Très vite, à la lecture de ce livre au rythme lent, on comprend que le retard qu’accuse Jean risque bien de se transformer en une absence. Et pourtant, cette absence fait de lui celui dont on parle le plus. A parler de lui, de soi et de toutes ces années pendant lesquelles on a été sans trop de nouvelles les uns des autres, on se redévoile. On n’est plus celui qu’on était, on n’a plus les mêmes idées, on en rajoute quand on parle de soi. Des petites choses du passé refont surface, aussi.
Sur le thème des retrouvailles de trentenaires, thème particulièrement en vogue dans les films de cinéma de ces derniers temps, l’allemande Barbara Yelin nous brosse le portrait "instantané" de vies qui se doivent d’être résumées dans le délai d’un week-end.
Cette œuvre est empreinte de mélancolie et de nostalgie. Les couleurs utilisées sont assez tristes : beaucoup de gris et de orange, des couleurs d’automne, et elles rehaussent un dessin très fourni très proche du croquis au crayon. Les bords des cases dansent, sont irréguliers. Certains traits gommés par l’auteure sont toujours visibles et viennent faire écho aux autres, toujours à main levée. Tout cela participe à imposer une ambiance étrange que le nombre généreux de pages aide à faire durer.
Le retard est une œuvre graphique très personnelle, un voyage immobile de toute beauté.
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