Ce troisième tome de la série est superbe ! On dirait que Farid Boudjellal s'améliore à chaque fois avec un dessin nettement plus appliqué et des couleurs de plus en plus belles ! Même la narration est différente, je la trouve plus inventive, plus audacieuse ( voir le dialogue des deux époux des pages 8 et 9). Cette fois, la guerre d'Algérie est mise de côté au profit de la religion qui entre en piste et dont l'auteur nous parle avec beaucoup d'élégance. Il fait intervenir Marie et elle s'efforce de taire une douleur, celle du souvenir qui concerne le génocide arménien et dont des millions de personnes ont été victimes, sa famille y compris. Par contradiction, un autre personnage a besoin de retrouver la mémoire pour son équilibre. Ces deux personnages vont humblement décrire la tragédie et s'aider mutuellement. Boudjellal essaie encore de parler d'une entente universelle utopique mais qui serait magique ! Décidément, j'aime beaucoup ;-)
Il est toujours difficile d’évoquer un sujet aussi lourd que le génocide arménien sans tomber dans le pathos ou le misérabilisme. Mais Farid Boudjellal a su éviter cet écueil en s’intéressant au douloureux travail de mémoire à travers les générations face à un tel drame : certains tentent d’oublier alors que d’autres veulent se souvenir. L’auteur fait preuve d’une grande sensibilité et nous dresse le portrait touchant d’une famille unie. Il amène également beaucoup de douceur avec un dessin épuré et très coloré se permettant même quelques jolies envolées graphiques.
Mais malgré toutes ces qualités, j’avoue être resté un peu frustré à la fin de cette lecture. Il me manquait un petit quelque chose pour être vraiment emballé. L’auteur mise peut-être trop sur ses personnages au détriment de l’histoire ou peut-être y a t il trop de retenue dans son approche. Le fait de ne pas avoir lu les histoires précédentes m’a sans doute empêché de m’attacher totalement aux personnages. A noter aussi un épilogue qui apporte des informations sur le génocide et la vie des réfugiés mais qui m’a totalement embrouillé sur la frontière entre le côté romancé et le réel de la vie de la vraie Mémé d’Arménie.
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