Enfin un éditeur nous offre la traduction française de ce
manga ! On ne s’étonnera pas d’ailleurs que ce soit Kana qui s’en charge. La maison d’édition est souvent à l’initiative des traductions françaises de grandes séries japonaises.
Alors, allez-vous me dire, qu’a donc de si particulier cet ouvrage ? Si vous êtes autant amateur de BD que de cinéma, vous connaissez sans doute la réponse. Lady Snowblood est l’ouvrage qui a inspiré Quentin Tarantino pour son film Kill Bill. On y trouve une histoire de vengeance familiale, une belle femme maîtrisant parfaitement les arts martiaux et du sang, beaucoup de sang. Bien sûr, c’est moins frappant dans le manga puisqu’il est en noir et blanc.
La comparaison doit toutefois s’arrêter là puisque, dans ce livre, le récit se passe au Japon pendant l’ère Meiji (1868 – 1912). Il s’agit d’une période clé de l’histoire de ce pays, celle où le Japon s’ouvrit au monde extérieur. La société féodale va faire place à une économie ouverte qui fera des marchands les nouveaux maîtres du pays. Le nouvel empereur va tout faire pour occidentaliser le Japon. Cette période annonce notamment la fin des samouraïs.
Les auteurs du livre font de nombreuses allusions aux bouleversements culturels qui sévirent à ce moment là dans la société japonaise. Ce seul aspect rend déjà la lecture très intéressante et n’enferme pas l’ouvrage dans un pur manga d’action.
La personnalité de l’héroïne est aussi un atout pour ce livre. Yuki est d’une froideur terrible et sa personnalité est insaisissable. Cela donne une ambiance très particulière, renforcée par une mise en scène à la forte intensité dramatique. Instants figés et combats sanglants se succèdent de manière vraiment efficace. De la même manière, moments d’émotions et froides tueries peuvent se suivre sans laisser au lecteur le temps de réaliser.
Nous suivons le destin de Yuki sans qu’il n’y ait de chronologie. On passe régulièrement du passé au présent. Tantôt nous découvrons la jeune femme lorsqu’elle était enfant, tantôt nous la retrouvons dans sa quête ou dans une de ses missions. Elle est, en effet, régulièrement engagée par différentes organisations pour régler de manière « tranchée » des problèmes. Elle doit souvent éliminer des personnages ignobles, à la tête de mafias ou de bandes organisées. Mais n’allez pas croire qu’elle agit toujours pour le « bien ». Certaines missions sont moralement très discutables et renforcent encore la personnalité ambiguë de Lady Snowblood.
Ce manga n’est pas tout jeune puisqu’il a été publié pour la première fois en 1972. Pour autant, il n’a pas pris une ride. Les dessins sont raffinés et très efficaces. La mise en scène et le scénario, bien plus complexe qu’il ne veut bien le faire croire au premier abord, font de ce manga une référence en la matière, au moins en ce qui concerne les histoires de sabre et d’arts martiaux. L’ensemble est très violent et non dénué d’érotisme, ce qui en fait un livre réservé à un public averti.
Les étranges méthodes que Yuki utilise pour mener à bien certaines missions paraissent parfois peu crédibles mais l’intensité dramatique de l’ensemble fait oublier ces petits défauts. Indubitablement on a envie de connaître la suite de cette histoire terrible et savoir si Lady Snowblood assouvira la vengeance fomentée par sa mère. Nous le saurons dans le prochain tome.