exposition bande-dessinée, Convention Thorgal - Dernier Bar avant la Fin du Monde

Convention Thorgal - Dernier Bar avant la Fin du Monde

15 novembre 2018
   
     
     
     
     
     
     

Extraits de la comédie musicale de la compagnie L'enfant des étoiles

     
     
     
     
Court metrage Kriss de Valnor et l'impératrice des forêts 
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

Conférence convention Thorgal

avec Jean VAN HAMME, Grzegorz ROSINSKI, Giulio DE VITA, Xavier DORISON, Mathieu MARIOLLE, Roman SURZHENKO, YANN et Frédéric VIGNAUX

     
     

Votre rencontre et premières discussions à propos de Thorgal ?
Jean Van Hamme :
Grzegorz connaissait un éditeur de carte postale en Belgique et il lui a demandé s'il connaissait quelqu'un qui travaillait dans la bande dessinée. Il se fait que la femme de ce monsieur avait un frère qui était mon assistant quand je travaillais pour Philips International. C'était en 1976, et il m'amène Grzegorz un dimanche au mois d'août. J'ai pris deux pages d'un scénario que j'avais écrit et je lui ai demandé de faire les planches pour demain.

Grzegorz Rosinski : J'étais habitué de faire ça ! J'avais déjà des contrats dans l'illustration, et j'ai pris ça comme un point d'honneur. Alors je les ai faites, je n'ai pas dormi de toute la nuit.

Jean Van Hamme : Le lendemain, j'ai vu ses dessins et je me suis rendu compte que j'avais devant moi un dessinateur hors norme. Par hors norme, je veux dire qu'il n'était pas influencé par aucun auteur de bande dessinée franco belge. J'emmène Grzegorz aux éditions du Lombard, plus exactement au journal Tintin, dont André-Paul Duchateau était le rédacteur en chef et je lui dis que je crois qu'on tient un gaillard qui a de l'avenir ! je lui ai demandé si on pourrait faire une petite histoire ensemble. Guy Leblanc, le directeur éditorial, est d'accord pour un essai, mais 30 pages maximum. D'accord, mais de quoi ...
On se met à réfléchir. Grzegorz rentre chez lui. Le destin était fait pour nous réunir, car nous avions le même numéro de téléphone, à un chiffre prêt, lui à Varsovie et moi à Bruxelles. On communique par téléphone, même s'il faut 3 heures pour avoir la communication, et quand je lui écris, il parvient à lire en français ce que lui raconte. J'aimais beaucoup la mythologie et on s'est dit: nous sommes nordiques et si on faisait quelque chose autour de la mythologie nordique et c'est là que j'ai trouvé le héros que j'ai baptisé Ragnar.

Grzegorz Rosinski : Oui, mais tu ne connaissais pas forcément le journal de Vaillant ou il y avait cette série faite par Eduardo Coelho. Ce Ragnar était assez populaire et il y a aussi Ragnar dans les vikings le film de Richard Fleischer et il y en avait d'autres, alors je lui ai demandé d'en trouver un autre ! Il adore ça, tout les noms qui sont dans la série, sont des noms inventés. Et il est arrivé avec une longue liste et dedans il y a Thorgal, cela vient de Thor, le dieu et gal ...

Jean Van Hamme : Oui, car gal, ça fait nordique !

Grzegorz Rosinski : Le choix du sujet vient aussi de la situation où on était tous les deux. J'étais dans un pays communiste et Jean était à Bruxelles, dans un autre monde, un autre univers. On ne pouvait pas traiter de sujet politique, historique ou géographique… alors si on fait une histoire, il faut que soit totalement imaginaire. Il fallait communiquer et travailler en passant par des agences officielles et gouvernementales. Je savais qu'il fallait être très prudent, c'était surveillé et il n'y avait que la poste à l'époque, il n'y avait pas internet, on ne pouvait pas s'envoyer les planches.

Jean Van Hamme : On n'a jamais eu de problème par la Pologne. La seule censure qu'on ait eu, c'est par le journal de Tintin. Sur la première page de l'île des mers gelées, il y a deux garnements qui chassent un lièvre avec une fronde. Sur le dernier dessin de la page, Grzegorz a fait le lièvre dont la tête explose dans un jet de sang en gros plan ! Là, Tintin nous a dit: c'est pas qu'on n'aime pas ce que vous faites, mais est-ce qu'il faut vraiment tout montrer... Donc on a été censuré, on a expliqué à Grzegorz qu'on pouvait tuer le lapin pour le manger, mais il fallait le dessiner en plus petit.

