On avait déjà vu ce postulat de départ dans d’autres BD (je pense notamment à
Homunculus) dans lesquelles le héros subit une opération au crâne. C’est vrai que c’est fascinant – même si tout n’est pas bon à prendre - de savoir que la technologie va de plus en plus s’imposer jusque dans nos corps. On connaît par exemple déjà l’existence de ces puces que les gérants d’une boîte de nuit barcelonaise proposent à leurs plus fidèles clients et qui n’ont plus qu’à être "bipées" pour que le droit d’entrée soit valide...
Dans
Détenu 042, cette puce est autant une chose négative (c’est Big Brother) qu’une chose positive puisqu’elle va permettre à Tajima de revoir la couleur du ciel et de vivre plus humainement qu’en cellule.
Le véritable phénomène qu’a sans aucun doute voulu pointer la
mangaka Yua Kotegawa, c’est le débat sur l’abolition ou non de la peine de mort au Japon, où 80% de la population serait encore pour. Mais jamais dans cette manga on ne partira sur la politique. Tout est ramené très "localement" autour du personnage principal.
Classée seinen, cette bande dessinée fait par contre de grandes embardées dans le style
shojo et c’est un peu ce qui m’a déplu dans ce titre. On part sur des ambiances lourdes autour d’un personnage très peu recommandable pour très très vite glisser sur un terrain où le monstre devient super-sensible aux fleurs, aux animaux, etc ! Le changement est bien trop rapide ! Le dessin n’y est pour rien car il est bon, et Kotegawa, si elle croque ses personnages masculins assez simplement, nous dessine par contre très bien les jolies filles. Mais on en revient à ce contraste entre le dramatique de la situation de 042 et le côté eau-de-rose des situations relatives aux fleurs ou encore à cette (grotesque ?) course après des lapereaux... Dans la série mélo, on n’oubliera pas le personnage de la touchante petite aveugle Yume qui vient appuyer ce que je dis plus haut. Lien entre le détenu haï et les autres, détonateur de sentiments chez 042, Yume a un rôle clé, semble-t-il. Un clin d’œil est même fait à son handicap : une ligne en Braille est détectable sur la pochette du livre !
J’ai noté une incohérence dès le départ. Il est avancé que si l’ablation (réalisable, nous dit-on) d’une partie du cerveau qui annihilerait les pulsions mauvaises de 042 n’est pas faite, c’est pour des raisons déontologiques. Or, on nous dit ensuite que si Tajima atteint un seuil d’énervement, son crâne explosera suite à un "ordre" de la puce qu’on lui a placée dedans. Ah, parce que ça, c’est plus déontologique ?!!
Fortement axée sur les relations entre personnages et sur les identités, on aura noté le "trou dans le CV" de 042 : aucune info sur lui entre ses 8 ans et ses 14 ans. Si ça ce n’est pas une corne d’abondance pour la mangaka pour nous sortir du chapeau une explication à bien des choses, je veux bien qu’on m’insère une puce dans la fesse gauche qui détecterait si je m’assois bien ou de travers sur une chaise !!!
Détenu 042 est au final une lecture bien agréable mais qui ne fera peut-être pas l’unanimité à cause de ces petites choses qui viennent discréditer le fond de l’histoire. C’est cependant un titre à lire et à conseiller peut-être plus spécialement aux adolescents.
Série prévue en 5 tomes.