La fin des années 80...
Miller revient enfin sur le titre qui l'a rendu célèbre dans le monde, Daredevil, cependant il va décider de garder le dessinateur régulier de la série, David Mazzucchelli et de lancer l'arc en 7 numéros: Born Again !
Mazzucchelli est alors au fait de son style mais il lui manque peut-être cette petite touche narrative qui le fera complètement décoller, avec Miller il va trouver à la fois cette énergie graphique qui va le pousser à épurer son trait mais aussi cette intégrité d'artiste qui va le pousser à ensuite, une fois son run de Batman terminé (toujours avec Miller), tout laisser tomber et ne se consacrer qu'a une carrière underground !
Son dessin est donc très réaliste mais très dynamique aussi, on reconnait notamment certaines influences qui vont plus vers le grand Gene Colan d'ailleurs ! Ce qui est aussi intéressant c'est que le dessin ne se charge pas de mille et un détails, c'est efficace, suffisemment fourni mais surtout c'est très contrasté. Au fil des planches "Mazz" va réussir à reprendre la contrôle total de ses mises en pages (le début est orchestré très étroitement par Miller) et ça n'est qu'ensuite, sur Batman Year one qu'il va réussir à complètement exploser graphiquement ! Ces Daredevil sont donc le véritable début du "Mazz" virtuose !
Pour ce qui est du scénario, Miller opte pour une intrigue très sombre, où le personnage principal tombe au plus bas, perd tout et se demande comment il va pouvoir se reconstruire après tout ça, il perd son boulot, sa petite amie, sa maison mais reste en lui le même être absolutiste ! Miller se rapproche déjà de son écriture de Sin-city, c'est très littéraire dans la forme et dans les pas hésitants de ce Matt Murdock complètement détruit se profilent déja tous ces autres héros piétinés qui vont bientôt envahir les
comics.
A cette époque Miller est avec Moore l'un des chefs de proue d'une sorte de réalisme très dur, ou les héros se heurtent à plus fort qu'eux, ou ils s'écrasent, ou ils ne sont que le reflet d'une réalité parfois très violente, ou leur statut de héros est aussi remis en cause ! Que siginifient-ils tous dans notre monde, quel regard ammènent-ils sur nous, ne peuvent-ils pas être plus proches des gens qui les lisent ?
Born Again ("Renaissance" donc) est surtout une histoire de renaissance, de reprise en main, ok Daredevil c'était ça avant maintenant il faut reprendre sa vie en main et repartir d'un pied neuf. On se débarasse donc de tout un tas de trucs inutiles ou le personnage finissait par s'enliser, on lui montre de nouveaux objectif, un rôle plus impliqué dans sa ville, avec les gens qu'il croise et qui l'aiment. A ce niveau là le parcours de Karen Page est aussi des plus significatifs, elle est au fond du gouffre mais décide de retrouver Matt coute que coute, il est le seul à pouvoir l'aider. Alors cette histoire montre en parallèle la chute de Matt, le retour de Karen, le combat du journaliste qui décide de venir en aide à Matt, mais surtout il montre aussi la vie plus insoussiante de Foggy qui finit par ne plus vouloir avoir de nouvelles de son ami, ces nouvelles qui peuvent le déranger dans sa propre histoire d'amour en devenir.
J'aurais peut-être tendance, encore, à préférer Batman Year One car tout y est parfait, ici c'est tout aussi virtuose mais je n'y trouve pas la même unité !
En tout je reste encore époustoufflé par cette maestria, du très très grand comics qui ne parle pourtant presque jamais de super-héros !
A lire absolument, sans hésiter une seconde, même si vous risquez de ne plus avoir la même pêche !!!