Grzegorz Rosinski : Au début, je voulais appendre comment on fait de la bande dessinée, ce media populaire en occident, alors quand j'ai vu la violence partout dans Metal Hurlant, Pilote, ou tout explose, ben j'ai explosé la tête du petit lapin ! Je pensais que cela serait plus occidental !

Jean Van Hamme : On peut, mais pas avec les animaux ! Dans les vieux western, on tire sur le cheval, mais pas sur l'homme. Dans l'histoire moderne, le cheval n'est abattu que quand on vise l'homme, mais qu'on a loupé son coup ! Maintenant, on ne tue plus les bêtes !

C'est quoi la recette d'un bon scénario pour un Thorgal ?
Jean Van Hamme : Il n'y a pas vraiment de recette !
C'est comme en cuisine, vous prenez les ingrédients et vous laissez jouer votre imagination !Je crois que, comme il s'agit d'un univers de conte, cela vient aussi parce que j'ai beaucoup lu étant enfant. J'étais fils unique et il n'y avait pas de télé. Je lisais toute sorte de contes. Toutes ces histoires forment une espèce de magma dans lequel vous avez une certaine norme dans la construction et où j'ai puisé pour mes histoires.

En tant que scénariste, qu'est ce qui est le plus difficile quand on doit marcher dans les pas d'un géant comme Van Hamme ?
Mathieu Mariolle : Quand on nous prête un joli jouet, on essaye de ne pas le casser. Thorgal a fait partie de ma construction comme lecteur de bande dessinée, mais aussi en tant que scénariste. L'une des règles à respecter que je m'étais fixé, c'est que Thorgal, c'est une histoire de famille, c'est un couple qui a des enfants, des enfants illégitimes, et l'important c'est de se concentrer sur les relations entre les membres de cette famille.

Yann : Quand on est dans les pieds d'un géant, il vaut mieux être trois ou quatre !

Xavier Dorison : Je rejoins les remarques de mes deux prédécesseurs. Il y a beaucoup de choses qui sont difficiles quand on reprend Thorgal. Par exemple, il y a un certain nombre d'albums qui arrivent à vous raconter une bonne histoire complète en 46 pages avec une moyenne de 4 à 5 cases par planches. Vous verrez dans l'histoire de la bande dessinée c'est rarissime, soit il y a beaucoup plus de cases, soit les histoires ne sont pas bonnes. J'y vois une sorte d'exploit que je n'arrive toujours pas à atteindre !

Comment fait on pour dessiner après Rosinski ?
Giulio De Vita : C'est d'un côté difficile, mais c'est aussi facile. Grzegorz m'a accueilli comme un frère, pas comme un maître avec son élève. Il m'a conseillé comme un ami. Il m'a donné toute la liberté de faire comme je voulais. En bande dessinée, le dessinateur se met au service de l'histoire et de l'univers qu'il va représenter. Je me devais de coller à cet univers qui est déjà mythique et très défini. C'était la seule manière possible pour moi d'avoir des références précises comme celle de Grzegorz, mais sans le copier, évidement. Toutes les caractéristiques de mon style sont ressorties spontanément.

Frédéric Vignaux : J'arrive en dernier, donc c'est beaucoup plus facile finalement ! Thorgal a eu plusieurs styles, celui de Grzegorz et celui de Giulio. Pour l'instant je n'ai fait que Kriss de Valnor, et elle n'a jamais été dessinée de la même façon par Grzegorz. Au fil des ans, on s'est aperçu qu'elle a énormément évoluée. Il me suffisait de faire en sorte que le personnage reste dans ces phases là. La tache était beaucoup plus facile et je ne me suis pas trop posé de questions.

Roman Surzhenko : Comme cela a été dit, c'est facile et compliqué. J'ai découvert Thorgal à l'âge de 19 ans. J'ai commencé à le copier. À l'époque, j'étais étudiant et je ne pensais pas qu'un jour je le dessinerai ! Ce qui me plaisait et me plaît toujours, c'est le travail de la lumière et la façon dont tous les petits traits fabriquent le volume. Ce qui me manque c'est peut-être cette énergie, parce que les dessins de Grzegorz sont plein d'énergie, plein de ce qu'il appelle la nervosité. Pour moi c'était facile, car je me suis habitué à dessiner de cette manière.

