Artistiquement, ce tome 2 assure autant que le premier. On y retrouve le dessin clair de Thibaud de Rochebrune dynamisé par des traits d’action comme on en trouve dans la littérature
manga et par les couleurs de Fabien Alquier qui utilise une très large palette sans pour autant faire ressembler les planches aux néons d’une fête foraine.
Côté scénario, par contre, on ne renoue pas avec cette facilité de compréhension qu’on avait observée lors du tome 1. Le niveau de complexité est en effet monté d’un cran et nombreuses sont les questions qu’on se pose lors de la lecture !
Car si, d’une part, les rapports entre Pasztor, Rainbird, Tesherad et les "évolués" sont encore assez peu lisibles (Pasztor semblant jouer sur plusieurs tableaux et brouillant donc les pistes), on en apprend d’autre part plus sur les pouvoirs extraordinaires qu’ont Aazaad et ses pairs. Et ces pouvoirs - tels la faculté de ne pas être vu ou de lire dans les pensées pour ne parler que de ceux-là - nous font nous demander si l’on ne devrait pas les prendre en considération afin de refaire une lecture plus... éclairée. Et en effet, des choses alors trouvent leur explication. Par exemple, lorsqu’on sait qu’Aazaad sait se rendre invisible (pourtant, sur les vignettes on le voit, c’est déstabilisant) on se demande pourquoi Adamas ne se rend pas elle aussi invisible lorsqu’avec Goran, elle est attaquée dans l’appartement qu’Aazaad vient de quitter en effectuant ce saut si périlleux. Et en fait, plus loin, on apprend que ces pouvoirs ne sont maîtrisés que par certains des "évolués", les plus jeunes. En cela, Filii est un bon petit casse-tête, à l’image d’un film comme
Sixième sens où l’on est obligé à reconsidérer la totalité du film une fois qu’on en a la clé.
Filii tome 2 est donc un bon album, un album qui nous fait nous rapprocher de la solution en nous donnant toutefois l’impression, au contraire, de nous en éloigner. C’est donc avec intérêt qu’on attendra le prochain volet (le dernier du cycle 1) pour que la forêt de points d’interrogation qui a poussé depuis la première séquence du tome 1 face place à la clarté de la résolution de l’énigme.