Voici une bande dessinée qui mérite bien d’être rééditée en version luxe ! Composée de deux histoires indépendantes, elle doit son titre à la première,
Le Cheminot, qui, avant d’être adaptée pour la BD est sortie en roman, est devenue best-seller au Japon et a même eu les honneurs de l’adaptation cinématographique.
"Le faiseur de larmes". Tel a été l’un des surnoms qui ont été donnés au romancier scénariste, Jirô Asada (un pseudonyme) et force est de constater que cette dénomination n’a pas été usurpée. Tel un Jirô Taniguchi (pour citer un
mangaka connu et qui lui aussi a prouvé qu’en quelques pages, il pouvait faire redoubler les battements de cœur de ses lecteurs), il réussit avec ces deux histoires à nous bouleverser complètement.
Maintenant, pour être honnête (car je n’ai pas lu le roman originel), si je me permets de comparer les deux auteurs, c’est aussi que le dessinateur, Takumi Nagayasu, réalise un travail en de très nombreux points semblable à celui du créateur de
Quartier Lointain. Et donc je rends un hommage appuyé à ce Nagayasu, étant parfaitement lucide sur le fait que si un autre mangaka s’était attelé à la tâche, le texte d’Asada n’aurait peut-être pas eu aussi bon ambassadeur...
Réalisme précis autant dans les décors que dans les visages, les anatomies ou encore les reproductions de véhicules, sensibilité du trait donnant vie on ne peut mieux aux récits chargés d’émotion... Tout y est et, franchement, les fans de Taniguchi qui, on le sait, sont de plus en plus nombreux chaque jour ne pourront que se confirmer ce que j’écris en tombant eux aussi sous le charme de cette BD indispensable à tous les amateurs de manga d’auteur.
Dans les deux histoires, l’environnement est comme calibré pour que l’émotion nous submerge. Dans
Le Cheminot, la morsure du froid de l’hiver nous anesthésie avant que ne nous gagne le feu de la chaleur humaine. Dans
La lettre d’amour, la personnalité de Goro nous fait hésiter entre sympathie ou antipathie envers lui jusqu’à ce que son comportement change, semblant venir du plus profond de son cœur et perçant sa carapace de "bad boy"... Ces contrastes froid / chaud et ignorance / réveil de la conscience nous poussent immanquablement à tomber dans le panneau, à nous retrouver prisonnier du "doux piège" que tendait l’auteur.
Panini Manga peut être fier de ce titre à son catalogue. Tout comme vous serez heureux de compter cette bande dessinée parmi les bijoux de votre collection.