Pourquoi l'univers de Thorgal suscite une tel ferveur ?
Xavier Dorison
: Je crois d'abord que cela vient d'une qualité intrinsèque à la série. Elle est remplie de bonnes histoires et de bons dessins. C'est bête hein ?!
Mais en fait il n'y a pas plus de secret que cela. Si vous arrivez à raconter de bonne histoires et qu'en plus elles sont bien mises en scène, a priori cela va plaire à beaucoup de monde !C'est une évidence, mais il faut quand même le rappeler !
Thorgal, ça touche à tout, à la science-fiction, aux contes, aux voyages, et surtout a ce qui fait aujourd'hui le secret de beaucoup de grandes séries à succès et qui se résume en un mot :la famille !
C'est ce que disait Mathieu tout à l'heure. C'est ce qui fait le lien entre presque tous les albums qui sont, eux, dans des univers différents. Un album va être dans un univers merveilleux, le suivant est dans le passé historique, le troisième va être de la science-fiction et le quatrième dans encore autre chose ! On pourrait se dire que cela n'a rien à voir alors qu'en fait c'est l'histoire d'une famille qui a a des problèmes comme le développement d'un enfant qui fait pas tout fait ce qu'on voudrait qu'il fasse, un mari un peu perdu entre ses désirs de fonder une famille et le désir de voyager, une femme qui voudrait être une femme aimante et disciplinée, mais qui, en même temps, veut s'affirmer, ce sont des problèmes universels et contemporains.

Yann : Pour compléter ce que vient de dire Xavier, la spécificité de Thorgal est qu'il est différent des autres héros de bande dessinée. Comme eux, il est un guerrier courageux, brave, et sait qu'en plus de tous les ennemis qu'il a à affronter, il y a les dieux qui se sont penchés sur lui et qui le défient et le harcèlent en permanence !Thorgal décide de lutter contre vent et marée et d'aller contre le destin. C'est complètement irrationnel, et c'est ce côté héroïque, mais naïf et courageux qui a touché les gens. Ce ne sont pas des quêtes d'argent, de pouvoir, de puissance, ... Ce qui est intéressant dans cette série, c'est que Thorgal veut être tranquille, et aussi le fait qu'il dit aux dieux: vous m'emmerdez, je n'ai pas envie de vous, foutez-moi la paix !
Je pense que c'est un message qui touchera toujours les gens

Jean Van Hamme : Il y a une petite explication, Thorgal a quelque chose qui irrite les dieux ! Il est en trop, il n'est pas né sur Terre ! Qu'est ce qu'il fait là ? Les dieux décident de la naissance et de la mort de tous les humains de la Terre, mais lui, ils n'ont rien décidé, c'est un rebelle involontaire !Comme il est beau gosse, il séduit la femme d'Odin, qui lui donne quand même quelques petits coups de mains bien nécessaire !

Vous avez écrit de nombreuses séries et de héros mémorables, on a l'impression que vous avez un attachement particulier pour Thorgal !
Jean Van Hamme : C'est peu être ma partie la plus enfantine et la plus rêveuse ! Xavier a énuméré les différents genres, il y a aussi parfois des séquences western avec tous les poncifs du genre !
C'est amusant de prendre les poncifs d'un genre, mais en les adaptant à un autre, il y a un effet de surprise qui est assez réjouissant. Dans les archers, ce sont des poncifs de western, mais mis a une époque ou le western n'existe pas.

Grzegorz est-ce vrai que vous préférez Aaricia à Kriss de Valnor ?
Grzegorz Rosinski : Je n'aime pas trop le cuir et les fouet, le SM ce n'est pas vraiment mon type, mais les gens aiment ça, tandis qu'Aaricia, je suis un peu bloqué parce que ce genre de blonde, oui c'est vrai, ça m'attire, mais elles sont toutes prises ! Il y a aussi plein de personnages de troisième rang. J'adore créer des personnages, faire mon casting, mais je ne sais jamais si ces personnages vont jouer des röles importants ou pas, parce que je ne suis pas dans la tête du scénariste. J'ai aussi une responsabilité, car il y a certains personnages qu'on a supprimés, d'autres qu'on a laissés vivre et certains pour qui j'ai insisté qu'on les garde comme ...je me souviens plus, à vrai dire, je n'ai jamais lu Thorgal !(rire)

Jean Van Hamme : Pour continuer sur ce que vient de dire Grzegorz, je savais que j'allais arrêter, j'ai tenu à ce que dans le dernier album que j'ai écrit, ils ne seraient plus que quatre, Thorgal, Aaricia, Jolan et Louve. Je voulais permettre aux successeurs de pouvoir redémarrer avec le minimum de personnages. Il y a des personnages qui ont été abandonnés, sur une île et qui pourraient revenir. Je ne les ai pas éliminés, mais abandonnés à droite et à gauche. Cela permettait de repartir presque à zéro.

