Tchartkov, peintre russe de la fin du 19ème siècle, vivant à St Petersbourg dans le froid et la misère d’un appartement qu’il ne paie pas, dépense ses 20 derniers kopeks en achetant un tableau plutôt minable.
A peine posée sur le mur, il oublie l’œuvre jusqu’à ce que la lumière mette en avant ce portrait d’homme au regard direct et insistant. A cet instant, Tchartkov se sent regardé par le portrait peint comme s’il s’agissait d’un être réel !
Comment se pourrait-il ?
L’étrange irréalité prend forme encore davantage durant son sommeil jusqu’à voir apparaître le sujet hors de son cadre et recevant de cet être fantastique aide et soutien, entouré de ses bras et recevant son or. Mais que se passe-t-il ?
Le lendemain du rêve, le propriétaire de l’appartement impayé vient récupérer son bien sous le regard du portrait.
Depuis quelques temps, on adapte le cinéma en bande dessinée et le résultat est rarement convaincant. Au contraire de ces essais infructueux, la littérature en bande dessinée donne de belles oeuvres laissant souvent une large part de création même dans les adaptations les plus fidèles.
En ce qui concerne cette adaptation de l’œuvre de Gogol par Loïc Dauvilliers, mise en forme et en couleurs par François Ravard et Myriam, le texte choisi « Le Portrait » semble particulièrement respecté. La liberté de l’auteur réside dans la narration plutôt réduite, laissant une plus grande place au dessin et donnant tout son sens au génial moyen d’expression que peut représenter le découpage. Cet album en est un parfait exemple. Peu de dialogues, peu de références ou repères, peu de décors, des grandes cases, des dessins à l’apparence simple, une grande visibilité et beaucoup de fluidité.
La sophistication de l’album vient des couleurs et de l’originalité des matières utilisées. Un style rétro en demi-ton, des craies, des fusains, peu d’encrage, du pastel…
Ce premier tome d’une série de deux est une totale réussite. L’intrigue, car il y a une intrigue, est posée : la richesse subite changera-t-elle le cours des choses dans la vie de l’artiste peintre doué mais voué à ne pas vivre de son art tant qu’il ne peindra pas de croûtes à la mode ?
Ce premier volume est un vrai plaisir avec une histoire captivante qui donne presque envie de découvrir la littérature russe. En ce qui me concerne, je patienterai pour lire la suite et fin du « Portrait » en bande dessinée, mes amours en matière de littérature russe étant déjà réservées à Dostoïevski notamment.
J’ajoute que le livre en lui-même est un très bel objet au dos toilé, peut-être trop raffiné d’ailleurs mais pourquoi pas ?
Mêlant le réalisme et le fantastique, Gogol a su inspirer trois auteurs de bande dessinée qui lui rendent hommage avec virtuosité, véritablement subjugués pour ne pas dire hypnotisés par cet œil peint !
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