées sur les années qui précèdent la guerre civile opposant les deux généraux restants. Jacques Martin relit ce conflit à l'aune des luttes politiques de son époques : " En schématisant, on peut dire que l'affrontement entre César et Pompée illustre l"éternel clivage entre la gauche et la droite. Par stratégie - et non par conviction ou idéal -, César utilise le peuple, dont il se veut le représentant, tandis que Pompée s'appuie sur le parti des possédants" (Avec Alix). Cette simplification, résolument anachronique, repose sur une réalité de la politique romaine : au sein de la classe dirigeante, deux mouvances principales s'affrontent, sans jamais devenir de réel partis politiques : les optimates (les "meilleurs"), que l'on pourrait qualifier de conservateurs, et de populares 'les "populaires"), réformistes. La lutte entre César et Pompée s'insère cependant très mal dans ce clivage, l'un et l'autre ayant mis en place des réformes populaires. Reste que, dans la série, César est plutôt enclin à defendre les faibles et Pompée à protéger les intérêts des plus riches : le coeur d'Alix penche donc du côté du premier, du moin tant que cette répartition des rôles reste claire. Mais, au fil des albums, la situation se complique et faot place à un tableau plus nuancé des enjeux de la politique romaine.

     
     

Corps suppliciés

Dans l'histoire du corps en miniature ue pourrait raconter la série Alix depuis sa création, le motif du supplice occupe une place privilégiée. Les exemples de corps entravés, contraints ou meurtris se multiplient au fil des albums, fruits à la fois d'un héritage esthétique (réminiscence de motifs religieux et de récits ou d'images de saints martyrisés, à l'instar des différentes versions du Saint-Sébastien de Mantegna) et d'un contexte politique et culturel extrêmement violent. Bien avant les conflits qui enflamment aujourd'hui le Proche-Orient, les images de la guerre du Viêtnam, qui montrent sans fard, pour la première fois, un conflit armé à une échelle mondiale, n'epargnent pas l'imaginaire des artistes de bande dessinée. Loin d'un recours systématique au hors-champ, Martin peut se permettre de dessiner des cases de plus en plus explicites, surtout dans les histoires plus tardives, à partir de la fin des années 1960.

     

   
     

L'invention de l'homo-érotisme dans Alix

Les relations entre Alix et Enak ont soulevé, avec la libération progressive des moeurs, des interrogations qui sont souvent amusé leu créateurn, comme il l'explique dans un entretien accordé à Liberation en 1996 : "C'est au lecteur de réagir selon sa sensibilité parce que Alix et Enak sont, à mon sens, des archétypes du monde antique. Toutefois dans les images de mes albums, il n'y a aucune vignette provocatrice et rien n'indique qu'ils aient des rapports intimes. Mais il est évident que je ne peux empêcher certains lecteurs d'imaginer, d'affabuler ou même de fantasmer sur ces deux personnages car,j'en conviens, ils peuvent prêtre à toutes sortes d'interprétations." Pour Martin, le modèle du couple Alix et Enak est pourtant à chercher du côté des héros homériques Achille et Patrocle. Dans L'iliade, en effet, les protagonistes ne présentent rien qui pourrait suggérer une relation homo-érotique. C'est à l'époque classique de Platon et d'Echyle, soit plusieurs siècles plus tard, que les Grecs commencent à faire de ces héros l'emblème d'une relation pédérastique. De même, la communauté homosexuelle, à partir des années 1980, va elle aussi construire une lecture fantasmée des relations qu'entretiennent Alix et Enak.

     
     
     
     
     
 

Le monde des orgies

Dans notre imaginaire, et en partie dans celui de Jacques Martin, l'Antiquité est souvent associée à une sexualité débridée, avec ces banques à le romaine s'achevant en parties fines et où s'épanouissait, sans réel interdit, l'indifférencation sexuelle entre citoyens, citoyennes, prostitués hommes ou femmes, esclaves ... LA culture populaire s'est volontiers emparée de ce flot d'images rêvées, en particulier le cinéma, que ce soir Fellini-Satyricon, bien sûr, le mémoragle Caligula de Tinto Bras, ou encore le non moins suggestif Messaline, impératrice et putain de Sergio Corbucci. Pourtant, les sources de ces supposées pratiques orgiaques à Rome sont extrêmement rares. Cela ne signitife pas qu'elles n'existaient pas, mais elles étaient sans doute des pratiques "à part". Pour Jacques Martin, elles constituent surtout le truchement idéal de scènes de nudité masculine et lui permettent de suggérer des pratiques sexuelles plus "libres", conformément à la vision fanstasmée et à l'évolution des moeurs contemporaines. L'idée de décadence, qui accompagne la disparition d'un monde et la naissance d'un autre, se traduit aussi chez Jacques Martin par sont goût avoué pour le cinéma de Luchiano Visconti (Les Damnés, Ludwig ou le Crépuscule des dieux), qui aurait été selon Martin l'adaptateur idéal des aventures d'Alix.

 
 
 
 
 
 

De quoi Alix est- il aujourd'hui le nom ? En quoi peut-il parler à des jeunes lecteurs nourrit aux séeries américaines, aux mangas et aux jeux vidéo ? La réponse est peut-être à chercher dans la triangulation où opère la série. A chaue pointe de ce triangle, on trouve une temporalité distincte : d'abord l'Antiquité romaine, telle qu'elle est vue ou traduite par Martin lui-même, puis l'époque où les dessinateur a composé l'essentiel de sa série entre 1948 et 1988, et enfin notre propre temps, qui permet d'observer Alix, soixante-dix ans après sa création, avec un sentiment équivoque entre familiarité et étrangeté, mise à distance et appropriation. Mais à l'intérieur du triangle se produit le miracle d'une lecture toujours renouvelée, nourrie par les fulgurances ou les audaces de Jacques Martin, ainsi l'ecrivait François Rivière en 1973 dans Schtroumpf : "Lire ou relire les aventures d'Alix et de son compagnon, suivre de nouveau pas à pas ce long chemin ensoleillé d'une adolescence assoiffés de vie et d'amour au milieu d'un monde tout à tour âpre et beau, fascinant et déroutant, sublime et désespérant, plaein de terreurs anciennes et d'espoirs fous, voilà qui nous conduit jusqu'au bout de l'auteur lui-même." Jacques Martin s'est en effet emparé, à sa façon, dans un milieu artistique et culturel marqué par un fort conservatisme, de la lib"ration des moeurs des années 1960 - 1970. A partir d'une certaine époque - après 1968, serait-on tenté d'écrire, bien que la reine tentatrice Adréa précède de deux ans les événements de Mai, son traitement des personnages féminins, de la nudité et surtout du corps en général, a ainsi ouvert clairement la voie à un propos plus adulte, plus problématique, plus politique aussi, qui nous parle aujourd'hui encore et qui tranche avec les publications du journal Tintin de l'époque, où les transformations de la société ne sint guère accompagnées, à la différence de Pilote, par exemple. C'est ainsi que toute la psyché de l'auteur, avec ses obsessions, ses fantasmes ou ses contradictions, s'épanoutt pleinement dans une deuxième plase de création, près de vingt ans aprè les débuts de la série.