Avez-vous regretté d'avoir tué ou garder certains personnages ?
Jean Van Hamme : J'ai un gardien qui veille par-dessus mon épaule pour m'empêcher de tuer les gens que je ne devrais pas. Ce gardien s'appelle Huguette, c'est ma femme ! Cela ne la dérange pas qu'il y ait des gens qui meurent, mais de temps en temps, elle me dit: t'as tort, si tu tues celle ou celui-là, tu le regretteras, car tu en auras besoin plus tard !Et elle a toujours eu raison ! En personnage mort, il y a Chald. Mais bon, il avait trahi !

Grzegorz Rosinski : Ca, c'est moi qui avais demandé !

Jean Van Hamme : Enfin !Après des années et des années, on a enfin trouvé le vrai coupable de la mort de Chald !

Grzegorz Rosinski : Mon casting était raté, je le pensais différemment.

Jean Van Hamme : Je me tourne vers les dessinateurs, vous vous rendez compte de la responsabilité que vous avez !Cela marche dans les deux sens ! Vous faites un personnage tout à fait secondaire qui doit apparaître que dans quelques pages et puis le dessinateur vous fait quelqu'un de tellement réussi que vous vous dites: celui-là, il faut que je le garde ! C'était le cas de la gardienne des clés d'ailleurs, qui est de mes personnages secondaires préférés, si ce n'est pas LE préféré, parce qu'elle est ravissante ! Elle apparaissait relativement brièvement dans le troisième tome, et je me suis dit: celle la, on va la retrouver, elle est réussie !
Par contre, comme Grzegorz vient de l'avouer, s'il rate un personnage, et qu'il me dit: liquide-le, je ne suis pas content, c'est trop tard pour le changer, l'album est sorti, tue le, je le ferais mieux la prochain fois ! Donc les dessinateurs ont, sur le plan scénaristique, une énorme importance et j'ai eu le cas dans d'autres séries avec d'autres personnages. Tout à coup, vous vous dites: c'est fantastiquement réussi, on va le garder !C'est aussi un moteur scénaristique de se dire: je veux réutiliser ce personnage.

Quels sont vos personnages préférés à tous ?
Yann :
Sans hésiter c'est Louve, c'est un personnage qu'on a vu naître et grandir, ce qui est très rare dans la bande dessinée. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j'ai un attachement et graphiquement, elle est magnifique.

Frédéric Vignaux : J'ai dessiné deux personnages, Jolan et Kriss, mais ma préférence va à Kriss de Valnor. Est-ce qu'on peut aimer Kriss avec son sale caractère ?Je ne sais pas, son côté SM ? Je ne sais pas non plus, ce n'est pas forcément mon style ! Après, j'ai eu la chance de dessiner plusieurs Kriss de Valnor ! Donc il y a certains cotés que l'on peut effectivement aimer. Et on ne peut pas travailler deux ans sur des albums sans aimer ses personnages.

Mathieu Mariolle : Yann a choisi Louve, le personnage qu'il a fait fait vivre très longtemps !Je vais répondre de la même façon, j'ai eu la chance que l'on me confie mes deux personnages préférés, Kriss de Valnor et Jolan. J'ai une grande affection pour Kriss, parce que c'est un personnage à qui on peut faire dire les pires monstruosité du monde !Quand on a écrit nos albums en commun avec Xavier, on écrivait face à face et on faisait parler Kriss et on lui faisait dire des choses atroces, des choses qu'on pensait peut-être, mais qu'on n'aurait jamais pu dire de toute façon. Donc voilà ! J'ai aussi une grande sympathie pour Jolan, c'est un personnage qui avait à peu près mon âge, quand j'ai découvert Thorgal. Et c'était un personnage auquel je m'identifiais énormément.

Giulio De Vita : Moi aussi, c'est Kriss de Valnor. Il y a le viol de Kriss, quand elle était jeune. J'ai vraiment eu du mal à dessiner cette planche-là. On ne voit rien d'explicite, mais j'ai eu beaucoup de mal. C'est normal pour un dessinateur de ressentir un feeling avec ses personnages, et dans ce moment de violence, j'ai passé une semaine ou deux à ressentir de la souffrance. Pour aller sur un autre personnage que j'ai vraiment aimé, c'était Sigwald, parce que dans l'histoire écrite par Yves Sente, on a découvert ses cotés humains, avec son passé et la perte de son fils et, là aussi, c'était émouvant d'avoir à dessiner ces planches.

