Les pensées de quelqu’un sont intimement liées à son humeur du jour, voire du moment. Tout n’est donc que subjectivité dans l’analyse qu’on peut en faire. Alors quand, en plus, on n’en a que des extraits, on perd encore plus les repères nécessaires à la compréhension des choses.
Dans le cas de ces 80 textes, extraits donc des "Pensées du jour" de Bruno Frappat, on n’est pourtant pas gêné par un quelconque manque de repères. En effet, des coupes judicieuses ont été faites dans les écrits de l’auteur pour que textes et images soient bien équilibrés et assurent une unité auto-suffisante.
De plus, les extraits sont tellement emprunts de sentiments, de poésie, d’humour, de rage ou encore de recul et d’indépendance que la lecture peut être faire hors contexte sans problème : ces souvenirs du passé (proche) sont à lire comme on ré-ouvrirait une vieille revue au contenu resté croustillant malgré les années.
Les pensées, par essence, vagabondent d’un sujet à l’autre. Ainsi, on ne s’étonnera pas que la vache folle s’invite dans un extrait intitulé "Moines", par exemple. Ou que certaines chroniques collent fortement à l’actualité de l’époque quand d’autres sont beaucoup plus "à part", en marge, intemporelles, telle celle relatant le dernier voyage vers Suez d’un anonyme.
Vous aimerez le regard de l’auteur à propos des nouvelles techniques dans "Les conquérants du fugitif", vous vous sentirez concerné par ce texte parlant des SDF venant toquer à la vitre de votre portière de voiture à un feu rouge... Et puis vous y trouverez quantités d’autres choses, matière à réflexion, à souvenirs. Le foot, Papon, les vieux, les jeunes, les bac+12 livreurs de pizza, les indiens de Guyane... Beaucoup de sujets sont abordés avec finesse, très différents, et si nombreux et sans forcément de liens entre eux que vous pourrez lire ce recueil au rythme qu’il vous plaira. Un texte par jour. Ou un par semaine. Ou tout d’une traite !
Dans la préface qu’il signe, André Juillard nous redit son bonheur d’avoir été choisi pour illustrer ces textes, appuyant modestement sur le fait que parfois, il ne s’est pas senti à la hauteur des thèmes abordés. Qu’importe ce qu’il pensait au moment où il livrait ses œuvres : à nos yeux de lecteurs conquis d’avance, 80 semaines est un véritable portfolio d’artiste doublé d’une lecture de très grande qualité.
|