C’est un
manga très sombre que nous sert Shôhei Manabe. Pour son premier livre traduit en français, il marque indéniablement les esprits. Il place le lecteur aux côtés d’un « yamikin », un usurier sans cadre légal, financé lui-même par des yakuzas, et qui ne recule devant rien pour faire de l’argent.
Il n’est pas facile d’assister à ces trafics sans éprouver du dégoût et un certain malaise. L’auteur ne centre pas tout son récit sur Ushijima mais nous permet de vivre aussi à travers le regard de ses victimes. Le côté dramatique n’en est que plus fort, par exemple quand on suit cette jeune femme dans sa dégringolade sociale, employée tranquille (mais dépensière) qui termine dans le circuit de la prostitution. Il y a aussi cet étudiant qui se ruine au jeu et qui va se faire achever financièrement et socialement par le « yamikin ».
L’ambiance est lourde, presque sale, portée par un dessin réaliste et très marqué, aussi sombre et torturé que le propos de l’auteur.
Voilà un manga vraiment noir, qui mérite d’être lu mais qui doit être réservé à un public averti.
Les visages des personnages sont particulièrement... moches. Surtout lorsqu’ils prennent l’expression de la colère, de la peur ou de la haine. Et cette histoire ! Brrr... Quel sombre tableau ! Des gens qui vivent en exploitant froidement les autres et qui n’hésitent pas à les mettre plus bas que terre, sans aucun scrupule. Rien ne laissait penser que cette BD, Ushijima, aurait pu me plaire. Et pourtant... Encore une fois, le style de narration
manga fait que « ça passe », qu’on se laisse entraîner dans cet univers déroutant, comme Takada qui y fait ses premiers pas, aussi effrayé que curieux d’y plonger...
Ushijima n’est pas une BD à laisser dans les mains des plus jeunes ou des plus sensibles. Le macaron « Pour public averti » le confirme.