Hiroshima marque l’apparition en France de ce très grand auteur japonais à peine émergé sur le continent européen dans les pages du journal « Le cri qui tue ». C’est grâce aux efforts de l’éditeur Artéfact, malheureusement très vite stoppé dans ses ambitions, que le maître de la bande dessinée japonnaise «adulte » tente de se faire connaître.
Tatsumi, méconnu en Europe est néanmoins un inventeur. Il n’a pas peur de forcer les codes établis et de les revisiter afin d’élargir les genres. Ainsi, en vrai désenchanteur, il n’hésite pas à modifier l’image du
manga d’ordinaire destiné à tous voire davantage aux enfants et, s’adressant à un lectorat adulte, il leur raconte des histoires assez noires, pitoyables. Ici, pas de happy end, pas de morale, on tombe dans le mélo et le genre se nomme Gegika (image dramatique).
L’idée de Tatsumi est de reproduire le quotidien, la réalité telle quelle, ni arrangée ni noircie. Le temps de la réflexion arrive donc soutenue par quelques autres auteurs comme Tsuge, Saito.. etc.. et ils s’essaient aux histoires quotidiennes, assez communes et sans réel intérêt. Ou plutôt dont l’intérêt se situe justement dans la banalité.
Un peu plus et on se croirait en plein dans une comédie humaine d’un Balzac ou d’un Zola.
Les deux histoires sont dramatiques voire cruelles. C’est l’ironie du sort en pleine figure et avec une justesse qui fait frémir. Bien que l’auteur semble avoir un penchant pour la culpabilité et que cela pèse lourd sur les épaules de ses anti-héros victimes, on se réjouit de sa philosophie.
N’hésitez pas une seconde, le spectacle est plus proche qu’il n’y paraît et ça ne fait pas de mal de le dévoiler un peu.
Savoureux !