Le goût du chlore est à l’image de cette piscine municipale où est allé nager le héros, car on peut être frileux à se jeter à l’eau, mais une fois dedans, on n’a plus envie d’en sortir...
Avec une très complète palette de bleus, de bleus-verts et de bleus turquoises, Bastien Vivès nous dresse également un véritable catalogue d’émotions. C’est justement cette saturation de couleurs froides qui anesthésie le lecteur et réussit à lui rappeler ces sensations qu’il peut avoir à la piscine : les températures, les odeurs, les courants d’air, l’écho, les bruits sonnant différemment qu’il ait la tête hors de l’eau ou sous la surface, les vertiges, aussi...
Avec des longueurs toutes calculées dans son récit, Vivès traduit la solitude du nageur, sans vouloir y glisser de profonde réflexion : tout à ses mouvements, le jeune homme, quand il regarde le spectacle des baies vitrées du plafond, ne réfléchit pas à une quelconque stratégie pour retrouver sa nouvelle "professeure" de natation. Mais dès qu’il atteint un bord, il scrute, il attend, il essaye de reconnaître sous son bonnet celle qui ressemble à tous les autres... Il la cherche. Tout est très sensuel, très délicat, mais sans fioriture. La fille est là pour nager, pas pour se faire draguer. Et lui en serait peut-être d’ailleurs complètement incapable, homme neuf, nu, dans cet élément qu’est l’eau et qu’il n’a pas encore bien apprivoisé.
Et au fur et à mesure que les semaines passent et que la complicité des deux se fait plus forte, on s’attend forcément à ce qu’il y ait construction de la relation. Mais Le goût du chlore est comme un après-midi à la piscine : à un moment donné, ça ferme. Et on repart dans le "monde réel" avec des questions plein la tête, le genre de questions directement en lien avec le cœur et les frissons de la peau.
Bastien Vivès nous régale de cette "période bleue" qui se lit trop vite. On se plaît dans sa piscine où les contours des corps, comme les soucis, s’effacent sous la surface de l’eau. Le goût du chlore est à expérimenter dans la collection KSTR des éditions Casterman, dans un format rigide et plus grand que les titres qu’on lui a connus jusque là.
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