Missy est une bande dessinée toute en rondeurs. Pas étonnant, pourriez-vous me dire, dans le cas du catalogue d’une maison d’édition appelée "La boîte à bulles" ! A première vue, on ne sait pas ce que va cacher une telle couverture montrant un dessin très stylisé de femme que la nature a trop généreusement dotée. Et en fait de bulle, c’est bien dans une bulle dramatique que vit Missy, l’héroïne. Rien d’humoristique ne sera au programme...
Les deux thèmes principaux de cet album sont la quête de l’amour et le mal-être. L’amour, c’est Missy qui le recherche désespérément, elle qui donne envie aux hommes mais qui se rend bien compte qu’elle n’est pas celle qu’on veut pour la vie. Le mal-être, c’est peut-être les clients du bar, en manque d’une tendresse qui leur sera tarifée, qui le vivent. Mais c’est aussi, et encore, Missy. Obèse. Après des BD comme Les cœurs boudinés ou In the clothes named fat, l’obésité est une fois de plus au centre de l’histoire.
C’est avec un dessin très simple, tout en volumes, très géométrique que le scénario est porté en images. Il est également mis en couleur de manière très basique. Cette basicité est poussée à l’extrême : les visages sont volontairement inexpressifs, réduits à de simples ovales ou à des formes rappelant le taureau de Picasso ou les sculptures de Brancusi. Ce sont donc les formes qui font tout le reste. Et le résultat est très bon : on est happé par cette dramatique histoire ! Je dirais même qu’on s’attachera plus aux personnages (et notamment à Missy) ainsi dessinés : si elle avait eu un visage, qui sait si nous n’aurions pas eu d’a-priori alors que là, on est d’emblée tout acquis à sa cause.
Si la fin est assez prévisible, c’est la manière de nous y conduire qui est talentueuse. Et qui nous laissera un excellent souvenir de cette lecture aussi dérangeante que belle.
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