Xavier Dorison : J'ai eu deux fois l'occasion de reprendre des personnages de Jean Van Hamme, et deux fois c'était des grands méchants. Dans XIII, c'était la mangouste et dans Thorgal, Kriss de Valnor ! Quand vous avez un personnage comme Thorgal, quelqu'un qui est profondément bon, quand vous allez écrire, vous aller devoir vous poser une question simple, c'est quelles décisions positives va t il devoir choisir ! En gros, comme il est bon, il a le choix entre deux choses bonnes à faire soit il a le choix entre deux choses mauvaises, et là, il va choisir la moins pire !Mais en fait il n'a pas trop de question à se poser ! Thorgal n'est pas un personnage qui hésite, car il a les idées claires et c'est quelqu'un de bien. J'adore des personnages comme Kriss, car elle aussi à des questions à se poser en interne. Elle doit se dire: d'un côté, j'ai envie de faire le mal, et cela me tente ! De temps en temps, je le fais, et de temps en temps je vais quand même tenter de ne pas être la pire de l'histoire. Je trouve que cela lui donne une dimension un peu supplémentaire, cette hésitation qu'elle a en elle-même. Et je trouve toujours cela amusant, en tant que scénariste, de faire adorer les crapules.

Jean Van Hamme : Kriss de Valnor, c'était mon Olrik ! Olrik, il est méchant, mais il mouille sa chemise !Il y a une chose. Kriss est amoureuse de Thorgal, et elle le déteste, parce qu'elle est amoureuse de lui ! C'est tout !C'est cette contradiction permanente qui fait bouillir le cerveau !

Grzegorz Rosinski : C'est cela qui manque très, trop souvent dans la bande dessinée ! Ce genre de problèmes très humains ou psychologiques de cette profondeur que Jean a commencé à introduire dans les saga !

Roman Surzhenko : Moi aussi j'aurais voulu dire Kriss de Valnor, parce qu'elle est méchante, dangereuse, chaude !
Mais mon personnage préféré c'est Thorgal, parce que je préfère les personnages bon. Je trouve qu'il est porteur de valeurs qui appartiennent plutôt à notre époque. C'est pour cela qu'il est différent des autres vikings sauvages. Ce qui me plaît, c'est que personne ne doit l'embêter, personne ne doit se mêler de ses affaires, personne ne doit interrompre la vie pacifique qu'il cherche. Le truc qui fait évoluer l'histoire, c'est qu'on a un personnage qui cherche à vivre sa vie, mais il y a toujours beaucoup de problèmes qui lui tombent dessus.

Les droits de Thorgal ont récemment été acquis pour une série télé ! On a interviewé le réalisateur, Florian Henckel von Donnersmarck (le réalisateur de La vie des autres). Il nous a dit que Thorgal est sa grande passion d'enfance et qu'il possède la dramaturgie des meilleures bandes dessinées, l'intelligence des grand romans et la beauté du grand cinéma !
Impatient ou inquiet de voir cette adaptation ?
Jean Van Hamme :
J'ai vendu les droits, je n'ai pas participé aux discussions.

Laurent Duvault de Mediatoon : Le paysage audio visuel a beaucoup changé ces dernières années, la frontière entre la télé et le cinéma disparaît un peu chaque jour. L'ampleur de Thorgal et l'ambition de Florian, fait que la télé semble aujourd'hui le meilleur media pour accueillir la saga, et on espère que ce sera sur plusieurs années. Comme Florian est quelqu'un d'extrêmement méticuleux, il s'est beaucoup consacré a son dernier film, presque trois ans, au grand désespoir de son producteur, qui est aussi le producteur de la série Thorgal, et qui attend depuis cinq ans maintenant que Florian s'y mette et nous aussi  ! (rire)
Ce qui est assez excitant, c'est que la télé aujourd'hui offre une visibilité sur plus long terme, parce qu'au cinéma si la sortie est loupée, la semaine d'après c'est déjà oublié alors que la télé nous donne la chance d'être vu et revu. C'est un projet ambitieux et compliqué. Ce n'est pas encore fait ! Imaginez le budget qu'il faut ! Et même avant le budget, c'est d'abord écrire et avoir une vraie histoire et une vraie adaptation et c'est aussi pour cela qu'on a choisi Florian. C'est ce qui est le plus dur ! Et ces dernières années ont prouvé qu'avant de savoir où, quand et comment, la vraie question c'est comment le raconter ! Et le raconter en étant le plus respectueux possible.