Quelle étrange couverture, en premier lieu ! D'emblée nous entrons dans un univers tortueux, un jeune homme qui regarde le monde qui l'entoure, se moque de lui et rêve de se taper la copine de son pote... Le ton est là, désenchanté, cynique. Ces jeunes personnages aux âmes perdues sont à la fois si éloignés par le regard qu'ils ont sur les choses et les gens et si proches par ce même regard tellement intime sur un monde qu'ils ne comprennent pas forcément.
Alors Pirus a une écriture sans concession, n'hésitant pas à installer un malaise presque palpable, dérangeant, comme dans un film de Lynch, nageant autour de cette graine de folie qui envahie chaque protagoniste, ces quêtes de soi qui ajoutent de l'ambiguité à toutes ces histoires. Que cherchent ils, ou vont ils ? La structure de cet album nous rapproche des travaux mosaïques tels qu'avec Dos Passos, Anderson ou Tarentino, Pirus met bout à bout des petites histoires faussement isolées qui intègrent progressivement un tout tentaculaires, tous se croisent, se menacent, se séduisent et se recroisent comme dans une toile d'araignée méticuleusement tissée, dans la pur veine des romans noirs.
C'est du très grand art, une narration hors norme ! Après toutes ces années d'attente, le duo Mezzo/Pirus revient en très grande forme !
le graphisme de Mezzo, de son côté, se rapproche de plus en plus de celui de Burns, un trait sombre, limite inexpressif qui rajoute à cette histoire toute la folie et la force nécessaire, ciselant avec finesse chaque cadrage, chaque mouvement comme une longue et magnifique partition.
Fan de la première heure de ce duo incroyable je ne peux que vous recommander de ne pas passer à côté de cette série dont le premier tôme semble annoncer une suite on ne peut plus attendue !
Quelle délice !
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