Qui n’a jamais essayé d’imaginer à 20 ans ce qu’il deviendrait à 40 ? Cyrille Pomès part de cette idée assez simple et l’utilise pour confronter son personnage principal à ses rêves d’adolescent et ses idéaux d’antan.
A l’universalité de son sujet, l’auteur oppose une forme très originale voire inédite en BD. Son histoire est composée de chapitres qui semblent répondre aux différents paragraphes de la fameuse lettre qu’il dévoile progressivement. Les flash-back se succèdent ainsi et nous livrent des moments clés ou symptomatiques de la vie de Patrick tels des virages plus ou moins bien négociés. La forme est donc importante dans cet album et malgré quelques changements d’époque un peu confus, c’est plutôt réussi. On est pourtant loin du simple exercice de style car l’auteur a porté une grande attention à tous les aspects de son histoire. Côté dessin, Cyrille Pomès a su trouver son style, semi-réaliste, et cela dès son premier album. La colorisation sobre, en monochrome vert, rend les décors anodins et permet de se focaliser sur les personnages. Mais le talent de l’auteur devient évident lorsqu’il se passe de bulles. Sa maîtrise de la narration lui permet d’illustrer clairement son propos sans effet tape à l’œil et rend chaque scène limpide.
Et du talent, il y en a revendre ; les dialogues font mouche et les personnages semblent tellement réels qu’on a l’impression de les connaître. Il réussi également à saisir la fragilité des relations amoureuses et les fêlures des ses personnages. La vie de Patrick défile alors comme une succession d’actes manqués et de renoncements qui laissent tant de regrets. Mais n’y cherchez pas de morale, l’auteur se garde bien d’en donner. Il préfère poser des questions et met le personnage de Patrick face à la responsabilité de ses actes, dans un final qui constitue l’une des plus belles scènes de l’album mais qui paradoxalement nous laisse un goût amer. Autant de maturité dans le fond et la forme force d’autant plus le respect quand on sait que c’est son premier album. Cyrille Pomès, à seulement 26 ans, est donc « un jeune auteur à suivre » et il est rare que cette expression soit aussi justifiée.
Les organisateurs du festival d’Angoulême ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisque l’une de ses planches sans bulles faisait partie de l’exposition « Le traité des images liées et les fumées parlantes » de l’édition 2006.
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